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BREHAUT, PIERRE (Peter), tonnelier, homme d’affaires et homme politique, né le 7 juin 1764 à l’île de Guernesey, fils de Pierre Brehaut et de Marie Todevin ; le 30 janvier 1792, il épousa à Québec, dans l’église anglicane, Thérèse Bellenoy, et ils eurent quatre enfants ; décédé le 2 mai 1817 à Québec.

Pierre Brehaut est issu d’une famille qui s’était établie dans les îles Anglo-Normandes depuis le xive siècle et qui entretenait de nombreux liens avec le commerce maritime et les colonies. Voulant faire carrière outre-mer, le jeune Brehaut s’embarque pour Québec vers 1788. Peu de temps après son arrivée, il est embauché par le négociant Louis Dunière, en qualité de tonnelier, puis, à partir de 1792, il exerce ce métier à son propre compte. Il tient boutique près du port de Québec où s’effectue l’essentiel du trafic d’import-export. Il en profite pour s’adonner de temps à autre à la vente de spiritueux provenant des distilleries de Guernesey et des Antilles.

Les affaires de Brehaut semblent connaître une certaine prospérité puisque le 19 novembre 1800 il fait l’acquisition des propriétés de Dunière, au pied du cap Diamant, qui comprennent un emplacement de 200 pieds de front en bordure du fleuve, un quai, un magasin, deux hangars et une écurie, pour le prix de £3 250. Il peut ainsi mettre sur pied une véritable entreprise de commerce en gros qui l’engagera sur la voie de l’accumulation capitaliste. En 1802, il s’associe pour quatre ans avec Peter Lemesurier, afin de partager le financement d’une telle entreprise ; cette société, connue sous le nom de Peter Brehaut and Company, se spécialise dans le commerce du blé et dans l’importation de vins et de spiritueux. Soucieux de défendre ses intérêts économiques, Brehaut s’identifie à la cause des marchands lors de la célèbre querelle des prisons [V. Jonathan Sewell*] survenue en 1805 à la chambre d’Assemblée du Bas-Canada; ainsi, son nom apparaît au bas d’une pétition favorisant l’imposition des terres plutôt que l’imposition des revenus générés par le commerce.

À partir de 1806, Brehaut procède à des remaniements au sein de son entreprise commerciale en y adjoignant de nouveaux partenaires, dont Thomas Higginbottom, et en dotant son installation de bâtiments additionnels afin d’augmenter la capacité de stockage. La quantité et la variété des produits que la firme offre à sa clientèle en mars 1811 témoignent de son envergure : 4 000 minots de blé, 1 200 minots de pois, 1 000 minots de sel et d’autres articles comme de la farine, des biscuits, des cordages, du cuir américain et des pierres à meule.

En mai 1811, Brehaut forme une nouvelle société avec les marchands William Grant Sheppard et le frère de ce dernier, Peter, sous le nom de Brehaut and Sheppard. Par l’entremise d’agents comme la Samuel Dobree and Company, à Londres, et la Janvrin and Company, à l’île de Jersey, la firme peut accéder à de nouveaux marchés en Irlande, au Portugal et aux Antilles. Les 55 créances que la maison Brehaut and Sheppard détient en mai 1814 auprès de clients de la région de Québec donnent une idée de l’importance de ses affaires sur le marché local.

Porte-parole reconnu des intérêts commerciaux, Brehaut est élu député de la circonscription de Québec à la chambre d’Assemblée du Bas-Canada le 13 mai 1814. Quand sir George Gordon Drummond* dissout l’Assemblée en février 1816, il cite, pour justifier son geste et comme preuve de la mauvaise volonté des députés, les déclarations faites à leurs électeurs par Brehaut et par Pierre Bruneau. Cela n’empêche pas les deux députés d’être réélus le 25 avril suivant. Durant son deuxième mandat, Brehaut fait partie de comités ayant juridiction sur des questions économiques ; ainsi, il est choisi pour examiner les comptes publics et pour étudier un projet de loi visant à réglementer le commerce avec les États-Unis, puis un autre en vue d’établir une institution bancaire au Bas-Canada.

Le 4 septembre 1815, un incendie endommage des bâtiments de la firme Brehaut and Sheppard. Cet événement malheureux se double, le 1er mai suivant, de la dissolution de cette société commerciale. Loin de cesser son activité, Brehaut procède dès le mois de juin 1816 à la reconstruction et à l’agrandissement de ses installations. Environ 150 hommes travaillent à ce chantier où l’on construit notamment des hangars destinés à l’entreposage de 150 000 à 200 000 minots de céréales. La même année, Brehaut achète de Thomas Dunn une brasserie portant le nom de Cape Diamond Brewery, située à proximité de son magasin et de son quai. Cette acquisition, faite au coût de £12 600, lui permet d’effectuer une percée dans le secteur de la production, d’établir des liens plus étroits avec les fournisseurs d’orge et de houblon tout en s’assurant les services d’un expert, Thomas Purcell, maître brasseur de Londres.

Quelques années plus tôt, Brehaut avait acheté le manoir Saint-Roch, situé dans le faubourg du même nom, et qui appartenait auparavant au seigneur William Grant (1744–1805). Ce manoir avait été construit au xviie siècle pour le riche trafiquant de fourrures Charles Aubert* de La Chesnaye. En 1815 et 1816, il acquiert, rue Saint-Louis, deux résidences remarquables qui existent toujours et portent les noms de maison Maillou et de maison Kent. C’est dans cette dernière maison que Jean-Baptiste-Nicolas-Roch de Ramezay* signa la capitulation de Québec en 1759 et que le prince Edward Augustus habita de 1792 à 1794. Ainsi, à ses intérêts dans le commerce et la brasserie, Brehaut ajoute d’importantes possessions dans le domaine immobilier.

Dans le sillage du mouvement d’immigration irlandaise qui débute en 1816, 45 familles débarquent au quai de Brehaut durant l’été. Démunies, elles lui demandent son aide ; il accepte aussitôt de les loger dans ses bâtiments en attendant qu’on leur concède des terres dans la région de Nicolet.

Il est impossible de savoir si Brehaut est parvenu à relancer entièrement son commerce après les difficultés de 1815. Au début de l’année 1817, peu avant sa mort, il brosse un tableau plutôt sombre de la conjoncture économique : « La pauvreté est plus grande dans Québec que je ne l’ai vue depuis vingt ans ; point de navires sur les chantiers, ni d’ouvrage pour les ouvriers. » Il ne serait pas surprenant que les affaires de Brehaut aient subi le contrecoup de la récession qui a suivi les guerres napoléoniennes.

Le ménage de Brehaut s’était déjà effondré (séparation de logement, vente des meubles du manoir Saint-Roch) lorsqu’il se noya dans les eaux du fleuve Saint-Laurent, le soir du 2 mai 1817. On rapporte qu’il perdit pied par mégarde en inspectant ses quais et ses entrepôts ; mais il n’y eut apparemment pas de témoins. Un an plus tard, la veuve de Brehaut épousa l’ex-associé de son mari, William Grant Sheppard, ce qui donna lieu à un charivari de la part des amis du défunt.

Si le quai de Pierre Brehaut fut longtemps un endroit important de Québec, c’est dû en grande partie au rôle que joua son propriétaire dans la vie commerciale de la ville et au fait qu’il mit sur pied un commerce avec l’étranger, particulièrement avec les Antilles.

Stanley Bréhaut Ryerson

ANQ-Q, CE1-61, 30 janv. 1792 ; CN1-26, 8 mai 1806 ; CN1-83, 22 sept. 1792 ; CN1-171, 3 nov. 1809 ; CN1-178, 2, 3, 5, 7, 9–13, 16–18, 26 mai 1814 ; CN1-262, 19 nov. 1800, 25 févr. 1805, 28 avril 1806, 2 mai 1816 ; CN1-285, 3 mai 1806.— APC, MG 24, D15.— B.-C., chambre d’Assemblée, Journaux, 6–7 févr. 1816.— « Les dénombrements de Québec » (Plessis), ANQ Rapport, 1948–1949 : 28, 83, 132, 181.— La Gazette de Québec, 16 août 1792, 21 juill. 1803, 8 mai 1806, 16 mai 1811, 23 mai 1815, 4 janv., 14 mars 1816, 8 mai 1817.— Montreal Herald, 9 sept. 1815.— Desjardins, Guide parl., 136.— Wallot, Un Québec qui bougeait, 55–58.— P.-G. Roy, « La famille Brehaut », BRH, 45 (1939) : 146–150.

Bibliographie générale

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Stanley Bréhaut Ryerson, « BREHAUT, PIERRE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 5, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 25 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/brehaut_pierre_5F.html.

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Auteur de l'article:   Stanley Bréhaut Ryerson
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 5
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1983
Année de la révision:   1983
Date de consultation:   25 octobre 2014