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TURNBULL, JESSIE (McEwen), féministe, réformatrice sociale et auteure, née en décembre 1845, probablement à Montréal ; le 30 avril 1868, elle épousa Donald McEwen, et ils eurent quatre enfants ; décédée le 1er juin 1920 à Brandon, Manitoba.

Au sortir du collège, Jessie Turnbull fit une tournée de conférences de plusieurs mois dans de petites localités ontariennes sous l’égide du surintendant de l’Éducation, Egerton Ryerson*. Ses causeries portaient sur la nécessité d’assurer aux filles aussi bien qu’aux garçons les bénéfices des études supérieures. En 1868, elle épousa Donald McEwen, représentant d’un fabricant écossais de textiles puis d’un manufacturier montréalais. Ils vécurent d’abord à Toronto. Leur fils aîné naquit en Ontario en 1869, après quoi ils s’installèrent à Montréal, où ils eurent trois autres enfants, deux filles et un garçon.

Au retour de la famille à Toronto peu après la naissance du quatrième enfant, Jessie McEwen se remit à militer pour les droits des femmes. En 1877, notamment avec Emily Howard Stowe [Jennings*], elle forma le Toronto Women’s Literary Club, qui entendait « favoriser l’échange d’idées et de sentiments sur tout sujet relatif à l’éducation supérieure de la femme, y compris son bien-être moral et physique ». Ce cercle se réunissait chaque semaine et soutenait la prohibition, l’amélioration des conditions de travail des femmes et le suffrage féminin. Ce fut en partie grâce à lui que le Parlement ontarien se laissa convaincre d’autoriser les veuves et les femmes célibataires remplissant les conditions requises à voter sur les règlements municipaux. Cette petite concession obtenue en 1882 semble avoir galvanisé les membres du cercle littéraire. En mars 1883, elles annoncèrent coup sur coup qu’elles démantelaient leur club et formaient la Canadian Women’s Suffrage Association, première société au pays à préconiser le vote des femmes. Dans son discours d’accession à la présidence, Mme McEwen nota être « la première femme à occuper ce poste ou un poste semblable au Canada ». Le droit de vote était seulement l’une des causes auxquelles elle s’intéressait. Elle était aussi secrétaire et administratrice du comité qui mit sur pied en 1883 le Woman’s Medical College de Toronto et faisait partie du groupe qui contribua à faire admettre les femmes à la University of Toronto à compter de la même année.

Au plus fort de ces activités, Donald McEwen décida de s’installer sur une concession statutaire dans l’Ouest canadien ; en 1884, la famille s’établit donc à Elton, au nord-est de Brandon. En 1893, les McEwen achevèrent de se faire construire une grande résidence, Tullichewen, qui était une attraction dans les environs. Il fallait, dit-on, « deux domestiques et deux jardiniers pour que les lieux soient toujours prêts à accueillir des visiteurs ». Tout en cultivant des céréales et en élevant des chevaux pur-sang sur sa vaste ferme, Donald McEwen continuait de voyager beaucoup par affaires. Quand il était à la maison, lui-même et Jessie donnaient de somptueuses réceptions en l’honneur d’invités de marque tels lord et lady Aberdeen [Hamilton-Gordon* ; Marjoribanks*] ou le duc et la duchesse de Devonshire.

Ce fut lady Aberdeen qui convainquit Jessie McEwen de reprendre du service. Elles se rencontrèrent pour la première fois en novembre 1895 : Mme McEwen présidait alors une assemblée de femmes de Brandon qui s’étaient réunies pour entendre le discours de lady Aberdeen sur le National Council of Women of Canada. À l’issue de la réunion, on mit sur pied une section locale du conseil à Brandon sous la présidence de Jessie McEwen. Elle exercerait cette fonction jusqu’en 1916. En plus, elle fut élue vice-présidente du conseil national en 1900. Au cours des années où Mme McEwen en fut présidente, le Local Council of Women de Brandon créa une bibliothèque publique et une salle de lecture, distribua des livres aux nouveaux résidents par l’entremise de l’Aberdeen Association (Mme McEwen était présidente de la section locale), instaura des cours de formation manuelle et d’économie domestique dans les écoles de Brandon, fit élire des femmes au conseil scolaire, organisa la Travellers Aid Society, meubla et équipa une salle du Brandon Général Hospital, et participa à la fondation et au financement du Shoal Lake Cottage Hospital. En 1900, peu après le début de la guerre des Boers, Jessie McEwen dirigea l’organisation de la première section active de la Croix-Rouge au Manitoba. En 1907, elle lança la Young Women’s Christian Association de Brandon, dont elle fut par la suite présidente honoraire. Pendant la Première Guerre mondiale, elle organisa des secours pour la Serbie et « la cueillette de fourrures pour les soldats italiens ».

Jessie McEwen était aussi une presbytérienne engagée. Bien que sa famille ait fréquenté la congrégation First Presbyterian de Brandon, elle-même contribua en juillet 1885 à la fondation d’une section de la Woman’s Foreign Missionary Society à Humesville ; on lui attribue aussi l’organisation des sections de Chater, de Rugby et de Brandon. En 1886, elle aida à mettre sur pied, à Brandon, la première organisation régionale de la Woman’s Foreign Missionary Society dans l’Ouest canadien. En outre, elle présenta des articles et des communications au Canada Presbyterian de Toronto, dont le rédacteur en chef nota en 1896 : « elle a un très grand talent oratoire et sa compétence en rédaction n’est pas moins marquée ». Collaboratrice du Farmer’s Advocate de London et de Winnipeg à compter de 1901, elle envoya à ce périodique des titres comme « Home life on the farm », ainsi que des articles sur l’éducation des enfants, la courtoisie et l’importance de la musique et des bons livres à la maison et dans la collectivité.

Bien que Jessie Turnbull McEwen ait eu une réputation de féministe, la journaliste Lillian Beynon* Thomas fit observer dans le Manitoba Free Press du 1er mai 1915 : « quiconque la connaît ne songerait jamais à elle comme à une agitatrice. Il semblerait plus juste dé dire qu’elle sait convaincre. Ce n’est point par la rancune ni par une impérieuse déclaration des droits que Mme McEwen a contribué à l’obtention de grandes victoires pour les femmes, mais par l’amour, par une foi constante en la bonté des êtres et par une adhésion indéfectible aux bons vieux principes de la démocratie ». Cette petite femme au digne maintien qui, dans sa vieillesse, avait des cheveux blancs comme neige et était « frêle comme une poutre d’acier » s’installa seule à Brandon en 1919, vraisemblablement pour se rapprocher des services médicaux. Elle mourut un an plus tard et, après un service funèbre en l’église St Paul, fut inhumée au cimetière de Brandon. Plusieurs années après son décès, Lillian Beynon Thomas émit l’idée suivante : « si l’on pouvait mettre aux voix la question de savoir quelle femme a le plus contribué à préparer notre Canada à une plus belle destinée, je doute qu’aucun autre nom que celui de Jessie Turnbull McEwen pourrait l’emporter ».

Vera K. Fast

Jessie [Turnbull] McEwen est l’auteure de l’article intitulé « Home life in the west »,dans Women of Canada, their life and work ; compiled by the National Council of Women of Canada [...] for distribution at Pan-American Exposition, Buffalo, 1901 ([s.l., 1900 ?]), 3133.

AN, RG 31, C1, 1871, Montréal, Saint-Antoine, div. 4 ; 1891, Elton, Manitoba.— ANQ-M, CE1-121, 5 nov. 1871, 3 janv. 1875, 7 mai 1876.— Brandon Univ. Arch. (Brandon, Manitoba), M8023 (Brandon Council of Women) ; PCC, Woman’s Missionary Soc., Humesville, minute-book, 18851940.— Manitoba, Legislative Library (Winnipeg), Biog. scrapbooks.— Manitoba Geneal. Soc., Brandon branch (Brandon, Manitoba), Cemetery transcriptions.— PAM, MG 10, C45.— Brandon Daily Sun, 5 déc. 1895, 18 juill. 1900, 27 juin 1907, 1er mai 1918, 1er–2 juin 1920, 22 juin 1957.— Farmer’s Advocate and Home Magazine, éd. du Manitoba et de l’Ouest (London, Ontario, et Winnipeg ; Winnipeg), 20 déc. 1901, 5 juill. 1902, 23 juin 1920, 30 juin 1927.— Globe, 7, 10 mars 1883.— Manitoba Free Press, 18 mai 1911, 1er mai 1915.— Mary Beacock Fryer, Emily Stowe, doctor and suffragist (Toronto et Oxford, 1990).— C. L. Cleverdon, The woman suffrage movement in Canada, introd. de Ramsay Cook (2e éd., Toronto, 1974).— EPC, Woman’s Foreign Missionary Soc. (div. de l’Ouest), Annual report (Toronto), 18771900.— Homesteaders and homemakers : a history of Elton municipality in its first century (Brandon, 1973).— [J. W.] G. MacEwan, ... and mighty women too ; stories of notable western Canadian women (Saskatoon, 1975).— National Council of Women of Canada, Report (Ottawa ; Montréal), 18961898.

Bibliographie générale

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Vera K. Fast, « TURNBULL, JESSIE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 18 sept. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/turnbull_jessie_14F.html.

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Auteur de l'article:   Vera K. Fast
Titre de l'article:   TURNBULL, JESSIE
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1998
Année de la révision:   1998
Date de consultation:   18 septembre 2014