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BEAVEN, ROBERT, homme d’affaires et homme politique, né le 28 janvier 1836 dans la paroisse de Leigh, Staffordshire, Angleterre, fils du révérend James Beaven* et d’Elizabeth Speed Frowd ; le 5 mai 1866, il épousa dans le canton de Georgina, Haut-Canada, Susan Sibbald Ritchie, et ils eurent deux fils et une fille ; décédé le 18 septembre 1920 à Victoria.

Robert Beaven arriva dans le Haut-Canada avec sa famille en 1843, l’année où son père accepta un poste de professeur à Toronto. Il obtint un diplôme de l’Upper Canada College, puis s’en alla en Colombie-Britannique dans les années 1860, au moment de la ruée vers l’or dans la région de Cariboo. Après avoir épousé Susan Sibbald Ritchie, il s’installa avec cette dernière à Victoria, dans l’île de Vancouver, qui venait d’être unie à la colonie continentale de la Colombie-Britannique. Capitale de la colonie unifiée à compter de 1868, Victoria en était le principal centre commercial. Beaven acquit des biens immobiliers et des intérêts dans le domaine des assurances, et devint commissionnaire et représentant local de la Florence Sewing Machine Company ; en outre, il vendait au détail, avec un associé, des vêtements de confection et accessoires.

Beaven acquit la notoriété en prenant part à une lutte politique dont l’enjeu était l’avenir de la Colombie-Britannique. L’unification de 1866 n’avait pas réglé les problèmes financiers qui l’avaient motivée ; le gouvernement impérial était de moins en moins disposé à subventionner ses possessions d’outre-mer. En mai 1868, sous la direction d’Amor De Cosmos* et de John Robson*, les partisans de l’intégration de la colonie au dominion du Canada – surtout des gens nés ou élevés dans les colonies de l’Amérique du Nord britannique situées à l’est de la Colombie-Britannique – formèrent la Confederation League. L’autre objectif de cet organisme était l’instauration d’un gouvernement démocratique. En effet, la Colombie-Britannique n’avait pas d’Assemblée élective, et la politique comme l’administration publique y étaient en grande partie dominées par une élite d’origine britannique nommée par le gouverneur. En tant que premier secrétaire de la ligue, Beaven convoqua le congrès de Yale, qui en septembre adopta un programme en vue de la « sélection » prochaine des membres « populaires » du Conseil législatif. La défaite d’Amor De Cosmos dans Victoria porta un dur coup à la ligue, tout comme l’adoption, par le Conseil législatif, d’une proposition déclarant indésirable l’entrée de la colonie dans la Confédération. Cependant, les pressions exercées par le gouvernement britannique par l’entremise du gouverneur Anthony Musgrave*, ajoutées aux excellentes conditions offertes par Ottawa (dont un chemin de fer transcontinental et un bassin de radoub), finirent par renverser la tendance.

En s’unissant au Canada le 20 juillet 1871, la Colombie-Britannique se dota d’une Assemblée élective de 25 membres. En octobre, Beaven remporta l’un des quatre sièges de la circonscription de la ville de Victoria. Le mois suivant, au grand déplaisir d’Amor De Cosmos et de Robson, le lieutenant-gouverneur Joseph William Trutch* choisit John Foster McCreight comme premier ministre. Bientôt pourtant, les confédérateurs mirent de côté leurs divergences de vues sur l’instauration du tarif canadien (soutenue par Beaven) et remportèrent un vote de censure. McCreight démissionna le 23 décembre 1872. De Cosmos devint premier ministre et Beaven, commissaire en chef des Terres et des Travaux publics.

Le gouvernement De Cosmos, tout comme les gouvernements subséquents de George Anthony Walkem* et de Beaven, incarne le triomphe de ceux qui avaient combattu pour l’entrée de la Colombie-Britannique dans la Confédération et pour le gouvernement responsable. Ces hommes tenaient aussi pour essentielle l’exploitation des richesses naturelles de la province. Vu que la Colombie-Britannique, contrairement au Manitoba et aux Territoires du Nord-Ouest, conservait sa compétence sur ses terres et autres ressources, le portefeuille des Terres et des Travaux publics était des plus importants.

Comme ce serait le cas tout au long de la carrière de Beaven, son travail souleva la controverse. L’opposition l’accusait de corruption et d’incompétence en des matières tels les appels d’offres et les préemptions. Même une commission royale ne parvint pas à prouver le bien-fondé de ces accusations, dans le cadre de son enquête sur le scandale de l’île Texada en 1874 [V. De Cosmos]. De plus, bien que Beaven ait fait exécuter des travaux d’arpentage, on lui reprochait de ne pas ouvrir assez vite des terres à la colonisation. Paradoxalement, on se plaignait aussi que lui-même et Walkem (devenu premier ministre en février 1874) appliquaient mal la politique provinciale sur les Amérindiens, qui prévoyait une augmentation et non une diminution de leurs concessions foncières. En privé, le commissaire des réserves indiennes Gilbert Malcolm Sproat disait que Beaven, « homme à l’esprit étroit et au caractère obstiné », s’était mis en tête de réduire les dimensions des réserves. On accusa même Beaven et Walkem de tenter d’empêcher la publication de documents gouvernementaux réclamés par l’Assemblée en 1875 et portant sur les terres amérindiennes. Aux élections de cet automne-là, le gouvernement perdit sa majorité, mais le Conseil exécutif resta en fonction jusqu’à l’inauguration de la législature. Beaven demeura donc à son poste jusqu’au 27 janvier 1876, surlendemain de la défaite du gouvernement en Chambre. Membre actif de l’opposition sous le gouvernement d’Andrew Charles Elliott* (au pouvoir entre deux mandats de Walkem), il fut réélu en mai 1878 avec une majorité des partisans de Walkem.

En 1874–1875, pendant les périodes où Walkem essayait de régler enfin, à Ottawa et à Londres, la question du transcontinental, Beaven l’avait pratiquement remplacé, semble-t-il, à la tête du gouvernement. Dans le deuxième ministère Walkem, non seulement Beaven resta-t-il au cabinet, mais le 26 juin 1878, il se vit confier un autre poste important, les Finances et l’Agriculture. En outre, il eut l’honneur – si c’en était un – d’appuyer la proposition présentée en août par Walkem en faveur du droit de sécession de la Colombie-Britannique. Cette motion, qui exprimait le mécontentement éprouvé par la province à cause des retards dans la construction du transcontinental, fut adoptée par 14 voix contre 9.

Beaven assuma le portefeuille des Finances dans des circonstances difficiles. Les subventions fédérales reçues depuis 1871 par la province ne suffisaient pas à financer les programmes de développement envisagés et la situation financière de la Colombie-Britannique rendait les emprunts quasi impossibles. Les gouvernements provinciaux avaient dû payer les travaux publics avec les recettes à court terme. La situation était d’autant plus pénible que la source principale des revenus – des espèces provenant des terres de la couronne destinées à l’exploitation minière, à l’exploitation forestière et au peuplement – fluctuait. L’un après l’autre, les gouvernements avaient dû imposer les terres en friche, les revenus, les biens personnels et les concessions minières accordées par la couronne mais non encore mises en valeur.

À titre de ministre des Finances, Beaven instaura une capitation en 1881, mais cette mesure n’améliora guère les choses. Pendant qu’il était aux Terres et Travaux publics, on lui avait reproché de contribuer à l’augmentation de la dette provinciale. À présent, on lui attribuait une lourde responsabilité dans l’escalade des coûts d’ouvrages tel le bassin de radoub d’Esquimalt. La construction de ce bassin suscitait du ressentiment dans la partie continentale de la province, longtemps irritée par la domination de l’île de Vancouver. En même temps, le fait que le gouvernement fédéral avait décidé que le transcontinental se terminerait dans l’inlet Burrard mécontentait beaucoup les insulaires, qui continuaient d’exiger un chemin de fer intégré à la ligne transcontinentale. Le 13 juin 1882, après quatre années difficiles, Beaven succéda à Walkem en tant que premier ministre et président du Conseil exécutif. Il conserva son portefeuille et reprit la charge des Terres et des Travaux publics.

Lorsque Walkem avait quitté son poste, les entrepreneurs venaient d’interrompre les travaux au bassin de radoub. Beaven en confia la poursuite à des journaliers en attendant le règlement des problèmes financiers. Aux élections de juillet, il remporta la victoire mais son gouvernement fut battu. Il résolut de rester quand même au pouvoir. Cette décision eut notamment pour heureuse conséquence de lui permettre d’accueillir le gouverneur général, le marquis de Lorne [Campbell], et sa femme, la princesse Louise, en visite en Colombie-Britannique pour trois mois, et de demander à la princesse Louise si elle accepterait de devenir la reine de l’île de Vancouver indépendante ! Après le départ du couple vice-royal en décembre 1882, Beaven affronta la Chambre et, malgré sa position minoritaire, entreprit d’exposer son programme législatif. La farce prit fin quand William Smithe* demanda un vote de confiance : le gouvernement fut battu par 16 voix contre 8, et Beaven démissionna le 29 janvier 1883.

Durant les 11 années où il dirigea l’opposition contre le gouvernement de Smithe et de ses successeurs – Alexander Edmund Batson Davie*, John Robson, et Theodore Davie* –, Beaven vit se régler, pas toujours à sa satisfaction, bon nombre des problèmes auxquels il avait consacré beaucoup de temps. Le gouvernement fédéral se chargea d’achever le bassin de radoub, mais par suite de l’adoption du Settlement Act par Ottawa en 1884, le projet de chemin de fer de l’île donna lieu à la constitution d’une compagnie indépendante de la ligne transcontinentale. Beaven s’opposa à l’octroi de vastes terres à cette entreprise ; selon lui, c’était une « société à demi étrangère », car elle appartenait au magnat du charbon et député provincial Robert Dunsmuir* et à ses associés américains. Dans les années suivantes, Beaven aurait souvent des prises de bec avec Dunsmuir en Chambre.

La scène provinciale était de moins en moins hospitalière pour Beaven, mais un autre milieu d’action s’offrait à lui. Le boom engendré par l’achèvement du transcontinental et du tronçon de l’île de Vancouver vers 1885, de même que la mise en service de tramways électriques à Victoria en 1890, témoignaient de l’essor de la ville. Beaven tenta sa chance dans l’arène municipale et fut élu à la mairie en janvier 1892. Peut-être en partie grâce à son statut de doyen des députés de la ville et de chef de l’opposition, il gagna encore en 1893. Pendant ses mandats, il dut non seulement composer avec les effets de la croissance sur les finances et services municipaux, mais aussi affronter une épidémie de variole. Malgré ses efforts sur ces fronts, la grande dépression de 1893 semble avoir engendré du mécontement à l’endroit de son leadership. En 1894, John Teague* l’évinça aisément de la mairie. Beaven ne fit pas meilleure figure aux élections provinciales de la même année. De plus en plus, il défendait ce que l’on pourrait appeler des causes ouvrières, dont la journée de huit heures, et il s’était battu en vain pour que les compagnies constituées en vertu de la loi provinciale soient tenues d’adopter des clauses sur l’exclusion des Chinois. Ses prises de position en faveur des travailleurs contribuèrent peut-être à lui faire perdre le siège qu’il occupait depuis 1871. Beaven fut cependant réélu à la mairie en 1896, année de l’effondrement du pont de la pointe Ellice. L’administration municipale fut impliquée dans plusieurs procès à la suite de ce désastre, mais, quand Beaven perdit la mairie en 1897, même le Daily Colonist, qui le critiquait sévèrement depuis longtemps, concéda que sa défaite était due « davantage à l’idée que le temps était venu de changer qu’à toute autre cause ». Candidat indépendant aux élections provinciales de 1898, il se classa bon dernier.

Beaven fit sa dernière apparition sur la scène politique en 1898. En appliquant dans les années 1870 une politique ferroviaire impopulaire en Colombie-Britannique, le gouvernement libéral d’Alexander Mackenzie* à Ottawa avait retardé l’adoption des étiquettes des partis fédéraux dans la province, parce qu’il devenait suicidaire de s’y définir comme libéral. À cause de l’absence de telles appellations, les gouvernements avaient eu plus de facilité à s’accrocher au pouvoir même après une défaite apparente aux élections. Toutefois, voyant qu’aucune majorité ne se dégageait nettement du scrutin de 1898, le lieutenant-gouverneur Thomas Robert McInnes, au lieu de laisser les députés décider s’ils accordaient toujours leur confiance au premier ministre John Herbert Turner*, démit celui-ci de ses fonctions et demanda à Beaven de former un gouvernement.

Il est surprenant que McInnes ait fait appel à Beaven. À l’époque, on laissa entendre qu’il avait exigé en échange que son fils William Wallace Burns McInnes, député fédéral de l’île de Vancouver, obtienne une place dans le cabinet de Beaven – allégation niée par ce dernier. Quoi qu’il en soit, les leaders de la Chambre, dont Joseph Martin* de Vancouver et Charles Augustus Semlin* de l’intérieur de la province, refusèrent de former une coalition, et Beaven fut incapable de constituer un cabinet. En ce sens, on peut établir un parallèle entre sa disparition progressive de la vie politique et le déclin de Victoria au profit de la partie continentale de la province.

Robert Beaven fut l’un des principaux hommes politiques de la Colombie-Britannique au xixe siècle. Il siégea à l’Assemblée législative plus longtemps que tout autre député, représenta la circonscription de la ville de Victoria durant 23 ans et fut élu trois fois maire de la ville. Comme l’a dit un contemporain qui ne figurait pas parmi ses admirateurs, il devait posséder des qualités extraordinaires parce qu’il n’était pas populaire et que Victoria était une circonscription d’une inconstance notoire. Ministre durant de nombreuses années, il contribua à façonner la place de la Colombie-Britannique au sein de la Confédération et, pour le meilleur et pour le pire, à modeler la politique provinciale dans des domaines vitaux. Il fut aussi premier ministre pendant une courte période et chef attesté de l’opposition de 1883 à 1894. On ne s’étonnera donc guère que, à sa mort en 1920, les nécrologies – même dans le Daily Colonist, qu’il détestait – aient été louangeuses. Ces textes le qualifiaient d’artisan de la Confédération, d’expert financier et d’homme intègre. Pourtant, aucun lieu important en Colombie-Britannique ne porte son nom.

H. Keith Ralston et Hamar Foster

Nous aimerions remercier notre recherchiste étudiant, Gil Yaron, pour son aide dans la préparation de la biographie.  [h. k. r. et h. f.]

AN, RG 10, 3637, dossier 7131. AO, RG 80-27-2, 86 : 46. C.-B., Ministry of Health (Victoria), Vital statistics, death certificate, 20 sept. 1920, no 42B/20. BCARS, Vert. file, Robert Beaven.— Daily Colonist (Victoria), 5 sept. 1871, 28 juill., 28 août 1872, 24 mai 1873, 9 mai, 3, 5 sept. 1875, 15 janv. 1892, 13 janv. 1893, 12 janv. 1894, 17 janv. 1896, 15 janv. 1897, 19 sept. 1920, 29 févr. 1948.— Manitoba Free Press, 12 août 1898. Stewart Bates, Financial history of Canadian governments : a study prepared for the royal commission on dominion-provincial relations (texte polycopié, Ottawa, 1939).— B.CExecutive Council appointments (Bennett et Verspoor).— C.-B., British Columbia in the Canadian confederation (Victoria, 1938) ; Papers connected with the Indian land question, 1850–1875 (Victoria, 1875 ; réimpr., 1987) ; Legislative Assembly, Journals, 1872–1873, 1891 ; Royal commission for instituting inquiries into the acquisition of Texada Island, Papers relating to the appointment & proceedings (Victoria, 1874).— Electoral hist. of B.C. Robin Fisher, Contact and conflict : Indian-European relations in British Columbia, 1774–1890 (2e éd., Vancouver, 1992). R. E. Gosnell, « The moral of the British Columbia elections », Canadian Magazine, 3 (mai–oct. 1894) : 475–479. S. W. Jackman, Portraits of the premiers : an informa! history of British Columbia (Sidney, C.-B., 1969).— Journals of the colonial legislatures of the colonies of Vancouver Island and British Columbia, 1851–1871, J. E. Hendrickson, édit. (5 vol., Victoria, 1980),: 224–226. J. B. Kerr, Biographical dictionary of well-known British Columbians, with a historical sketch (Vancouver, 1890). D. P. Marshall, « Mapping the political world of British Columbia, 1871–1883 » (mémoire de {{m.a}}, Univ. of Victoria, 1991). Scholefield et Howay, British Columbia. Paul Tennant, Aboriginal peoples and politics : the Indian land question in British Columbia, 1849–1989 (Vancouver, 1990).

Bibliographie générale

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H. Keith Ralston et Hamar Foster, « BEAVEN, ROBERT », dans FR:UNDEF:public_citation_publication, vol. 14, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 21 déc. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/beaven_robert_14F.html.

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Auteur de l'article:   H. Keith Ralston et Hamar Foster
Titre de l'article:   BEAVEN, ROBERT
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Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1998
Année de la révision:   1998
Date de consultation:   21 décembre 2014