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DEMASDUWIT (Shendoreth, Waunathoake, Mary March), une des derniers membres de la tribu des Béothuks, née vers 1796 ; elle épousa Nonosbawsut, et ils eurent un enfant qui mourut en bas âge en 1819 ; décédée le 8 janvier 1820 à la baie des Exploits, Terre-Neuve.

En septembre 1818, une petite bande de Béothuks chapardèrent le bateau de pêche au saumon, l’équipement et le matériel de John Peyton fils, à l’embouchure de la rivière des Exploits sur la côte nord-est de Terre-Neuve. Ce n’était pas la première action du genre. Le gouverneur, le vice-amiral sir Charles Hamilton*, consentit à la demande des colons lésés et d’autres, et autorisa l’envoi d’une troupe pour recouvrer le butin volé. Non sans une candide inconséquence, cette expédition devait aussi, au nom des autorités de Terre-Neuve et de Grande-Bretagne, tenter d’établir des relations amicales avec les derniers survivants de la tribu des Béothuks, ce qui s’inscrivait dans une série d’efforts depuis longtemps entrepris. Le groupe avait pour but d’atteindre les principaux quartiers d’hiver des Béothuks, sur le lac Red Indian, où des démarches officielles avaient déjà été tentées sous la direction des officiers de marine John Cartwright, en 1768, et David Buchan*, à l’hiver de 1810–1811. Cette expédition, comme les précédentes, fut infructueuse ; en fait, elle devait s’avérer un échec tragique et peut-être décisif.

Un petit nombre de trafiquants de fourrures fortement armés, ayant à leur tête John Peyton et son père John*, s’engagèrent le 1er mars 1819 vers l’intérieur des terres, empruntant la rivière des Exploits gelée. Ils arrivèrent, sans être vus, sur les rives du lac Red Indian le 5 mars. Alors qu’ils se rapprochaient de trois wigwams, une douzaine d’Indiens s’enfuirent dans les bois ou traversèrent l’étendue de glace. Parmi eux, une femme qui était poursuivie par John Peyton fils, se débattait dans la neige, puis se jeta à terre, exposant ses seins dans un geste d’imploration : c’était Demasduwit. Elle fut capturée et, pendant qu’on la ramenait de force vers le groupe principal de colons, un des Indiens – plus tard identifié comme son mari Nonosbawsut –, suivi à distance d’un autre Indien, s’approcha du groupe en brandissant un bâton. Il s’ensuivit un échange de mots incompréhensibles de part et d’autre, même s’il dut être évident que l’Indien cherchait à libérer la femme. Une bagarre désespérée s’engagea entre Nonosbawsut et les trafiquants de fourrures ; dans la mêlée, un des trafiquants poignarda Nonosbawsut avec une baïonnette, des coups de feu furent tirés et l’Indien tomba blessé mortellement. Il est à présumer que les derniers Béothuks perdirent alors leur chef ayant le plus d’expérience et d’initiative et que cette mort scella l’inimitié de ces deux peuples rivaux et hâta l’extinction des restes de la tribu. La bande de Peyton fils fouilla le campement, identifia les objets volés (qui comprenaient bouilloires, couteaux, haches, hameçons, lignes à pêche et filets) et reprit le chemin de la côte, leur prisonnière tentant plusieurs fois de s’évader.

Conduite à Twillingate, Demasduwit fut confiée aux soins du missionnaire anglican John Leigh* ; et lorsque la navigation reprit au printemps sur la côte, Leigh et Peyton fils l’amenèrent à St John’s en schooner. Elle y demeura plusieurs mois, devenant un visage familier de la capitale (elle y était connue sous le nom de Mary March), et fut reçue à la résidence du gouverneur où lady Hamilton fit d’elle un portrait encore célèbre. Des documents de l’époque rapportent comment Demasduwit, qu’on disait douce, intelligente et accommodante, manifesta un attachement particulier envers son ravisseur, Peyton fils. Ce dernier ainsi que les autres membres de sa bande furent acquittés à St John’s le 25 mai du meurtre de Nonosbawsut par un jury d’accusation qui déclara « que le groupe de Peyton n’avait pas prémédité une action violente qui aurait entraîné une effusion de sang, pour capturer l’un quelconque [des Indiens] ».

Désirant remettre la prisonnière à son peuple, et conformément à une proposition à cet effet de la part d’habitants influents de St John’s et de la baie Notre-Dame qui recueillirent de l’argent pour payer les frais, le gouverneur la fit monter à bord d’un vaisseau se dirigeant vers le nord le 3 juin 1819, et Leigh monta à bord à Trinity. On tenta alors à maintes reprises entre le 18 juin et le 14 juillet de la remettre entre les mains des membres de la tribu des Béothuks qu’on savait être à leurs camps d’été sur la côte et dans les estuaires des rivières. Ces tentatives se révélèrent cependant infructueuses, et Demasduwit fut confiée de nouveau, à Fogo et à Twillingate, aux soins de Leigh, ce qui permit à celui-ci de continuer à faire une compilation du vocabulaire de la langue des Béothuks grâce aux renseignements qu’elle put lui donner. En septembre 1819, Buchan arriva à la baie Notre-Dame à bord du Grasshopper avec mission de conduire la prisonnière dans l’intérieur des terres durant les froids de l’hiver, moment où le voyage serait plus facile. À la fin de novembre, Demasduwit fut placée à bord du bateau pour être prête au moment de l’exécution de ce nouveau plan. Cependant, sa santé s’étant grandement détériorée, elle mourut de tuberculose à l’anse Ship, près de Botwood, dans la baie des Exploits, le 8 janvier 1820.

De son propre chef, Buchan décida de faire ce qu’il pouvait pour sauver la situation et, le 21 janvier, en compagnie de John Peyton fils, il dirigea un groupe de 50 hommes d’infanterie de marine et quelques trafiquants de fourrures jusqu’à la rivière des Exploits pour ramener le corps de Demasduwit au lac Red Indian. Surveillés à la dérobée par les Béothuks (parmi lesquels se trouvait Shawnandithit*, nièce de Demasduwit), les hommes atteignirent, le 9 février, le campement d’hiver qu’ils trouvèrent inoccupé. Le corps, arrangé avec soin, y fut laissé, entouré de cadeaux, dans un des wigwams, et l’expédition prit un chemin plus long pour revenir vers la côte. Shawnandithit décrivit plus tard à William Eppes Cormack* comment les gens de la tribu ensevelirent dans un tombeau le corps de Demasduwit près de celui de son époux. Cormack put voir Demasduwit dans son dernier lieu de repos lors de l’ultime et triste expédition de novembre 1828 à la recherche des Béothuks. Cormack atteignit l’étendue non gelée du lac Red Indian, dont les rives avaient autrefois été habitées par cette malheureuse tribu, et il n’y trouva que désolation et silence.

G. M. Story

De nombreuses sources contemporaines, comprenant plusieurs documents originaux, sont conservées aux PANL. Elles ont été publiées dans J. P. Howley, The Beothucks or Red Indians : the aboriginal inhabitants of Newfoundland (Cambridge, Angl., 1915 ; réimpr., Toronto, 1974, et New York, 1979) ; depuis, on n’a trouvé aucune autre source significative en ce qui concerne Demasduwit. Howley a aussi utilisé quelques témoins oculaires : John Peyton fils (pp.91–94), John Leigh (pp.127–129), et un certain Curtis (pp.179s.). Les renseignements provenant de Shawnandithit et recueillis par Cormack sont présentés aux pp.227s.

On trouve des comptes rendus et des renseignements presque contemporains dans les ouvrages suivants : L. A. Anspach, A history of the Island of Newfoundland [...] (Londres, 1819) ; R. H. Bonnycastle, Newfoundland in 1842 : a sequel to « The Canadas in 1841 » (2 vol., Londres, 1842) ; Charles Pedley, The history of Newfoundland from the earliest times to the year 1860 (Londres, 1863) ; et Philip Tocque, Wandering thoughts ; or, solitary hours (Londres, 1846).

Parmi les études les plus récentes, citons : John Hewson, Beothuk vocabularies (St John’s, 1978), 33–55 ; F. W. Rowe, Extinction : the Beothucks of Newfoundland (Toronto, 1977), 61–70 ; Peter Such, Vanished peoples : the archaic Dorset & Beothuk people of Newfoundland (Toronto, 1978) ; du même auteur, le roman Riverrun (Toronto, 1973) ; J. A. Tuck, Newfoundland and Labrador prehistory (Ottawa, 1976), 62–76. Pour une discussion concernant le problème des portraits, voir : Ingeborg Marshall, « The miniature portrait of Mary March », Newfoundland Quarterly, 73 (1977), no 3 : 4–7 ; Christian Hardy et Ingeborg Marshall, « A new portrait of Mary March », 76 (1980), no 1 : 25–28.  [g. m. s.]

Bibliographie générale

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G. M. Story, « DEMASDUWIT », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 5, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 20 sept. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/demasduwit_5F.html.

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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 5
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1983
Année de la révision:   1983
Date de consultation:   20 septembre 2014