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TRIPLETT, JAMES OSCAR (aussi connu sous les noms de James Oscar et d’Oscar James), pensionnaire d’asiles d’aliénés, né probablement dans les années 1870, peut-être le fils de James Triplett et de Nancey Shelton, de Hartford, comté de Putnam, Missouri ; décédé le 13 décembre 1918 à une vingtaine de milles au nord-ouest de Rocky Mountain House, Alberta.

On ne connaît pas bien les origines de James Oscar Triplett, mais apparemment, il arriva dans l’Ouest canadien vers 1912 en provenance du Missouri. Lorsqu’il mourut, il avait une sœur, Daisy L. Houston, à cet endroit. À un moment quelconque, avant son arrivée en Alberta, il aurait résidé dans des asiles d’aliénés du Montana et de l’Idaho, à la fois en tant que pensionnaire et garde-tuteur. Au moment de sa mort, on rapporta que ces séjours avaient fait l’objet d’un mémoire intitulé Hell and repeat ; jamais aucune copie n’en a été retrouvée. Dernier détail : Triplett avait, à l’ouest de Rocky Mountain House, une concession statutaire dûment enregistrée, mais sa terre était toujours en friche à son décès.

La vie de Triplett dans le centre de l’Alberta à compter de 1912 serait faite de périodes d’errance ponctuées d’accès de folie. Sa présence à cet endroit témoigne de l’attraction exercée par l’Ouest canadien sur toutes sortes de gens dont certains, semble-t-il, cherchaient à échapper aux pressions qu’ils subissaient ou s’imaginaient subir ailleurs. Jusqu’à l’ouverture du premier asile d’aliénés de l’Alberta, l’Hospital for the Insane, près de Ponoka, en 1911, les aliénés étaient internés au Manitoba, d’abord à la prison de Stony Mountain, puis à l’asile de Brandon. Même après l’inauguration de l’hôpital de Ponoka, où le traitement se résumait pour ainsi dire à de la surveillance, la province était mal équipée pour soigner les esprits troublés. Certains se suicidèrent ; d’autres, apparemment en proie à une grave dépression, assassinèrent des membres de leur famille ; d’autres encore furent traités pour la paranoïa à Ponoka puis libérés sans pour autant avoir été guéris.

Peu après son arrivée en Alberta, Triplett acquit une réputation d’excentricité. Cependant, ce n’est qu’en 1917 qu’il eut l’honneur peu enviable de devenir le premier individu à être emprisonné par le détachement de l’Alberta Provincial Police récemment affecté à Red Deer. Détenu au poste de police de Rocky Mountain House, il s’était évadé et avait filé par la grand-rue, tout nu, avant d’être appréhendé de nouveau par la police de Red Deer. Celle-ci l’envoya à Ponoka pour qu’il soit placé sous observation. On se contenta de l’enfermer en tenant pour acquis que ses illusions paranoïaques reviendraient tôt ou tard. Néanmoins, comme il avait pris du mieux, on le mit en probation le 20 juin 1918. Alors, il retourna à Rocky Mountain House. En août, inquiet de son comportement, le médecin du lieu, James Binnie Miller, communiqua avec la police provinciale et avec Edleston Harvey Cooke, le surintendant médical de Ponoka, afin de trouver un moyen de s’occuper de lui. La police ne pouvait rien faire tant que Triplett n’avait pas enfreint la loi, et Cooke ne semble pas avoir été sensible aux inquiétudes de Miller. Cette crise passa, mais à la mi-décembre, les appréhensions de Miller s’avérèrent fondées.

Dans la soirée du 12 décembre, Triplett commença à répandre la terreur dans des fermes à l’ouest de Rocky Mountain House. Armé d’une hache à double tranchant, il se présenta à la ferme de Ray et Lois Temple. Il proféra des menaces à l’endroit de Ray, qui était parti en excursion de chasse, et Lois réussit à le convaincre de s’en aller. Il battit alors en retraite jusqu’à la ferme de Jacob Stutesman, située non loin de là, harangua celui-ci toute la nuit, détruisit presque tout dans sa cabane, hurla et courut partout, nu, malgré la température glaciale. Il partit dans l’après-midi du 13 après avoir tenté d’étrangler Stutesman. Celui-ci courut alors à travers champs jusque chez Lois Temple pour la prévenir que Triplett était toujours au large.

Naturellement, Lois Temple était très inquiète. Stutesman accepta de rester avec elle et se mit à l’aider dans ses corvées. Soudain, Triplett apparut. Déchaîné, il se précipita dans la cour, menaça de violence Stutesman et Lois Temple, tua des poulets et essaya de mettre le feu au toit de la cabane. Stutesman tira sur lui au moins quatre fois, puis se lança à sa poursuite. Il le rattrapa à l’avant de la cabane ; Triplett, penché, essayait de forcer la porte. Stutesman prévint Lois Temple que Triplett arrivait ; elle cria à Triplett de reculer, sans quoi elle tirerait. En voyant la poignée tourner, elle fit feu. La balle traversa la porte, ricocha sur le pouce de Triplett et l’atteignit sous l’œil. Il mourut avant même d’atteindre le sol.

L’enquête de la police et l’enquête du coroner innocentèrent Lois Temple. Le jury du coroner conclut qu’elle avait agi dans le but de défendre sa vie, son honneur et son enfant. Plus précisément, il réclama que l’on mène une enquête spéciale pour découvrir dans quelles circonstances l’hôpital de Ponoka avait libéré Triplett et pour « déterminer qui blâmer pour avoir élargi un fou dangereux et lui avoir permis de terroriser une communauté où ses tendances étaient si bien connues ». Pour justifier la décision de libérer Triplett, Edleston Harvey Cooke laissa simplement entendre en janvier 1919 que : « de toute façon, tous les fous font une rechute tôt ou tard ». Voilà qui ne dut guère réconforter Jacob Stutesman ni Lois Temple.

Jonathan Swainger

PAA, 67.172/1192 (attorney general, inquest files).— Red Deer Advocate (Red Deer, Alberta), 20, 27 dée. 1918, 3 janv. 1919.–1. H. Clarke, « Public provisions for the mentally ill in Alberta, 1907–1936 » (mémoire de m.a, Univ. of Calgary, 1973).— The days before yesterday : history of Rocky Mountain House district, Freeda Fleming et Angie Egerton, édit. (Rocky Mountain House, Alberta, 1977).

Bibliographie générale

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Jonathan Swainger, « TRIPLETT, JAMES OSCAR », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 1 sept. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/triplett_james_oscar_14F.html.

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Auteur de l'article:   Jonathan Swainger
Titre de l'article:   TRIPLETT, JAMES OSCAR
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1998
Année de la révision:   1998
Date de consultation:   1 septembre 2014