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SCHUYLER, PETER, officier, né en 1710 dans le comté de Bergen, New Jersey, fils d’Arent Schuyler et de Swantie Dyckhuyse ; il épousa Hester Walter et, après son décès, se remaria avec une certaine Mary ; une fille naquit de son premier mariage ; décédé à la suite d’une longue maladie à son domicile près de Newark, New Jersey, le 7 mars 1762.

À la mort de son père, en 1730, Peter Schuyler hérita d’une grande demeure et d’un vaste domaine à Elizabethtown (Elizabeth, N.J.), de 787 acres de terre et du tiers des bénéfices substantiels provenant d’une mine de cuivre que son père avait ouverte et exploitée. Sa fortune s’accrût considérablement par suite de son mariage avec Hester Walter, fille d’un riche commerçant new-yorkais, associé de son père. Son domaine comportait un parc et un jardin que le révérend Andrew Burnaby, en 1760, décrivit comme contenant « un vaste assortiment de cédratiers, orangers, tilleuls, citronniers, baumes du Pérou, aloès, grenadiers et autres arbres tropicaux ».

En avril 1746, les hostilités entre l’Angleterre et la France persistant, le gouverneur du New Jersey, Lewis Morris, reçut l’ordre du secrétaire d’État pour le département du Sud, le duc de Newcastle, de lever des troupes qui feraient partie d’un corps expéditionnaire anglais ; les différents régiments qui le composaient devaient se rassembler à Albany, New York, pour se lancer à « la conquête immédiate du Canada ». Le conseil qui assistait le gouverneur recommanda que fût confié à Peter Schuyler, « un monsieur [...] bien nanti et de bonne réputation », le commandement des forces du New Jersey connues sous le nom de New Jersey Blues ; on lui accorda le grade de colonel. Même si la campagne que projetait Newcastle n’eut pas lieu, Schuyler acquit une riche expérience en tant qu’officier commandant. L’oisiveté forcée des troupes qui se prolongeait depuis septembre 1746 à Albany, l’insuffisance des approvisionnements, l’absence de solde suscitèrent du mécontentement parmi les troupes provinciales. Au printemps de 1747, le président du Conseil du New Jersey, John Hamilton, fut averti par Schuyler que les troupes du New Jersey s’étaient mutinées et menaçaient de tout abandonner « si elles ne recevaient pas du roi la solde qui leur était promise ». En vue d’éviter de nouvelles difficultés, Schuyler « se servit de son crédit personnel pour se procurer les fonds nécessaires afin que les compagnies du New Jersey puissent recevoir leur solde ». Cette initiative lui attira les reproches du gouverneur de New York, George Clinton, qui était commandant général des troupes à Albany ; Clinton estimait qu’une telle générosité était de nature à encourager l’insatisfaction parmi les autres troupes provinciales. La seule action militaire qu’accomplirent les « Jersey Blues » fut de se porter au secours du fort Saratoga que les Français assiégèrent vers la fin de juin 1747. Schuyler retourna au New Jersey en novembre 1747 et renvoya ses troupes.

Lorsque les hostilités éclatèrent avec les Français et les Indiens, en 1754, Schuyler, « officier reconnu pour son courage et son expérience », fut de nouveau nommé commandant des forces du New Jersey. De juin à la fin de l’année 1755, Schuyler fut appelé à servir le long de la frontière séparant New York et le Canada sous les ordres du général William Shirley. Il s’attira le respect de Shirley et du colonel William Johnson* de la colonie de New York. En avril 1756, Shirley envoya le régiment de Schuyler (environ 500 hommes) se joindre aux troupes déjà nombreuses en provenance d’Angleterre et des colonies et qui se trouvaient au fort Oswego (Chouaguen). Ce fort ne tarda pas à être attaqué par une troupe commandée par Montcalm ; James Mercer, l’officier qui commandait le fort, ayant été tué, un conseil d’officiers décida de capituler. Cette décision ne reçut évidemment pas l’assentiment de Schuyler. Au dire de Montcalm, le 14 août, ils se constituèrent « prisonniers de guerre au nombre de 1 700, dont 80 officiers et deux régiments de la vieille Angleterre ».

Schuyler fut prisonnier des Français à partir de la chute d’Oswego jusqu’à octobre 1757. Il fut amené à Québec où il occupa son temps à deux activités principales : recueillir des renseignements d’ordre militaire, qu’un coprisonnier, Joseph Morse, transmit aux autorités anglaises en octobre 1757, et se constituer le protecteur des autres prisonniers anglais. Il fit parvenir un estimé des effectifs stationnés au Canada et fit remarquer que les vivres étaient rares dans la colonie. « Ce monsieur doué de sens civique », ainsi que l’a dépeint Robert Eastburn, un compagnon de captivité, a soulagé à ses frais la situation malheureuse de plus d’un infortuné prisonnier ; il prêta de l’argent à d’aucuns et versa pour d’autres une rançon aux ravisseurs indiens. À Québec il fut un ami intime de Robert Stobo, et plus tard il reçut les remerciements de la House of Burgesses de la Virginie « pour sa bonté et son humanité incomparables » à l’endroit de Stobo et d’autres prisonniers ; par la suite on le dédommagea partiellement pour les dépenses qu’il avait faites. En octobre 1757, le gouverneur Pierre de Rigaud* de Vaudreuil libéra Schuyler sur parole afin qu’il puisse retourner chez lui « recueillir les fonds qui lui permettraient de vivre en Canada ». On reçut Schuyler en héros, non pour ses hauts faits d’armes, mais en raison « du grand secours qu’il avait apporté à un grand nombre de prisonniers anglais, dont plus d’un, sans son intervention, auraient été réduits à la dernière extrémité ».

Pendant qu’il était en liberté, Schuyler exprima ses doléances à William Pitt : « La réclusion m’impatiente [à un moment où mon] pays a besoin de [mes] services les plus dévoués. » Mais en dépit de l’intérêt que manifesta Pitt et des efforts réitérés du général James Abercromby*, il fut impossible de conclure un échange. Vaudreuil adressa une lettre courroucée à Abercromby, en juin 1758, rappelant Schuyler ; celui-ci retourna en août, revêtu de l’autorité nécessaire pour négocier des échanges de prisonniers. On conclut un accord lorsque le fort Frontenac (Kingston, Ont.) tomba aux mains des Anglais, à la fin d’août : le commandant du fort, Pierre-Jacques Payen* de Noyan, et la garnison furent échangés contre Schuyler et 114 personnes parmi lesquelles il y avait 25 femmes et enfants ; un grand nombre d’entre eux furent rachetés aux Français et à leurs alliés indiens par Schuyler, « à même sa bourse personnelle ».

Au cours de 1759 et 1760, Schuyler servit sous les ordres du général Jeffery Amherst* à Crown Point, New York, et dans la région de Niagara et entra à Montréal en septembre 1760 avec les armées conquérantes. Il retourna au New Jersey en novembre 1760 et mourut au printemps de 1762. Une notice parue dans le Pennsylvania Journal au moment de sa capture résume avec beaucoup de justesse la carrière de Schuyler : il fut « un brave et loyal sujet, qui dédaigna ses aises et les avantages d’une grande fortune pour se consacrer au service de son pays ».

John David Krugler

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John David Krugler, « SCHUYLER, PETER (1710-1762) », dans FR:UNDEF:public_citation_publication, vol. 3, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 23 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/schuyler_peter_1710_1762_3F.html.

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Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
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