DCB/DBC Mobile beta
+

MERRITT, THOMAS, officier dans l’armée et dans la milice, et fonctionnaire, né le 28 octobre 1759 à Bedford, New York, fils de Thomas Merritt et d’Amy Purdy, et frère de Nehemiah ; le 27 juillet 1781, il épousa à Charleston, Caroline du Sud, Mary Hamilton, et ils eurent un fils et cinq filles ; décédé le 12 mai 1842 à St Catharines, Haut-Canada.

Dans ses mémoires, Thomas Merritt affirme qu’il fit « des études au Harwood [Harvard ?] College pour devenir médecin ». Au début de la Révolution américaine son père, fidèle à la couronne britannique, alla se fixer à New York avec sa famille. Le 1er mai 1778, Merritt obtint une commission de cornette dans les Emmerich’s Chasseurs, probablement grâce à l’influence de son père. On le muta ensuite dans le régiment des Queen’s Rangers, commandé par John Graves Simcoe*. Pendant la guerre, le jeune officier combattit dans les colonies du Sud et impressionna Simcoe. Un jour, l’ennemi le captura et le jeta « avec vingt autres [prisonniers ...] dans une petite cabane dégoûtante et sombre, faite de rondins, appelée Bull pen ». Merritt organisa aussitôt l’évasion de ses camarades et les conduisit 50 milles plus loin, en zone britannique. Pour le récompenser, on lui offrit un poste de lieutenant dans un autre corps, qu’il refusa, au grand soulagement de Simcoe.

En 1782, Merritt et sa jeune épouse suivirent l’armée britannique à New York. L’année suivante, ils accompagnèrent les Queen’s Rangers et presque toute la famille Merritt au Nouveau-Brunswick, où le jeune homme tenta de vivre la vie d’un officier à la retraite après qu’on l’eut mis à la demi-solde en octobre. En mars 1790, le couple se trouvait, semble-t-il, à Bedford, dans l’état de New York, mais Merritt eut rapidement envie d’aller rejoindre son vieux commandant dans le Haut-Canada. En 1794, il se rendit à Newark (Niagara-on-the-Lake), où Simcoe « lui donna tant d’encouragements » qu’il décida de s’établir avec les siens au ruisseau Twelve Mile, près de l’emplacement actuel de St Catharines.

Apparemment, les Merritt s’adaptèrent au train-train de la vie quotidienne des pionniers et devinrent des piliers de leur communauté dans la presqu’île du Niagara. Simcoe attribua à Merritt 2 000 acres de terre dans l’ouest de la province et accorda des concessions à tous les enfants de l’ancien soldat. En 1798, ce dernier demanda et obtint deux lots de ville à Newark. À la fin de la même année, on le nomma inspecteur adjoint des forêts du roi et, le 5 octobre 1803, shérif du district de Niagara. Sa présence au sein de l’exécutif de la société d’agriculture locale est un autre signe de son importance. Il semble qu’il vécut dans l’aisance avec sa famille, même si des indices tendent à démontrer qu’il n’excella jamais en agriculture ni en affaires.

Quand éclata la guerre anglo-américaine de 1812, Merritt fut nommé major commandant d’une troupe de cavalerie de milice appelée les Niagara Light Dragoons. À la bataille de Queenston Heights, il servit honorablement sous les ordres du major général Roger Hale Sheaffe*, semble-t-il, après la mort d’Isaac Brock*. Merritt se reconnut plus tard en partie responsable du manque de préparatifs sur les hauteurs de Queenston ; on n’avait posté aucune sentinelle à cet endroit parce que, disait-il à un ami de la famille, les Britanniques « pensaient que le diable lui-même serait incapable de s’y rendre ». Trois jours après la bataille, il était l’un de ceux qui tenaient les cordons du poêle aux funérailles de Brock.

C’est à cette époque que Merritt, toujours commandant de nom, commença à laisser de plus en plus à son fils, William Hamilton*, le commandement de ses dragons. En octobre 1813, il était malade et fut incapable de se replier du ruisseau Four Mile jusqu’à Burlington Heights (Hamilton) avec l’armée britannique [V. John Vincent]. Le traître Joseph Willcocks* l’emmena en captivité au fort George (Niagara-on-the-Lake), près de Niagara, où il fut détenu peu de temps. On sait que sa propriété subit des dégâts en décembre quand les Américains détruisirent Niagara, mais il n’est pas certain que sa maison fut incendiée. En juillet 1814, on chargea Merritt de surveiller l’exécution des citoyens trouvés coupables de trahison au cours des « assises sanglantes » [V. Jacob Overholser*]. Selon son fils, cette expérience l’affecta profondément et explique peut-être le fait qu’il quitta prématurément ses fonctions officielles. Il demeura néanmoins shérif jusqu’en janvier 1820.

Dans l’après-guerre, il semble que les lacunes de Merritt en agriculture lui attirèrent des ennuis ; seul le sens aigu des affaires de son fils permit que sa situation soit consolidée. Dans les années 1820, Merritt était à la retraite, mais le « train-train de la vie quotidienne » et la fréquentation « d’amis bien choisis » le tenaient occupé. Comme l’écrivit sa belle-fille : « [il] passe son temps [à visiter] le voisinage ou à répandre les nouvelles ». Merritt aimait les fêtes d’une manière particulière. Un ami de la famille écrivit que, à l’occasion de son soixante-seizième anniversaire de naissance, il « finit de manger vers six heures du soir et dansa et joua aux cartes jusqu’à dix heures le lendemain ». Il fut très regretté. À son enterrement, un autre de ses amis remarqua : « il y avait beaucoup plus de monde que je n’en ai jamais vu à des funérailles ».

Thomas Merritt représente bien les loyalistes du Haut-Canada issus d’un milieu moyennement prospère qui, grâce à leurs relations et à leur persévérance, parvinrent à un rang assez important dans leur nouveau pays. Les antécédents militaires de Merritt ne le préparaient guère à exercer les emplois qu’on lui confia plus tard, mais à la fin de sa vie il était l’un des citoyens les plus populaires de St Catharines.

Carl A. Christie

AO, MS 74.— APC, MG 24, E1 ; K2.— Doc. hist. of campaign upon Niagara frontier (Cruikshank).— G.-B., WO, Army list.Officers of British forces in Canada (Irving).— C. J. Ingles, The Queen’s Rangers in the Revolutionary War, H. M. Jackson, édit. (s.l., 1956).

Bibliographie générale

Comment écrire la référence bibliographique de cette biographie

Carl A. Christie, « MERRITT, THOMAS », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 7, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 31 juill. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/merritt_thomas_7F.html.

Information à utiliser pour d'autres types de référence bibliographique

Permalien: http://www.biographi.ca/fr/bio/merritt_thomas_7F.html
Auteur de l'article:   Carl A. Christie
Titre de l'article:   MERRITT, THOMAS
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 7
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1988
Année de la révision:   1988
Date de consultation:   31 juillet 2014