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PAMBRUN, PIERRE-CHRYSOLOGUE, officier de milice et trafiquant de fourrures, né le 19 décembre 1792 à L’Islet, Bas-Canada, fils d’André-Dominique Pambrun et d’Angélique Hiraque ; en 1821, il épousa à la façon du pays à Cumberland House (Saskatchewan) Catherine Umfreville, fille métisse de Thomas Umfreville, et de cette union qui fut bénie au fort Vancouver (Vancouver, Washington) le 8 décembre 1838 naquirent neuf enfants ; décédé le 15 mai 1841 au fort Walla Walla (Walla Walla, Washington).

Pierre-Chrysologue Pambrun choisit d’abord la carrière militaire, « l’état le plus honorable, selon son père [lui-même un officier de milice], dans lequel un jeune homme vertueux et courageux [pouvait] se distinguer et se faire un sort ». Pendant la guerre de 1812, il s’engagea dans le corps des Voltigeurs canadiens, commandé par Charles-Michel d’Irumberry* de Salaberry. On le promut caporal en janvier 1813 et sergent le mois suivant. En suivant les conseils de son père et en suppléant par sa bravoure à son manque de formation libérale, il se distingua en octobre à la bataille de Châteauguay, ce qui lui valut le grade de lieutenant en second en 1814. Il vit toutefois ses espoirs de carrière militaire s’écrouler lorsqu’on démobilisa le corps des Voltigeurs au lieu de l’intégrer à l’armée régulière.

En avril 1815, Pambrun entra au service de la Hudson’s Bay Company à titre de commis. Pour regagner le commerce du Nord-Ouest accaparé par la North West Company, cette dernière menait une campagne de recrutement auprès des voyageurs canadiens. Pambrun partit en mai pour la rivière Rouge avec le convoi sous les ordres de Colin Robertson. D’abord affecté à Pembina (Dakota du Nord), il accompagna, au début de 1816, le gouverneur Robert Semple* dans sa tournée des postes de la compagnie sur les rivières Rouge et Assiniboine. Envoyé au fort Qu’Appelle (Fort Qu’Appelle, Saskatchewan) le 12 avril chercher des ravitaillements pour les colons de lord Selkirk [Douglas*], il revenait au début de mai avec les 22 hommes de James Sutherland dans cinq canots chargés de 600 sacs de pemmican et de 22 ballots de fourrures. Le 12 mai, au moment où le convoi abordait un violent rapide, quelque 49 employés de la North West Company sous le commandement, entre autres, de Cuthbert Grant* l’attaquèrent. Fait prisonnier, Pambrun dut les suivre du fort Qu’Appelle, qu’ils quittèrent à la fin de mai, au fort Douglas (Winnipeg). Témoin du pillage de Brandon House et des ravages au fort Douglas, il apprit en plus la nouvelle du massacre de La Grenouillère, connu aussi sous le nom de Seven Oaks (Winnipeg), et la mort de Semple. Conduit ensuite au fort William (Thunder Bay, Ontario), siège principal de la North West Company, il fut libéré en août 1816, à la demande de lord Selkirk qui venait d’y arriver. L’« opposition » porta contre lui, en mars 1818, des accusations concernant des vols qui auraient été perpétrés à la rivière Rouge durant l’hiver de 1816–1817. Pendant les années qui suivirent, il fut appelé à servir de témoin pour le compte de son employeur, ce qui l’amena à York (Toronto), à Montréal, ainsi qu’à Londres en 1819, où l’on publia dans Narratives [...] le récit des événements qu’il avait vécus ; ce livre contenait aussi les témoignages de John Pritchard* et de Frederick Damien Heurter.

De retour à la baie d’Hudson en 1820, Pambrun servit à titre de commis dans le district de la Saskatchewan jusqu’en 1825. En 1820–1821, il était à Cumberland House. L’hiver suivant, à York Factory (Manitoba), on lui donna la responsabilité des opérations de pêche de Rock Depot. De juillet 1822 à avril 1823, il dirigea les hommes de l’expédition chargée de la construction d’un poste sur la rivière Bow. De là, il se rendit à Edmonton House (Edmonton) où il était encore en septembre 1823. Il hiverna ensuite sur la rivière Smoky.

De 1825 à 1831, Pambrun travailla à titre de commis dans le district de New Caledonia (Colombie-Britannique), surtout au fort Kilmars (près de Babine), où il arriva en juin 1825. Durant l’été de 1826, il accompagna James Douglas* et Francis Ermatinger dans un voyage de 1 000 milles jusqu’au fort Vancouver, nouveau centre d’approvisionnement du district, puis revint au lac Stuart pour l’hiver de 1826–1827. Par la suite, l’agent principal William Connolly le mit en charge du fort Kilmars (1827–1829, 1830–1831), ainsi que du fort Alexandria (Alexandria) (1829–1830). Après s’être vu refuser un congé en 1829 pour aller à Montréal y régler des affaires personnelles, Pambrun en obtint un en 1831 et se rendit à Norway House (Manitoba), puis à York Factory.

Pambrun reprit son service en 1832, dans le district de la Colombie. John McLoughlin* lui confia le fort Walla Walla, poste important du district et l’un des plus dangereux à cause des « nombreuses tribus audacieuses et belliqueuses » qui vivaient dans les environs. Malgré quelques difficultés en 1835–1836 et en 1840, Pambrun acquit un fort ascendant sur elles. Il leur enseigna même quelques rudiments de catholicisme ; il préparait ainsi le terrain pour les abbés François-Norbert Blanchet et Modeste Demers* qui œuvrèrent dans cette région à partir de 1838.

Pambrun vit arriver les Américains dans l’Oregon. En 1837, George Simpson* le blâma d’avoir vendu du tabac et des marchandises de traite au capitaine Benjamin-Louis-Eulalie de Bonneville, au prix des « hommes libres », ce qui allait à l’encontre des intérêts de la compagnie. Les nombreux visiteurs et colons américains qui passèrent par le fort Walla Walla mentionnèrent la grande hospitalité de Pambrun. D’ailleurs, ce dernier entretint toujours de très bonnes relations avec le missionnaire presbytérien Marcus Whitman et sa femme.

Malgré ses requêtes, Pambrun ne fut promu au rang de chef de poste qu’en 1839, après 24 années de service. Il était l’un des rares Canadiens à atteindre un rang aussi élevé au sein de la Hudson’s Bay Company. Pourtant Simpson n’avait pas une très haute opinion du commis si l’on en juge par une note qu’il écrivit en 1832 dans son « Character book » : « Un petit homme actif et sérieux, tiré à quatre épingles, désireux d’être utile mais manquant de jugement et dépourvu de formation – plein de « cran », a une très haute opinion de lui-même et est plutôt un « Petit Maître ». Ne gère pas bien les affaires de son poste, résultat plutôt d’un manque de discrétion et de prévoyance que de l’indifférence et de l’inattention. » D’autres témoignages, tout en mentionnant son manque de formation, mettent par ailleurs l’accent sur ses qualités de leader, son audace et sa persévérance, qui le font choisir pour mener des hommes dans des expéditions dangereuses et qui ont assuré son succès au fort Walla Walla. À sa mort, McLoughlin écrivit de lui : « la compagnie perd un excellent employé et un homme très capable de gérer le poste placé sous sa charge ».

Pierre-Chrysologue Pambrun mourut au fort Walla Walla le 15 mai 1841, des suites d’une chute de cheval. Enterré d’abord au fort, son corps fut transporté, en 1844, au fort Vancouver où il reçut une sépulture religieuse le 9 mars.

Gratien Allaire

PAM, HBCA, A.1/61 : fo 87 ; A.34/1 : fos 61–62 ; A.36/11 : fos 92–101 ; P. C. Pambrun file.— UTFL, ms coll. 30, J. N. Wallace, « Encyclopedia of the fur trade, biographical & geographical ».— Catholic Church records of the Pacific northwest ; Vancouver, volumes I and II, and Stellamaris mission, M. de L. W. Warner, trad., H. D. Munnick, édit. (St Paul, Oreg., [1972]).— HBRS, 4 (Rich) ; 18 (Rich et Johnson) ; 30 (Williams).— John McLoughlin, Letters of Dr. John McLoughlin, written at Fort Vancouver, 1829–1832, B. B. Barker, édit. (Portland, Oreg., [1948]).— Narratives of John Pritchard, Pierre Chrysologue Pambrun, and Frederick Damien Heurter, respecting the aggressions of the North-West Company, against the Earl of Selkirk’s settlement upon Red River (Londres, 1819).— Morice, Dict. hist. des Canadiens et des Métis (1908).— Benoît Brouillette, la Pénétration du continent américain par les Canadiens français, 1763–1846 [...] (Montréal, 1939).— George Bryce, The remarkable history of the Hudson’s Bay Company including that of the French traders of north-western Canada and of the North-West, XY, and Astor Fur companies [...] (Londres, 1900).— C. M. Drury, Marcus and Narcissa Whitman, and the opening of the old Oregon (2 vol., Glendale, Calif., 1973).— Michelle Guitard, Histoire sociale des miliciens de la bataille de la Châteauguay (Ottawa, 1983).— K. L. Holmes, « Pierre Chrysologue Pambrun », The mountain men and the fur trade of the far west [...], L. R. Hafen, édit. (10 vol., Glendale, 1965–1972), 3 : 239–247.— Washington Irving, The adventures of Captain Bonneville (New York, 1904).— A. D. Pambrun, Sixty years on the frontier in the Pacific northwest (Fairfield, Wash., 1978), 9–11, 143–150.— Joseph Tassé, les Canadiens de l’Ouest (2 vol., Montréal, 1878), 2 : 299–320.

Bibliographie générale

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Gratien Allaire, « PAMBRUN, PIERRE-CHRYSOLOGUE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 7, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 22 août 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/pambrun_pierre_chrysologue_7F.html.

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Auteur de l'article:   Gratien Allaire
Titre de l'article:   PAMBRUN, PIERRE-CHRYSOLOGUE
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 7
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1988
Année de la révision:   1988
Date de consultation:   22 août 2014