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ROGERS, JAMES, prêtre et évêque catholique, né le 11 juillet 1826 à Mountcharles (république d’Irlande), fils unique de John Rogers et de Mary Britton ; décédé le 22 mars 1903 à Chatham, Nouveau-Brunswick.

Le jeune James Rogers et ses parents immigrèrent en Amérique du Nord britannique en 1831. D’abord installés à Wallace, en Nouvelle-Écosse, ils se fixèrent bientôt à Halifax, où ils connurent épreuves et pauvreté. Son père étant malade, James devint soutien de famille dès son adolescence. Très jeune, il montra une maturité remarquable et une grande piété ; déjà, il pensait à devenir prêtre.

En 1847, après la mort de son père, Rogers entra au St Mary’s College de Halifax, où il fit ses études classiques et devint le protégé de son confesseur et professeur de théologie, Thomas Louis Connolly*. Fait sous-diacre en août 1850, Rogers, avec l’aide financière de l’évêque William Walsh*, poursuivit ses études au séminaire de Saint-Sulpice à Montréal, où il décida d’acquérir une solide connaissance du français. Le 2 juillet 1851, il fut ordonné en la cathédrale St Mary de Halifax. Le jeune prêtre fut affecté immédiatement dans l’ouest de la Nouvelle-Écosse en tant que curé missionnaire. Il était responsable d’un vaste territoire de mission dont le centre était Church Point. Rogers, qui ne manquait ni d’aplomb, ni de zèle, ni de jovialité, y renforça les assises de l’Eglise en prêchant en anglais, en français et, à l’occasion, en micmac. En 1853, on lui assigna le comté de Cumberland et les régions voisines du comté de Colchester. Cette affectation se révéla difficile et, en 1856, sur sa recommandation, on subdivisa la mission en une partie acadienne et une partie anglophone. Dès lors, le centre des activités de Rogers ne fut plus Minudie, mais Amherst.

En 1857, Rogers fut envoyé dans une région lointaine de l’archidiocèse de Halifax : les Bermudes. Il exerça son sacerdoce auprès des forçats et d’autres « fidèles en difficulté » et fut pour beaucoup dans la mise en chantier de la première église catholique de l’archipel. De retour en Nouvelle-Écosse en avril 1859, il œuvra un moment à Church Point, mais, dans le courant de l’été, il fut appelé à Halifax pour être secrétaire de Connolly, devenu archevêque, et pour enseigner au St Mary’s College.

Peu de temps après, Rogers obtint une autre promotion. Le 8 mai 1860, il devint le premier évêque du nouveau diocèse de Chatham, qui comprenait la partie nord du Nouveau-Brunswick. Agé de 33 ans seulement, il avait été choisi de préférence à des prêtres plus chevronnés. Lui-même fut consterné par cette nomination « inattendue » dans laquelle ses amis Connolly et John Sweeny, évêque de Saint-Jean, étaient sans doute pour quelque chose. Pourtant, ce choix n’était pas irréfléchi. La simplicité de la vie rurale et le dénuement n’étaient pas étrangers à Rogers ; de plus, il était un prêtre extrêmement énergique et dévoué. Dans ce diocèse pauvre et peu densément peuplé, une forte dose de ces qualités serait nécessaire.

Rogers fut sacré le 15 août 1860 à Charlottetown. Sept jours plus tard, il fut installé en l’église St Michael de Chatham, qui tenait lieu de cathédrale. Sans tarder, il plongea dans un tourbillon de visites pastorales, de confirmations, de visites aux malades, de confessions et de décisions administratives. Bon nombre de ces activités, il le concédait, auraient davantage convenu à « un simple missionnaire » qu’à un « évêque à demeure ». Mais, faute de ressources, il fallait s’adapter. En 1860, le diocèse, dont Rogers dirait plus tard qu’il était « l’un des plus pauvres de toute l’Amérique », ne comptait que 7 prêtres et 30 églises dont près de la moitié n’étaient pas terminées. Administrer ce diocèse était d’autant plus difficile qu’il comptait des catholiques francophones et des catholiques irlandais, que les nourritures spirituelles étaient rares et que le pouvoir politique et économique de la population protestante augmentait sans cesse.

Rogers estimait que son premier devoir était de trouver des prêtres. Il voulait en particulier des prêtres issus de la région et capables de s’exprimer aussi bien en français qu’en anglais. L’instruction et la « culture morale » des jeunes figuraient aussi au nombre de ses grandes préoccupations. Il ouvrit donc un petit séminaire dans sa résidence et fit enseigner les séminaristes dans une école de garçons. C’est ainsi que naquit en 1860 la St Michael’s Academy, ancêtre de la St Thomas’ University. Répondant aux instances de Rogers, les Frères des écoles chrétiennes prirent la direction de l’école en 1876.

L’évêque de Chatham s’assura le concours d’autres communautés religieuses, dont les Sisters of Charity, les Religieuses hospitalières de Saint-Joseph et la Congrégation de Notre-Dame. Il les invita à venir faire œuvre d’éducation et de bienfaisance dans son diocèse et leur prodigua des encouragements. Au mépris de l’ordre de l’archevêque Connolly : « Éliminez tout ce qui vous coûte quelque chose », il assuma volontiers leurs frais d’installation. Par ailleurs, il participait financièrement à la construction et à l’achèvement des églises et presbytères des missions pauvres. En 1876, il rapporta avec fierté que son diocèse comptait trois hôpitaux, sept écoles pour filles, deux collèges pour garçons et un orphelinat. Dès 1879, le nombre de prêtres s’élevait à 31 et le nombre d’églises et de chapelles, à 54, ce qui constituait un bilan impressionnant.

Absorbé par « les mille petits détails » de l’administration diocésaine, Rogers ne négligeait pourtant pas la dimension humaine de son travail. Sa sollicitude envers les lépreux du lazaret de Tracadie [V. Amanda Viger] et envers les « pauvres Indiens », qu’il croyait condamnés à disparaître, est particulièrement digne de mention. Par souci de ses fidèles, il rappelait régulièrement aux hommes politiques que son diocèse avait besoin de liaisons ferroviaires. Il communiquait rarement avec Rome, mais, au cours de sa visite ad limina en 1869–1870, il participa au débat du Premier Concile du Vatican sur l’infaillibilité pontificale, doctrine dont il désapprouvait, tout comme Connolly, que l’Église fasse un dogme. Au cours de ce même voyage, il recueillit des dons en Belgique, en France et en Autriche pour ses projets diocésains et assista au Congrès ecclésiastique de Malines.

Remplir les devoirs de sa charge apportait à Rogers une satisfaction teintée d’amertume. Un jour, il compara la mitre à une « couronne d’épines ». Par exemple, les obligations financières, toujours plus lourdes, posaient un grave problème. En 1866, il rapporta que la dette diocésaine était de 12 000 $ ; en 1878, elle avait grimpé à 30 000 $. Contrairement à la coutume, le diocèse n’avait pas reçu de dotation à ses débuts, et cela se faisait sentir. Le modeste produit des quêtes paroissiales, la pénurie chronique de numéraire, le fort chômage saisonnier et le dépeuplement n’arrangeaient pas les choses. De plus en plus, l’évêque était aux prises avec des billets à ordre, des emprunts flottants et des hypothèques.

La dette monumentale de Rogers n’échappait pas au blâme de Connolly, qui lui reprochait sa prodigalité et qui menaça en décembre 1866 d’assumer temporairement l’administration du diocèse. Connolly accusait aussi Rogers de négliger sa correspondance officielle, de ne pas remplir les devoirs de sa charge avec autant de « majesté » qu’il aurait dû et de ne pas se préoccuper suffisamment de son développement intellectuel. Rogers ne cherchait même pas à se justifier. Pour lui, il n’était pas question de se laisser arrêter par des considérations pécuniaires ou par l’étiquette épiscopale. De son point de vue, ses constantes interventions personnelles en territoire missionnaire et ses travaux coûteux avaient enrichi le diocèse et l’avaient sauvé du désastre.

En 1870, Rogers eut à faire face à un problème administratif particulier à cause du père Hugh McGuirk, missionnaire à Saint-Louis-de-Kent, qui souffrait d’instabilité mentale. Il ordonna la suspension temporaire de McGuirk, mais le prêtre, furieux, ferma à clef l’église de Saint-Louis-de-Kent et prit le presbytère d’assaut avec une hache. L’affaire embarrassa d’autant plus Rogers que McGuirk intenta des poursuites en diffamation contre son successeur, le père Marcel-François Richard*, et que le procès fut long et pénible.

Le 14 février 1878, un autre malheur s’abattit sur Rogers : un incendie détruisit la cathédrale, la résidence épiscopale et le St Michael’s Commercial College de Chatham. En un temps où il aurait mérité de voir ses initiatives porter fruit, il se retrouva en train de rebâtir, de solliciter des dons et de « camper » dans des locaux temporaires. Puis, en 1880, les Frères des écoles chrétiennes s’en allèrent et son collège ferma ses portes. Deux ans plus tard, criblé de dettes, le collège Saint-Louis, bastion de l’enseignement en français à Saint-Louis-de-Kent, ferma aussi ses portes. Rogers attribua ces reculs à une insuffisance de fonds et blâma particulièrement le gouvernement provincial, qui n’accordait pas de subventions aux écoles confessionnelles.

Plusieurs des crises que Rogers connut avaient des causes politiques. Au début des années 1860, il avait délibérément fui les « conflits politiques », mais en 1866, il éleva la voix pour « mettre en garde » ses ouailles contre toute sympathie pour les féniens. En même temps, il fut amené à participer aux débats sur la Confédération : il appuya publiquement des candidats proconfédérateurs locaux et exhorta les Néo-Brunswickois à se plier, par patriotisme, aux volontés des hommes d’État britanniques. Rogers affirmait que la Confédération serait bénéfique à son diocèse, car elle entraînerait un accroissement de la population et ferait progresser le commerce, l’industrie et le transport ferroviaire. Bientôt, il se trouva pris dans un vif débat avec Timothy Warren Anglin* au sujet des avantages de la Confédération. Rivalisant pour le titre de porte-parole des Néo-Brunswickois irlando-catholiques, le prélat et le journaliste échangèrent opinions et insultes par la voie du journal d’Anglin.

En 1871, Rogers se joignit aux adversaires du Common Schools Act du Nouveau-Brunswick [V. George Edwin King], qui laïcisait l’enseignement. Convaincu qu’on ne gagnerait rien à se taire, il déclara que cette loi était impie et tyrannique et que, en l’adoptant, le pouvoir politique protestant soumettait les élèves catholiques à « pire que la persécution d’Hérode ». Il pressa John Costigan* et Anglin, députés aux Communes, de mener une campagne en faveur d’une intervention du gouvernement fédéral. Officiellement, Rogers préconisait de recourir aux voies judiciaires pour faire abroger cette loi controversée, mais cela ne l’empêchait pas d’éprouver de la sympathie pour les Acadiens qui commirent des gestes de désespoir pendant les émeutes de Caraquet [V. Robert Young]. Ces émeutes, affirma-t-il par la suite, avaient été fomentées par des partisans du gouvernement qui cherchaient un prétexte pour faire usage de la force. Pendant l’été de 1875, avec l’appui moral de Rogers, Mgr Sweeny négocia un soi-disant compromis qui assura aux catholiques plusieurs concessions importantes. Cependant, l’esprit de la loi demeura inchangé. Peu après, Rogers publia une lettre pastorale dans laquelle il exhortait ses ouailles à mettre fin à leur « opposition active »

« Nous devons tout bonnement tolérer ce que nous ne pouvons empêcher », disait-il. Selon lui, le Bas-Canada, en insistant en 1867 pour que l’éducation continue de ressortir aux provinces, avait lié les mains du gouvernement fédéral et mis en péril les droits des catholiques du reste du Canada.

En dépit de ses griefs, l’évêque de Chatham n’avait rien d’un boutefeu. À son avis, recourir à des tactiques incendiaires servirait mal la cause de la « foi jurée ». Tout au long des années 1880 et 1890, il défendit discrètement les droits des catholiques et se tint à l’écart de l’action politique. En 1891 par exemple, il s’abstint de signer une pétition lancée par l’archevêque Alexandre-Antonin Taché* et qui exigeait l’abrogation du Public Schools Act adopté en 1890 par l’Assemblée du Manitoba. Ce n’est qu’en 1894, et encore avec hésitation, qu’il soutint ceux qui réclamaient que le gouvernement fédéral refuse de reconnaître cette loi. Rogers agissait ainsi parce que les conflits religieux lui déplaisaient, mais aussi pour un autre motif. Il faisait peu de cas de la situation du français au Manitoba ou du principe des deux langues officielles, en grande partie parce que le réveil acadien, de plus en plus manifeste dans son diocèse, lui inspirait des craintes. Dans son esprit, la promotion du français était synonyme de discorde et de démagogie.

Cette question est devenue, pour les historiens, l’aspect le plus controversé de l’épiscopat de Rogers. Leurs travaux récents le présentent comme un ennemi de la renaissance acadienne et lui reprochent d’avoir fait preuve de favoritisme envers les catholiques irlandais. L’éphémère collège Saint-Louis et son fondateur, le père Marcel-François Richard, ont été dépeints comme des victimes de sa malveillance et de son étroitesse d’esprit. Tout au long des années 1880, la fermeture du collège demeura une cause de rumeurs et de récriminations. En outre, elle éloigna beaucoup Richard et Rogers. En 1891, leurs relations étaient si tendues que Richard soumit au Saint-Siège une liste de griefs, accusant l’évêque d’avoir supprimé le collège et d’avoir commis plusieurs actes inspirés par la rancune personnelle. Rogers répliqua par une diatribe dans laquelle il reprochait à Richard d’avoir eu une conduite indigne d’un prêtre et qualifiait de déformations grossières la plupart des allégations. Toutefois, il reconnaissait avoir considéré que le collège de Saint-Louis-de-Kent faisait double emploi parce qu’il se trouvait près du collège classique acadien Saint-Joseph de Memramcook [V. Camille Lefebvre*]. Il admettait aussi avoir vu d’un mauvais oeil les tendances nationalistes du personnel du collège et son parti pris pour l’unilinguisme français. Cloué au pilori dans la presse acadienne, dans les discours du sénateur Pascal Poirier* et dans les écrits de François-Edme Rameau de Saint-Père, Rogers songea à démissionner en 1892. Jusqu’à la fin de son épiscopat, il soutint qu’il avait été « l’innocente victime » d’un « complot ».

Dans les années 1860 et 1870, Rogers n’avait pas été indifférent à la nécessité de répondre de façon équitable aux besoins des groupes ethniques de son diocèse. En 1879 par exemple, il était à la tête d’un clergé comprenant 18 prêtres d’origine française et 13 prêtres d’origine irlandaise. En 1877, en prévision d’un voyage en Europe, il pensa inviter un francophone et un anglophone à l’accompagner afin que les deux éléments de son diocèse soient représentés. En outre, à compter des années 1870, sa correspondance ne contient que des allusions favorables au « petit collège de Saint-Louis ». Dans l’ensemble, lorsqu’il faisait un geste à l’avantage de ses diocésains irlandais, c’était parce qu’il avait la conviction que ce groupe, privé de la protection de la langue et exposé géographiquement au pluralisme religieux, risquait plus que les Acadiens d’abandonner le catholicisme.

Puis, dans les années 1890, Rogers changea de ton. Se sentant assiégé par le clergé et les laïques acadiens, qui attaquaient l’épiscopat des Maritimes, dominé par les Irlandais, et faisaient pression pour la nomination d’un évêque acadien, il se posa en censeur des « mouvements déréglés et [des] excès du soi-disant sentiment national ». Selon lui, l’ambition d’« acadianiser » l’Église catholique du Nouveau-Brunswick était présomptueuse. Il prévenait carrément les Acadiens de ne pas se croire nantis des mêmes privilèges linguistiques que les Canadiens français. En 1890, il interdit à certains de ses prêtres francophones d’assister au congrès acadien à Church Point. Ses relations tendues avec le père Richard s’inscrivaient dans ce conflit. Grand champion de la renaissance acadienne, ce prêtre très respecté représentait un défi pour l’autorité de l’évêque vieillissant.

En 1897, Rogers commençait à sentir l’« usure du temps ». Homme corpulent, d’un appétit vorace et d’une énergie légendaire lorsqu’il s’agissait de voyager en hiver, il avait toujours joui d’une bonne santé. Mais voilà que ses forces déclinaient, qu’il éprouvait le « malaise des devoirs inaccomplis » et qu’il songeait aux évêques qui avaient eu la bonne fortune de servir Dieu dans des « champs [plus] agréables ». Apparemment, la résurgence des tensions religieuses après la controverse des écoles de Bathurst [V. John James Fraser*] l’avait particulièrement fatigué. Il se mit donc à se préoccuper de sa succession et proposa la candidature de trois francophones et de trois anglophones, ce qui était tout à son honneur. En 1899, Thomas Francis Barry, Néo-Brunswickois d’origine, fut nommé coadjuteur avec droit de succession. L’archevêque de Halifax, Cornelius O’Brien, incitait Rogers à prendre une retraite complète, lui disant sans détour : « Que le nouveau siècle s’amorce avec un nouvel homme. » Rogers attendrait jusqu’en 1902 pour quitter ses fonctions. Cependant, le 16 décembre 1900, il tenta de faire la paix avec ses vieux adversaires. Dans un sermon prononcé à Chatham en l’église qui tenait lieu de cathédrale, il fit savoir que, si le Saint-Siège décidait d’ériger un diocèse acadien, il accepterait volontiers la chose, et il demanda pardon pour « toute parole ou tout geste par lequel [il avait] pu, sans le vouloir, offenser ou blesser ». Le 22 mars 1903, il s’éteignit à l’Hôtel-Dieu de Chatham.

Les descriptions que l’on a de Rogers sont aussi diversifiées que les bilans de ses 42 ans d’épiscopat. Pour ses admirateurs, c’était un prêtre aimable, accueillant, d’une générosité rare, qui avait la charmante habitude de lancer des « Hourra ! Hourra ! » enthousiastes. Il avait des faiblesses, bien sûr, mais elles n’étaient pas bien graves : son tempérament était trop sanguin, il manquait de sens pratique, ses sermons étaient interminables et ses horaires, fantaisistes. Par contre, ses détracteurs ont laissé le portrait d’un prélat tyrannique, arbitraire et coléreux. Un prêtre mécontent est même allé jusqu’à le dépeindre comme un homme brusque et violent, mal élevé et tout à fait dépourvu de raffinement intellectuel.

Les réalisations concrètes de James Rogers en tant qu’évêque de Chatham ne sont pas, elles, sujettes aux interprétations. Rogers marqua profondément son diocèse en le dotant d’écoles, d’hôpitaux et de prêtres. Totalement dévoué à sa mission, il eut le courage et la capacité de s’en acquitter avec énergie et prévoyance. Même les nécessités budgétaires et les reproches de ses supérieurs ne l’arrêtaient pas. Les allégations selon lesquelles il aurait négligé ses fidèles acadiens sont imméritées. Hélas, ses querelles avec le père Richard ajoutent une note discordante à son épiscopat. En tant que produit de la hiérarchie irlandaise, Rogers était mal outillé pour affronter le défi que les Acadiens lançaient à son autorité. En plus, il n’était pas le diplomate qui aurait pu satisfaire dans une certaine mesure leurs aspirations : il était têtu, voire irascible. Sans le vouloir, les évêques irlando-catholiques, par leur résistance, donnèrent une impulsion au mouvement en faveur d’un diocèse et d’un évêque acadiens. En fait, ils contribuèrent à mobiliser les forces et à instaurer le nouvel ordre dont ils voulaient décourager l’émergence. À sa mort, Rogers laissa un legs impressionnant mais controversé.

Laurie C. C. Stanley

L’essentiel de la documentation concernant l’épiscopat de James Rogers, dont la correspondance, les lettres pastorales et une biographie manuscrite est conservée aux Arch. du diocèse de Bathurst, N.-B., Groupe II/1-1–119 (fonds James Rogers). On peut aussi consulter cette documentation sur microfilms aux APNB, MC 290, F 7652–7658. Les papiers de Rogers à la UNBL, MG H26 Rep, contiennent des photocopies des lettres provenant de la collection diocésaine de documents sur la crise scolaire au Nouveau-Brunswick.

On peut voir un portrait officiel de Mgr Rogers au St Michael’s Museum (Chatham, N.-B.).

Parmi les publications de Rogers, on retrouve : Statement of the case « McGuirk versus Richard » (Saint-Jean, N.-B., 1872) ; Circular letter of the Rt. Rev. James Rogers, D.D., bishop of Chatham, advising his flock to cease further opposition to the non-sectarian school law [...] (Chatham, [1876 ?]) ; et Funeral sermon : delivered at the solemn obsequies of the late Most Rev. Thomas L. Connolly, archbishop of Halifax, in St. Mary’s Cathedral, Halifax, Nova Scotia, on Monday, 31st juill., 1876 (Chatham, [1876 ?]). D’autres lettres circulaires et pastorales rédigées par Rogers peuvent être consultées sur microfiches de l’ICMH et sont listées dans son Répertoire. Une des lettres de Rogers est reproduite sous le titre « Correspondance du début du siècle : lettre de Mgr Rogers, évêque de Chatham, au Rév. L.-N. Dugal », dans le Brayon (Edmundston, N.-B.), 5 (1976–1977), no 3 : 10–13.

AN, MG 24, L3, 25 (copie) ; MG 26, F, 6–7 ; MG 27, I, D4, 1 ; D5.— APNB, RS24, S90, PE115, file 2.— Arch. de la Propagation de la foi (Paris), F-175a (Chatham, rapports sur l’état des missions, 1860–1883) (mfm aux AN).— Arch. of the Archdiocese of Halifax, Cornelius O’Brien papers, II, nos 34–37a ; William Walsh papers, I, nos 55, 84–86 ; 11, nos 105–120 ; III, no 208b.— Arch. of the Diocese of Saint John (Saint-Jean), Sweeny papers, no 1455–1494, 2107–2124.— Arch. of the Roman Catholic Archdiocese of Toronto, L (Lynch papers), AE09.06 ; AH32.119 ; W (Walsh papers), AB05.09.— Archivio della Propaganda Fide (Rome), Acta, 270 : ff.441–443 ; Nuova serie, 28 : ff.31–35 ; 100 : ff.752–758 ; 195 : ff.85–111 ; 242 : ff.388–403 ; 265 : ff.57–79 ; Scritture originali riferite nelle Congregazioni generali, 1016 : f.132 ; 1035 : f.188 ; Scritture riferite nei Congressi, America settentrionale, 7 : ff.505s. ; 21 : ff.705–709 ; 22 : ff.670s. ; 23 : ff.317–364, 423–426, 1105s. ; 24 : ff.568–600 ; 30 : ff.321–328, 590–595 ; 32 : ff.127–157, 704–705, 1058–1168.— Archivio Segreto Vaticano (Rome), Delegazione apostolica del Canadà, 6, 13, 178 ; copie de lettres de Falconio, 1899–1902 : 89, 103s., 198, 218, 269, 289, 291–293, 342, 344, 349.— Centre d’études acadiennes, Univ. de Moncton, N.-B., Fonds Placide Gaudet, 1.58-21, 1.65-19, 1.65-21 ; Fonds P.-A. Landry, 5.2-11, 5.5-8 ; Fonds M.-F. Richard, 8.1-2-20, 8.2-1-6, 8.3-5, 8.3-7, 8.4-2, 8.4-8.

Courrier des Provinces maritimes (Bathurst), 11 juill. 1901, 26 mars 1903.— L’Évangéline, août 1890 (édition illustrée spéciale, comprenant des gravures de Rogers et des notes biographiques) ; 2, 9 avril 1903.— Gleaner (Chatham), 25 août 1860, 7 juill. 1870.— Le Moniteur acadien, 30 sept., 23 déc. 1870, 4 févr., 18 nov. 1875, 27 sept. 1877, 10 avril 1879, 10 juin 1882, 14 juin 1883, 19 juin, 4 sept. 1884, 20 août 1885, 15 nov. 1887, 20 janv. 1888, 12 juill. 1900, 11 juill. 1901, 26 mars, 2 avril 1903.— New Freeman (Saint-Jean), 28 nov. 1953.

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Bibliographie générale

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Laurie C. C. Stanley, « ROGERS, JAMES », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 16 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/rogers_james_13F.html.

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Auteur de l'article:   Laurie C. C. Stanley
Titre de l'article:   ROGERS, JAMES
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1994
Année de la révision:   1994
Date de consultation:   16 avril 2014