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SCOTT, THOMAS, fonctionnaire, homme politique et juge, baptisé le 18 octobre 1746 dans la paroisse de Kingoldrum, Écosse, fils du révérend Thomas Scott ; décédé le 29 juillet 1824 à York (Toronto).

Aspirant à entrer dans la gentry britannique, Thomas Scott tenta d’abord de suivre les traces de son père en se préparant à devenir ministre de l’Église d’Écosse établie. Faute d’avoir obtenu une affectation, il devint précepteur chez sir John Riddell, dans le sud de l’Écosse ; plus tard, il fut le bienfaiteur des Riddell. Très jeune, il prit également en charge son frère William. Ces obligations allaient intensifier la quête de sécurité financière qui devait marquer toute sa carrière.

En 1788, Scott descendit à Londres pour étudier le droit à la Lincoln’s Inn ; il fut admis au barreau en 1793. Incapable de trouver une situation confortable en Grande-Bretagne, il accepta en 1800 le siège de procureur général du Haut-Canada, qui lui fut confié avec la promesse d’une éventuelle priorité au poste de juge en chef. Scott était alors âgé de 54 ans déjà. Dans le Haut-Canada, il tenta de se rendre indispensable au lieutenant-gouverneur Peter Hunter*, qui avait appuyé sa nomination. Tout en remplissant ses fonctions juridiques, Scott se lança dans une ronde épuisante d’activités politiques ; bientôt, il ne le céda en influence qu’à Henry Allcock*, juge en chef depuis 1802. Tous deux soutenaient Hunter dans sa décision de hâter la préparation des lettres patentes pour mettre fin à la confusion qui entourait les titres fonciers dans la province. Le programme augmenta leur revenu en honoraires, mais contraria de nombreux colons qui s’efforçaient de faire face aux dépenses qu’entraînait leur installation sur de nouvelles terres. La tension inhérente aux fonctions de Scott dut contribuer aux problèmes de santé qui l’affligèrent dans la suite de sa carrière.

En 1805, le procureur général fut nommé au Conseil exécutif, et son influence politique fut plus grande que jamais. Hunter étant mort, le gouvernement était représenté par un homme de paille, Alexander Grant* ; dans ce contexte, Scott et l’inspecteur général John McGill purent faire échec aux aspirations des fonctionnaires qui leur faisaient concurrence et devenir pendant une brève période les plus puissants personnages politiques de la colonie. On s’attendait alors à ce que Scott exerce ses talents politiques, mais il n’était pas très bien nanti sur ce plan. À l’Assemblée, l’opposition à la politique foncière du gouvernement ne cessait de croître. Malgré cela, sur l’avis de Scott, Grant, en tentant d’usurper des crédits sur lesquels l’Assemblée exerçait à bon droit son autorité, fournissait une arme à l’opposition. L’atmosphère était d’autant plus tendue que Scott et Robert Thorpe*, juge à la Cour du banc du roi, convoitaient tous deux le poste de juge en chef, vacant depuis qu’Allcock avait été muté dans le Bas-Canada. Thorpe essaya d’attirer l’attention en se joignant aux critiques du gouvernement, mais cela ne lui valut que de perdre son siège.

En 1806, Scott fit son entrée au Conseil législatif et fut enfin nommé juge en chef. Très vite, il s’efforça d’échapper le plus possible à toute autre responsabilité. Ainsi il refusa que soit envisagée sa promotion au poste de juge en chef du Bas-Canada en disant : « à mon âge, c’est un défi trop grand à relever ». On s’attendait à ce qu’il devienne le principal conseiller du lieutenant-gouverneur, mais il refusa de continuer à participer à la politique de la province. Qualifiant de « bouillie pour les chats » la participation de Scott aux affaires de l’État, le nouveau chef du gouvernement, Francis Gore*, choisit comme principal conseiller William Dummer Powell, autre juge à la Cour du banc du roi. En 1811, Scott demanda en vain une pension qui lui aurait permis une digne retraite. Il dut donc rester à la tête de l’appareil judiciaire durant la période la plus agitée de l’histoire de la province.

La guerre de 1812 provoqua une crise d’autorité au sein de la gentry. Elle doutait de la loyauté de la population du Haut-Canada, qui comptait un très grand nombre d’Américains de naissance. De plus, elle prôna en vain la suspension de certains droits civils et l’imposition de la loi martiale ; elle fut tenue en échec jusqu’en 1814 par des députés, tel Abraham Markle, qui hésitaient à contrarier leurs électeurs. En tant que résident distingué d’York, Scott contribua quelque peu à encourager le maintien de l’ordre, mais de façon bien modeste, et des hommes plus énergiques comme Powell et le révérend John Strachan* n’eurent aucun mal à l’éclipser. Scott joua un rôle semblable lors des procès qui se déroulèrent en 1814 et qui visaient à réaffirmer l’autorité de l’État. La stratégie du gouvernement consistait à jouer avec les dispositions de la loi de manière à osciller entre la terreur et la miséricorde. En conséquence, alors que les tribunaux déclarèrent 15 personnes coupables de trahison, dont Jacob Overholser*, seules 8 d’entre elles furent exécutées, les peines des autres ayant été commuées en bannissement. Scott appuya ces décisions, mais l’initiative venait d’ailleurs, surtout du procureur général John Beverley Robinson*.

En 1816, le juge en chef reçut enfin la pension dont il avait besoin pour se retirer. Thomas Scott passa donc tranquillement ses vieux jours à York, où il mourut en 1824. Toujours fidèle à ses engagements personnels, il laissait une succession suffisante pour assurer le viager de son frère qui vivait en Écosse. Toutefois, Scott avait moins bien réussi sa carrière publique. S’il faisait preuve de compétence dans ses avis juridiques, il ne manifestait guère de goût pour les plus vastes responsabilités qui incombaient à l’époque aux gens de justice. Ses faiblesses provenaient en partie de son âge avancé et de sa santé chancelante. Il reste que son dossier s’apparente à celui de nombre des administrateurs que cette colonie lointaine attira pendant les premières décennies de son existence.

William N. T. Wylie

AO, RG 22, sér. 125, 1–2 ; sér. 134, 1–2 ; sér. 155.— APC, MG 11, [CO 42] Q, 298, part. i : 2, 25 ; 300 : 226 ; 303 : 155 ; 308, part. i : 68 ; 311, part. i : 57–59 ; 312, part. i : 34, 151, 153 ; 313, part. ii : 518 ; 316 : 281 ; 318, part. i : 133, 137 ; 319 : 106–107 ; 320 : 191–194 ; MG 24, A6, civil letter-book, 42 ; RG 1, E1, 47–50 ; L1, 22 : 665, 803 ; 23 : 278 ; 24 : 69, 285, 308 ; 26 : 185 ; L3, 452 : S5/55, 93 ; 453 : S7/40 ; 455 : S9/82 ; 464A : S15/88 ; 490 : S leases/49 ; RG 5, A1 : 8326–8328, 8729–8733, 8805–8807.— MTL, William Allan papers, B8, Thomas Scott papers ; D. W. Smith papers, Scott à Smith, 20 oct. 1803, 10 mars 1804.— « Political state of U.C. », APC Report, 1892.— Town of York, 1793–1815 (Firth) ; 1815–34 (Firth).— Read, Lives of the judges.— Cowdell Gates, Land policies of U.C.— W. R. Riddell, The bar and the courts of the province of Upper Canada or Ontario (Toronto, 1928) ; The legal profession in Upper Canada in its early periods (Toronto, 1916).— J. B. Walton, « An end to all order : a study of Upper Canadian Conservative response to opposition, 1805–1810 » (thèse de m.a., Queen’s Univ., Kingston, Ontario, 1977).— W. N. T. Wylie, « Instruments of commerce and authority : the civil courts in Upper Canada, 1789–1812 », Essays in the history of Canadian law, D. H. Flaherty, édit. (2 vol., [Toronto], 1981–1983), 2 : 3–48.— W. R. Riddell, « Thomas Scott, the second attorney-general of Upper Canada », OH, 20 (1923) : 126–144.

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William N. T. Wylie, « SCOTT, THOMAS (mort en 1824) », dans FR:UNDEF:public_citation_publication, vol. 6, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 18 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/scott_thomas_1824_6F.html.

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