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WHITTEMORE, EZEKIEL FRANCIS, homme d’affaires et homme politique, né le 2 juillet 1818 à Montréal, fils de Thomas Whittemore, cloutier, et de Priscilla Belding, tous deux de la Nouvelle-Angleterre ; le 6 avril 1843, il épousa Margaret Johnston, et ils eurent six enfants, dont un qui mourut en bas âge ; décédé le 19 février 1859 à Toronto.

Ezekiel Francis Whittemore se lança dans le commerce à Montréal au cours des années 1830, mais ses premières et modestes tentatives dans ce domaine se soldèrent par une faillite en 1840. Ayant décidé de repartir à zéro, il alla se fixer à Toronto pour travailler à titre de commis de la Thomas Rigney and Company. En 1844, il avait accepté de devenir associé dans l’entreprise et, en 1848, après le départ de Rigney pour New York, où il représenterait la firme à titre d’associé, Whittemore et un autre associé, Edward Henderson Rutherford, réorganisèrent la compagnie sous la raison sociale de Whittemore, Rutherford and Company. Cette entreprise générale de vente en gros et de courtage, qui faisait affaire en grande partie avec New York, vendait de la mercerie, de la quincaillerie, des articles d’épicerie et des produits « américains », faisait le commerce des denrées, travaillait dans l’immobilier et représentait plusieurs compagnies d’assurances de Hartford, dans le Connecticut.

L’entreprise connut une prospérité remarquable durant le boom des années 1850 à Toronto, et Whittemore passait pour avoir acquis son indépendance financière. Apparemment pour cette raison, son association avec Rigney et Rutherford fut dissoute en 1854. Le 1er juillet 1855, Whittemore fonda la E. F. Whittemore and Company, en société avec deux jeunes employés entreprenants, Elswood Chaffey et Edmund Morris. La firme, qui maintenait les intérêts de Whittemore dans le commerce des céréales et les assurances, se lança également dans les opérations bancaires privées. Elle achetait et vendait des billets à ordre et des lettres de change, et représentait certaines banques de Montréal, de New York, de Chicago et d’autres villes. Cette percée dans le domaine de la finance, qu’avait également réalisée la maison de commerce torontoise de Robert Henry Brett, témoignait de la complexité et de la spécialisation croissantes du marché de Toronto. L’initiative de Whittemore se révéla toutefois prématurée. De graves difficultés financières, au moment de la panique de 1857, l’obligèrent à vendre des terrains ainsi que d’autres biens, et son entreprise fit faillite. Whittemore continua néanmoins ses activités dans le domaine bancaire et dans les assurances avec Chaffey, mais sur une moins grande échelle ; dès 1859, il commençait apparemment à retrouver sa stabilité financière.

Grandement respecté pour son intégrité et son sens des affaires, Whittemore jouait un rôle important dans plusieurs des sociétés commerciales et financières qui avaient vu le jour à Toronto. Membre fondateur du Toronto Board of Trade en 1844, il siégea à son conseil d’administration, occupa le poste de vice-président (1856–1858) et fut élu troisième président un mois avant sa mort. Au conseil, il préconisa régulièrement des mesures économiques destinées à consolider la position commerciale de Toronto et à promouvoir plus précisément son rôle dans le commerce des céréales de l’Ouest et la création de voies de communication vers le nord-ouest. En 1846, Whittemore participa à la mise sur pied de la première compagnie de télégraphe de Toronto. La même année, il fut l’un des fondateurs de la Toronto Building Society ; dès 1850, il devint membre du conseil d’administration, puis accéda à la vice-présidence de la société qui allait lui succéder, la Toronto Permanent Building Society. Les administrateurs de la société, dont faisaient partie les marchands Thomas Dennie Harris* et Peter Paterson*, étaient en 1850 parmi les directeurs commerciaux les plus compétents de la ville. En 1855, la société devint la Canada Permanent Building and Savings Society, et Whittemore comptait au nombre des administrateurs fondateurs. Il fut aussi fondateur, trésorier et membre du conseil d’administration de la Toronto Exchange (mise sur pied en 1854–1855 pour centraliser le commerce des céréales) ; il fut également fondateur (1847) et président (1856–1859) de la Consumers’ Gas Company of Toronto, membre du conseil d’administration et vice-président (1858–1859) de la Provincial Mutual and General Insurance Company.

Ardent défenseur des ambitions de Toronto dans le domaine ferroviaire, Whittemore appuya l’Ontario, Simcoe, and Huron Rail-road Union Company en 1850 et, l’année suivante, la Toronto and Guelph, dont il devint, par son rôle dans le monde des affaires et de la politique municipale, l’un des administrateurs fondateurs. À titre de représentant chargé d’acheter des actions, il contribua à ce que la Gzowski and Company [V. sir Casimir Stanislaus Gzowski*] obtienne en 1858, au nom du Grand Tronc, la mainmise sur cette compagnie ferroviaire. Whittemore siégea au conseil d’administration du Grand Tronc jusqu’en 1857 environ. Il assura un lien important avec les milieux d’affaires de Toronto mais, comme bien peu de Torontois jouaient un rôle, même mineur, dans cette compagnie, il est peu probable qu’il ait été une figure influente au sein de son conseil d’administration.

Whittemore s’intéressa vivement à la politique et aux affaires publiques. Sa lutte en faveur du libre-échange, son opposition aux réserves du clergé et l’appui qu’il donna à Malcolm Cameron*, homme politique réformiste au franc-parler, témoignaient de sa forte orientation réformiste. À l’échelon municipal, Whittemore fut élu en 1848 conseiller du quartier St George, l’un des rares réformistes à remporter l’élection au conseil municipal dominé par les tories. Mais il démissionna en avril 1849 avec trois autres conseillers pour protester contre le refus du conseil de condamner l’émeute de Toronto, laquelle avait été provoquée par le projet de loi pour l’indemnisation des pertes subies pendant la rébellion [V. James Bruce*]. Il poursuivit ses activités publiques à titre de commissaire d’écoles en 1850–1851 et fut réélu au conseil municipal en 1851 pour représenter le quartier St James. La défaite de Whittemore l’année suivante mit un terme à sa carrière sur la scène municipale. Il continua néanmoins de s’intéresser au Toronto Mechanics’ Institute, au sein duquel il exerça les fonctions de vice-président (1854–1855) et de président (1856–1857). Membre de l’Église congrégationaliste, il travailla avec beaucoup de conviction dans nombre d’organismes de tempérance, d’œuvres missionnaires et de sociétés prônant l’observance du dimanche.

Ezekiel Francis Whittemore fut l’une des figures dominantes de la dynamique communauté d’affaires de Toronto dans les années 1840 et au cours de la décennie qui suivit. Sa carrière remplie, quoique brève, reflète remarquablement bien l’histoire commerciale et politique de la ville à cette époque.

Douglas McCalla

On trouve dans Commemorative biographical record of the county of York, Ontario [...] (Toronto, 1907), un portrait et un autographe d’Ezekiel Francis Whittemore, mais l’article qui lui est consacré contient un certain nombre d’inexactitudes.  [d. mcc.]

AO, RG 22, sér. 302, administration des biens d’E. F. Whittemore.— APC, RG 30, 485, 1000, 1597.— BLHU, R. G. Dun & Co. credit ledger, Canada, 26 : 28, 128.— CTA, RG 1, A, 1848–1851.— Metropolitan Toronto Board of Trade, Resource Centre (Toronto), Toronto Board of Trade, council minute book, 30 avril 1850–24 janv. 1871.— PCA, St Gabriel Street Church (Montréal), reg. of baptisms, marriages, and burials, 30 déc. 1818.— Toronto Exchange, Report, charter, and by-laws, of the Toronto Exchange[...] (Toronto, 1855).— Globe, 1849–1859.— Leader, 23 févr. 1859.— Toronto directory, 1843–1856.— B. D. Dyster, « Toronto, 1840–1860 : making it in a British Protestant town » (1 vol. en 2, thèse de {{ph.d}}., Univ. of Toronto, 1970), 246–332.— Robertson’s landmarks of Toronto, 1 : 81–82, 330 ; 2 : 616 ; 3 : 138, 143, 176, 206, 208–209, 246–247 ; 6 : 53.— Samuel Thompson, Reminiscences of a Canadian pioneer for the last fifty years : an autobiography (Toronto, 1884 ; réimpr. Toronto et Montréal, 1968), 192.— J. F. Whiteside, « The Toronto Stock Exchange to 1900 : its membership and the development of the share market » (thèse de {{m.a}}., Trent Univ., Peterborough, Ontario, 1979).— Douglas McCalla, « The commercial politics of the Toronto Board of Trade, 1850–1860 », CHR, 50 (1969) : 51–67.

Bibliographie générale

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Douglas McCalla, « WHITTEMORE, EZEKIEL FRANCIS », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 18 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/whittemore_ezekiel_francis_8F.html.

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Auteur de l'article:   Douglas McCalla
Titre de l'article:   WHITTEMORE, EZEKIEL FRANCIS
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1985
Année de la révision:   1985
Date de consultation:   18 avril 2014