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ABBOTT, WILSON RUFFIN, homme d’affaires, né à Richmond (Virginie) en 1801 d’un père irlando-écossais et d’une mère noire affranchie, décédé à Toronto, Ont., en 1876.

Durant sa jeunesse Wilson Ruffin Abbott fut apprenti chez un charpentier, mais il quitta la maison familiale à l’âge de 15 ans pour s’engager comme steward sur un bateau à vapeur du Mississippi. Grièvement blessé par un chargement de bois qui s’était renversé sur lui, il fut soigné par la servante d’un voyageur de Boston, Ellen Toyer, qui allait devenir son épouse. Par la suite il alla s’installer à Mobile (Alabama), où il ouvrit une épicerie. Les Abbott s’indignèrent lorsque la ville exigea de tous les Noirs affranchis qu’ils fournissent un certificat de bonne conduite signé par deux Blancs. En 1834, ayant été prévenu anonymement que son magasin allait être pillé, Wilson Ruffin retira ses économies, mit sa femme et ses deux enfants sur un bateau à vapeur à destination de la Nouvelle-Orléans et s’esquiva seul la nuit où son magasin fut saccagé. Après un bref séjour à New York, les Abbott s’installèrent à Toronto à la fin de 1835 ou au début de 1836, comme des centaines de familles noires américaines qui, à cette époque, venaient chercher une plus grande liberté dans le Haut-Canada.

Abbott commença par être marchand de tabac puis, très vite, devint agent immobilier et se tailla peu à peu une solide réputation dans ce domaine. Ignorant la lecture, du moins jusqu’à ce qu’il l’ait apprise de sa femme, il était toutefois connu pour sa facilité peu commune de réussir des calculs mentaux compliqués. En 1871, Abbott possédait 42 maisons, cinq terrains et un entrepôt, principalement à Toronto, mais aussi à Hamilton et à Owen Sound. Il contribua financièrement à l’affranchissement des esclaves fugitifs, prit la sœur de sa femme, Mary, comme domestique à gages et vint en aide à une autre de ses belles-sœurs, Jane, qui épousa A. H. Judah à Toronto.

Les Abbott s’enrichirent et s’intéressèrent de plus en plus aux affaires publiques. Abbott servit dans la milice lors de l’insurrection de 1837. En 1838, il fut l’un des six fondateurs de l’Église méthodiste wesleyenne noire et donna des fonds pour lui permettre de s’établir. Il soutint l’Anti-Slavery Society of Canada dirigée par le révérend Michael Willis. Il fut élu par le quartier St Patrick au conseil municipal de Toronto avec une majorité d’environ 40 voix et siégea également au comité central formé en 1859 par les réformistes du Canada-Ouest. En 1840, sa femme contribua à l’organisation de la Queen Victoria Benevolent Society destinée à venir en aide aux Noires indigentes ; plus tard, elle fut très active au sein de l’Église épiscopale méthodiste britannique.

Les Abbott eurent cinq filles et quatre fils dont l’un, Anderson Ruffin, allait être le premier Noir d’origine canadienne à pouvoir exercer la médecine. Par lui, les Abbott furent liés aux Hubbard, autre famille noire connue de Toronto et ce fut Anderson qui poussa William Peyton Hubbard à se lancer dans la politique et à suivre ainsi l’exemple de Wilson Ruffin Abbott.

Abbott fut l’un des rares Noirs de la fin du xixe siècle à réussir dans les affaires et dans la politique. Toronto et l’Ontario avaient eu une population noire assez considérable mais celle-ci avait diminué après la guerre de Sécession. Toronto ne comptait alors guère plus de 2 000 Noirs peut-être, soit trois fois moins qu’auparavant. À la fin du xixe siècle, les préjugés raciaux s’étaient manifestés de différentes façons dans la province et la plupart des Noirs devaient fréquenter des écoles et des églises séparées. La ville de Toronto fut toutefois moins profondément touchée par ces préjugés ; elle n’eut jamais d’écoles séparées, la Knox Presbyterian Church invitait volontiers un prédicateur noir et des Noirs connurent à l’occasion des succès plus que modestes dans les affaires. Abbott ne fut jamais sérieusement victime de discrimination, contrairement aux Noirs du reste de la province ; c’est pourquoi son cas n’est pas typique. Il faut sans doute attribuer à ses qualités incontestables le fait qu’il ne fut pas tellement en butte aux préjugés raciaux.

Robin W. Winks

MTCL, Hubbard-Abbott collection.— Evening Telegram (Toronto), 17 mai 1911.— Globe (Toronto), 11 déc. 1847.— D. G. Hill, Negroes in Toronto ; a sociological study of a minority group (thèse de ph.d., University of Toronto, 1960).— R. W. Winks, The blacks in Canada ; a history (Montréal, 1971).— D. G. Hill, Negroes in Toronto, 1793–1865, Ont. Hist., LV (1963) : 73–92.

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Robin W. Winks, « ABBOTT, WILSON RUFFIN », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 10, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 22 nov. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/abbott_wilson_ruffin_10F.html.

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Auteur de l'article:   Robin W. Winks
Titre de l'article:   ABBOTT, WILSON RUFFIN
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 10
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1972
Année de la révision:   1972
Date de consultation:   22 novembre 2014