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AGARIATA (Agoriata), chef agnier ; circa 1666.

La carrière d’Agariata ne peut être reconstituée, sans trop de certitude, qu’à l’aide de récits fragmentaires et contradictoires (seul Bacqueville de La Potherie [Le Roy*] lui donne un nom). Il appartient à l’histoire pour le rôle qu’il joua pendant la période de 1663 à 1666, alors que les Iroquois se préparaient à conclure la paix avec les Français à la suite d’une série de désastres : défaites dans les combats avec d’autres Indiens, maladies et, enfin, résistance que leur avait opposée Dollard au Long-Sault en 1660. En outre, les Français se trouvaient dans une situation militaire plus forte par suite de l’arrivée du régiment de Carignan-Salières à l’été de 1665. La présence à Québec de M. de Prouville de Tracy, lieutenant général de toutes les possessions françaises de l’Amérique du Nord, et d’un nouveau gouverneur, Daniel de Rémy de Courcelle, dénotait aussi l’intérêt évident que Louis XIV portait à la Nouvelle-France. La première chose que fit le nouveau régime fut d’attaquer les Iroquois. En janvier 1666, Courcelle entreprit, sans succès, un raid contre les Agniers et, en septembre de la même année, Tracy réussit à envahir leur pays.

En juillet 1666, quelques guerriers agniers (dont l’un était Agariata, d’après La Potherie) rencontrèrent un groupe de sept officiers français du régiment de Carignan-Salières qui chassaient en bordure du pays des Agniers, près du fort Sainte-Anne, au débouché du lac Champlain. Parmi eux, se trouvaient Louis de Canchy de Lerole et M. de Chazy, cousin et neveu de Tracy. Une escarmouche s’ensuivit au cours de laquelle Agariata (toujours d’après La Potherie) tua Chazy. Un certain capitaine de Traversy perdit également la vie, et Lerole ainsi que les autres Français furent faits prisonniers.

Lerole était l’un des captifs français amenés à Québec à la fin d’août 1666 par le Bâtard Flamand, chef agnier qui désirait conclure la paix. D’après la version de Perrot*, un autre chef agnier se joignit à lui, probablement Agariata, qui avait aussi livré des prisonniers français à Montréal. Le marquis de Tracy reçut les deux chefs amicalement et les invita à sa table. À la fin de leur séjour à Québec, le compagnon du Bâtard Flamand (on ne peut que supposer qu’il s’agissait d’Agariata) se vanta d’avoir tué lui-même M. de Chazy. Tracy, fort en colère, ordonna de l’étrangler immédiatement en présence du Bâtard Flamand.

La version de La Potherie, quant au sort d’Agariata, c’est que Courcelle, pour venger la mort de Chazy, ordonna aux Agniers de livrer le coupable sous peine de guerre. Les Agniers répondirent en envoyant 40 guerriers livrer Agariata, que les Français pendirent.

Il reste un doute quant à la date de l’exécution, à supposer qu’elle se produisît. D’après les récits de Perrot et de La Potherie, on peut conclure que l’exécution eut lieu entre le 28 août, date où l’on reçut à Québec la nouvelle que le Bâtard Flamand arrivait avec les captifs français, et le 14 septembre, date du départ de Tracy pour le pays agnier. Toutefois, Marie de l’Incarnation [V. Guyart], témoin contemporain, mentionne dans sa lettre du 2 novembre 1666 que le Bâtard Flamand se trouvait à la table de Tracy et, dans une autre lettre du 12 novembre, qu’un des captifs iroquois présents à Québec (le nom d’Agariata n’est pas mentionné) avait été pendu pour avoir violé la paix imposée par Tracy après que l’armée fut revenue du pays des Agniers. Le Journal des Jésuites (JR (Thwaites), L : 203–205) indique que Tracy rentra à Québec le 5 novembre 1666 et que le Bâtard Flamand fut envoyé chez lui le 8 novembre. Il est donc possible que ce soit Agariata qui fut pendu le 6, le 7 ou peut-être le 8 novembre 1666.

Thomas Grassmann

Charlevoix, Histoire (Shea), III : 87s., 93.— Marie Guyart de l’Incarnation, Lettres (Richaudeau), II : 327–336.— JR (Thwaites), L : 197, 201.— LaPotherie, Histoire, II, IV ; un extrait traduit en anglais est cité dans Indian tribes (Blair), I : 307.— Perrot, Memoir, dans Indian tribes (Blair), I 201s.— P.-G. Roy, La Ville de Québec, I : 349s.

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Thomas Grassmann, « AGARIATA », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 1, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 19 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/agariata_1F.html.

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Auteur de l'article:   Thomas Grassmann
Titre de l'article:   AGARIATA
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 1
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1966
Année de la révision:   1966
Date de consultation:   19 avril 2014