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BETHUNE, DONALD, propriétaire de navires, avocat et homme politique, né le 11 juillet 1802 à Williamstown, canton de Charlottenburg, Haut-Canada, cadet des neuf enfants du révérend John Béthune* et de Véronique Waddin, décédé le 19 juin 1869 à Toronto, Ontario.

Donald Béthune étudia à l’école secondaire de son frère John*, dans le canton d’Augusta, et à l’école de John Strachan à Cornwall. Un autre des frères de Donald, Alexander Neil Béthune*, était le protégé de Strachan. Donald commença l’étude du droit à l’âge de 14 ans dans le cabinet d’un éminent avocat et homme politique de Brockville, Jonas Jones*. Il fut admis au Barreau du Haut-Canada en 1823. En 1826, il était nommé commissaire des douanes pour le district de Midland et, entre 1826 et 1835, il fut désigné à deux reprises pour siéger comme juge du tribunal de district de Bathurst et une fois comme juge du tribunal de district de Prince Edward. Cependant, à Kingston où il s’était fixé en 1824, la concurrence était très vive entre les avocats. En l’occurrence, Béthune se vit contraint de diversifier ses activités. Il s’intéressa à la politique de l’endroit concernant les banques et se présenta comme candidat conservateur indépendant lors des élections à la chambre d’Assemblée de 1828 ; il remporta la victoire sur Christopher Hagerman*, l’influent représentant qui détenait le siège. Son passage à l’Assemblée fut sans histoire, et, à son tour, il dut céder son siège à Hagerman deux ans plus tard, aux élections de 1830.

Tout en conservant ses liens avec la succursale de Kingston de la Bank of Upper Canada à la fois comme un de ses administrateurs et comme son avocat, Bethune commença à se mêler un peu d’expédition maritime et de transport. Les relations d’affaires pour ces entreprises lui étaient assurées par ses frères et par son beau-père, Peter Smith, un des premiers colons de Kingston et homme d’affaires important, dont il avait épousé la fille, Janet (Jennet), en 1826. Béthune lança son premier bateau à vapeur en 1833. Les circonstances qui marquèrent sa première expérience se reproduiront tout au long de sa carrière comme armateur de bateaux à vapeur naviguant sur le lac Ontario ; il fut rapidement à court de liquidités tout comme ses frères, James Gray et Norman, avec qui il entretenait d’étroits rapports d’affaires. La conduite de ces trois frères souleva le mécontentement du circonspect William Allan*, président de la Bank of Upper Canada, qui écrivit à John Macaulay* en 1833 : « J’en ai plein le dos [...] d’entendre parler des multiples trafics et spéculations dans lesquels ils se précipitent aussi longtemps qu’ils peuvent tirer des traites ou faire escompter des billets à la Banque. » Le fait que Donald Béthune ait pu « demander des délais et des sursis » et qu’il se soit mêlé « d’affaires situées aux antipodes de celles dont il aurait dû s’occuper » dépassait son entendement. Si Allan s’en ouvrit à Béthune, ce dernier ne tint aucun compte de son avis.

De 1840 à 1843, le siège principal des affaires de Béthune se situa à Cobourg. Cherchant à se faire du capital politique à même le prestige que lui avait valu son titre de lieutenant-colonel de milice pour la région de Cobourg pendant la rébellion et les conflits de frontière entre 1837 et 1840, Bethune posa sa candidature comme conservateur indépendant dans Northumberland-Sud aux élections de 1841. Étiqueté « gêneur » par sir George Arthur* à cause de la lutte qu’il avait faite à Hagerman, en raison de sa manière de traiter les affaires et aussi parce qu’il était tenu pour partisan de sir Allan MacNab, Béthune ne reçut pas l’appui des tories influents de Toronto, et George Morss Boswell remporta le siège.

Béthune se consacra alors tout entier à son entreprise d’expédition maritime. Il obtint du gouvernement, en 1840, le contrat pour la livraison postale et il se hâta de s’arranger au sujet des itinéraires et des tarifs avec des concurrents éventuels, tels John Hamilton*, Hugh Richardson, Thomas Dick* et Andrew Heron, et, entre 1840 et 1842, il acheta cinq vapeurs de la Niagara Harbour and Dock Company. William Cayley*, à l’époque président de cette société, fit accorder à Béthune d’importants crédits comme le firent également la Bank of Upper Canada dont il était un des administrateurs et la Commercial Bank du district de Midland. En 1842, Bethune avait des intérêts considérables, quand il n’en était pas l’unique propriétaire, dans au moins dix bateaux à vapeur naviguant sur le lac Ontario.

Bethune transporta le siège de ses opérations à Toronto après 1843. Il ambitionnait le monopole et, en 1846, il n’avait à faire face qu’à un seul concurrent de taille, Hugh Richardson de Toronto, propriétaire de trois navires. Il s’ensuivit une diminution des prix et un observateur perspicace, John Elmsley, disait judicieusement : « Je vois Bethune et Richardson comme des vrais fous [...] ; ils jouent maintenant l’un contre l’autre, se précipitant vers leur ruine mutuelle. » Lorsque Richardson fit faillite à l’été de 1846, il est probable que Bethune n’entrevoyait pas de difficultés financières mais, en 1845, il avait déjà sérieusement outrepassé son crédit, et l’achat d’un ou de plusieurs des bateaux de Richardson en 1847 vint achever la débâcle. Désespéré, il hypothéqua ses bateaux en faveur de son principal créancier, la Bank of Upper Canada. L’oncle de sa femme, John David Smith, endossa en sa faveur un billet de £16 000 que ni lui ni Smith ne furent en mesure d’honorer. Bethune augmenta les tarifs pour le transport des marchandises et des passagers et alla même jusqu’à se présenter, mais sans succès, à l’Assemblée à Toronto en 1847 avec un programme qui critiquait le manque de protection accordée aux commerçants des eaux intérieures du Canada. Toutes ces tentatives échouèrent. Minée irrémédiablement par la récession de 1848, par les nouveaux concurrents, par la détérioration du matériel, par sa dette à la Bank of Upper Canada qui s’élevait à plus de £30 000 et par nombre d’autres dettes contractées envers les commerçants des rives du lac Ontario, l’entreprise de Bethune s’effondra à la fin de 1848. À la suite de poursuites judiciaires pour non-paiement de dettes, il fut contraint de céder ses navires au shérif d’York pour être vendus aux enchères. Cependant, la banque ne pouvant se permettre de laisser sombrer Bethune lui loua les bateaux grevés d’hypothèques. Dès 1851, en dépit des ententes avec ses compétiteurs au sujet des tarifs, Bethune était de nouveau acculé à la faillite. Il partit pour l’Angleterre avec £4 000 des fonds de la société en 1853, et en 1855 tous ses bateaux avaient été vendus.

Après une poursuite qu’il espérait sans doute être la dernière touchant sa faillite, Bethune rentra au Canada en 1858. À sa grande déception, l’assistant du chancelier l’obligea à assumer la responsabilité d’une partie des dettes qu’il avait contractées. Il se fixa à Port Hope et reprit la pratique du droit. Deux faits probants indiquent qu’en 1864 il était parvenu à une relative aisance ses anciens créanciers le harcelaient pour se faire payer, et on reconnaissait sa réussite comme avocat en le nommant conseiller de la reine.

Les entreprises commerciales de Bethune n’eurent pas d’effets durables pour le Haut-Canada. Néanmoins, sa carrière constitue un exemple significatif du développement inconsidéré dont était l’objet le transport aussi bien par eau que par chemin de fer. Les pratiques bancaires de l’époque manquaient de rigueur, et il était facile d’obtenir du crédit ; les propriétaires et les exploitants étaient souvent tout disposés à réaliser des bénéfices au détriment des créanciers et des clients. La carrière de Bethune est un fidèle reflet du rythme d’expansion de l’époque.

Peter Baskerville

APC, MG 24, A40, 13 ; D24 ; RG 1, E3, 52 ; RG 5, A1, 210 ; RG 68, 1, General index, 1651–1841.— MTCL, William Allan papers.— PAO, Macaulay (John) papers ; Robinson (John Beverley) papers.— QUA, Thomas Kirkpatrick papers, letterbooks, 6, p.20 ; James Sutherland papers.— UTL-TF, ms Coll. 56 ; ms Coll. 78.— Arthur papers (Sanderson), III : 175.— Journal of Education for Ont., XXII (1869) : 104.— British Colonist (Toronto), 1845–1852.— Cobourg Star (Cobourg, Ont.), 1839–1841.— Examiner (Toronto), 1845–1852.— Globe, 1845–1852.— E. E. Horsey, Kingston, a century ago ; issued to commemorate the centennial of Kingston’s incorporation (Kingston, Ont., 1938).— S. F. Wise, Tory factionalism : Kingston elections and Upper Canadian politics, 1820–1836, OH, LVII (1965) : 205–225.— A. H. Young, The Bethunes, OH, XXVII (1931) : 553–574.

Bibliographie générale

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Peter Baskerville, « BETHUNE, DONALD », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 9, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 19 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/bethune_donald_9F.html.

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Auteur de l'article:   Peter Baskerville
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 9
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1977
Année de la révision:   1977
Date de consultation:   19 avril 2014