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WEBBER, GEORGE, poète, journaliste et éditeur ; circa 1851–1857.

George Webber naquit probablement à Harbour Grace, à Terre-Neuve, apparemment dans la deuxième décennie du xixe siècle, puisqu’il dit de lui en 1851 qu’il en est au « mitan de la vie », donc à la moitié des 70 années que compte, selon la sagesse populaire, une vie d’homme. Il se tailla lui-même une carrière dans le journalisme, et pourtant on ne trouve à son sujet ni notice nécrologique ni avis de décès, et les renseignements sur sa vie personnelle sont rares. À en juger par ses écrits, c’était un homme instruit qui voyagea beaucoup à Terre-Neuve et qui passa certainement quelques années ailleurs, probablement au Canada. En 1851, il parle de lui-même comme d’« un étranger sur sa terre natale » et se plaint que « tout semble avoir changé pour le pire ». Dans les notes qui accompagnent la publication de son poème, paru en 1851, The last of the aborigines : a poem founded in facts, il indique qu’une partie a été publiée sous ses initiales « il y a quelques années à Harbour Grace », et il évoque son séjour à Québec.

En 1851, Webber avait déjà mis un terme à ses voyages et était retourné à Terre-Neuve, où il travailla à l’occasion pour le Morning Post, and Shipping Gazette, de St John’s. Comme la plupart des journalistes de l’époque ne signaient pas leurs articles, les pages de ce journal ne renseignent guère sur les activités de Webber. Le 1er mars 1851, le Morning Post marqua l’ouverture de la saison de la chasse au phoque en publiant Sealers’ song, poème composé « par G. W. pour le Morning Post » ; une publication postérieure indique que ce poème avait été écrit en 1842, mais il se peut que ce soit une erreur. Il s’agit d’un exercice qui s’inscrit dans la tradition des ballades narratives populaires (come-all-ye), avec tout ce que cela comporte de vigueur, de rimes forcées et d’inversions verbales.

                        Come, sing the hardy sealer’s song,
                        A wild and cheerful strain ;
                        Who coast each creek and shore along –
                        On cross the billowy main
                        Not winter’s storms, nor sea’s alarms,
                        Can daunt the daring mind ;
                        Unknown to fear, away they steer,
                        Old Neptune’s Fleece to find !

Venez, entonnez la chanson de l’intrépide chasseur de phoque ;
                        C’est un refrain sauvage et gai
                        Qui résonne dans les anses et les côtes
                        Ou qui traverse l’océan houleux ;
                        Ni les tempêtes d’hiver ni les dangers de la mer
                        Ne peuvent dompter l’esprit téméraire ;
                        Ignorant la peur, au loin ils voguent,
                        A la recherche de la Toison d’or du vieux Neptune !

La « Toison d’or » symbolise ici la peau de phoque ; le poème se poursuit encore longtemps, les autres vers étant de qualité à peu près semblable.

Toujours en 1851, le Morning Post publia sous forme de livre The last of the aborigines : a poem founded in facts. Cette œuvre, qui s’ouvre sur une citation appropriée de Charity, poème de William Cowper, appartient au genre épique et comporte quatre chants composés de couplets rimés, émaillés de quelques chansons. Webber y imagine les derniers jours des Béothuks, ces Indiens de Terre-Neuve qui furent anéantis, croit-on, par la tuberculose et par des bandes de chasseurs blancs. Imprégné du sentimentalisme de la poésie anglaise de la fin du xviiie siècle, le poème s’inspire néanmoins de la réalité, notamment du récit bien connu de l’assassinat de Nonosbawsut, époux de Demasduwit*, et de plusieurs entrevues que Webber avait faites avec de vieux colons. L’intrigue a été savamment agencée pour doter les Béothuks des plus grandes vertus de l’époque victorienne : le dévouement, l’amour et le respect entre les sexes, le courage stoïque, surtout quand il s’agissait de défendre les femmes et les enfants, et la grandeur d’âme. Quant aux chasseurs blancs, ils apparaissent comme des brutes lâches qui tirent à vue sur les Indiens uniquement parce qu’ils sont sous l’empire de la terreur, et Webber, avec une ironie délibérée et efficace, emploie toujours le mot « chrétiens » pour parler d’eux. Cette tragédie qui oppose des pleutres armés de fusils à des êtres presque sans défense, que Webber situe résolument dans la tradition du « bon sauvage », est développée avec talent. Son interprétation du drame de Demasduwit en forme le nœud : les autorités ayant offert une récompense pour la capture d’un Béothuk par l’intermédiaire duquel elles pourraient ensuite communiquer avec les Indiens, une bande de chasseurs blancs dirigée par John Peyton*, en 1819, arracha l’Indienne à un groupe où se trouvait son bébé. Son mari, d’une stature exceptionnelle, leur fit un long réquisitoire dans lequel il exigeait de toute évidence sa libération, mais les chasseurs le poignardèrent dans le dos. S’inspirant de ce drame, Webber raconte l’assassinat de son héros indien Bravora, censément le fils de la victime, qui, au moment de mourir, exhale un chant où il parle de son père plaidant « d’un ton pathétique, [d’une voix] pétueuse et forte » pour que l’on prenne sa vie afin que la « mère [puisse] rejoindre son enfant ». Les autres épisodes, glanés auprès des colons interrogés par Webber, servent aussi à opposer le dévouement familial et le courage des Béothuks à la lâcheté et à la brutalité des Blancs.

D’après les textes, il est impossible d’établir si Webber vivait à St John’s en 1851, mais on sait qu’en 1856 il lança à Harbour Grace un nouvel hebdomadaire, le Conception-Bay Man. Le premier numéro, paru le 3 septembre, avait comme devise une phrase de Thomas Campbell : la Vérité, toujours aimable, depuis le commencement du monde, est l’ennemie des tyrans et l’amie de l’homme. Le prospectus contenait un appel en faveur du gouvernement responsable et de l’égalité des droits politiques sans égard à l’affiliation religieuse ; en outre, il réclamait sans partisanerie « le plus grand bonheur pour le plus grand nombre ». Dans le numéro du 10 juin 1857, Webber se décrivit comme « natif du pays, défenseur de principes libéraux et observateur expérimenté des événements publics au cours des vingt dernières années ».

Le Conception-Bay Man continua de paraître jusqu’en février 1859, mais on ne sait rien de ce qui arriva à George Webber après 1857.

Edward James Devereux

La première page du numéro du 1er mars 1851 du Morning Post, and Shipping Gazette (St John’s) reproduit le poème de George Webber, intitulé The Sealers’ song. The last of the aborigines : a poem founded in facts, publié pour la première fois à St John’s la même année, a été annoté par E. J. Devereux et publié dans Canadian Poetry (London, Ontario), no 2 (printemps–été 1978) : 74–98, sous le titre de « George Webber’s The last of the aborigines ».

      Conception-Bay Man (Harbour Grace, T.-N.), 3 sept. 1856–16 févr. 1859.— Morning Post, and Shipping Gazette, 1851.— F. G. Speck, Beothuk and Micmac (New York, 1922).— E. J. Devereux, « The Beothuk Indians of Newfoundland in fact and fiction », Dalhousie Rev. (Halifax), 50 (1970–1971) : 350–362.— W. A. Munn, « Harbour Grace history, chapter twenty-three : concluded », Newfoundland Quarterly (St John’s), 39 (1939–1940), no 2 : 10.

Bibliographie générale

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Edward James Devereux, « WEBBER, GEORGE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 17 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/webber_george_8F.html.

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Auteur de l'article:   Edward James Devereux
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1985
Année de la révision:   1985
Date de consultation:   17 avril 2014