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SMALLMAN, JOHN BAMLET, homme d’affaires, né le 9 mars 1849 à Clifden, comté de Galway (république d’Irlande), fils de James Knight Smallman et d’Eliza Switzer ; décédé célibataire le 14 février 1916 à London, Ontario.

John Bamlet Smallman quitta l’Irlande avec sa famille en 1859 pour aller demeurer à London, où son père devint marchand commissionnaire. Apprenti commis dès l’âge de 14 ans dans un commerce de nouveautés, il y resta jusqu’en 1877. La même année, il avait assez d’économies pour s’associer à un coreligionnaire méthodiste, Lemuel Hill Ingram, commis chez un grossiste de la localité, dans le but d’ouvrir à son tour un commerce de nouveautés.

Dès l’abord, Smallman and Ingram eut l’audace de se spécialiser dans les articles à bas prix, secteur créé par la production manufacturière et le transport ferroviaire. Sans être grand – il employait seulement cinq commis de sexe féminin et un superviseur en 1878 et avait un chiffre d’affaires annuel de 37 000 $ –, le magasin était dirigé selon les plus récentes méthodes commerciales. Il offrit tout de suite un plan de remboursements et d’échanges ; la plupart des ventes étaient réalisées au comptant ; les propriétaires faisaient des achats tous les mois et tenaient un inventaire serré ; de plus, quand ils voulaient faire des soldes, ils se procuraient des gammes de produits encore plus économiques au lieu de démarquer des marchandises. Dès 1882, ils achetaient directement, au comptant, de fournisseurs britanniques. Smallman and Ingram correspondait parfaitement à la description d’un manuel de commerce de détail.

Le commerce prospérait. Au bout d’une dizaine d’années, son chiffre d’affaires atteignait 110 000 $, la productivité du personnel avait plus que doublé (elle était passée à 9 200 $ par commis), les dépenses ne comptaient plus pour 16 %, mais pour 11 % seulement du chiffre d’affaires et le bénéfice représentait en moyenne 10 % sur les ventes, un joli pourcentage. Naturellement, Smallman et Ingram commencèrent à songer à l’expansion. Ils firent l’acquisition de nouveaux locaux en 1892, achetèrent des propriétés adjacentes, ouvrirent des rayons de chaussures et de jouets (éliminés ensuite parce qu’ils n’étaient pas assez rentables), puis se trouvèrent un emplacement encore plus vaste. À l’aube du xxe siècle, le magasin employait plus d’une centaine de commis.

À la mort d’Ingram, en janvier 1901, Smallman acheta la part de celui-ci. Comme il croyait en l’entreprise de famille, il fit entrer immédiatement dans la firme son neveu et deux des enfants d’Ingram. Puis, voyant que Gordon John Ingram était le plus énergique de la deuxième génération, il constitua en 1908 une société par actions, fit de Gordon John l’un des actionnaires, le nomma directeur administratif et fit savoir qu’il était son dauphin.

À London, les consommateurs étaient plus ancrés dans leurs habitudes d’achat qu’à Toronto ou à Hamilton. Les magasins de nouveautés, en voie de disparition ailleurs, y demeuraient en assez bonne santé : en 1905, London en comptait presque autant qu’une décennie plus tôt. Plusieurs d’entre eux survivraient d’ailleurs à Smallman and Ingram.

Étant donné cette tendance, on s’explique mal pourquoi Smallman décida en 1904 de transformer son commerce en grand magasin. Peut-être la concurrence croissante du magasin Kingsmill, de l’autre côté de la rue, l’aiguillonnait-elle ; peut-être tenait-il absolument à rester à la fine pointe. London, expliqua-t-il à un journaliste, méritait au moins un « magasin [vraiment] à la mode ». Quoi qu’il en soit, Smallman and Ingram n’était plus du tout le même en 1907. Comme la plupart des grands magasins [V. Timothy Eaton* ; Robert Simpson*], il incarnait la confiance et la richesse. L’édifice fait de brique rouge, de moulures de pierre et de verre laminé abritait des escaliers aux marches de marbre, 96 000 pieds carrés de surface de vente, un restaurant et un comptoir de rafraîchissements, des toilettes publiques, un service de commandes postales, 42 rayons et 200 commis.

Toutefois, il était plus facile pour Smallman de changer son commerce que d’endosser un nouveau rôle. Le magasin était désormais trop grand pour être dirigé par une seule personne, mais, en propriétaire du xixe siècle, Smallman avait du mal à partager ses responsabilités avec quiconque, sauf des membres de sa famille. Ce conservatisme administratif finit par lui être fatal. Pendant la Première Guerre mondiale, Gordon John Ingram s’enrôla et Smallman tenta de mener la barque tout seul. Il fit une dépression nerveuse et fut hospitalisé. À sa sortie, il essaya de reprendre le collier, mais eut une crise d’apoplexie ; deux semaines plus tard, le 14 février 1916, il succomba à une deuxième crise. Son magasin, drapé de crêpe noir, resta fermé trois jours. Gordon John Ingram accéda à la présidence.

Contrairement à son frère aîné Thomas Henry, capitaliste de London engagé dans beaucoup d’entreprises, John Bamlet Smallman était un homme réservé. Après la mort de leur père en 1880, il vécut avec sa belle-mère et deux demi-sœurs. Selon la nécrologie du London Advertiser il ne se mêla jamais de politique. Membre de l’église First Methodist, il soutint discrètement de nombreuses œuvres de bienfaisance, dont la Children’s Aid Society et l’Irish Benevolent Society. Il légua à la Western University of London, en Ontario, la plupart de ses actions de Smallman and Ingram.

David Monod

AN, RG 31, C1, 1901, London, Ward 3, sous-div. 2 : 5 (mfm aux AO).— AO, RG 22-321, no 12485 ; RG 80-8-0-569, no 21642.— London Public Library and Art Museum (London, Ontario), London scrapbooks, 5 : 78 ; 23 : 70–89.— Univ. of Western Ontario Library, Regional Coll. (London), Smallman & Ingram account-books, journal, 1877–1893.— London Advertiser, 15 févr. 1916.— London Free Press, 12 janv. 1901, 15, 17 févr. 1916, 15 févr. 1917, 1er déc. 1944, 3 juill. 1945.— Annuaire, London, 1894, 1905, 1914.— S. P. Benson, Counter cultures : saleswomen, managers and customers in American department stores, 1890–1940 (Urbana, Ill., 1986).— B. F. Clarke, « Case studies of the London elite » (mémoire de {{m.a}}., Univ. of Western Ontario, 1978), 181s.— J. L. Dampier, « Smallman & Ingram Ltd. : a history of the period 1877 to 1901 » (mémoire, Dept. of Business Administration, Univ. of Western Ontario, 1935).— Industries of Canada : historical and commercial sketches : London, Woodstock, Ingersoll, Guelph, Berlin, Waterloo, St. Thomas, Windsor, and environs [...] (Toronto, 1887).— W. R. Leach, « Transformations in a culture of consumption : women and department stores, 1890–1925 », Journal of American Hist. (Bloomington, Ind.), 71 (1984–1985) : 319–342.— M. B. Miller, The bon marché : bourgeois culture and the department store (Princeton, N.J., 1981).— J. L. Santink, Timothy Eaton and the rise of his department store (Toronto, 1990).

Bibliographie générale

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David Monod, « SMALLMAN, JOHN BAMLET », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 31 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/smallman_john_bamlet_14F.html.

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Auteur de l'article:   David Monod
Titre de l'article:   SMALLMAN, JOHN BAMLET
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1998
Année de la révision:   1998
Date de consultation:   31 octobre 2014