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VALIN, PIERRE-VINCENT (il signait Pierre-Vincent ou Pierre, et on le connaissait sous ces deux prénoms), constructeur et propriétaire de navires, homme politique et fonctionnaire, né le 1er juin 1827 à Château-Richer, Bas-Canada, fils de Toussaint Valin et de Marie Tremblay ; le 17 avril 1855, il épousa dans la paroisse Saint-Étienne de Beaumont Marie-Angélique Talbot, dit Gervais (décédée le 8 octobre 1883), puis le 10 juin 1885, à Québec, Marie-Virginie-Célina Bardy, fille de feu Pierre-Martial Bardy*, et de ces deux mariages ne naquit aucun enfant ; décédé le 2 octobre 1897 à ce dernier endroit.

Après avoir tenté sa chance dans divers métiers, Pierre-Vincent Valin se lança en 1846 dans la construction navale. À Québec, la construction de navires en bois était alors une industrie en pleine expansion, et il en devint vite l’une des figures marquantes. Il construisit ses trois premiers bâtiments avec un associé du nom de George Holmes Parke, propriétaire de navires et agent de transport maritime, sur le chantier de celui-ci, au bord de la rivière Saint-Charles. Puis, dès 1848, il mit sur pied sa propre entreprise ; ce début précoce laissait déjà présager l’énergie et la compétence dont il allait faire montre toute sa vie. À la fin de sa carrière dans la construction navale, en 1880, la jauge totale des navires qu’il aurait construits dépasserait les 69 000 tonneaux ; seul Thomas Hamilton Oliver afficherait une production supérieure, soit 88 000 tonneaux.

De 1848 à 1859, Valin construisit ou fit construire des bateaux sur au moins trois emplacements en bordure de la rivière Saint-Charles : à la Pointe-aux-Lièvres, sur un terrain qu’il loua puis acheta du gouvernement quand, en 1854, la pointe fut mise aux enchères ; sur la rive sud, immédiatement à l’ouest du pont Dorchester, sur un chantier naval dont John Jeffery et son fils avaient été locataires dans les années 1830 et 1840 et que lui-même loua de la succession du voilier James Hunt* ; enfin sur la rive nord, sur des terrains qui appartenaient aux religieuses de l’Hôpital Général, qu’il loua par périodes de dix ans et sur lesquels son père fit aussi de la construction dans les années 1850 et 1860. De plus, entre 1854 et 1858, il construisit quatre navires sur un quatrième chantier, au bord de la rivière Saguenay.

En 1853, son entreprise avait pris trop d’ampleur pour qu’il s’en occupe seul et, le 19 novembre, Valin fonda la Pierre Valin et Compagnie avec l’épicier Louis-Eugène Blais et le maître charpentier de navires Louis de Gonzague Vallerand. Celui-ci allait diriger le chantier, Valin tenir les livres, et Blais payer les comptes. Ces deux derniers firent chacun un investissement initial de £400 à £500, et chacun des trois associés touchait 3s 6d par jour. On avait formé la compagnie au moment où la construction navale connaissait un essor remarquable à cause de la guerre de Crimée mais, la saison suivante, il y eut une débâcle financière, et le prix des navires chuta. Assaillis de graves problèmes financiers, comme bien d’autres constructeurs de navires, les trois hommes mirent fin à leur association le 11 décembre 1854. Cependant, avant la fin de l’année, ils en reformèrent une autre qui connut les mêmes difficultés. Néanmoins, Valin ne se laissa pas abattre : il continua de construire, même si en 1857 il céda à son père l’un de ses baux sur un chantier naval. Dans les années 1850, c’est Henry Atkinson, marchand et agent de transport maritime, qui finança une bonne partie de ses travaux et vendit plusieurs de ses navires à titre de représentant de Valin à Québec.

L’entreprise de Valin connut deux changements importants en 1860. Premièrement, le 11 mai, il fonda avec Léandre Dugal, marchand et constructeur de navires, une société qui allait durer neuf ans. Dugal, détenteur d’un septième des actions, dirigeait leur chantier de la Pointe-aux-Lièvres tandis que Valin s’occupait de la partie commerciale de l’entreprise. Apparemment, cette répartition du travail donnait de bons résultats ; d’ailleurs, Dugal pouvait aider Valin quand celui-ci en avait trop lourd sur les épaules. Deuxièmement, et surtout, ce fut presque exclusivement James Gibb Ross* qui, dès lors, finança les travaux à la Pointe-aux-Lièvres ainsi que sur les autres chantiers que Valin exploitait seul. En général, au moment où les bateaux étaient prêts à prendre la mer, Ross les mettait en vente, mais il ne concluait aucune transaction avant de pouvoir obtenir un bon prix. En attendant, il administrait les navires invendus. Certains allaient lui être transférés à titre de garantie sur des dettes, mais d’autres demeuraient totalement ou en partie la propriété de Valin.

Le droit imposé par la France sur les navires importés du Canada passa en 1862 à 5 francs le tonneau. Cette baisse ouvrit le marché français aux constructeurs de navires de Québec, qui jusque-là avaient dû compter presque uniquement sur des clients britanniques. Valin fut l’un des constructeurs qui surent tirer parti de cette nouvelle situation : entre 1862 et 1871, il vendit huit bâtiments à des gens du Havre ou de Marseille. Lorsqu’on le nomma commissaire délégué au Canada de l’Exposition maritime du Havre, en 1867, le marché français semblait toujours offrir de bons débouchés, mais une forte hausse des droits, en 1881, le ferma de nouveau. Les constructeurs de Québec furent d’autant plus déçus que les navires à coque métallique avaient gagné la faveur de bon nombre de leurs anciens clients, si bien que la demande de navires en bois était en chute libre.

Tout au long des années 1870, Valin exploita uniquement le chantier voisin du pont Dorchester. À cette époque il comprit qu’il pourrait faire œuvre très utile en politique. Élu conseiller municipal du quartier Saint-Roch en 1871, il devint député conservateur de Québec-Est à l’Assemblée législative à l’élection partielle qui se tint les 16 et 17 avril 1874. Cependant, aux élections générales de l’année suivante, il fut évincé par Joseph Shehyn*. Déjà, en 1870, il avait tenté de se faire élire à la chambre des Communes et avait subi la défaite devant Adolphe Tourangeau. Il tenta de nouveau sa chance en 1878. Élu député de Montmorency, il fut privé de son siège en janvier 1880 par suite d’une requête ; réélu en décembre de la même année, il représenta cette circonscription jusqu’en 1887. C’est durant cette période qu’il contracta son deuxième mariage et, au retour de son voyage de noces, tous les députés des Communes l’accueillirent spontanément par des applaudissements chaleureux. En 1887 et 1891, il brigua les suffrages sans succès. Entre-temps, en 1879, il était entré à la Commission du havre de Québec. Ses dix années de présidence coïncidèrent avec une période déterminante dans le développement du port, celle de la construction du dock Lorne et du bassin Louise.

Tant comme membre élu que nommé, Valin supervisa différents programmes de travaux publics qui eurent des retombées positives pour ses mandataires. En même temps, il demeurait un gros employeur du secteur privé. En 1871, il décrocha le marché de construction de jetées et de brise-lames sur le Saint-Maurice, et en 1875, avec deux associés, le contrat de réparation du quai de la station de quarantaine de Grosse-Île. Il construisait moins de navires qu’auparavant, mais en 1878 il employait encore 350 hommes à son chantier naval durant tout l’hiver et leur versait des salaires supérieurs à la normale. En plus, il fournit du bois de chauffage à 600 familles pauvres. La même année, on accepta la soumission qu’il avait présentée avec deux associés pour la construction du bassin Louise, mais on annula le contrat par la suite. Toujours propriétaire de navires, il faisait du commerce dans l’Atlantique et le Pacifique. Ses échanges avec les Antilles étaient particulièrement rentables : par exemple, une cargaison de sucre vendue à Londres en 1879 lui rapporta 35 000 $. L’année suivante, il partit pour la France dans l’espoir de conclure des contrats de construction navale, en laissant derrière lui le Parisian, bâtiment de 1 384 tonneaux en cours de construction, sans savoir que c’était là son dernier navire. En 1888, il alla superviser, aux Bermudes, le renflouage d’un de ses bâtiments. C’était un voyageur invétéré : on dit qu’il traversa l’Atlantique 60 fois.

Bien que d’origine modeste (son père était illettré), Pierre-Vincent Valin était indubitablement un esprit remarquable. Le fait qu’en 1858 son bien le plus précieux – et de loin – était son piano, d’une valeur de £11, en dit long sur lui.

Eileen Reid Marcil

AC, Québec, État civil, Catholiques, Saint-Roch, 5 oct. 1897 ; Minutiers, Jacques Auger, 29 avril 1863.— AN, RG 42, E1.— ANQ-Q, CE1-4, 17 avril 1855 ; CE1-103, 10 juin 1885 ; CN1-49, 12 oct. 1853 ; CN1-51, 11 mai 1860, 9 mai 1865 ; CN1-117, 11 déc. 1854 ; CN1-128 ; CN1-232, 11 avril, 2, 14, 25 nov. 1854.— Le Courrier du Canada, 18 mai 1878, 13, 17 mars 1880, 20 janv. 1888.— L’Événement, 22 juin 1871, 21 juill., 7 nov. 1879.— Morning Chronicle (Québec), 30 déc. 1853, 29 janv. 1868.— Canadian directory of parl. (Johnson).— Cyclopædia of Canadian biog. (Rose et Charlesworth).— J. Desjardins, Guide parl., 199, 288.— Political appointments and judicial bench (N.-O. Coté).— RPQ.— Chouinard et al., la Ville de Québec, 4 : 242.— Eileen Reid Marcil, « Shipbuilding at Quebec, 1763–1893 : the squarerigger trade » (thèse de ph.d., univ. Laval, 1987).— « Pierre-Vincent Valin », BRH, 45 (1939) : 29.

Bibliographie générale

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Eileen Reid Marcil, « VALIN, PIERRE-VINCENT », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 20 sept. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/valin_pierre_vincent_12F.html.

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Auteur de l'article:   Eileen Reid Marcil
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1990
Année de la révision:   1990
Date de consultation:   20 septembre 2014