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McKENZIE, JAMES, soldat, hôtelier, propriétaire et constructeur de navires, né le 28 décembre 1788 à Duthil, Écosse ; le 29 avril 1814, il épousa à York (Toronto) Elizabeth Cameron, et ils eurent sept enfants ; décédé le 20 avril 1859 à Québec.

On ne sait rien des premières années de James McKenzie. Il arriva probablement à Québec en mai 1813 comme soldat dans le 2e bataillon du 41e d’infanterie qui prit part à divers combats dans la région de Niagara, dans le Haut-Canada, jusqu’à la fin de la guerre de 1812. De retour à Québec en mars 1815, ce bataillon fut licencié et c’est sans doute à compter de ce moment-là que McKenzie s’établit à Pointe-Lévy (Lévis et Lauzon). Chose certaine, au début des années 1820, il y était devenu tenancier de l’hôtel Lauzon qui appartenait alors au constructeur de navires John Goudie*. Au printemps de 1825, après la mort de ce dernier, McKenzie loua cet hôtel de la succession de Goudie ainsi que le vapeur Lauzon qu’il commença à exploiter comme traversier. En juin 1828, il mit en service son propre traversier à vapeur construit durant l’hiver précédent, le New Lauzon. Puis, le 23 octobre de la même année, il acquit à bon prix l’hôtel Lauzon, à l’occasion d’une vente par shérif à la suite d’une saisie. Dès lors, McKenzie allait mener de pair cette double entreprise d’hébergement et de traversier pendant un certain nombre d’années.

L’hôtel Lauzon, devenu l’hôtel McKenzie, était non seulement le plus spacieux de tous ceux qui étaient établis sur la rive sud du fleuve, en face de Québec, mais aussi le mieux situé de tous. Cet endroit était en effet le point d’arrivée de toutes les routes venant des comtés de Dorchester, Hertford, Devon et Cornwallis, qu’empruntaient les habitants d’une vingtaine de paroisses avoisinantes pour venir approvisionner la ville de Québec. De plus, à compter de 1830, ce même endroit devint aussi le point de départ d’une route allant de Québec aux États-Unis, en traversant la Beauce, et, à l’automne de 1835, l’hôtel McKenzie fut choisi comme terminus d’un service de diligences reliant Québec et Boston.

Conscient des avantages d’un tel emplacement, McKenzie n’avait pas hésité, dès l’été de 1829, à investir dans la construction d’un quai de plus de 100 pieds de long, attenant à celui qui existait déjà sur le terrain de son nouvel hôtel. Puis, en septembre 1830, il avait commencé à exploiter un second traversier, le Britannia. Il s’agissait cette fois d’un bateau à manège, c’est-à-dire d’un bateau mû par des roues à aubes, elles-mêmes entraînées par des chevaux. À cette époque, trois autres embarcations du même type effectuaient déjà la navette entre Québec et la rive sud. Cependant, le Britannia possédait un net avantage sur ses concurrents : les chevaux y travaillaient de façon stationnaire plutôt qu’en décrivant un cercle sur le pont, ce qui laissait plus d’espace pour accueillir les passagers. Nul doute que cette entreprise intégrée d’hôtellerie et de traversier dut s’avérer fort rentable pour McKenzie.

Mais McKenzie ne s’en tint pas là. Dès 1828, avec son vapeur New Lauzon, il avait aussi commencé à remorquer jusqu’à leur poste d’amarrage ou d’ancrage les voiliers qui arrivaient de plus en plus nombreux à Québec. Il en vint graduellement à concentrer ses efforts dans ce nouveau champ d’activité de même que dans celui du remorquage des radeaux de bois qui descendaient le fleuve jusqu’à Québec, ce qui lui permettait aussi de transporter marchandises et passagers. C’est dans ce but qu’en 1837 il construisit lui-même un nouveau vapeur, le Lumber Merchant, et qu’il loua son quai à un autre propriétaire de traversier, Jean Moreau. Trois ans plus tard, sa nouvelle entreprise s’était développée au point d’inquiéter sérieusement deux des plus puissantes compagnies montréalaises rivales, la St Lawrence Steamboat Company, appartenant aux Molson [V. William Molson*], et la Compagnie des remorqueurs du Saint-Laurent, propriété des Torrance [V. David Torrance*]. En avril 1840, celles-ci s’engagèrent conjointement à lui verser la somme de £1 250 de même qu’à ne pas le concurrencer dans le remorquage des radeaux de bois partout sur le fleuve, pourvu qu’en retour McKenzie n’utilise pas ses vapeurs et ses barges sur la rivière Richelieu ou sur le fleuve entre Montréal et Québec, non plus qu’entre les ports intermédiaires, tant pour le transport de marchandises que pour celui de passagers. Mais à l’expiration de cette entente, soit à la fin de la saison de navigation de 1840, McKenzie entreprit de construire lui-même un autre vapeur, le Pointe Levi, qui entra en service le printemps suivant. Par la suite, il en fit construire deux autres, le James McKenzie en 1854 et le Lord Seaforth en 1855, pour remplacer le Lumber Merchant et le Pointe Levi. En fait, jusqu’à la fin de sa vie, il maintint constamment sa flotte à quatre bâtiments, soit deux vapeurs dont il confiait habituellement le commandement à ses fils Charles et James, et deux barges. S’il préféra ne pas en accroître le nombre, c’est peut-être parce qu’il jugeait avoir atteint un seuil optimal de rentabilité. Au demeurant, il n’était pas homme à miser tout son capital sur une entreprise unique, aussi lucrative soit-elle.

Ainsi, en se lançant dans le remorquage et le transport fluvial, McKenzie n’avait pas abandonné l’idée de tirer profit de la traversée entre Québec et Pointe-Lévy, dans le but surtout d’attirer de la clientèle à son hôtel. Il fut sans aucun doute au nombre de ceux qui se regroupèrent en 1842 pour exploiter un nouveau traversier à vapeur. La concurrence s’avivant, McKenzie et ses partenaires soumirent en 1846 une requête à l’Assemblée législative de la province du Canada pour obtenir le privilège exclusif de la traversée. Escomptant une réponse favorable, McKenzie fit alors construire un nouveau quai en eau profonde près de son hôtel. Puis, en janvier 1847, de concert avec James Tibbits, Horatio Nelson Patton, James Motz et Robert Buchanan, tous membres du conseil d’administration de la Point Levy Steam Boat Ferry Company, il fit mettre en chantier un nouveau vapeur, plus puissant que tous ceux de ses concurrents. L’Assemblée législative ne s’étant cependant pas prononcée, McKenzie lui soumit en octobre 1852 une nouvelle requête qui amena la sanction, en juin 1853, d’une loi réglementant les traversées au Bas-Canada. Mais McKenzie ne put guère en tirer profit, à cause de l’entrée en scène d’un nouveau concurrent beaucoup plus puissant, le Grand Tronc.

Cet échec, somme toute fort partiel, n’altéra pas pour autant la santé financière de McKenzie chez qui l’entrepreneur se doublait d’un investisseur avisé. En effet, celui-ci réinvestissait constamment les profits rapportés par ses entreprises, soit en prêtant à des personnes qui offraient de solides garanties, soit en acquérant des actions et des obligations de compagnies. Ceux à qui il avança des sommes substantielles figuraient parmi les gens en vue de l’époque, tels James Stuart, James Douglas*, John James Nesbitt, Augustin Cantin*, William Drum, William et David Bell, Henry Dinning*, et Elizabeth Johnston Taylor, veuve d’Allison Davie*. Quant aux actions et obligations qu’il accumula, elles présentaient peu de risques, ayant été émises par la Banque de Montréal, la Banque de l’Amérique septentrionale britannique, la Banque de la cité (à Montréal), la Compagnie du gaz de Québec, le Montreal Harbour Loan et le Montreal Road Trust.

À la fin de sa vie, McKenzie, qui avait consacré exclusivement son énergie à ses entreprises et à sa famille sans jamais les disperser dans des activités sociales ou politiques, put transmettre à ses héritiers une fortune des plus enviables. Aux £40 000 qu’il possédait sous forme d’actions, d’obligations et de dettes actives, s’ajoutaient des biens immobiliers d’une valeur approximative de £50 000 à £60 000 : son hôtel, sa flotte de bateaux, une spacieuse demeure qu’il s’était fait construire en 1850 dans la haute ville, ainsi qu’un édifice en pierre de trois étages situé au cœur de la basse ville de Québec et alors occupé par la Maison de la Trinité de Québec.

Aux yeux de ses contemporains, James McKenzie fut un exemple de réussite personnelle. Avec le recul de plus d’un siècle, on peut dire qu’il incarna cet esprit entreprenant qui anima bon nombre d’émigrants écossais venus s’établir au Bas-Canada au début du xixe siècle, et qui leur permit de jouer un rôle déterminant dans l’évolution économique de leur pays d’adoption.

Pierre Dufour et Marc Ouellet

AC, Québec, Minutiers, William Bignell, 2 mai, 28 sept. 1848, 16, 31 janv., 9, 16, 28 févr., 27 mars, 14, 25 juin 1850, 21 nov. 1851, 21 avril, 3 déc. 1852, 9 mai 1853, 20 mai, 13 août, 30 sept., 21, 28 nov. 1854, 19 janv., 20 févr., 1er mars, 11 mai, 16 juin, 9 juill., 14 déc. 1855, 10 juill., 4 oct. 1856, 14 janv., 24 févr., 3 mars, 15 mai, 8 oct. 1857, 18 janv., 1er, 3, 6 mars, 24 avril, 24 mai, 1er juin, 18 sept., 11 déc. 1858, 19, 25 févr., 4, 7, 9 mars 1859.— ANQ-Q, CE1-66, 23 avril 1859 ; CN1-188, 21 sept. 1824, 24 mars, 10 août 1829, 21 juill. 1830 ; CN1-197, 22 mars, 30 juin 1825, 24 avril 1826, 22 nov. 1834, 30 mars, 18 avril, 22 sept. 1840, 23 mars 1841, 26 juin 1845, 23 avril, 8 mai, 30 nov. 1846, 19, 23 janv., 6 mars, 30 juin, 3 juill., 27 oct., 5, 26 nov., 27, 29 déc. 1847, 8, 17 juill., 26 déc. 1848, 11 mars 1854, 8 janv. 1855, 13 juin 1859 ; CN1-198, 7, 11 déc. 1848.— APC, RG 42, sér. 1, 190 : 108 ; 191 : 194 ; 192 : 97 ; 196 : 148–150, 190 ; 198 : 64–65 ; 267 : 12.— Arch. de Ports Canada (Québec), Maison de la Trinité de Québec, Procès-verbaux, IV : 270–271.— St James’ Cathedral Arch. (Anglican) (Toronto), St James’ Church, reg. of marriages, 29 avril 1814.— B.-C., chambre d’Assemblée, Journaux, 1830.— Canada, prov. du, Assemblée législative, Journaux, 1846.— Le Canadien, 28 janv. 1846.— Le Journal de Québec, 21 avril 1859.— Morning Chronicle, 23 avril 1859.— Quebec Gazette, 23 juin 1828, 22 avril 1859.— Quebec Mercury, 13 janv. 1846.— P.-G. Roy, Dates lévisiennes (12 vol., Lévis, Québec, 1932–1940), 1.— Roger Bruneau, la Petite Histoire de la traverse de Lévis (Québec, 1983).— Chouinard et al., la Ville de Québec, 2.— George Gale, Historic tales of old Quebec (Québec, 1923).— J.-E. Roy, Hist. de Lauzon, 1–5.— P.-G. Roy, Profils lévisiens (2 sér., Lévis, 1948) ; Toutes Petites Choses du Régime anglais ; la Traverse entre Québec et Lévis (Lévis, 1942).— « James McKenzie », BRH, 42 (1936) : 384.

Bibliographie générale

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Pierre Dufour et Marc Ouellet, « McKENZIE, JAMES (1788-1859) », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 21 nov. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/mckenzie_james_1788_1859_8F.html.

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Auteur de l'article:   Pierre Dufour et Marc Ouellet
Titre de l'article:   McKENZIE, JAMES (1788-1859)
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1985
Année de la révision:   1985
Date de consultation:   21 novembre 2014