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ROBINSON, sir WILLIAM CLEAVER FRANCIS, fonctionnaire, né le 14 janvier 1834 à Rosmead, comté de Westmeath (république d’Irlande), fils de Hercules Robinson, officier de marine, et de Frances Elizabeth Wood ; décédé le 2 mai 1897 à Londres.

William Cleaver Francis Robinson fut un fidèle serviteur de l’Empire britannique au milieu de l’époque victorienne. Tout comme Arthur Hamilton Gordon*, William Francis Drummond Jervois et Anthony Musgrave*, qui tous trois laisseraient leur marque en Amérique du Nord britannique, il était d’un petit groupe d’hommes qui feraient carrière au ministère des Colonies en allant des palmeraies aux pinèdes et des plantations tropicales jusqu’aux colonies de peuplement.

Robinson fit ses études chez lui à Rosmead et dans une école navale de New Cross (Londres). Jeune homme tranquille et réservé, passionné de musique, il vécut quelque peu dans l’ombre de son frère aîné, Hercules George Robert, diplômé de Sandhurst. « Grand et mince, à l’allure intellectuelle », William était tout à l’opposé de son athlétique et aimable frère, qui servirait lui aussi l’Empire, mais comme gouverneur de colonies moins lointaines que celles auxquelles William fut affecté.

William Robinson commença son apprentissage du service colonial à 21 ans, soit en 1855, en qualité de secrétaire de son frère Hercules, alors lieutenant-gouverneur de Saint Kitts. En 1859, celui-ci fut nommé gouverneur de Hong-Kong, et William l’y suivit, toujours à titre de secrétaire particulier. En 1862 cependant, William reçut sa première mission importante et retourna dans les Antilles, cette fois à titre d’administrateur de Montserrat, poste qu’il occuperait durant trois ans. Cette année-là, il fit plus qu’accéder au statut de vice-roi puisque, le 7 avril, il épousait en Irlande Olivia Edith Dean Townshend, fille de l’évêque de Meath. Au cours de leurs déplacements à travers l’Empire, Olivia mettrait au monde trois fils et deux filles. En 1866, Robinson devint gouverneur des îles Malouines, colonie inhospitalière dont il dit qu’elle était « le bout du monde ». Après les Malouines, le jeune couple aurait accepté avec soulagement n’importe quelle autre affectation, et c’est avec joie que Robinson apprit qu’il serait lieutenant-gouverneur de l’Île-du-Prince-Édouard.

Robinson entra en fonction en octobre 1870 ; l’Île-du-Prince-Édouard s’engageait alors dans une période critique. Depuis 1865 en effet, le ministère des Colonies était déterminé à faire en sorte qu’elle s’unisse, de gré ou de force et le plus tôt possible, aux autres colonies d’Amérique du Nord britannique. Il ne fait aucun doute que Robinson avait pour principale tâche de veiller à ce que cette union se réalise, comme en témoigne d’ailleurs sa correspondance avec le secrétaire d’État aux Colonies, lord Kimberley.

Observateur astucieux, Robinson sut intervenir adroitement dans les affaires politiques de l’Île-du-Prince-Édouard. Déjà, quelques mois après son arrivée, il était convaincu que seule la nécessité financière pousserait la colonie à accepter l’union. Or, soupçonnait-il, ce qui était le plus susceptible de provoquer une crise financière suffisamment grave pour contrebalancer la volonté d’indépendance des insulaires était la construction d’un chemin de fer. Dès mars 1871, il pouvait dire à Kimberley que l’offre de paiement, par le gouvernement du dominion, de la dette créée par une telle entreprise serait une mesure incitative efficace mais qu’il importait de la présenter au bon moment si l’on voulait obtenir un effet maximal. L’analyse de Robinson était presque parfaite. Comme s’ils faisaient le jeu du lieutenant-gouverneur, James Colledge Pope* et ses collègues adoptèrent le mois suivant un projet de loi sur le chemin de fer, et la construction de la ligne commença en octobre. En septembre 1872, Robinson déclarait qu’« avec la dette du chemin de fer sur leurs épaules [...] la majorité des gens donneraient sous peu leur appui à la Confédération ». Trois mois plus tard, il disait à titre confidentiel qu’il pourrait vraisemblablement « remettre l’île au Dominion en moins de six ou huit mois au plus tard », et de fait, en février 1873, le premier ministre Robert Poore Haythorne était obligé de rouvrir les négociations avec les Canadiens. Son gouvernement fut défait aux élections suivantes, mais l’union était devenue inévitable. Pope, qui avait repris le pouvoir, obtint quelques concessions mineures des négociateurs du dominion et, le 1er juillet 1873, l’Île-du-Prince-Édouard entrait dans la Confédération canadienne.

Par ses interventions adroites et ses pressions constantes, Robinson avait fait beaucoup pour convaincre les hommes politiques de l’île que la colonie trouverait son salut économique dans l’union, et il ne tarda pas à souligner sa contribution, en particulier dans sa correspondance avec le ministère des Colonies. Peu avant que l’Île-du-Prince-Édouard ne s’unisse à contrecœur au Canada, Robinson était fait compagnon de l’ordre de Saint-Michel et Saint-Georges pour avoir servi la politique coloniale de l’Empire. Une fois sa principale mission accomplie, il quitta l’île à la fin de 1873 puis accepta un poste temporaire de gouverneur des îles Leeward l’année suivante. Sir Robert Hodgson* lui succéda à Charlottetown.

Robinson s’était révélé un habile serviteur de la politique impériale à l’Île-du-Prince-Édouard et, en 1874, on le jugea apte à occuper un autre poste difficile, celui de gouverneur de l’Australie-Occidentale. Il avait pour mission de résister aux revendications de la colonie pour l’obtention d’un gouvernement responsable. Il y parvint et, en 1877, on le nomma gouverneur des Établissements du Détroit (fédération de Malaysia), où il remplaçait Jervois, et chevalier commandeur de l’ordre de Saint-Michel et Saint-Georges. Il retourna en Australie-Occidentale pour un deuxième mandat en 1880. Les habitants de Perth se réjouirent de ses talents de musicien et de compositeur, qui ajoutaient une dimension intéressante à la vie culturelle et sociale de la ville.

Sa réussite en Australie-Occidentale valut à Robinson d’être nommé, en 1883, gouverneur de l’Australie-Méridionale, poste où il aurait surtout un rôle protocolaire. On se souviendrait d’ailleurs de lui comme du gouverneur qui aurait reçu à sa résidence plus de gens que n’importe lequel de ses prédécesseurs. Le jour de son investiture à Adelaïde, on joua l’une de ses compositions, Unfurl the flag ; un certain nombre de ses chansons devinrent populaires dans toute l’Australie, et il fut lui-même un orateur recherché. En mai 1887, on le promut grand-croix de l’ordre de Saint-Michel et Saint-Georges.

Nommé gouverneur provisoire de Victoria en 1889, Robinson chercha à y obtenir une charge permanente mais, l’année suivante, il était de nouveau affecté en Australie-Occidentale, avec la tâche de surveiller l’introduction du gouvernement parlementaire dans la colonie. L’influence qu’il avait pu exercer durant ses premiers mandats ne convenait plus, semble-t-il, dans la nouvelle colonie autonome, et il se brouilla bientôt avec le gouvernement du premier ministre John Forrest. Mécontent de la tournure des événements, il démissionna et retourna à Londres en 1895 ; il avait alors 61 ans.

Malgré son ancienneté, sir William Cleaver Francis Robinson ne se vit offrir aucun autre emploi au ministère des Colonies. Il mourut le 2 mai 1897 après une brève maladie. On écrivit dans une notice nécrologique du Times de Londres : « On a dit et on peut encore dire beaucoup de bien du nouveau type de gouverneur colonial, le pair de haut rang ou de grand renom politique [...] Si toutefois on voulait une justification à l’ancienne classe de vice-rois, on n’aurait pas à chercher plus loin que sir William Robinson pour la trouver. » Robinson laissa une fortune totale de £84 058. Son épouse et ses cinq enfants lui survécurent.

Andrew Robb

En plus des rapports officiels, sir William Cleaver Francis Robinson a écrit : On duty in many lands : a lecture delivered at the Young Men’s Christian Association Hall, on the evenings of the 25th and 29th September, 1884 (Adelaide, Australie, 1884) ; et The physical geography of the southwest of Western Australia : a paper read before the South Australian branch of the Geographical Society of Australia on the 27th September, 1886 (Adelaide, 1886).

PRO, CO 226.— Examiner (Charlottetown), 1870–1873.— Patriot (Charlottetown), 1870–1873.— Times (Londres), 3 mai 1897.— ADB.— Australian encyclopædia (10 vol., Sydney, 1965), 7 : 473.— Colonial governors from the fifteenth century to the present, D. P. Henige, compil. (Madison, Wis., 1970).— DNB.— Bolger, P.E.I. and confederation.— Canada’s smallest prov. (Bolger).— J. W. Cell, British colonial administration in the mid-nineteenth century : the policy-making process (New Haven, Conn., et Londres, 1970).

Bibliographie générale

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Andrew Robb, « ROBINSON, sir WILLIAM CLEAVER FRANCIS », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 31 juill. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/robinson_william_cleaver_francis_12F.html.

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Auteur de l'article:   Andrew Robb
Titre de l'article:   ROBINSON, sir WILLIAM CLEAVER FRANCIS
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1990
Année de la révision:   1990
Date de consultation:   31 juillet 2014