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OZÎJA THIHA (qui signifie « patte d’ours » ; connu sous le nom de Jacob Bearspaw ; Mas-gwa-ah-sid reflète la traduction crie de son nom), guerrier et chef stonie, né vers 1837 ; décédé en 1903, probablement près de Morley (Alberta).

Au milieu du xixe siècle, les Stonies, apparentés de près aux Assiniboines des Prairies, vivaient dans la région montagneuse qui forme maintenant une partie du sud de l’Alberta. Jusque dans les années 1860, ils furent de farouches ennemis des Pieds-Noirs, leurs voisins de l’Est. Dans sa jeunesse, Bearspaw acquit une réputation de férocité et de témérité. On a dit qu’il « ne manquait jamais une occasion de tuer un Pied-Noir ». Des informateurs stonies ont expliqué que sa mère avait été tuée par un Pied-Noir.

Selon la tradition orale, le chef héréditaire de la bande, un parent de Bearspaw, écarta ses propres fils en le choisissant comme successeur. Peut-être avait-il discerné la force de caractère qui allait faire de lui un chef respecté et un pacificateur résolu. Les Stonies étaient en contact avec des missionnaires méthodistes depuis les années 1840. Bearspaw fit la connaissance du révérend John Chantler McDougall* et les encouragea, lui et son père, George Millward McDougall*, à établir une mission en territoire stonie, ce qui se fit en 1873.

La présence des missionnaires était un signe de l’avance des Blancs dans l’Ouest – le plus grand défi que Bearspaw eut à affronter. Son devoir était d’obtenir pour son peuple la meilleure protection possible dans ce nouveau contexte politique.. En 1877, le gouvernement du Canada envoya des représentants négocier un traité avec les nations indiennes de ce qui est maintenant le sud de l’Alberta. Pour participer aux délibérations, Bearspaw s’empressa de quitter le mont Chief, dans le Montana, qui se trouvait dans le territoire traditionnel de chasse de sa bande. Avec une délégation formée de deux autres chefs stonies, John Chiniquay et Ki-chi-pwot (Jacob Goodstoney ou Big Stony), et de cinq conseillers, il assista aux réunions qui se tinrent à Blackfoot Crossing en septembre. La tradition orale des Stonies rapporte : « Bear’s Paw fut le premier Indien qui accepta le traité. Les autres ne le firent pas. Ils voulaient se battre. Bear’s Paw était un homme d’une infinie sagesse. » Dans le compte rendu des délibérations qui parut dans le Globe de Toronto, on peut lire que Bearspaw s’était dit « satisfait du traité, de la police et de la perspective de recevoir des vivres et de l’argent ». Le correspondant du Globe faisait observer que « d’après son discours, ce chef semblait avoir l’esprit mercenaire ». Dans le contexte, ce commentaire doit être considéré comme fort élogieux à l’égard de Bearspaw, qui avait compris l’enjeu des négociations.

Le traité n° 7, conclu le 22 septembre, ne précisait pas exactement où serait la réserve des Stonies. Il disait seulement qu’elle se trouverait aux environs de Morleyville (près de Morley). L’article garantissant aux Indiens le « droit de continuer à chasser sur tout le territoire cédé » pouvait leur sembler protéger leur mode de vie traditionnel. Il restait à voir ce que signifiaient les restrictions imposées à ce droit : il serait « assujetti aux règlements que le gouvernement jugera[it] opportun d’adopter » et ne s’appliquerait pas sur « les terres affectées [...] à la colonisation, à l’exploitation minière, à la traite ou à d’autres fins ». L’emplacement des terres de la réserve et la définition des droits de chasse allaient susciter bien des différends dans les années qui suivirent et faire périodiquement l’objet de litiges. Bearspaw, tout comme les autres chefs stonies, fit pression maintes fois sur le gouvernement fédéral afin que la tribu obtienne des terres supplémentaires pour la réserve et afin que les droits de chasse soient respectés comme le traité le promettait. En 1898, les trois chefs stonies formèrent un comité des terres pour défendre leurs revendications territoriales.

Malgré les nombreuses déceptions qu’ils connurent, les Stonies tinrent les promesses qu’ils avaient faites en signant le traité. Au moment du soulèvement de 1885 [V. Mistahimaskwa*], Bearspaw et les deux autres chefs envoyèrent au commissaire des Affaires indiennes à Regina un télégramme dans lequel ils affirmaient leur loyauté, et les Stonies servirent d’éclaireurs à la milice canadienne.

Selon les dossiers du gouvernement, Jacob Bearspaw était « droit, sobre, honnête, industrieux et s’occup[ait] bien de sa bande ». Le missionnaire John W. Niddrie, qui le connut de 1890 à sa mort en 1903, l’a décrit comme un « vieux guerrier bourru » qui « s’en [tenait] à ce qu’il cro[yait] juste et bon ». Il repose au cimetière de la bande Bearspaw, sur la réserve des Stonies.

Ian A. L. Getty

La documentation de tradition orale des Stonies concernant Ozîja Thiha est conservée au Nakoda Institute, Stoney Tribal Administration (Morley, Alberta), dans des transcriptions d’enregistrements d’entrevues réalisées avec Elizabeth [McLean] Bearspaw, 8 févr., 5 nov. 1984, 18 janv. 1985 ; avec Paul Dixon Sr, 23 août 1984 ; avec Mary Kootenay, 25 avril 1985 ; et avec Bill McLean, 26 juill. 1985.

GA, M4390, vol. 1, note on Chief Bearspaw.— Whyte Museum and Arch. of the Canadian Rockies (Banff, Alberta), M396 (Hermann Hagedorn papers), folder 3 (transcription d’une entrevue avec George McLean [Tatânga Mânî]).— Marius Barbeau, Indian days on the western prairies (Ottawa, 1960).— Canada, Parl., Doc. de la session, 1901–1905, rapports annuels du dép. des Affaires indiennes, 1900–1904.— W. E. A. Getty, « Perception as an agent of sociocultural change for the Stoney Indians of Alberta » (thèse de m.a., Univ. of Calgary, 1974 ; exemplaire conservé au Nakoda Institute).— Morris, Treaties of Canada with the Indians.— J. W. Niddrie, « Memories of Morley », J. W. Chalmers, édit., Alberta Hist. (Calgary), 40 (1992), no 3 : 10–13.— John Snow, These mountains are our sacred places : the story of the Stoney Indians (Toronto et Sarasota, Fla, 1977).— « Stoney history notes », P. M. Jonker, compil. (opuscule de 20 pages publié par la bande de Chiniki des Stonies, Morley, 1983).

Bibliographie générale

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Ian A. L. Getty, « OZÎJA THIHA », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 22 juill. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/ozija_thiha_13F.html.

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Auteur de l'article:   Ian A. L. Getty
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1994
Année de la révision:   1994
Date de consultation:   22 juillet 2014