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RITCHIE, WILLIAM, homme d’affaires, né le 24 août 1804 à Langton (Strathclyde, Écosse), fils de David Ritchie, fermier, et de Barbara Gilmour ; le 1er septembre 1834, il épousa Mary Strang, fille d’un marchand du Nouveau-Brunswick, et ils eurent deux fils et trois filles ; décédé le 17 janvier 1856 à Middleton House (Lothian, Écosse).

Après avoir étudié à l’école paroissiale de Mearns, en Écosse, William Ritchie fut employé dans les bureaux de la Pollok, Gilmour and Company à Glasgow, où il travailla avec son cousin, Allan Gilmour*. Le frère de sa mère, Allan Gilmour l’aîné, était l’un des associés fondateurs de cette compagnie, qui vendait du bois de charpente. En 1821, Ritchie fit un court apprentissage dans le dessin industriel de navires à Grangemouth et, l’année suivante, à l’âge de 18 ans, il s’embarqua pour l’Amérique du Nord britannique afin de travailler pour la Gilmour, Rankin and Company, filiale de la Pollok, Gilmour and Company à Miramichi, au Nouveau-Brunswick. Sous la direction d’Alexander Rankin, il était responsable, avec son cousin Allan Gilmour, de l’approvisionnement des équipes de bûcherons qui travaillaient à l’intérieur des terres.

En 1828, Ritchie fit avec son cousin et son oncle une grande tournée des Canadas afin d’étudier les possibilités du pays. Par suite de ce voyage, deux nouvelles filiales de la Pollok, Gilmour and Company furent formées. D’après le brouillon d’une entente d’association datant de 1829, Ritchie, son cousin Allan, Allan Gilmour l’aîné et les frères John et Arthur Pollok s’associèrent pour fonder la firme Allan Gilmour and Company à Québec et la William Ritchie and Company à Montréal. Chaque compagnie avait un capital de £2 000, auquel les cinq associés avaient contribué à parts égales. Ritchie était responsable de l’administration de la compagnie qui portait son nom et il recevait un salaire annuel de £50. Tandis que la compagnie de Québec, dirigée par son cousin, était engagée directement dans le commerce du bois de charpente et dans les vastes opérations de construction navale qui se déroulaient à l’anse au Foulon, la William Ritchie and Company vendait des provisions et des marchandises de toutes sortes. La compagnie de Ritchie devait aussi assurer l’administration courante du capital engagé de toutes les filiales de la Pollok, Gilmour and Company en Amérique du Nord britannique. Les autres filiales tiraient leurs traites sur la William Ritchie and Company qui, à son tour, émettait au nom de la Pollok, Gilmour and Company de Londres des billets de complaisance qui étaient escomptés par les banques de Montréal pour couvrir les montants des traites originales. En tant qu’administrateur fondateur de la Banque de la cité établie à Montréal, en 1831, pour briser le monopole de la Banque de Montréal et pour augmenter les crédits disponibles, Ritchie se trouvait sans doute en meilleure position pour négocier pareils arrangements.

L’entreprise montréalaise de Ritchie eut du succès de £3 383 en 1829, ses profits annuels passèrent à environ £16 000 en 1840, malgré la dépression qui frappa le commerce en Amérique du Nord britannique à la fin des années 1830 sans épargner d’autres filiales de la Pollok, Gilmour and Company. Les frères de Ritchie, Arthur et Robert, qui administraient la firme Arthur Ritchie and Company à Dalhousie et à Campbellton, au Nouveau-Brunswick, depuis 1832 au moins, se trouvèrent dans une situation particulièrement pénible. Ritchie se plaignait que ses frères et les administrateurs d’autres filiales persistaient à conserver des stocks plus gros que ce qu’ils pourraient jamais espérer écouler, tandis que son cousin Allan, convaincu que ces compagnies avaient été « trop prodigues dans leurs crédits [accordés] aux bûcherons et à d’autres [personnes] bien peu méritantes », demandait instamment une réduction générale des capitaux. Arthur Ritchie dissocia sa compagnie de la Pollok, Gilmour and Company en 1842 et, à la fin des années 1850, il était au bord de la faillite tant au Nouveau-Brunswick qu’à Liverpool, en Angleterre. Toutefois, avant même que ces questions ne soient réglées, William Ritchie avait abandonné toute activité commerciale en Amérique du Nord britannique.

En 1837–1838, les associés de la Pollok, Gilmour and Company s’étaient trouvés déchirés par un différend qui poussa Allan Gilmour l’aîné à se retirer de la compagnie en 1838. La querelle n’épargna pas des liens familiaux étroits : John Pollok, Robert Rankin*, Gilmour le jeune et Ritchie avaient tous épousé des filles de John Strang, marchand du Nouveau-Brunswick. Gilmour l’aîné fut abandonné par son protégé, Allan Gilmour le jeune, qui prit le parti des Pollok, mais il trouva un allié en la personne de son autre neveu, William Ritchie. Même si, d’après Gilmour le jeune, « jamais deux personnes ne se détestèrent plus qu’eux à une certaine époque », Ritchie s’allia à Gilmour l’aîné et s’opposa aux autres associés, en raison du projet d’entente préparé lors du retrait de Gilmour en 1838, pendant que Ritchie était encore à Montréal. Ce projet d’entente, d’après Ritchie, lui donnait droit aussi bien à une participation dans les filiales de l’Amérique du Nord britannique que dans la compagnie mère, la Pollok, Gilmour and Company, et dans sa filiale, la Rankin, Gilmour and Company de Liverpool (fondée peu après que Robert Rankin eut pris en charge l’administration de la Pollok, Gilmour and Company). Sa prétention fut rejetée par les associés de la compagnie réorganisée, mais, poussé par Gilmour, mécontent, il menaça d’empêcher toute transaction dans les Canadas, probablement en bloquant les facilités de crédit qu’il s’était assurées à Montréal. À l’hiver de 1839, il se rendit à Glasgow pour rencontrer les associés et pour obtenir des conseils juridiques sur sa position. Après plusieurs rencontres et quelques lettres acerbes dans lesquelles Allan Gilmour le jeune décrivit la conduite de Ritchie comme « monstrueuse et ignoble », les protagonistes parvinrent à une entente. Ritchie renonça à toute réclamation contre la compagnie en échange d’une somme de £49 600, dont furent déduites les £5 200 qu’il devait aux compagnies des Canadas. Le montant de sa dette fit l’objet d’une dernière mésentente entre les anciens associés : en effet, on prétendit que Ritchie avait camouflé des dépenses personnelles de plus de £1 500 dans les comptes de la compagnie à Montréal. Le procès qui s’ensuivit, et au cours duquel il fallut interpréter plusieurs ententes provisoires qui n’avaient jamais été signées officiellement, traîna pendant une dizaine d’années avant d’être réglé en faveur de Ritchie, en 1851.

William Ritchie retourna en Écosse avec sa femme et ses enfants en 1841 et acheta le domaine de Middleton, près de Gorebridge. Comme dans le Bas-Canada, il demeura à l’écart de la vie publique, y participant peu ou pas du tout. Il se consacra à l’agriculture et à l’arboriculture, acheta d’autres terres à Lambhill (près de Strathaven) et loua de Gilmour l’aîné la ferme de West Walton, à Eaglesham. À sa mort, en 1856, il laissa £13 919 en biens mobiliers, la plus grande partie de ses biens héritables allant à son fils aîné, William, sans que celui-ci puisse les aliéner. L’influence et le génie d’Allan Gilmour l’aîné avaient joué plus que tout dans la réussite, puis dans l’échec de la carrière commerciale plutôt brève de Ritchie. Mais c’est grâce à son influence personnelle et à sa compétence que Ritchie avait obtenu les facilités de crédit qui avaient permis aux diverses filiales de prospérer ; ce fut là sa contribution majeure aux affaires de la Pollok, Gilmour and Company en Amérique du Nord. À ce titre, Ritchie demeure lié aux importants développements de la finance et du crédit qui ont accompagné l’expansion des banques commerciales en Amérique du Nord britannique.

Nicholas J. Morgan

BLHU, R. G. Dun & Co. credit ledger, Canada, 9 : 222.— SRO, SC70/1/90 ; SC70/4/44.— Strathclyde Regional Arch. (Glasgow, Écosse), T-BK/66 ; T-HH/77 ; T-HH/78.— Univ. of Glasgow Arch., UGD 36/6/2.— B.-C., Statuts, 1832–1833, chap. 32.— Glasgow directory, 1830–1860.— John Rankin, A history of our firm, being some account of the firm of Pollok, Gilmour and Co. and its offshoots and connections, 1804–1920 (Liverpool, Angl., 1908).— Studies in Scottish business history, P. L. Payne, édit. (Londres, 1967).— Wynn, Timber colony.— C. R. Fay, « Mearns and the Miramichi : an episode in Canadian economic history », CHR, 4 (1923) : 316–320.

Bibliographie générale

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Nicholas J. Morgan, « RITCHIE, WILLIAM », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 18 déc. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/ritchie_william_8F.html.

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Auteur de l'article:   Nicholas J. Morgan
Titre de l'article:   RITCHIE, WILLIAM
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1985
Année de la révision:   1985
Date de consultation:   18 décembre 2014