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HAMILTON, GEORGE, homme d’affaires, officier de milice, fonctionnaire et homme politique, né en octobre 1788 à Queenston (Ontario), fils de Robert Hamilton* et de Catherine Robertson, née Askin ; le 2 août 1811, il épousa à York (Toronto) Maria (Mary) Lavinia Jarvis, fille de William Jarvis* et de Hannah Peters, et ils eurent trois fils et cinq filles ; décédé le 20 février 1836 à sa résidence de Hamilton, Haut-Canada.

En 1795, après avoir fréquenté un peu l’école dans le Haut-Canada, George Hamilton s’embarqua pour l’Écosse afin d’y poursuivre ses études ; son père l’accompagnait. À la mort de celui-ci, en 1809, le jeune homme et son frère Alexander héritèrent des diverses entreprises paternelles. Jusqu’en 1812, ils firent de mauvaises affaires et furent en conflit avec leurs frères ainsi qu’avec des parents influents, administrateurs de la succession. Pendant la guerre de 1812, George, officier de milice depuis 1808, détint le grade de capitaine dans les Niagara Light Dragoons de Thomas Merritt. Il participa à la prise de Detroit et à la bataille de Queenston Heights en 1812, de même qu’à la bataille de Lundy’s Lane en 1814.

Déjà sur le déclin au moment du décès de Robert Hamilton, les affaires familiales souffrirent beaucoup de la désorganisation du commerce et de l’immigration qu’amenèrent les hostilités. Une fois la paix revenue, George entreprit donc de se refaire une situation et choisit Head of the Lake (dans le voisinage du port actuel de Hamilton) comme foyer de ses activités. En juillet 1815, pour la somme de £1 750, il acheta de James Durand* 257 acres dans le canton de Barton. Moins d’un an plus tard, il s’entendait avec un voisin, Nathaniel Hughson, propriétaire foncier lui aussi, pour fonder un village à cet endroit. Les deux hommes confièrent à Durand, député de la circonscription, le mandat de négocier pour eux la vente des lots. Toujours en 1816, le gouvernement résolut de créer dans la région un nouveau district dont cet emplacement serait le chef-lieu. On ignore le détail des tractations politiques et commerciales qui menèrent à ce choix, mais sans doute Hamilton usa-t-il de ses relations et Durand, de son influence à l’Assemblée. Hamilton céda à la couronne deux terrains de deux acres chacun pour la construction des deux principaux édifices publics d’un chef-lieu de district : le palais de justice et la prison. Le village, conçu selon un plan quadrillé comme la plupart des localités de la frange pionnière nord-américaine, fut morcelé en parcelles qu’on arpenta rapidement. Une fois vendus tous les lots d’origine, Hamilton en ajouta d’autres en 1828 et 1829. Dans les années 1830 cependant, il ne régnait plus sur le village (érigé en municipalité en 1833) : ses démarches en vue d’établir le marché sur ses terres furent mises en échec par des rivaux, et il dut se contenter d’un modeste marché à foin.

C’est sa participation à l’agitation qu’avait déclenchée Robert Gourlay* à la fin des années 1810 qui amena Hamilton en politique. Une faillite survenue au plus tard en 1819 (celle d’un moulin qu’il possédait sur la rivière Grand) pourrait expliquer en partie son engagement. Peut-être sont-ce les griefs des habitants de la presqu’île du Niagara, et surtout le temps que les autorités mettaient à régler les réclamations pour pertes de guerre (lui-même en avait déposé) qui alimentèrent son mécontentement, et peut-être ses antécédents presbytériens jouèrent-ils aussi. Ce qui est certain, c’est qu’il considérait les réserves de la couronne et du clergé comme des obstacles au peuplement, donc comme des menaces pour ses propres intérêts. En 1818, avec William Johnson Kerr, il présenta les résolutions des partisans de Gourlay au lieutenant-gouverneur sir Peregrine Maitland*, qui les refusa. Hamilton et Kerr réagirent en se présentant aux élections législatives de 1820, qu’ils gagnèrent. Hamilton fut l’un des représentants de la circonscription de Wentworth à la huitième législature (1821–1824), à la neuvième (1825–1828) et à la dixième (1829–1830). Ces années coïncidèrent avec l’essor de son village et furent celles où son influence et sa situation financière atteignirent leur sommet.

À compter de son entrée à l’Assemblée, en février 1821, jusqu’à mars 1828, Hamilton appartint au groupe réformiste. D’abord, il collabora étroitement avec l’autre député de Wentworth, John Willson*. Après l’élection de celui-ci au poste de président de l’Assemblée, en 1825, il s’associa à John Rolph*. Mécontent du traitement qu’infligeait le gouvernement de Maitland à certains partisans de Gourlay, dont Richard Beasley, il harcelait le procureur général John Beverley Robinson*. À l’instar des autres réformistes, il approuva la présence de Barnabas Bidwell* en chambre, critiquait l’état des comptes publics et prônait l’affirmation des prérogatives de l’Assemblée. Selon lui, les compressions de dépenses menaçaient le développement de la colonie. Le rang et la hiérarchie impressionnaient peu ce marchand presbytérien. Naturellement, il s’opposait aux diverses mesures et pratiques qui donnaient à l’Église d’Angleterre un statut privilégié ; ses positions religieuses étaient d’ailleurs particulièrement libérales.

Réformisme modéré et préoccupations commerciales allaient de pair chez Hamilton, à preuve l’agacement que lui inspiraient la lenteur du peuplement et la stagnation des travaux publics. En 1823, il appuya une série de résolutions (présentées par William Warren Baldwin) qui dénonçaient le faible taux d’immigration, proposaient d’éliminer les réserves, préconisaient vivement d’installer de nouveaux colons près des routes et des moulins et recommandaient de concéder des cantons entiers à des hommes qui avaient assez de capital pour construire des moulins et des forges. En bon fils de marchand, Hamilton se méfiait des taxes commerciales et s’opposait aux droits sur le sel et le whisky, perçus pour financer le canal Welland. D’après lui, pour pouvoir financer des travaux, il suffisait de mettre de l’ordre dans les comptes publics – vraisemblablement parce que cette action abaisserait les honoraires versés aux fonctionnaires de la colonie. En mars 1829, il revint sur l’immigration et présenta, avec Willson, un projet de loi pour l’encourager.

Dans les années 1820, Hamilton parraina plusieurs mesures dans l’intérêt immédiat de son village. À compter de 1823, il pressa le gouvernement de creuser un canal entre le lac Ontario et la baie de Burlington (port de Hamilton). Effectivement, on réalisa cet ouvrage d’une grande importance pour la région, mais des difficultés entre les commissaires et leur entrepreneur, James Gordon Strobridge*, jetèrent un peu de discrédit sur ces travaux. De 1825 à 1827, Hamilton tenta d’obtenir des fonds publics pour doter son village d’un nouveau palais de justice et d’une nouvelle prison. Le ressentiment des villages rivaux [V. Peter Desjardins*], qui se manifesta notamment dans des pétitions, l’obligea à lutter ferme pour que son village demeure le chef-lieu du district de Gore. En mars 1828, il pria l’Assemblée d’accepter une requête qui réclamait une subvention de £2 000 pour le canal Desjardins, mais les réformistes Peter Perry* et Marshall Spring Bidwell* convainquirent la chambre de différer sa décision.

En 1829, ce qu’on a appelé « l’outrage de Hamilton » (on avait pendu en effigie le lieutenant-gouverneur pour avoir refusé de libérer de prison le journaliste Francis Collins* [V. James Gordon Strobridge]) plaça Hamilton dans une position fâcheuse : il fut coincé entre les électeurs et les réformistes. La situation s’envenima, et on emprisonna pour outrage à l’Assemblée Allan Napier MacNab*, avocat du village de Hamilton, après qu’il eut refusé de témoigner devant un comité d’enquête sur l’affaire. Même si Hamilton tenta d’adopter une attitude modérée, il fut le plus souvent, comme Willson d’ailleurs, en conflit avec les réformistes qui voulaient tirer le plus grand parti possible de l’incident. Une autre affaire locale lui causa des embarras semblables : une plainte qu’avait déposée le greffier de la paix George Rolph (frère de John) contre des magistrats du district de Gore, pour renvoi injustifié. Comme cette plainte visait certains de ceux qui, comme lui, appartenaient à la gentry du comté de Wentworth, Hamilton refusa de l’appuyer. Certes, il recula devant la possibilité d’exploiter à des fins partisanes des questions de réforme qui mettaient en cause le district de Gore et menaçaient sa carrière politique mais, contrairement à l’avis de certains historiens, ce louvoiement n’était pas le signe d’une sympathie pour le gouvernement. Hamilton était, fondamentalement, un réformiste. En mars 1829, en même temps qu’avait lieu l’affaire de l’effigie, il appuya, contrairement à Willson, des résolutions qui affirmaient l’autorité de l’Assemblée en matière de finances.

Hamilton perdit son siège aux élections de 1830 en raison et de la controverse qui entourait son rôle de promoteur de village et d’une campagne menée trop mollement. Il se classa dernier dans un combat à quatre : Willson remporta le plus grand nombre de voix et MacNab évinça Durand. Nouveau en politique, MacNab s’était vite fait connaître en refusant de témoigner sur l’affaire de l’effigie et en défendant les intérêts des localités de Hamilton et de Dundas. Hamilton, au même moment, était embarrassé par un déficit dans ses comptes de trésorier du district. Même s’il le combla lui-même, son prestige souffrit peut-être de la divulgation de l’affaire et cette dépense gêna probablement le financement de sa réélection. Il demeura sur la scène publique mais sans avoir de tribune. Il ne pouvait guère contester les initiatives de son affable cadet MacNab, fort engagé dans le développement du transport régional, et il avait découvert, à l’occasion de sa défaite aux élections de 1830, qu’il ne pouvait s’associer aux réformistes radicaux. En 1831, il prononça même un discours contre William Lyon Mackenzie* à une assemblée politique locale. L’année suivante, il présida un bureau de santé formé en toute hâte pour enrayer l’épidémie de choléra. En 1834, il perdit contre MacNab dans la nouvelle circonscription de Hamilton. Même s’il était encore un membre assez estimé de la gentry de la baie de Burlington, il n’avait plus sa place à l’Assemblée.

George Hamilton s’était lancé en politique pour améliorer sa situation personnelle et pour contribuer à mener la société haut-canadienne vers la prospérité commerciale. Dans la mesure où il défendit des causes et des principes favorables au commerce et à la spéculation foncière, il ne se distingua pas du family compact. Cependant, son réformisme rappelle que l’élite coloniale ne formait pas un bloc monolithique. Soucieux d’assurer l’avenir de la colonie, tous n’avaient pas les mêmes objectifs sociaux et ne s’entendaient pas sur la manière de gérer les ressources. Hamilton soutenait la couronne tout en préconisant une constitution très large qui aurait donné préséance à l’Assemblée. Telle allait être de fait la pensée dont s’inspireraient les ententes politiques conclues entre 1840 et 1860. Comme d’autres modérés des années 1820, ce Nord-Américain d’origine écossaise et de milieu privilégié avait trouvé la formule qui, depuis, a souvent été de rigueur sur la scène canadienne : accroissement de l’immigration, tolérance religieuse, développement du transport et collaboration entre les milieux d’affaires et le gouvernement.

John C. Weaver

AO, RG 1, A-I-6 : 4820–4821, 8728–8731 ; RG 22, sér. 155.— APC, MG 24, D45, 7, Thomas Clarke à James Hamilton, 10 oct. 1821 ; RG 5, A1 : 22753–22755.— Arch. privées, Mlle Ann MacIntosh Duff (Toronto), Family geneal. docs.— Wentworth Land Registry Office (Hamilton, Ontario), Barton Township, deeds, vol. A (1816–1829) (mfm aux AO).— H.-C., House of Assembly, Journal, 1821–1830 ; 1826–1827, app. R.— Kingston Chronicle, 15 déc. 1826, 16 févr. 1827.— Upper Canada Herald, 1er, 15, 29 mars, 24 mai 1825.— Armstrong, Handbook of Upper Canadian chronology (1985).— DHB.— D. R. Beer, Sir Allan Napier MacNab (Hamilton, 1984).— Darroch Milani, Robert Gourlay, gadfly.— J. C. Weaver, Hamilton : an illustrated history (Toronto, 1982), 16–17.— B. G. Wilson, Enterprises of Robert Hamilton.

Bibliographie générale

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John C. Weaver, « HAMILTON, GEORGE (1788-1836) », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 7, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 21 août 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/hamilton_george_1788_1836_7F.html.

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Auteur de l'article:   John C. Weaver
Titre de l'article:   HAMILTON, GEORGE (1788-1836)
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 7
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1988
Année de la révision:   1988
Date de consultation:   21 août 2014