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SCOTT, JONATHAN, prédicateur laïque, ministre congrégationaliste et auteur, né le 12 octobre 1744 à Lunenburg, Massachusetts, septième enfant de John Scott et de Lydia Thwing ; décédé le 15 octobre 1819 à Minot, Maine.

Membres fervents de l’Église congrégationaliste, les parents de Jonathan Scott lui apprirent à lire très tôt et firent en sorte qu’il reçût une éducation religieuse stricte, fondée sur la prière en famille et des lectures quotidiennes de la Bible. En dépit de la formation que ses parents lui avaient donnée dans ses jeunes années, Scott ne mena pas une vie très pieuse au cours de son adolescence, surtout parce que, dès l’âge de 14 ans, il vécut loin de la maison. En 1758, deux ans après la mort de son père, Scott fut mis en apprentissage auprès du cordonnier William Goddard, à Roxbury (Boston). Pendant les six années qui suivirent, il fut troublé et malheureux « parce qu’ [il] était pauvre, orphelin de père et méprisé, en état de servitude et à 50 milles de [sa] mère ». Cette période de transition fut particulièrement difficile puisque Goddard, au dire de Scott, « était un homme sans religion ; il ne priait même pas à la maison, non plus qu’il ne disait le bénédicité à table ; il ne se retenait même pas de proférer des jurons ». Plus tard, Scott avoua lui-même que, pendant son séjour à Roxbury, il « apprit à irriter Dieu ainsi qu’à corrompre et à déshonorer l’homme par un langage impie et obscène ».

En avril 1764, une fois son apprentissage terminé, Scott s’embarqua à Boston pour Yarmouth, en Nouvelle-Écosse, où son frère plus âgé, Moses, s’était établi l’année précédente. Cette première visite à Yarmouth déçut Scott, car la plus grande partie de son temps comme de ses économies durement amassées passèrent à s’occuper des affaires de son frère qui était malade. De retour à Roxbury à l’automne de la même année, il alla travailler dans la boutique de cordonnerie de son vieux maître Goddard. Par suite de différends personnels, il laissa bientôt son emploi chez Goddard et tenta de s’établir à son compte. Ayant échoué dans cette entreprise, il retourna à Yarmouth en avril 1765. Il put y amasser un petit pécule comme pêcheur et, avec ses économies, il commença à s’enraciner dans cette communauté. Il construisit une maison en bois rond en décembre 1765 et, le 14 mars 1768, il épousa Lucy Ring, fille d’un trafiquant et pêcheur de l’endroit, au cours d’une cérémonie présidée par le révérend Ebenezer Moulton*, prédicateur baptiste itinérant. Plus tard, la même année, le couple emménagea dans une maison à charpente de bois que Scott avait construite.

L’année 1768 fut, pour Scott, importante à d’autres égards. Depuis son enfance, il avait conservé un profond intérêt pour les questions religieuses, et, à l’automne de 1768, il « commença à diriger l’exercice du culte public à la demande des gens ». Lorsqu’on l’invita à devenir ministre en 1770, il refusa à cause de divisions au sein de l’Église, lesquelles étaient fondées sur des positions proévangéliques et antiévangéliques. À la suite de la visite de deux ministres congrégationalistes du Massachusetts, Solomon Reed et Sylvanus Conant, de Middleboro, l’unité s’était suffisamment faite pour inciter Scott à accepter l’invitation quand on la renouvela en janvier 1772. Au mois de mars, Scott et un comité de l’Église se rendirent à Middleboro, où un conseil de ministres congrégationalistes organisé par Reed et Conant devait évaluer la compétence de Scott et ses aptitudes au ministère. Après un examen rigoureux qui se prolongea pendant deux semaines, au cours desquelles il dut prêcher et répondre à des questions de doctrine que lui posaient les ministres, Scott fut officiellement ordonné le 28 avril 1772. Moment important dans la vie de Scott que celui où, fermier besogneux d’un établissement éloigné, il fut admis au ministère par un comité de pasteurs bien connus de la Nouvelle-Angleterre et qui possédaient tous des diplômes de Harvard ou de Yale. Scott était fier d’être ainsi distingué, et, à partir de ce moment, il assuma sérieusement la tâche de défendre l’establishment congrégationaliste contre les attaques évangéliques. Il rentra à Yarmouth en mai, à titre de premier ministre congrégationaliste de la communauté à être régulièrement ordonné, et demeura à ce poste jusqu’à ce qu’il devînt ministre à Bakerstown (Minot), en 1795.

L’aspect le plus intéressant de la vie de Scott, au cours des années 1772 à 1795, fut le rôle qu’il joua dans le grand réveil religieux qui balaya la Nouvelle-Écosse pendant les décennies 1770, 1780 et 1790, mais qui fut particulièrement intense durant les dernières années de la guerre d’Indépendance américaine. Au moment le plus fort de ce réveil, au début des années 1780, Scott devint le principal porte-parole de ceux qui s’opposaient au travail du prédicateur évangélique itinérant Henry Alline*. En plus de visiter d’autres communautés partout dans la colonie et de correspondre avec elles dans un effort pour endiguer la vague de revivalisme, Scott trouva le temps d’écrire de longs et solides traités théologiques destinés à réfuter les idées religieuses souvent bizarres d’Alline. Son principal ouvrage, A brief view of the religious tenets and sentiments, lately published and spread in the province of Nova-Scotia [...], était une critique soignée et détaillée d’Alline, fondée sur les écrits de Jonathan Edwards, fameux ministre et théologien du Massachusetts, dont la « nouvelle théologie » conciliait la position évangélique avec un certain respect à l’égard de l’establishment congrégationaliste existant. Mais en dépit de semblables efforts, impressionnants chez un homme sans formation théologique officielle, Scott ne réussit pas à consolider la cause antirevivaliste. Ses puissantes critiques théologiques n’émouvaient guère les fermiers et les pêcheurs, qui réagissaient plus aisément à la prédication simpliste et émotive d’Alline. À Yarmouth même, Scott vit presque tous ces gens passer au revivalisme, si bien qu’il devint au début des années 1780 un personnage aigri et solitaire. S’il y demeura comme ministre congrégationaliste, le sentiment de son échec au cours de ces années compta dans la décision qu’il prit en 1794 de quitter Yarmouth pour Bakerstown.

Jonathan Scott avait sa part de faiblesses humaines il s’emportait facilement dans les moments de crise, et la manière directe avec laquelle il demanda des augmentations de salaire ne contribua guère à accroître sa popularité pendant les années du revivalisme. Dans l’ensemble, toutefois, son incapacité de gagner des adhésions à sa cause tenait moins à ses faiblesses qu’aux conditions qui prévalaient dans la colonie et qu’à l’efficacité de la prédication d’Alline. Scott était bien plus savant en théologie qu’Alline, surtout en ce qui concernait sa connaissance des écrits de Jonathan Edwards. Il était plus modéré qu’Alline, plus raisonnable, plus tolérant et plus prudent quand il fallait se prononcer sur des questions compliquées de morale et de doctrine. Il était plus humain aussi, en ce sens qu’il acceptait les limites de l’homme, quand il s’agissait de concevoir les mystères de la création de Dieu. Parfois mal assuré de sa propre condition religieuse, il était assez modeste pour croire qu’il n’avait point trouvé les solutions définitives aux problèmes contemporains. C’est pourquoi il se sentit quelque peu dépaysé au cours des décennies 1770 et 1780, période où la prédication simpliste, l’exaltation de l’émotion et le sentiment d’être en possession de la vérité étaient à la mode.

Gordon I. Stewart

Jonathan Scott est l’auteur de A brief view of the religious tenets and sentiments, lately published and spread in the province of Nova-Scotia [...] (Halifax, 1784) ; The conquest of the last enemy ; or, complete victory over death ; a discourse, delivered March 9, 1807, at the funeral of the Rev. Samuel Foxcroft, A.M., late pastor of the Congregational Church in New Gloucester (Charlestown, Mass., 1808) ; The life of Jonathan Scott, C. B. Fergusson, édit. (Halifax, 1960) ; et de A sermon delivered at Hallowell before the Maine Missionary Society, at their first anniversary, June 15, 1808 (Hallowell, Maine, 1808).

PANS, MG 4, 12 ; RG 1, 222, no 23.— Henry Alline, The life and journal of the Rev. Mr. Henry Alline (Boston, 1806).— Annals of Yarmouth and Barrington (Nova Scotia) in the revolutionary war, compiled from original manuscripts, etc., contained in the office of the secretary of the Commonwealth, State House, Boston, Mass., E. D. Poole, compil. (Yarmouth, N.-É., 1899). –« Early census rolls of Nova Scotia », PANS, Board of Trustees, Report (Halifax), 1934 : 52–55.— Plymouth church records, 1620–1859 (2 vol., [Boston, 1920–1923]), 1, {{i}}re part. : xxv–xxxvi, xxxix.— M. W. Armstrong, The Great Awakening in Nova Scotia, 1776–1809 (Hartford, Conn., 1948).— J. M. Bumsted, Henry Alline, 1748–1784 (Toronto, 1971).— J. R. Campbell, A history of the county of Yarmouth, in Nova Scotia (Saint-Jean, N.-B., 1876 ; réimpr., Belleville, Ontario, 1972).— C. C. Goen, Revivalism and separatism in New England, 1740–1800 ; Strict Congregationalists and Separate Baptists in the Great Awakening (New Haven, Conn., 1962).— G. [T.] Stewart et G. [A.] Rawlyk, A people highly favoured of God : the Nova Scotia Yankees and the American revolution (Toronto, 1972).— M. W. Armstrong, « Jonathan Scott’s Brief view », Harvard Theological Rev. (Cambridge, Mass.), 40 (1947) : 121–136.— G. [T.] Stewart, « Charisma and integration : an eighteenth-century North American case », Comparative Studies in Soc. and Hist. (Cambridge, Angl.), 16 (1974) : 138–149 ; « Socioeconomic factors in the Great Awakening : the case of Yarmouth, Nova Scotia », Acadiensis (Fredericton), 3 (1973–1974), no 1 : 18–34.

Bibliographie générale

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Gordon I. Stewart, « SCOTT, JONATHAN (1744-1819) », dans FR:UNDEF:public_citation_publication, vol. 5, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 23 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/scott_jonathan_1744_1819_5F.html.

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