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WESTLAKE, KATE EVA (Yeigh), journaliste et auteure, née en 1856 à Ingersoll, Haut-Canada, fille de William Westlake et de Ruth Carne ; le 1er octobre 1892, elle épousa à Toronto Frank Yeigh*, et ils n’eurent pas d’enfants ; décédée le 4 mars 1906 à Toronto et inhumée à London, Ontario.

Kate Eva Westlake passa sa jeunesse à Ingersoll puis à London, où son père était un marchand bien établi. Dans les années 1880, avec Sara Jeannette Duncan*, Elmira S. Elliott, Kate Massiah et d’autres, elle ouvrit aux femmes du Canada la voie du journalisme professionnel. Sa carrière, comme celle des pionnières de bon nombre de secteurs, débuta à la mort d’un parent masculin. En 1881, son frère aîné, William Edward, fonda avec James Samuel Brierley et Edmund Ernest Sheppard* le premier quotidien de St Thomas, l’Evening Journal. Il mourut subitement le 6 octobre 1881 à l’âge de 27 ans, peu après la parution du premier numéro ; Kate prit alors sa relève dans l’entreprise et à la rédaction. Elle allait conserver des liens avec l’Evening Journal au moins jusqu’en février 1893. Cependant, il reste si peu de numéros et de documents que l’on ne peut se faire qu’une idée générale de sa collaboration. C’est probablement dans l’Evening Journal qu’elle publia ses tableaux humoristiques signés du pseudonyme « Aunt Polly Wogg » de même que certains feuilletons demeurés introuvables, tels « Stranger than fiction », « A rolling stone », « Eclipsed » et « A previous engagement ». Un certain nombre de ces feuilletons parurent peut-être aussi dans le Canadian Fireside, qu’elle dirigea un temps. Ce périodique d’histoires destinées aux familles fut publié à Toronto par Sheppard, mais il a été impossible d’en retrouver des traces.

Kate Westlake débordait d’initiative : selon le journaliste torontois Hector Willoughby Charlesworth*, elle tira vite profit de la mort du chef Sitting Bull [Ta-tanka I-yotank*] en publiant, sous le couvert de l’anonymat, un roman de quatre sous pour le marché américain. Sitting Bull’s white ward [...], qui était rédigé dans le style des ouvrages à sensation, arriva dans les kiosques de New York au début de février 1891, moins de deux mois après la mort du chef amérindien, et rapporta 500 $ à son auteure. Mariée l’année suivante à Frank Yeigh, fonctionnaire ontarien et homme de lettres, Kate Westlake continua d’écrire. Elle signa des récits et des articles dans le Saturday Night (fondé par Sheppard en 1887) et dans le Canadian Magazine, et elle fit paraître dans d’autres publications des articles anonymes, dont les lettres de voyage mentionnées dans ses notices nécrologiques.

Le seul livre qui porte le nom de Kate Yeigh, A specimen spinster, paru à Toronto en 1905, dépeint le caractère et les opinions de tante Polly Wogg, célibataire d’âge mûr qui vit confortablement dans une localité rurale de l’Ontario et fait des commentaires acidulés sur les travers de ses voisins. La première partie présente une vision populaire mais lucide des choix que cette société étriquée offrait aux femmes et laisse entendre que la célibataire autonome a un sort bien plus enviable que celui de la fille maltraitée par ses parents ou de l’épouse surchargée de travail. Tante Polly note que le monde est dur pour les filles, que c’est « un endroit décevant au mieux, où l’on n’obtient jamais ce que l’on veut quand on le veut et où cela survient sans qu’on l’ait demandé quand on n’en a plus besoin ». Dans la seconde moitié, cependant, la romancière abandonne la critique sociale pour se consacrer au récit des aventures sentimentales de la frivole nièce de tante Polly. Le livre se termine sur une approbation du mariage bourgeois, le personnage la vieille fille n’étant plus qu’une amusante curiosité. Essentiellement, la conclusion réaffirme les normes de l’ordre social, bien que tante Polly puisse rester célibataire – demeurer, comme elle le dit, l’une de ces « vieilles filles heureuses, satisfaites, dont le cœur ne présente pas la moindre brisure et qui ont refusé d’écouter toute incitation à changer ».

Kate Yeigh était d’allégeance libérale et très engagée, disait-on, dans « toutes les questions de progrès et de réforme sociale ». De religion baptiste pendant la plus grande partie de sa vie, elle se convertit au presbytérianisme quand elle se maria. Elle se dévoua particulièrement pour la Young Men’s Christian Association et l’église presbytérienne Bloor Street à Toronto, mais dans ses dernières années, elle dut limiter ses activités publiques en raison d’une maladie cardiaque qui allait s’avérer fatale. Au début des années 1890, on la qualifia de femme « discrète et effacée, immensément sympathique, dotée d’un sens aigu de l’humour et de la répartie ». Ses notices nécrologiques insistent sur son courage, son intelligence et sa chaleur : « Elle avait une détermination, un jugement et une envergure que peu d’hommes possèdent, et en même temps, elle avait les douces qualités de cœur, la sensibilité qui constituent le charme et le pouvoir particuliers de la féminité. »

Carole Gerson

En plus de travaux mentionnés dans le texte, Kate Westlake Yeigh est l’auteure de « Hunting for Jacques Cartier », « The heroine of romance : an autobiography », et « Coals of fire ; a story of Cacouna », dans le Canadian Magazine, 7 (mai–oct. 1896) : 105–110, 12 (nov. 1898–avril 1899) : 67–69, et 27 (mai–oct. 1906) : 463–468 ; de « Marie Hazelwood’s miserable Christmas » et « The evidence of things not seen » dans le numéro de Noël de 1889 du Saturday Night, 36–37, et dans le numéro de Noël de 1899, 25–30. Sitting Bull’s white ward ; or, the ghost dancers of the Sioux a été publié anonymement dans la Old Cap. Collier Library (New York), 2 févr. 1891. L’ébauche d’une biographie accompagnée d’un portrait paraît dans American women [...], F. E. Willard et M. A. [Rice] Livermore, édit. (éd. rév., 2 vol., New York, 1897 ; réimpr., Detroit, 1973).

AO, RG 22, Ser. 305, n° 18735.— Evening Journal (St Thomas, Ontario), 5 mars 1906.— Globe, 5 mars 1906 : 14.— Toronto Daily Star, 5 mars 1906 : 4.— Charlesworth, Candid chronicles.— Lucille Stephens, « The St. Thomas Times-Journal », Western Ontario Hist. Notes (London), 7, nos 1–2 (1949) : 2–5.— Vignettes of early St. Thomas ; an anthology of the life and times of its first century, W. CMiller, compil. (St Thomas, [1967 ?]), 134–135.

Bibliographie générale

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Carole Gerson, « WESTLAKE, KATE EVA », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 31 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/westlake_kate_eva_13F.html.

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Auteur de l'article:   Carole Gerson
Titre de l'article:   WESTLAKE, KATE EVA
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1994
Année de la révision:   1994
Date de consultation:   31 octobre 2014