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Titre original :  Nicolas Perrot, le diplomate pacificateur

Provenance : Lien

PERROT, NICOLAS, explorateur, interprète, trafiquant de fourrures, commandant à la baie des Puants (Green Bay) et seigneur ; né en France vers 1644, fils de François Perrot, lieutenant de justice de la baronnie de Darcey en Bourgogne, et de Marie Sivot ; mort le 13 août 1717 à Bécancour et inhumé le lendemain dans l’église paroissiale.

Perrot semble être passé en Nouvelle-France en 1660, comme donné des Jésuites, et eut ainsi l’occasion de visiter des tribus indiennes et d’apprendre leur langue. En 1665, selon Le Roy de La Potherie, il quitte les missionnaires et visite les Potéouatamis et les Renards. En 1666, il est domestique chez une veuve, puis serviteur chez les Sulpiciens à Montréal. Après avoir formé, le 12 août 1667, une société commerciale avec Toussaint Baudry, Jean Desroches et Isaac Nafrechoux, Perrot entreprend d’autres voyages chez les diverses nations de la baie des Puants et du Wisconsin ; bien accueilli par chacune d’elles, il en profite pour faire la traite dont il ne retire pas toutefois grand bénéfice. Il est souvent le premier Français à les visiter et à gagner leur affection.

Le 3 septembre 1670, au retour d’un de ces voyages, l’intendant Talon* lui demande d’accompagner, en tant qu’interprète, Daumont* de Saint-Lusson, commissaire délégué « au pays des sauvages Outaouas, Nez-percés, Illinois et autres nations découvertes et à découvrir en l’Amérique septentrionale du côté du lac Supérieur ou Mer-Douce, pour y faire la recherche et descouverte des mines de touttes façons, surtout de celles de cuivre, [...] au surplus de prendre possession au nom du Roy de tout le pays habité et non habité [...] ». Perrot forme alors une nouvelle société commerciale, cette fois-ci avec Jean Dupuis, Denis Masse, Pierre Poupart, Jean Guytard et Jacques Benoît, et se met en route avec Saint-Lusson. Les deux voyageurs s’arrêtent à Montréal pendant quelque temps et, en octobre, ils se rendent au lac Huron par l’Outaouais, le lac Nipissing et la rivière des Français. Ils passent l’hiver à l’île Manitoulin et, au printemps suivant, Perrot dépêche des émissaires indiens vers les nations du Nord avec mission de les inviter au saut Sainte-Marie « afin d’entendre la parole du Roy que le Sr. Saint-Lusson leur portait et à touttes les nations » ; de son côté, il se rend chez les nations de la baie des Puants, pour les inviter à cette importante réunion.

Le 4 juin 1671, devant les représentants de 14 nations, Saint-Lusson prend officiellement possession de ces territoires. Le procès-verbal de cette cérémonie fut signé respectivement par Saint-Lusson, Perrot, Claude Dablon*, Claude Allouez* et Gabriel Druillettes*, ainsi que par les Français qui se trouvaient sur les lieux « en traitte ». Avant de quitter le saut Sainte-Marie, Perrot fit encore la traite avec les Indiens. Ses fourrures furent toutefois saisies à Québec, le 3 septembre suivant, à la demande de Saint-Lusson.

Le 11 novembre 1671, devant le notaire Guillaume de Larue, Perrot signe son contrat de mariage avec Madeleine, fille d’Ildebon Raclot et de Marie Viennot. Tout en continuant à s’intéresser à la traite des fourrures, il s’établit à Champlain et, le 2 décembre 1677, il va demeurer à la rivière Saint-Michel sur une concession de Charles-Pierre Legardeur de Villiers, seigneur de Bécancour.

Cette même année, un certain Nicolas Perrot, dit Joly-Cœur, avait tenté d’empoisonner Cavelier* de La Salle au fort Frontenac (Kingston, Ont.), peu après que le gouverneur Buade* de Frontenac eut passé en revue les soldats du fort, le 7 septembre. Cet individu, dont le surnom seul était sur la liste des soldats mais qui fut identifié par la suite, avoua son crime et fut mis aux fers ; en janvier 1679, selon Benjamin Sulte, il était encore à la prison de Québec. Des historiens, tels Margry et Parkman, se basant sur le récit d’un ami de l’abbé René de Bréhant* de Galinée attribué à Eusèbe Renaudot, ont vu en cet homme Perrot l’explorateur et le trafiquant de fourrures. Or ce récit, qui est un compte rendu de prétendues conversations tenues en 1678 à Paris entre La Salle et Renaudot en présence d’amis, n’est pas un document original mais une copie dont l’auteur et la date nous sont inconnus. Un tel témoignage peut sérieusement être mis en doute ; la confusion qui existe jusqu’ici a d’autant moins de raison d’être que le surnom de Joly-Cœur n’a jamais été appliqué à notre personnage dans les actes notariés, les registres d’état civil ni les Relations des Jésuites. Cet incident lui est donc tout à fait étranger.

Quoique Perrot ait établi sa petite famille dans une ferme – au recensement de 1681, il a six enfants – ses voyages dans l’Ouest ne s’arrêtent pas pour autant et ils dureront jusqu’en 1698. En 1684, Le Febvre* de La Barre, persuadé de l’ascendant de Perrot sur les nations de l’Ouest, lui confie la mission de les amener à participer à la guerre qu’il projette contre les Iroquois. Perrot réussit, non sans difficulté, à conduire les guerriers de plusieurs nations à Niagara où devait se faire la rencontre avec l’armée du gouverneur. À l’annonce de la paix, signée par La Barre, les Indiens manifestèrent leur mécontentement de retourner dans leur contrée sans avoir combattu.

Au printemps de 1685, Perrot est nommé commandant en chef de la baie des Puants et des pays voisins. Avant son départ, il donne une procuration à sa femme, l’autorisant à agir en son nom. Au moment où il se dirigeait de Montréal vers Michillimakinac, pour se rendre au poste qu’on venait de lui confier, la guerre éclatait entre les Renards d’une part, les Sioux et les Sauteux, de l’autre. Ceux-ci avaient même été déjà complètement battus dans un premier engagement et leurs alliés outaouais se préparaient à venger leur défaite. Perrot chercha un moyen efficace de rétablir la paix entre ces tribus. Il ne mit pas de temps à le trouver après s’être mis au courant des causes du conflit. La fille d’un chef sauteux était depuis un an retenue captive chez les Renards et ceux-ci s’obstinaient à rejeter les présents que toutes les nations de la baie offraient pour sa rançon. Ils avaient décidé de brûler la jeune Indienne, pour venger la mort d’un de leurs principaux chefs tués par les Sauteux. Le nouveau commandant, accompagné de ses 20 hommes et du père de la jeune fille, se rendit jusqu’à la baie des Puants. Se fiant au crédit dont il jouissait auprès des Renards, il alla seul au milieu d’eux, demanda et obtint qu’on lui remît la captive. L’ayant reçue de leurs mains, il la rendit à son père, à la condition que celui-ci intervînt auprès des Indiens de sa nation et leurs alliés pour leur faire cesser toute hostilité contre les Renards ; ce que le chef exécuta fidèlement.

Après avoir ainsi réconcilié ces nations, au moins pour quelque temps, Perrot, surnommé depuis lors Metaminens (homme aux jambes de fer), quitte la baie des Puants avec ses hommes et remonte la rivière aux Renards jusqu’au village des Mascoutens et des Miamis. De là, il franchit le portage qui sépare la rivière des Mascoutens et du Wisconsin, descend celui-ci jusqu’au Mississipi et, tournant au nord, remonte ce fleuve jusqu’à l’entrée du territoire occupé par les Sioux, où il s’arrête et construit le fort Saint-Antoine.

Perrot perdit bientôt une partie des pouvoirs que La Barre lui avait confiés. Dès l’automne de 1685, le nouveau gouverneur Brisay de Denonville soumettait à l’autorité d’Olivier Morel de La Durantaye, commandant à Michillimakinac, tous les Français qui se trouvaient dans les pays d’en haut ; il ordonnait, en même temps, à Perrot de descendre à la baie et de réunir sur sa route tous les sauvages alliés et les Français, pour marcher contre les Tsonnontouans. Perrot réussit, encore avec difficulté, à convaincre les nations de la baie et les Outaouais de le suivre.

Au printemps de 1687, après avoir déposé à la mission Saint-François-Xavier les produits de sa traite, Perrot va rejoindre les Français à Détroit avec sa troupe, puis se dirige vers le pays des Tsonnontouans où il prend part à la destruction de cinq villages. Or, pendant qu’il participe à cette expédition, le feu se déclare à la mission des Jésuites de la baie ; l’église, les bâtiments adjacents et les 40 000 livres de pelleteries qui y avaient été entreposées par Nicolas Perrot sont brûlés. Celui-ci, complètement ruiné, revient à Montréal. À peine arrivé, il s’emploie à renouveler ses marchandises pour recommencer la traite avec les Indiens de l’Ouest chez qui il retourne occuper son poste de commandant. Revenu à Montréal au printemps de 1688, il sert d’interprète au traité du 15 juin, entre le gouverneur et le chef onontagué Otreouti* (La Grande Gueule) qui promet la neutralité des Onontagués, Goyogouins et Onneiouts. Peu de temps avant le traité, Perrot avait acheté de Jean Lechasseur, au prix de 4 000 livres en castor, la seigneurie de la Rivière-du-Loup (Louiseville) avec les droits de haute, moyenne, et basse justice ; il devra la remettre à son ancien propriétaire quelques années plus tard, n’ayant pu en effectuer les paiements.

Le 8 mai 1689, après avoir construit le fort Saint-Nicolas à l’embouchure du Wisconsin, Perrot prend possession au nom de Louis XIV « de la baie des Puants, lac et rivières des Outaganis et Maskoutins, rivière de Ouiskouche et celle de Mississipi, pays des Nadouesioux, Rivière-Sainte-Croix et Saint-Pierre et autres lieux plus éloignés [...] ». L’année suivante, Frontenac le charge de rattacher à l’alliance française les Outaouais et les autres nations de l’Ouest qui voulaient s’allier aux Iroquois depuis le massacre de Lachine [V. Brisay de Denonville]. Tout en s’acquittant de cette mission, Perrot rétablit une paix relative parmi ces nations. À l’occasion de ce voyage il découvre, à 21 lieues au-dessus du Mouingouena, les mines de plomb dont l’existence lui avait été signalée deux fois par les chefs des Miamis.

En 1692, Perrot reçoit l’ordre de se fixer parmi les Indiens de Marameg (Maramet) « pour mettre entre les Miamis et les autres nations qui pourroient recevoir les propositions des Anglois, une barrière qui détruise tous les desseins ». Trois ans plus tard, à la demande du gouverneur, il conduit à Montréal les chefs Miamis de Marameg, ceux des Sakis, Folles-Avoines, Potéouatamis et Renards. Frontenac les incite alors à la guerre contre les Iroquois, ajoutant que Perrot et La Porte de Louvigny, commandant de Michillimakinac, étaient tous deux chargés de lui rendre compte de leur conduite. Aux Miamis de Marameg, il demande finalement de cohabiter avec les Miamis de Saint-Joseph, leurs frères ; ce qui fut fait. La rencontre terminée, Perrot retourne dans l’Ouest et sa constante préoccupation, pendant ses trois dernières années parmi les Indiens, est de maintenir l’union et la paix entre eux, leur conseillant de se battre plutôt contre les Iroquois. Il parvient à y sauvegarder les intérêts de la France, mais non sans péril pour sa vie, puisqu’il faillit à deux reprises passer au bûcher, d’abord chez les Mascoutens et ensuite chez les Miamis.

Après l’édit qui supprime les congés de traite et ordonne la fermeture des postes de l’Ouest en 1696, Perrot s’établit définitivement sur sa concession de Bécancour. Il reverra les chefs indiens qu’il a connus, une dernière fois en 1701, lors du traité de paix signé à Montréal, alors qu’il sera appelé par Callière à servir d’interprète pour les nations de l’Ouest.

Ruiné, accablé de dettes par les « depences extraordinaires » qu’il a faites et harcelé par de nombreux créanciers, Perrot réclame des autorités de la colonie des sommes qu’il prétend lui être dues et demande une pension au ministre, Jérôme Phélypeaux, en considération de ses longs services, mais il n’obtient pas satisfaction. Souvent, par la suite, il devra se rendre devant les tribunaux, tantôt pour se défendre des créanciers, tantôt pour s’opposer à ceux qui revendiquaient le droit de propriété d’une concession qu’il avait acquise en 1704. Les nombreux procès de Perrot et la fonction de capitaine de milice qu’il occupe de 1708 jusqu’à la fin de sa vie ne l’empêchent pas de s’accorder un peu de loisir qu’il emploie à rédiger ses mémoires à l’aide de notes prises au cours de ses voyages,

Son Mémoire sur les mœurs, coustumes et rellégion des sauvages de lAmérique septentrionale est le seul qui fût publié. En l’écrivant, Perrot n’avait d’autre but que d’informer confidentiellement l’intendant Michel Bégon* sur le véritable caractère des tribus alliées ou ennemies de la France et sur la nature des rapports qu’on devrait entretenir avec elles. Il raconte ce qu’il sait, ce qu’il a vu de ses propres yeux, sans prétention littéraire, sans nul souci des faveurs d’un public auquel il ne destinait pas son ouvrage, et s’arrête lorsque le papier lui manque. L’évidente imperfection de la forme est amplement rachetée par la vérité et l’exactitude de ses renseignements.

Les autres mémoires, sauf celui sur les Outagamis adressé à Philippe de Rigaud de Vaudreuil, ont été également remis à Bégon. Ils ne sont pas parvenus jusqu’à nous mais ils ont été insérés, pour la plupart, par Le Roy de La Potherie dans le volume II de son Histoire. Ils renferment un récit de la guerre des Iroquois contre les nations d’en haut et les Illinois, ainsi qu’une relation des trahisons fréquentes dont les sauvages et plus spécialement les Hurons et les Outaouais s’étaient rendus coupables.

Tels sont les souvenirs mis sur papier par Perrot qui mourut le 13 août 1717, âgé de 74 ans environ, et fut inhumé le lendemain dans l’église de Bécancour. Neuf de ses onze enfants, dont cinq garçons et quatre filles, lui survécurent et aucun d’eux ne semble avoir éprouvé d’attrait pour les courses dans les bois ou les explorations. Son épouse, sujette aux dépressions nerveuses, mourut en juillet 1724, ayant passé les quatres dernières années de sa vie dans la démence la plus complète.

Perrot, souvent méconnu, même de son vivant, fut le meilleur représentant de la France parmi les Indiens de l’Ouest. Sa connaissance des langues du pays, son éloquence naturelle, le mélange heureux de hardiesse et de sang-froid qui constituaient le fond de son caractère, lui avaient permis de gagner l’estime, la confiance et même l’affection des Indiens. Les Potéouatamis, les Folles-Avoines, les Renards, les Miamis, les Mascoutens et les Sioux lui accordèrent, avec les honneurs du calumet, les droits et prérogatives dont jouissaient leurs propres chefs. Son crédit n’était pas moindre auprès des Outaouais et des Hurons. Pendant les quatre dernières décennies du xviie siècle, à une époque où l’alliance avec les nations de l’Ouest était indispensable pour conjurer le péril iroquois et permettre l’accès à de nouveaux territoires, Perrot fut un auxiliaire précieux pour la colonie grâce à l’influence qu’il avait acquise.

En collaboration avec Claude Perrault

AJM, Greffe d’Antoine Adhémar, 4 avril, 17 mai 1685, 14 août, 5 sept. 1687, 15 mai 1688 ; AJM, Greffe de Bénigne Basset, 12 août 1667.— AJQ, Greffe de Romain Becquet, 2 sept. 1670.— AJTR, Greffe de Jean Cusson, 2 déc. 1677 ; Greffe de Guillaume de Larue, 11 nov. 1671.— AN, Col., C11A, 11, ff.86100 ; 13, ff.376388 ; 15, ff.321 ; 18, ff.92108.— Charlevoix, Histoire de la N.-F. (1744), I : 436 ; II : 280s. ; III : 398.— Découvertes et établissements des Français (Margry), I : 296, 389s., 397.— JR (Thwaites), passim.— Jug. et délib., III, IV, V, VI, passim.— La Potherie, Histoire (1722), passim.— Nicolas Perrot, Mémoire sur les mœurs, coustumes et relligion des sauvages de lAmérique septentrionale, Jules Tailhan, édit. (Leipzig et Paris, 1864 ; « Canadiana avant 1867 », Toronto, 1968).— P.-G. Roy, Inv. coll. pièces jud. et not., I : 13, 36.— Claude de Bonnault, Le Canada militaire, RAPQ, 1949–51 : 509s.— Le Jeune, Dictionnaire, II : 429s.— Lorin, Le comte de Frontenac, passim.— Parkman, La Salle and the discovery of the great west (1885), 104.— Rochemonteix, Les Jésuites et la N.-F. au XVIIe siècle, III : passim.— Sulte, Hist. des Can. fr., IV, V, passim ; Mélanges historiques (Malchelosse), I : 50, 59.— Raymond Douville, Quelques notes inédites sur Nicolas Perrot et sa famille, Cahiers des Dix, XXVIII (1963) : 43–62.-Gérard Malchelosse, Nicolas Perrot au Fort Saint-Antoine, Cahiers des Dix, XVII (1952) : 111–136.— J.-A. Perrault, Notes sur Nicolas Perrault, BRH, XLIX (1943) : 145–149.— J.-E. Roy, Claude-Charles Le Roy de la Potherie, MSRC, 2e sér., III (1897), sect. : 34–45.

Bibliographie générale

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En collaboration avec Claude Perrault, « PERROT, NICOLAS », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 2, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 18 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/perrot_nicolas_2F.html.

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Auteur de l'article:   En collaboration avec Claude Perrault
Titre de l'article:   PERROT, NICOLAS
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 2
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1969
Année de la révision:   1969
Date de consultation:   18 avril 2014