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ROCHON, ALFRED, avocat, homme politique et juge, né le 1er février 1847 à Sainte-Thérèse-de— Blainville (Sainte-Thérèse, Québec), fils d’Élie Rochon, cultivateur, et de Sophie Ouimet ; le 9 avril 1872, il épousa à Sainte-Geneviève (Sainte-Geneviève et Pierrefonds, Québec) Corinne Gaucher, et ils eurent un fils ; décédé le 17 novembre 1909 à Hull, Québec.

Alfred Rochon étudie d’abord au petit séminaire de Sainte-Thérèse, puis il opte pour le droit. Admis au barreau le 13 juillet 1869, il se retrouve de plain-pied dans la bousculade et l’effervescence qui animent les milieux politiques depuis la fin de l’Union et la signature de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique, qui a créé la Confédération. D’un autre côté, la profession qu’il exerce est en telle croissance à Montréal qu’il devient difficile de s’y tailler une place respectable. Dans ce contexte, Rochon s’établit à Hull en 1876, au moment où cette jeune ville vient d’être érigée en municipalité, et où l’enthousiasme déborde autant que l’ambition. Sitôt arrivé, Rochon est perçu par ses pairs comme un homme de grandes qualités. Il n’hésite pas, par conséquent, à répondre aux sollicitations et accepte des charges publiques.

Rochon est d’abord élu échevin du quartier n° 4 le 25 janvier 1877, poste qu’il occupe jusqu’au 17 janvier 1882, et qu’il reprend en janvier 1885. En 1886, il aspire à devenir maire. À cette époque, ce magistrat est élu par l’ensemble des échevins. Au sein du conseil municipal, le groupe anglophone, qui domine mais est en perte de vitesse, dispute le pouvoir politique au groupe francophone sans cesse croissant, par le biais notamment du poste de maire. Le 19 janvier, à la suite de la résignation annuelle du maire, on propose Rochon pour occuper ce poste ; il est élu par cinq voix contre trois.

Rochon connaît une première année difficile. Le 10 mai 1886, un incendie dévastateur laisse 150 familles sans abri et cause pour plus de 250 000 $ de dommages. Le principal quartier touché est celui où habite Rochon ; il perd même sa maison. En sa qualité de maire, il doit organiser les secours et les premières reconstructions. Sa priorité est d’assurer l’approvisionnement alimentaire.

Sous le même mandat, Rochon profite de son titre. d’avocat pour susciter un débat sur les institutions judiciaires. Au cours de l’année 1886, s’amorcent des discussions sur le transfert à Hull du palais de justice et de la prison, qui sont situés à Aylmer, le village voisin. À la suite de nombreuses pressions, le gouvernement provincial consent finalement à la construction de ces édifices à Hull.

Les qualités que manifeste Rochon au poste de maire expliquent sans doute l’appui qu’il obtient pour faire mousser son élection à l’Assemblée législative à Québec. Il se présente sous la bannière libérale dans la circonscription d’Ottawa aux élections générales du 14 octobre 1886, mais il est défait par Narcisse-Édouard Cormier. Il ne sollicite pas le renouvellement de son mandat à la mairie en 1887. Il demeure toutefois échevin.

L’élection de 1886 dans la circonscription d’Ottawa a permis de constater certaines irrégularités dans le processus électoral. Le 21 juillet 1887, on dispose de suffisamment de preuves pour la contester officiellement. Cormier se voit forcé de démissionner, ce qui entraîne la première élection partielle dans la circonscription depuis 1867. Le 14 septembre 1887, Rochon défait Cormier par une majorité de 1 236 voix. En janvier 1888, il redevient maire de Hull ; il est donc à la fois échevin, maire et député.

En janvier 1889, Rochon, qui considère l’ampleur de sa nouvelle charge et caresse de nouveaux projets, quitte définitivement les postes de maire et d’échevin. Il joue un rôle déterminant dans la fondation du barreau de Hull en soumettant à l’Assemblée législative un projet de loi qui constitue un véritable coup de force contre la direction provinciale du barreau, opposée à l’implantation d’un barreau en Outaouais. Par des manœuvres et une stratégie bien calculée, Rochon permet que le barreau d’Ottawa (qui deviendra le barreau de Hull en 1919) soit constitué juridiquement le 21 mars 1889.

Entre-temps, le 10 janvier 1888, Rochon a vu son élection contestée, et elle sera finalement annulée par la Cour supérieure le 30 décembre 1889. Il se porte de nouveau candidat aux élections générales qui se tiennent de la province de Québec le 7 juin 1890 et il défait Cormier par une majorité de 961 voix. Aux élections générales du 8 mars 1892, il est toutefois emporté par une vague conservatrice et battu par Nérée Tétreau. En plus de ce revers, Rochon a la douleur de perdre son fils unique quelques semaines plus tard. En reconnaissance de ses qualités, mais aussi par solidarité, le conseil municipal l’engage le 15 août 1892 à titre d’avocat et de conseiller juridique de la municipalité, pour trois ans. Il reçoit, entre autres, le mandat de travailler à une refonte générale de la charte de 1876 qui a érigé la ville en municipalité. En août 1895, à l’échéance de son contrat, il n’est pas réengagé.

À compter de 1893 et jusqu’en 1896, Rochon est bâtonnier du barreau d’Ottawa ; il représente ses confrères particulièrement au barreau provincial, où il siège régulièrement. Par la suite, il demeure membre du barreau jusqu’en 1901 et est notamment engagé dans les discussions qui suivent le grand incendie de Hull du 26 avril 1900, lequel oblige la reconstruction complète de la cité.

Le 21 juin 1901, Rochon est nommé juge à la Cour supérieure du district d’Ottawa, poste qu’il occupe jusqu’à son décès. Bien sûr, le barreau d’Ottawa célèbre cette nomination, qu’il reçoit même comme un hommage personnel, puisqu’il s’agit de la première nomination d’un membre du barreau d’Ottawa à la magistrature.

Alfred Rochon meurt le 17 novembre 1909. Dès le lendemain le conseil du barreau d’Ottawa se réunit en assemblée spéciale pour adresser ses condoléances. Le surlendemain, c’est au tour du conseil municipal de faire de même. Selon le journal le Temps d’Ottawa, « Hull perd l’un de ses pionniers, le comté d’Ottawa l’un de ses plus zélés travailleurs d’autrefois, et la magistrature de la province de Québec, l’un de ses membres les plus capables. »

Luc Villemaire

AC, Hull, État civil, Catholiques, Notre-Dame-de-Grâce (Hull, Québec), 20 nov. 1909.— ANQ-M, CE1-28, 9 avril 1872 ; CE6-25, 1er févr. 1847.— Arch. de la ville de Hull, Procès-verbaux du conseil de la cité de Hull, 1875–1909.— Barreau d’Ottawa, Bibliothèque, Registre des minutes du conseil du barreau, section d’Ottawa, 1900–1938, 1er, 28 mai 1900, 22 juin 1901, 18 nov. 1909.— Chantal Berniquez et Luc Villemaire, Histoire du Barreau de Hull : des origines à nos jours, 1889–1989 (Hull, 1989).— I.-J. Deslauriers, la Cour supérieure du Québec et ses juges, 1849–1er janvier 1980 (Québec, 1980).— Québec, Statuts, 1889, c.37.— P.-G. Roy, les Juges de la prov. de Québec.— RPQ.

Bibliographie générale

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Luc Villemaire, « ROCHON, ALFRED », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 20 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/rochon_alfred_13F.html.

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Auteur de l'article:   Luc Villemaire
Titre de l'article:   ROCHON, ALFRED
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1994
Année de la révision:   1994
Date de consultation:   20 octobre 2014