DCB/DBC Mobile beta
+

MURRAY, JOHN CLARK, philosophe, éducateur, auteur et réformateur social, né le 19 mars 1836 à Paisley, Écosse, fils de David Murray, commerçant et administrateur municipal, et d’Elizabeth Clark ; le 20 juillet 1865, il épousa dans cette ville Margaret Smith Poison*, fille du manufacturier William Polson, et ils eurent quatre filles et un fils ; décédé le 20 novembre 1917 à Montréal.

John Clark Murray étudia la théologie à Glasgow et à Édimbourg ainsi qu’à Heidelberg et à Göttingen (Allemagne) en vue de devenir ministre de l’Église libre d’Écosse. Rebuté par la politique ecclésiastique et la théologie calviniste de tendance évangélique, attiré plutôt par la littérature, par la philosophie et par un christianisme souple et socialement engagé, il renonça au ministère et opta pour une carrière dans l’éducation. En 1862, il devint professeur de philosophie intellectuelle et morale au Queen’s College de Kingston, dans le Haut-Canada. En 1872, il se laissa attirer au McGill College de Montréal par la promesse, non tenue, d’un poste où il aurait enseigné à la fois la philosophie et la littérature anglaise. Il occupa la chaire John Frothingham de philosophie intellectuelle et morale de 1873 à sa retraite en 1903. En outre, il donna des leçons à la Montreal Ladies’ Educational Association et à la Kingston Ladies’ Educational Association, à la Glenmore Summer School of Philosophy dans l’État de New York, à la Cooper Union et au People’s Institute de New York de même qu’au collège presbytérien de Montréal.

Lorsque Murray arriva au Canada, l’enseignement collégial de la philosophie était en pleine maturation. Sa carrière illustre la professionnalisation de la discipline. Il se consacra plus exclusivement à la philosophie que ses prédécesseurs ne l’avaient fait, mais il n’avait pas une formation aussi avancée, une détermination aussi marquée ni une renommée aussi large que ses collègues des dernières années et ses successeurs. Son prédécesseur au Queen’s College était le ministre du culte James George* et son successeur, le réputé néo-kantien John Watson*. À McGill, il succéda au ministre William Turnbull Leach* et fut seul à enseigner la philosophie jusqu’à l’engagement d’un assistant à temps partiel en logique en 1886. Promoteur infatigable de la réforme du programme et de l’expansion du département, il eut un collègue à temps plein seulement à compter de 1901. Au moment de sa retraite, la chaire Frothingham cessa de porter le titre de « philosophie intellectuelle et morale », devenu désuet, et ses fonctions furent confiées à Alfred Edward Taylor et à William Caldwell. Murray enseignait avec cœur, et ses étudiants l’aimaient. Il les encourageait à parfaire leur formation en dehors des cours et soutenait activement les sociétés parascolaires de littérature, de philosophie et de bienfaisance. Tout au long de sa carrière à McGill, il donna le cours supérieur de philosophie morale, obligatoire pour les diplômés en lettres. La matière qu’il enseignait englobait l’économie politique et l’éthique sociale.

Murray se consacrait à la métaphysique, à l’épistémologie, à la philosophie intellectuelle et à l’éthique. Comme il était réfractaire à l’extrémisme ou à l’abstraction excessive, sa philosophie n’était ni spéculative ni novatrice. Les constantes suivantes s’en dégagent : elle tentait d’établir des ponts entre les diverses écoles et d’inculquer une manière de vivre caractérisée par un équilibre de la raison et de l’expérience et par une intelligence disciplinée et critique. En métaphysique et en épistémologie, Murray chercha d’abord à relier le kantisme et le réalisme de l’école écossaise du sens commun, comme l’avait fait son mentor d’Édimbourg, sir William Hamilton, mais il se rapprocha progressivement d’un idéalisme inspiré de George Berkeley et de Baruch Spinoza. En philosophie intellectuelle, il s’efforça de naviguer entre idéalisme et matérialisme en affirmant le rôle central d’une conscience en partie connaissable par la recherche physiologique. En éthique, il prenait la raison et le devoir pour guides de l’harmonisation des trois aspects de la nature humaine : l’intellect, l’émotion et la volonté. Les positions de Murray manquent de netteté en partie parce qu’il les a exposées surtout dans des conférences populaires et des articles destinés à un public cultivé mais profane et dans des manuels composés principalement pour des étudiants de premier cycle. Exception faite de quelques textes tardifs sur l’éthique sociale, son apport aux périodiques spécialisés en philosophie qui étaient en train de faire leur apparition se compose largement d’articles biographiques et de brefs commentaires.

Murray se voyait davantage comme un éducateur et un homme de lettres que comme un philosophe de profession, et il se consacra à l’avènement d’une société intelligente, rationnelle et juste. Dans des articles et chroniques parus dans des journaux et revues, il aborda des questions politiques et sociales du point de vue du libéralisme de son époque, rejetant le nationalisme et le militarisme, prônant le libre-échange, décriant la politique de parti et protestant contre les limitations déraisonnables de la liberté d’action individuelle. Il s’opposa en particulier aux restrictions qui freinaient l’accès des femmes à l’éducation et aux professions. Tout comme Mary Wollstonecraft et John Stuart Mill, il défendait la cause des femmes en s’appuyant sur les droits naturels. Cantonner les femmes dans des études et des activités liées à la tenue d’une maison lui semblait inacceptable. Le recteur John William Dawson* projetait de doter McGill d’installations réservées aux femmes. Tout au long des années 1880, Murray s’insurgea publiquement contre cette idée, disant que c’était une insulte pour les femmes et une extravagance dans un collège qui n’arrivait pas à payer décemment ses professeurs.

À compter des années 1880, les conséquences de l’industrialisation amenèrent Murray à remettre en question l’aptitude de l’économie libérale à engendrer la justice sociale. Son ouvrage posthume, The industrial kingdom of God, écrit en 1887, vise à tempérer le laisser-faire en le combinant avec une éthique néo-kantienne qui met l’accent sur le devoir d’altruisme. C’est là un exemple du cadre chrétien qui, selon Murray, était indispensable à la philosophie sociale. Murray expérimenta diverses formulations d’une philosophie sociale qui prônait les syndicats, les coopératives ouvrières et une théorie de la valeur-travail avant de publier en 1904 un roman esquissant une voie paternaliste vers l’utopie sociale, He that had received the five talents.

Les écrits de John Clark Murray furent bien accueillis par ses contemporains. La University of Glasgow lui décerna un doctorat en droit. Membre fondateur de la Société royale du Canada, il appartenait à la section de littérature anglaise. Pourtant, il résista à la spécialisation à outrance ; il écrivit de la poésie et du théâtre, étudia la culture littéraire écossaise et tâta de la réforme phonétique. Il ne craignait pas les controverses et y fut souvent mêlé, à la, fois à cause de ses propres positions et des actions de sa femme. Selon la comtesse de Jersey, Margaret Polson Murray était « énergique mais imprudente » dans sa manière de promouvoir et de diriger l’Impérial Order Daughters of the Empire, qu’elle fonda en 1900. Le franc-parler de John Clark Murray irritait les administrateurs universitaires, mais il inspirait respect et admiration à ses chers étudiants. L’un d’eux nota à sa mort : « sa classe était l’un des rares endroits où l’on discutait librement et s’adonnait à une activité intellectuelle tonifiante, ce qui nous changeait de l’atmosphère mortifère des autres classes, où tout dans le monde semblait fixé et réglé une fois pour toutes ».

Nicholas Terpstra

On trouve une bibliographie des publications de John Clark Murray parues jusqu’en 1894 dans les Mémoires, de la SRC, 1er sér., 12 (1894), proc. : 61s. Il en existe une plus complète quoique non exhaustive dans notre mémoire « A Victorian frame of mind : the thought of John Clark Murray » (mémoire de m.a., McMaster Univ., Hamilton, Ontario, 1983). Les ouvrages suivants figurent parmi les publications les plus importantes de Murray : Outline of Sir William Hamilton’s philosophy : a text-book for students, introd. de James McCosh (Boston et New York, 1870) ; The ballads and songs of Scotland in view of their influence on the character of the people (Londres, 1874) ; A handbook of psychology (Londres, 1885) ; An introduction to ethics (Boston et Montréal, 1891) ; He that had received the five talents (Londres, 1904) ; et The industrial kingdom of God, Leslie Armour et Elizabeth Trott, édit. (Ottawa, 1982), ouvrage publié à titre posthume.

Parmi les sources qui ont servi à la préparation de la biographie, on doit mentionner le fonds Murray, aux McGill Univ. Arch. (Montréal), MG 3083, l’ouvrage de Leslie Armour et d’Elizabeth Trott, The faces of reason : an essay on philosophy and culture in English Canada, 1850–1950 (Waterloo, Ontario, 1981) et celui de Margaret Gillett, We walked very warily : a history of women at McGill (Montréal, 1981), ainsi que notre article intitulé « A tale of two cities : John Clark Murray’s search for the industrial kingdom of God », REC, 27 (1992–1993), n3 : 5–27.  [n. t.]

Bibliographie générale

Comment écrire la référence bibliographique de cette biographie

Nicholas Terpstra, « MURRAY, JOHN CLARK », dans FR:UNDEF:public_citation_publication, vol. 14, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 30 sept. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/murray_john_clark_14F.html.

Information à utiliser pour d'autres types de référence bibliographique

Permalien: http://www.biographi.ca/fr/bio/murray_john_clark_14F.html
Auteur de l'article:   Nicholas Terpstra
Titre de l'article:   MURRAY, JOHN CLARK
Titre de la publication:   FR:UNDEF:public_citation_publication, vol. 14
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1998
Année de la révision:   1998
Date de consultation:   30 septembre 2014