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McDOUGALL, GEORGE MILLWARD, ministre de l’Église méthodiste et missionnaire, né à Kingston, dans le Haut-Canada, le 9 septembre 1821, décédé le 25 janvier 1876 non loin du fort Calgary.

Les parents de George Millward McDougall étaient des Écossais des Highlands. Son père, sous-officier dans la marine royale, servit à Kingston pendant la guerre de 1812. Dans sa jeunesse George Millward fit lui-même partie d’une unité de la milice, les Royal Foresters, lors de la rébellion de 1837. Par la suite, il s’installa avec ses parents sur une ferme près de Barrie, dans le Haut-Canada. Il n’avait fait que des études élémentaires très sommaires mais très tôt il apprit les nombreux métiers nécessaires aux pionniers, ce qui allait lui être très utile plus tard, dans ses missions de l’Ouest. Le 10 janvier 1842, il épousa Elizabeth Chantler, née en Angleterre de parents quakers. Ils eurent huit enfants dont John Chantler*, qui assista son père dans son travail missionnaire, et David, négociant et propriétaire d’un ranch qui approvisionnait les missions.

Après avoir assisté à des assemblées tenues par le prédicateur laïc méthodiste, Peter White, McDougall se convertit au méthodisme et devint lui aussi prédicateur laïc puis il se consacra au ministère. Il fréquenta Victoria College à Cobourg, dans le Canada-Ouest, durant l’hiver de 1849–1850 puis se rendit à Alderville où on le nomma, à titre d’essai, auxiliaire du révérend William Case*, éducateur d’expérience auprès des Indiens. McDougall fit ses débuts comme missionnaire à Garden River et à Rama, près d’Orillia. La Conférence méthodiste l’ordonna ministre du culte à Belleville, dans le Canada-Ouest, au mois de juin 1854.

McDougall fut envoyé en 1860 à la mission de Rossville, près de Norway House, dans le territoire de la Hudson’s Bay Company, et nommé président du district méthodiste qui s’étendait d’Oxford House et du lac La Pluie jusqu’aux montagnes Rocheuses. Après quelques tournées dans les missions de la région de Norway House, il entreprit en 1862 un voyage de reconnaissance dans la vallée de la Saskatchewan. Il eut des entretiens avec des confrères missionnaires et avec les Cris à qui il promit de revenir l’année suivante habiter leur région. C’est ainsi qu’en 1863, accompagné de sa femme et de ses enfants, il remonta la rivière Saskatchewan, dans les bateaux de la compagnie spécialement construits au poste de York. Ce fut peut-être la première famille blanche de cette vague de pionniers qui, de l’Ontario, vinrent s’établir en Alberta au cours de la décennie de 1860.

McDougall fonda la mission Victoria (Pakan) sur les bords de la rivière Saskatchewan-Nord, à 80 milles environ à l’est d’Edmonton House. Il eut pour tâche principale, au début, de renforcer le travail d’évangélisation commencé entre 1840 et 1848 par le missionnaire anglais de l’Église wesleyenne, Robert Terrill Rundle*, et poursuivi par Henry Bird Steinhauer* et Thomas Woolsey ; il dut aussi enseigner aux Indiens un mode de vie sédentaire fondé sur l’agriculture. Sur les bords fertiles de la rivière, McDougall construisit la mission, comme le commencement d’une colonisation modèle. Très vite, des Indiens et des Métis (plusieurs d’entre eux venant de la colonie de la Rivière-Rouge) s’établirent sur des terres de chaque côté de la mission, au bord de la rivière. À l’aide d’un outillage bien modeste on sema des grains de céréales et des graines de potager ; on enseigna les rudiments de l’agriculture et on construisit des maisons et des bâtiments annexes ainsi qu’une école et une église. McDougall fit de nombreuses tournées missionnaires chez les nomades des régions éloignées.

Il fit appel à son fils John pour réorganiser une mission, qu’ils nommèrent Woodville, à la pointe nord-ouest du lac Pigeon. Cette mission, située le long d’une voie de terre à mi-chemin entre Edmonton House et Rocky Mountain House était accessible aux tribus des Assiniboines et des Stones du Sud.

Pendant la période qui s’étend depuis le transfert des territoires de la Hudson’s Bay Company en 1869 jusqu’à l’acquisition des terres par des traités conclus avec les Indiens et l’arrivée de la North West Mounted Police (Gendarmerie royale du Canada) en 1874, le Nord-Ouest connut l’angoisse et l’insécurité. Les bisons émigraient au-delà des zones habituelles de chasse, les récoltes étaient mauvaises et la quantité de gibier diminuait sensiblement. La compagnie dont l’autorité était établie de longue date cédait la place à une forme de gouvernement civil jusqu’alors inconnue. La rébellion de 1869–1870 dans le Nord-Ouest compliqua beaucoup le ravitaillement des missions et la livraison de leur courrier. Puis survint l’épidémie de variole de 1870. Avec les remèdes dont il disposait et ses quelques connaissances médicales, McDougall fit de son mieux. Toute sa maisonnée, à l’exception de sa femme, contracta la variole et trois de ses filles en moururent. McDougall fut nommé membre d’une commission d’enquête sur la santé qui rapporta que l’épidémie avait fait 3 512 victimes, ce qui représentait environ un tiers de la population indigène. Vers cette époque McDougall construisit un hôpital à la mission Victoria ; ce fut probablement le premier hôpital de l’actuelle province de l’Alberta.

La tâche administrative de McDougall s’était trouvée allégée en 1868 avec la création, à l’est, du district de la Rivière-Rouge dont le centre principal, Upper Fort Garry (Winnipeg), avait pour président le révérend George Young*. On nomma la région de l’Ouest, où travaillait McDougall, le district de la Saskatchewan et d’autres missionnaires furent appelés à développer l’œuvre. À cette époque et par la suite, la société missionnaire de l’Église méthodiste wesleyenne du Canada assuma la majeure partie des frais.

Devant l’importance croissante d’Edmonton House aux points de vue du transport et du commerce, McDougall alla s’y installer en 1871 dans le but de fonder une mission permanente. Il espérait sans doute que cette mission contrebalancerait l’influence des missions catholiques du lac Sainte-Anne et de Saint-Albert, déjà bien établies sous la direction du père Albert Lacombe*, et celle d’Edmonton qui comprenait une église à l’intérieur de la palissade. En 1873, McDougall et son fils John ayant reçu l’autorisation d’ouvrir une mission chez les Pieds-Noirs, trouvèrent un site approprié (Morley) dans la vallée de la rivière Bow. Cette mission serait sous la protection des Stones des montagnes tout en étant facile d’accès pour les tribus des Pieds-Noirs de la prairie. Depuis l’époque de Rundle, les Stones étaient demeurés les alliés très sûrs des missionnaires wesleyens. De toutes les tribus de l’Ouest, les Pieds-Noirs se montraient les plus intraitables et l’apostolat missionnaire ne s’était guère exercé auprès d’eux sauf quand ils venaient trafiquer dans les postes du Nord. McDougall désigna son fils John comme missionnaire à Morley. À la fin d’octobre 1873, il partit avec son frère David.

McDougall se trouva aux prises avec deux problèmes sociaux urgents : le commerce illégal des boissons alcooliques parmi les Indiens [V. Onistah-sokaksin] et la demande des tribus indiennes de traités avec le gouvernement du Canada [V. Wikaskokiseyin]. Il éprouva un sentiment de pitié pour les nombreux Indiens, particulièrement pour les veuves et les orphelins, réduits à l’indigence par les guerres continuelles entre tribus, par la débauche et la violence – situation souvent attribuable à la cupidité des marchands indépendants. McDougall poussa donc les Indiens à réclamer l’interdiction de la vente des boissons alcooliques dans le territoire. C’est volontairement qu’il appuya le nouveau gouvernement du dominion en persuadant les indigènes de conserver la paix et de ne pas se joindre au groupe des rebelles de la région de la Rivière-Rouge dirigé par Louis Riel*. Il se fit « médiateur » en communiquant aux Indiens l’intention du gouvernement de négocier avec eux de façon équitable ; de plus, il incita les Indiens à adresser eux-mêmes leurs requêtes au gouvernement et à exiger la garantie de leurs droits par un traité en bonne et due forme.

En 1875, le lieutenant-gouverneur du Manitoba et des Territoires du Nord-Ouest, Alexander Morris*, demanda à McDougall, à son retour d’un congé, de donner l’assurance aux Indiens de l’Ouest que des délégués du gouvernement viendraient négocier des traités avec eux. McDougall entreprit la visite de tous les campements indiens, à partir de Carlton House (près de l’actuel Prince-Albert) jusqu’aux montagnes Rocheuses à l’ouest, pour leur apporter ce message et écouter leurs discours et leurs revendications. Il accomplit cette mission difficile de façon satisfaisante, préparant ainsi les Indiens aux Traités no 6 et no 7.

Premier pasteur wesleyen à vivre en permanence dans les Prairies, McDougall fit progresser l’influence de l’Église protestante au-delà des itinéraires tracés par ses prédécesseurs. Comme tout homme de son temps, il se montrait très sectaire dans sa fidélité envers son Église, mais il travaillait sans relâche à « christianiser et à civiliser » ceux dont il avait la charge. De façon remarquable pour l’époque et la région, il s’efforça de promouvoir l’instruction primaire, l’agriculture et l’hygiène. Au moment de sa mort, il projetait de construire une nouvelle mission et un orphelinat pour les Indiens sur les bords de la rivière Playground (rivière Oldman). Il eut sur les Indiens et les Métis une forte influence stabilisatrice ; il croyait à la Confédération comme moyen de résoudre le problème de l’Amérique du Nord britannique et il était essentiellement nationaliste. Il mit en garde l’Église et l’État contre les tendances séparatistes que, selon lui, le clergé catholique appuyait ou qui étaient peut-être le résultat des empiètements des marchands indépendants américains.

McDougall mourut au cours d’une excursion de chasse au bison à la suite d’efforts épuisants. On trouva son corps après quelques recherches et on l’enterra dans la partie du cimetière réservée à la bande indienne des Wesleys (dans la propriété de l’église McDougall Memorial) près de Morley. « Peu d’hommes sont morts en laissant autant de regrets chez les Indiens ou chez les hommes blancs que ce ministre du Christ au cœur large, courageux, travailleur et dévoué. »

James Ernest Nix

Alberta Provincial Library, Journal of John Chantler McDougall, 18751876.— Annual report of the Missionary Society of the Methodist Church of Canada, 18751876.— Annual reports of the Missionary Society of the Wesleyan Methodist Church in Canada, in connexion with the English conference, 18651874.— J. C. McDougall, George Millward McDougall, the pioneer, patriot and missionary (1re éd., 1888 ; 2e éd., Toronto, 1902).— Missionary notices of the Methodist Church of Canada (Toronto), 3° sér., III (1875–1878).— Morris, Treaties of Canada with Indians, 168276.— Wesleyan Missionary Society notices, Canada conference (Toronto), I (1854–1859) ; nouv. sér., II (1868–1874).— John Maclean, Vanguards of Canada (Toronto, 1918), 119–138.— J. E. Nix, Mission among the buffalo ; the labours of the Reverends George M. and John C. McDougall in the Canadian Northwest, 1860–1876 (Toronto, [1960]).

Bibliographie générale

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James Ernest Nix, « McDOUGALL, GEORGE MILLWARD », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 10, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 21 août 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/mcdougall_george_millward_10F.html.

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Auteur de l'article:   James Ernest Nix
Titre de l'article:   McDOUGALL, GEORGE MILLWARD
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 10
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1972
Année de la révision:   1972
Date de consultation:   21 août 2014