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PARADIS, ÉLODIE (baptisée Alodie-Virginie), dite mère Marie-Léonie, sœur marianite de Sainte-Croix, fondatrice de l’Institut des Petites Sœurs de la Sainte-Famille, née le 12 mai 1840 à L’Acadie, Bas-Canada, fille unique des six enfants de Joseph Paradis et d’Émilie Grégoire ; décédée le 3 mai 1912 à Sherbrooke, Québec.

Pour subvenir aux besoins de sa famille, le père d’Élodie Paradis s’installe vers 1845 dans le rang de la Tortue, non loin du village de Saint-Philippe-de-Laprairie, où il loue un moulin désaffecté et y scie du bois, moud du grain et carde de la laine. Quand Élodie atteint neuf ans, sa mère décide de l’envoyer au pensionnat des sœurs de la Congrégation de Notre-Dame à Laprairie (La Prairie). La même année, son père s’exile en Californie pour y chercher de l’or, et la famille vit un temps à Napierville, où Élodie poursuit ses études, mais pour quelques mois seulement : elle retourne en 1850 au pensionnat de Laprairie. Ayant appris par un voisin, le jeune Camille Lefebvre*, l’existence d’une communauté de religieuses au sein de la famille de Sainte-Croix, Élodie se présente au noviciat des Sœurs marianites de Sainte-Croix à Saint-Laurent, près de Montréal, le 21 février 1854. Elle n’a pas encore 14 ans. C’est en vain que son père tente de la ramener à la maison à son retour de Californie. Elle est acceptée comme novice sous le nom de sœur Marie-de-Sainte-Léonie. En 1856, elle enseigne à Sainte-Scholastique (Mirabel) puis prononce ses vœux le 22 août 1857. Elle sera ensuite enseignante, surveillante et secrétaire de la supérieure à Varennes, Saint-Laurent et Saint-Martin (Laval). En 1862, elle est envoyée à New York, où les marianites dirigent un orphelinat, un ouvroir et une école pour les enfants pauvres de la paroisse St Vincent de Paul. Huit ans plus tard, elle se joint à la branche américaine des Sœurs marianites de Sainte-Croix et va en Indiana pour enseigner le français et les travaux à l’aiguille aux sœurs qui se destinent à l’enseignement.

Après un court séjour au Michigan, sœur Marie-Léonie est appelée en 1874 à diriger un groupe de novices et de postulantes au collège Saint-Joseph de Memramcook, au Nouveau-Brunswick. Ce collège, fondé en 1864 par son compatriote Camille Lefebvre, a besoin de recrues pour les « soins de l’économie domestique et de la bonne tenue du département culinaire » de cette maison. C’est là qu’Élodie Paradis pourra répondre à ce qu’elle estime être sa vocation dans la conjoncture du moment : auxiliaire et collaboratrice des pères de Sainte-Croix dans l’œuvre d’éducation auprès des jeunes Acadiens. La situation matérielle précaire du collège à cause d’un manque de personnel de soutien essentiel à sa bonne marche, mais aussi le faible niveau d’instruction des Acadiens et l’absence d’établissements pour accueillir les filles aspirant à la vie religieuse, vont confirmer sœur Marie-Léonie dans son projet. Le 26 août 1877, 14 Acadiennes accueillies dans l’ouvroir qu’elle dirige endossent un habit particulier ; en 1880, le chapitre général des pères de Sainte-Croix accepte l’idée d’une nouvelle fondation pour les besoins des collèges, l’Institut des Petites Sœurs de la Sainte-Famille. De l’avis d’Alfred-Valère Roy*, successeur de Lefebvre, l’action de ce dernier et de la fondatrice a contribué « à sauver la nationalité acadienne menacée et vouée à l’anglification » aussi bien par les Irlandais catholiques que par les protestants.

Nommée supérieure de la nouvelle communauté, mère Marie-Léonie tente à maintes reprises d’obtenir de l’évêque de Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick, Mgr John Sweeny*, l’approbation de sa famille religieuse, mais en vain. En 1895, elle rencontre l’évêque de Sherbrooke, Mgr Paul Larocque*, en quête de personnel domestique pour son séminaire ; celui-ci accepte de recevoir dans son diocèse la maison mère et le noviciat des Petites Sœurs et de leur accorder son approbation. Après 21 ans passés en Acadie, la fondatrice et son œuvre s’installent le 5 octobre 1895 au 10 de la rue Peel à Sherbrooke. Le 26 janvier 1896, l’évêque accorde l’approbation canonique, qui consacre la reconnaissance de l’institut par l’Église. Mère Marie-Léonie s’applique dès lors à donner une règle de vie à son institut et à développer chez les sœurs un esprit empreint de simplicité souriante, de générosité et de fraternité. Cette générosité rayonne jusqu’à l’étranger et est symbolisée par l’adoption d’une petite fille kabyle. « Elle était toute de cœur », dira Mgr Larocque de mère Marie-Léonie. Après avoir assuré la formation intellectuelle des sœurs illettrées, elle poursuit leur formation humaine et spirituelle dans sa correspondance avec elles après leur départ de Sherbrooke.

Mère Marie-Léonie meurt le 3 mai 1912 à la veille de ses 72 ans. Au cours de sa vie, elle a présidé à 38 fondations au Québec, au Nouveau-Brunswick, en Ontario et aux États-Unis, la plupart dans les collèges, quelques-unes dans les évêchés. Au moment de sa mort, l’institut compte quelque 635 membres. Élodie Paradis a été béatifiée à Montréal le 11 septembre 1984, dans le cadre de la visite du pape Jean-Paul II au Canada. L’Église a ainsi voulu reconnaître « une femme d’avant-garde », qui avait su répondre aux besoins de son époque en fondant le premier institut destiné à assister les prêtres dans leur œuvre d’éducation. Sans cette aide, certains collèges n’auraient pu survivre car ils n’avaient pas les moyens d’engager du personnel laïque rémunéré.

Denise Robillard

C’est aux Arch. du Centre Marie-Léonie (Sherbrooke, Québec), que l’on trouve l’essentiel de la documentation concernant mère Marie-Léonie. L’œuvre de la communauté qu’elle a fondée a fait l’objet, en 1979, d’un film intitulé les Servantes du bon Dieu, réalisé par Diane Létourneau.

ANQ-M, CE4-1, 12 mai 1840.— Arch. des Sœurs de Sainte-Croix (Saint-Laurent, Québec), Fonds Mère-Marie-Léonie.— A.-M. Cimichella, Marie-Léonie Paradis ; ses multiples et mystérieux chemins (1840–1912) (Montréal, 1980).— Thérèse Gendron et Raymond Maric, Léonie Paradis : fondatrice des Petites Sœurs de la Sainte-Famille (Strasbourg, France, [1986 ?]).— Gerbes de faveurs merveilleuses obtenues par l’intercession de mère Marie-Léonie, fondatrice de l’Institut des Petites Sœurs de la Sainte-Famille (Sherbrooke, 1962).— Arsène Goyette, Une grande âme et une grande œuvre (Sherbrooke, 1926).— Jeanne Grégoire, la Source et le Filon : de l’ancêtre Pierre Paradis à la fondatrice des Petites Sœurs de la Sainte-Famille, mère Léonie (Montréal, 1961).— Eugène Nadeau, Mère Léonie, fondatrice des Petites Sœurs de la Sainte-Famille (1840–1912) (Montréal, 1950) ; Montre-moi tes chemins : les routes imprévues de mère Léonie, fondatrice des Petites Sœurs de la Sainte-Famille, 1840–1912 (Sherbrooke, [1974]).— M.-G. Perras, Message de mère Marie-Léonie Paradis, fondatrice des Petites Sœurs de la Sainte-Famille (1840–1912) (Sherbrooke, 1953).— Denise Robillard, Mère Marie-Léonie, 1840–1912, fondatrice des Petites Sœurs de la Sainte-Famille (Montréal, 1984).

Bibliographie générale

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Denise Robillard, « PARADIS, ÉLODIE, mère Marie-Léonie », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 25 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/paradis_elodie_14F.html.

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Auteur de l'article:   Denise Robillard
Titre de l'article:   PARADIS, ÉLODIE, mère Marie-Léonie
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1998
Année de la révision:   1998
Date de consultation:   25 octobre 2014