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PHELPS, LILLIAN MARIETTA (Minnie), organisatrice du mouvement de tempérance, née le ter juin 1859 à Merritton (St Catharines, Ontario), fille de Judson Canfield Phelps, forgeron, et d’Eliza A. Street ; décédée célibataire dans cette localité le 13 janvier 1920.

On sait peu de chose sur les premières années de Lillian Marietta Phelps, sinon qu’elle grandit dans la foi méthodiste, manifesta des talents d’oratrice et obtint un diplôme de la Philadelphia School of Oratory. Elle représente très bien les jeunes femmes célibataires évangéliques qui entrèrent à l’Ontario Woman’s Christian Temperance Union, fondée en 1877 par Letitia Youmans [Creighton*].

Première secrétaire aux archives de cette association, de 1877 à 1881, Minnie Phelps, comme on l’appelait, en fut aussi l’une des organisatrices et des conférencières tout au long des années 1880 et 1890. À ce titre, elle visita de nombreux groupes féminins dans l’espoir de fonder des sections de l’Union chrétienne de tempérance des femmes. Les sections des comtés de Lincoln, de Welland et d’Oxford comptent parmi celles qu’elle aida à organiser. Elle-même fut présidente de l’association à St Catharines à divers moments entre les années 1880 et le début du xxe siècle. En outre, les sections existantes l’invitaient souvent à prendre la parole à leurs réunions ; en 1893 par exemple, elle remporta un franc succès à London, en Ontario. La même année, en reconnaissance de ses services, elle fut nommée commissaire de l’Union chrétienne de tempérance des femmes du Canada à l’Exposition universelle de Chicago. En 1895, l’association la délégua à Londres au conseil biennal de la World’s Woman’s Christian Temperance Union et au conseil de la British Women’s Temperance Association.

Minnie Phelps fut l’une des nombreuses femmes à la forte personnalité qui dirigèrent les groupes de travail de l’Ontario Woman’s Christian Temperance Union dans ses premières années. Mary Wiley [McLellan*] et Huldah S. Rockwell [McMullen*] comptaient au nombre de ses collègues. Rédactrice pigiste sur les questions relatives aux femmes et à la tempérance, elle fut, de 1881 à 1886, surintendante du groupe de travail sur la presse, qui cherchait à obtenir, dans les journaux locaux, des articles où l’on traiterait favorablement les préoccupations et les activités de l’association. De 1891 à 1894, elle dirigea le groupe des usages parlementaires, par l’entremise duquel furent prises des mesures en vue de donner un caractère officiel aux travaux de l’association et de faire en sorte que ses résolutions paraissent légitimes à la population. En outre, Minnie Phelps fonda en 1894 et supervisa jusqu’en 1897 un groupe de travail auprès des Noirs. Il s’agissait de l’une des premières initiatives de l’Union chrétienne de tempérance des femmes en vue de limiter la consommation d’alcool parmi les communautés noires de l’Ontario. Après des débuts encourageants sous la direction de Mlle Phelps, la tâche se révéla plus ardue que l’association ne l’avait pensé. Les groupes locaux de femmes noires, surtout dans la région torontoise, ne survécurent que quelques années. Il semblerait que l’Union chrétienne de tempérance des femmes n’avait pas voulu confier des postes de direction aux femmes de race noire et avait choisi plutôt de les traiter comme des victimes de l’alcoolisme. Pareille position aurait été ironique étant donné que l’association tirait une partie de sa force de ce qu’elle jugeait ses membres de la classe moyenne et bon nombre des femmes des classes laborieuses capables de se réformer elles-mêmes et de réformer leur famille et la société.

Bien que Minnie Phelps ait milité surtout pour la tempérance (elle appartenait aussi à l’Independent Order of Good Templars), un puissant souci de justice envers les femmes inspirait également son action. En 1883, elle s’était inscrite à la Canadian Women’s Suffrage Association. Dans un article paru en 1890, elle exposa des arguments convaincants en faveur de l’équité dans l’emploi, les salaires et le suffrage. Bien qu’elle ait signalé de grandes disparités entre les salaires des femmes et des hommes dans l’enseignement et dans des industries tels le vêtement et la distillerie, elle ne réclamait pas de contrôles extérieurs pour corriger les abus. « Je ne demande pas, écrivait-elle, que la femme réclame protection contre ces maux criants. Je ne demande pas que la femme puisse avoir une chance de se protéger par les mêmes moyens que l’autre fraction du tout humain – l’homme – car il y a presque autant de femmes que d’hommes qui doivent gagner elles-mêmes leur pain. » Soutenir qu’il fallait libérer les femmes pour qu’elles recherchent des solutions à l’injustice par le moyen de l’éducation et aient pleinement voix au chapitre dans les affaires publiques et la vie sociale faisait partie des arguments évangéliques employés par l’Ontario Woman’s Christian Temperance Union à la fin du xixe siècle et au début du xxe en vue d’améliorer la condition féminine et la société en général.

En 1894, le Daily Standard de St Catharines dit que « le remarquable talent oratoire » de Minnie Phelps l’avait « placée au premier rang des conférenciers de sexe féminin ». Une nécrologie signalerait qu’elle avait prononcé des allocutions dans toutes les régions des États-Unis. Son nom ne figure pas dans les rapports de l’Union chrétienne de tempérance des femmes après 1905, et l’on ignore si elle continua de voyager ou de donner des conférences.

Lillian Marietta Phelps mourut en 1920 dans la maison familiale de Merritton et fut inhumée au cimetière de Victoria Lawn. Elle laissait dans le deuil son père et son frère.

Sharon Anne Cook

L’article de Lillian Marietta Phelps intitulé « Women as wage-earners » a été publié dans Woman : her character, culture and calling [...], B. F. Austin, édit. (Brantford, Ontario, 1890), 51–55.

AN, RG 31, C1, 1871, Grantham Township, Ontario, div. 3 :70.— AO, F 885, MU 8379, MU 8404, MU 8407–9 ; RG 22–235, n° 4560 ; RG 80–8–0–769, n° 22941.— Univ. of Western Ontario Library, Regional Coll. (London), Woman’s Christian Temperance Union, London District records, mars 1893.— Daily Standard (St Catharines, Ontario), 12 janv. 1894, 23 mai 1895, publié par la suite sous le titre St. Catharines Standard. 14, 17 janv. 1920. E. J. Archibald, « The Dominion Womans Christian Temperance Union », Dominion Illustrated Monthly (Montréal), [2e sér.], 2 (févr.–sept. 1893) : 251–259 (photographie de Phelps, p. 256).— C. L. Bacchi, Liberation deferred ? The ideas of the English-Canadian suffragists, 1877–1918 (Toronto, 1983).— S. G. E[lwood] McKee, Jubilee history of the Ontario Woman’s Christian Temperance Union, 1877–1927 (Whitby, Ontario, [1927 ?]).

Bibliographie générale

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Sharon Anne Cook, « PHELPS, LILLIAN MARIETTA », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 31 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/phelps_lillian_marietta_14F.html.

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Auteur de l'article:   Sharon Anne Cook
Titre de l'article:   PHELPS, LILLIAN MARIETTA
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1998
Année de la révision:   1998
Date de consultation:   31 octobre 2014