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STEWART, JOHN, chirurgien, professeur, éditeur et rédacteur en chef, né le 6 juin 1812 à Perth, Écosse ; décédé le 11 janvier 1891 à Kingston, Ontario.

John Stewart, chirurgien (il préférait qu’on l’appelle ainsi, et non Stuart, même s’il revendiquait une filiation tortueuse avec la royauté écossaise), fit ses études à la Perth Academy. En 1833, il obtint du Royal College of Surgeons of Edinburgh l’autorisation de pratiquer. Il immigra en Amérique du Nord britannique en 1834, et l’autorisation d’exercer la médecine, l’obstétrique et la chirurgie que lui accorda le College of Physicians and Surgeons of Upper Canada à son assemblée annuelle du 6 janvier 1840 est le premier indice de sa présence à cette époque. Stewart s’établit à Kingston et commença sa carrière de chirurgien au début des années 1840. Son travail acharné pendant l’épidémie de typhus qui sévit en 1847 lui gagna l’estime de ses concitoyens. Il avait fière allure lorsqu’il marchait à grands pas dans les rues de Kingston, un plaid Stuart rejeté par-dessus l’épaule, un bonnet Kilmarnock sur sa chevelure rousse typiquement écossaise ; cette tenue vestimentaire témoignait de sa nature extravagante et insouciante.

Stewart figura parmi les six fondateurs, en 1854, de l’école de médecine affiliée au Queen’s College, et il occupa simultanément les postes de secrétaire de la faculté et de professeur d’anatomie et de physiologie. Il s’acquittait mal de sa fonction de secrétaire, mais c’était un professeur stimulant, enthousiaste et dévoué envers ses étudiants. Il démissionna de son poste de secrétaire en 1861 et fut remplacé par George Lawson ; en avril 1862, après huit années de querelles presque continuelles avec ses collègues, surtout à propos de questions administratives, il fut le premier professeur à être congédié par l’université. Peu de temps après, malgré la signature d’une pétition par 2 000 citoyens de Kingston, il fit un court séjour en prison pour avoir diffamé un collègue médecin inoffensif, Horatio Yates*. Après son congédiement, Stewart continua de pratiquer la chirurgie auprès d’une clientèle privée et, en célibataire endurci, trouva amplement le temps de s’adonner à ses autres occupations. Sa personnalité combative, sa plume virulente et sa langue bien pendue lui assurèrent la notoriété, mais une popularité discutable.

En 1846, le docteur Stewart fonda un journal bihebdomadaire, l’Argus. Dans le cartouche administratif, il assurait les lecteurs que justice serait faite, même si le ciel devait s’écrouler : Fiat justicia cœlum ruat. Le journal fut publié sous sa direction durant trois périodes distinctes. Pendant la première (de janvier 1846 à juillet 1849), Stewart tenta de s’opposer au prétendu manque de professionnalisme journalistique du docteur Edward John Barker*, éditeur du British Whig, qui l’avait attaqué. Au cours de la deuxième période (de décembre 1862 à janvier 1863), l’Argus porta à l’attention du public la perception qu’avait Stewart de la perfidie des personnes associées au Queen’s College au moment de son congédiement : les membres du conseil d’administration, le directeur, William Leitch*, et les professeurs de la faculté de médecine, en particulier John Robinson Dickson*. Enfin, les trois dernières parutions du journal étaient destinées à appuyer sa principale bataille électorale pendant le mois d’août 1867.

Malgré son échec aux élections à la mairie de Kingston en 1861, Stewart se porta candidat dans cette circonscription à la première élection fédérale après la Confédération ; il fit la lutte à sir John Alexander Macdonald, le « grand gibier de potence », comme le désignait l’Argus. Il se présenta pour que les Kingstoniens puissent « avoir une occasion de serrer la main à un chevalier en chair et en os, et de « boire un coup » avec lui » ; il fut aussi candidat à l’élection provinciale contre Maxwell William Strange. Le dernier numéro de l’Argus présentait ainsi les prévisions des résultats : « Macdonald : 734, Stewart : 142 – majorité pour la scélératesse : 592 ; Strange : 704, Stewart : 128 – majorité pour la sottise : 576 ».

Les batailles judiciaires dans lesquelles Stewart prenait plaisir à s’engager, habituellement sans l’avis d’un conseiller juridique, ennuyaient ceux que le médecin attaquait, mais amusaient les gens qui n’étaient pas visés directement. Quiconque contrevenait à ses idées personnelles sur la justice recevait sur-le-champ une ordonnance du tribunal. Parmi ceux qui eurent droit à ce traitement, il y eut sa domestique, des collègues médecins, des adversaires politiques, et même sir John Alexander Macdonald, que Stewart poursuivit pour corruption électorale en vertu de l’Acte à l’effet d’établir des dispositions temporaires pour l’élection des membres de la chambre des Communes du Canada de 1873.

Avec le poids des années et la diminution de ses activités professionnelles, le docteur John Stewart s’adoucit et devint plus sociable. Pendant les dernières années de sa vie, il se lia d’amitié avec Margaret Mary Theodora Macdonald, la fille du premier ministre atteinte d’hydrocéphalie et confinée à un fauteuil roulant. Stewart mourut paisiblement le 11 janvier 1891. Parfois injustement diffamé et ridiculisé de son vivant, il fut regretté par les cœurs nostalgiques et indulgents.

Anthony A. Travill

Daily British Whig (Kingston, Ontario), 12 janv. 1891.— Daily News (Kingston), 12 janv. 1891.— E. B. Biggar, Anecdotal life of Sir John Macdonald (Montréal, 1891), 54.— William Canniff, The medical profession in Upper Canada, 1783–1850 [...] (Toronto, 1894 ; réimpr., 1980).— H. [M.] Neatby et F. W. Gibson, Queen’s University, F. W. Gibson et Roger Graham, édit. (2 vol., Kingston et Montréal, 1978–1983), 1.— J. A. Roy, Kingston : the king’s town (Toronto, 1952), 245–248, 271–278.— A. A. Travill, Medicine at Queen’s, 1854–1920 : a peculiarly happy relationship ([Kingston et Toronto], s.d.).— W. J. Coyle, « Elections in Kingston, 1867 », Historic Kingston, n° 16 (1968) : 48–57.— A. A. Travill, « John Stewart, surgeon : Queen’s first professor of anatomy and first secretary of the medical faculty », Queen’s Medical Rev. (Kingston), 29 (mai 1988) : 8–12.— John Watson, « Reminiscences of Dr. John Stewart », Queen’s Rev. (Kingston), 3 (1929) : 151–153.

Bibliographie générale

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Anthony A. Travill, « STEWART, JOHN (1812-1891) », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 31 août 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/stewart_john_1812_1891_12F.html.

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Auteur de l'article:   Anthony A. Travill
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1990
Année de la révision:   1990
Date de consultation:   31 août 2014