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WILLARD, SAMUEL, agent de développement foncier, juge de paix, fonctionnaire, officier de milice et marchand, né le 1er décembre 1766 à Petersham, Massachusetts, quatrième enfant du major Joshua Willard, médecin, et de Lucretia Ward ; le 24 février 1791, il épousa à Newfane, Vermont, Lucinda Knowlton, et ils eurent deux filles, puis en 1802 Elizabeth Patterson, et de ce mariage naquirent sept enfants ; décédé le 28 octobre 1833 à Stukely, Bas-Canada, et inhumé crois jours plus tard dans la propriété qu’il possédait à-cet endroit.

Les ancêtres de Samuel Willard, originaires du comté de Kent, en Angleterre, immigrèrent en Amérique du Nord en 1634 et se taillèrent une place honorable dans le Massachusetts, particulièrement à Boston. À l’époque de la guerre d’Indépendance américaine, plusieurs membres de la famille demeurèrent fidèles à la couronne britannique et s’illustrèrent dans l’armée ; le jeune Samuel fut même chargé de certaines missions secrètes.

Vers 1784, Willard s’établit à Newfane où il s’associa à un marchand général pendant quelques années ; il alla ensuite habiter à Sheldon. À la suite de la proclamation du lieutenant-gouverneur Alured Clarke, le 7 février 1792, qui offrait des terres au Bas-Canada, Joshua Willard déposa, avec six associés, une requête afin d’obtenir des terres dans les cantons de Stukely et d’Orford. Toute la famille entretint de grands espoirs, mais le décès du major en 1794 révéla une succession précaire. Samuel s’était déjà rendu à Québec en 1790 et avait exploré le territoire. convoité. Mais comme tous les autres requérants de terres, il fut contraint de subir tous les retards et d’assumer les frais occasionnés par l’incertitude des règlements et les querelles entre le gouverneur Robert Prescott* et le Conseil exécutif. En vain, il retourna à Québec et renouvela ses demandes. À l’invitation d’Elmer Cushing et de Gilbert Hyatt, il participa, le 28 novembre 1797, à une réunion convoquée à la baie Missisquoi en vue d’adresser des protestations au gouverneur Prescott pour se plaindre de la situation. Willard figurait parmi les cinq membres du comité de rédaction du mémoire et, le lendemain, il signa le texte adopté par l’assemblée, que Jesse Pennoyer porta à Québec. Plus tard, quelques insatisfaits mandatèrent Samuel Gale pour présenter leur cas à Londres, où il se rendit en 1800 ; Willard assuma une importante partie des frais de cette mission.

Le 3 novembre 1800, Willard et ses associés reçurent la moitié du canton de Stukely. Willard s’y établit immédiatement et fut bientôt reconnu comme le personnage le plus en vue. En 1803, il obtint une commission de juge de paix pour le district de Montréal, laquelle fut renouvelée en 1810, 1821 et 1828. Il effectua de nombreuses transactions foncières pour lui-même ou comme agent. Il s’intéressa activement à la voirie à titre de commissaire et d’inspecteur des chemins et des ponts. Il favorisa la mise sur pied de voies de communication vers Montréal en passant par la seigneurie de Saint-Hyacinthe. De même, la construction de l’importante route de Magog mobilisa ses énergies.

À partir de 1812, Willard fut harcelé constamment par des réclamations, des saisies et des ventes par le shérif. Lorsque la guerre éclata, il fit parvenir au gouverneur sir George Prevost* une adresse de loyauté du comité chargé de la sécurité des cantons et il demanda le grade de lieutenant-colonel. Comme il avait déjà refusé ce grade que lui avait offert sir John Johnson en 1806, il dut attendre une vacance et il ne fut nommé lieutenant-colonel du 3e bataillon de milice des Cantons-de-l’Est qu’en 1814. Puis il fut promu colonel du 2 e bataillon l’année suivante.

La paix revenue, Willard s’employa à améliorer les conditions de son milieu. Il appuya la formation d’un district judiciaire et, surtout, il chercha à établir des écoles. Nommé commissaire chargé de mettre sur pied deux écoles dans le canton de Stukely en 1815, et stimulé par les beaux projets de la chambre d’Assemblée, il finit par obtenir un salaire de £80 pour chaque instituteur des deux écoles en 1823. En attendant, il avait engagé un précepteur pour tenir une classe dans sa maison et il prêtait les livres de sa bibliothèque aux jeunes de la région. En 1827, il inscrivit son fils et un de ses petits-fils au collège de Saint-Hyacinthe.

Cependant, le magasin général que Willard avait mis sur pied à Frost-Village ainsi qu’un contrat de transport postal firent fiasco. Ses créanciers, dont le principal était Henry LeMesurier* de Québec, obtinrent gain de cause devant les tribunaux, et ses biens furent vendus par le shérif en janvier 1828. Il parvint à sauver sa ferme de Stukely, et ses amis achetèrent ses effets à des prix dérisoires afin de les lui revendre.

Malgré ses déboires financiers, Willard jouissait encore de la confiance des autorités. Nommé commissaire des petites causes le 18 juillet 1826, il devint aussi commissaire chargé de l’amélioration de la route entre le lac Massawippi et Saint-Hyacinthe le 30 mai 1831 et commissaire du recensement le 15 juin suivant. Cependant, il avait refusé une commission de juge de paix en 1830. Il demeura actif jusqu’à quelques semaines avant son décès, survenu le 28 octobre 1833. Il mourut à l’âge de 66 ans sur sa terre de Stukely qui lui avait coûté tant de tracas.

Samuel Willard a laissé le souvenir d’un homme d’honneur entièrement dévoué à sa famille et à ses commettants. Il était d’un naturel plutôt modeste et son comportement de gentilhomme laissait voir ses grandes qualités de cœur et d’esprit. Même s’il a connu l’adversité dans ses entreprises personnelles, son sens civique et son dévouement pour la collectivité le classent parmi les bâtisseurs du pays.

Marie-Paule R. LaBrèque

ANQ-E, CE2-42, 28 oct. 1833 ; CN1-24 ; CN1-27 ; CN2-21 ; CN2-26.— APC, RG 1, L3L : 2487 ; RG 4, A1 ; RG 9, I, A1 ; RG 68, General index, 1651–1841.— Brome County Hist. Soc. Arch. (Knowlton, Québec), Samuel Gale papers ; Miscellaneous family papers, LeMesurier file ; Notes personnelles de Marion Phelps ; Township papers ; Samuel Willard papers.— Doc. relatifs à l’hist. constitutionnelle, 1759–1791 (Shortt et Doughty ; 1921) ; 1791–1818 (Doughty et McArthur).— British Colonist and St. Francis Gazette (Stanstead, Québec), 5 juin 1823.— La Gazette de Québec, 18 sept. 1817.— Bouchette, Topographical description of L.C.— Illustrated atlas of Eastern Townships.— Langelier, Liste des terrains concédés.— Officers of British forces in Canada (Irving).— L.-P. Audet, le Système scolaire, 3.— Boulianne, « Royal Instit. for the Advancement of Learning ».— Caron, la Colonisation de la prov. de Québec.— C.-P. Choquette, Histoire de la ville de Saint-Hyacinthe (Saint-Hyacinthe, Québec, 1930) ; Histoire du séminaire de Saint-Hyacinthe depuis sa fondation jusqu’à nos jours (2 vol., Montréal, 1911–1912).— Day, Hist. of Eastern Townships ; Pioneers of the Eastern Townships [...] (Montréal, 1863).— Albert Gravel, les Cantons de l’Est ([Sherbrooke, Québec], 1938) ; Pages d’histoire régionale (24 cahiers, Sherbrooke, 1960–1967), 16 ; 19–20.— G. F. McGuigan, « Land policy and land disposal under tenure of free and common socage, Quebec and Lower Canada, 1763–1809 [...] » (thèse de ph.d., univ. Laval, 1962).— Jules Martel, « Histoire du système routier des Cantons de l’Est avant 1855 » (thèse de m.a., univ. d’Ottawa, 1960).— G. H. Montgomery, Missisquoi Bay (Philipsburg, Que.) (Granby, Québec, 1950).— H. B. Shufelt, Nicholas Austin the Quaker and the township of Bolton (Knowlton, 1971).— C. W. Smith, Brome County scenic and historical tours (Knowlton, 1973).— The storied province of Quebec ; past and present, William Wood et al., édit. (5 vol., Toronto, 1931–1932), 2.— Cyrus Thomas, Histoire de Shefford, Ovila Fournier, trad. (Île-Perrot, Québec, 1973).— Joseph Willard, Willard genealogy, sequel to Willard memoir [...] (Boston, 1915).— J. P. Noyes, « The Canadian loyalists and early settlers in the district of Bedford », Missisquoi County Hist. Soc., Report (Saint-Jean-sur-Richelieu, Québec), 3 (1907–1908) : 90–107.

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Marie-Paule R. LaBrèque, « WILLARD, SAMUEL », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 20 déc. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/willard_samuel_6F.html.

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Auteur de l'article:   Marie-Paule R. LaBrèque
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1987
Année de la révision:   1987
Date de consultation:   20 décembre 2014