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Bryce, George, ministre presbytérien, éducateur et auteur, né le 22 avril 1844 près de Mount Pleasant, Haut-Canada, fils de George Bryce et de Catherine Henderson ; frère de Peter Henderson Bryce ; le 17 septembre 1872, il épousa à Toronto Marion Samuel (décédée en 1920), et ils eurent un fils qui mourut en bas âge ; décédé le 5 août 1931 à Ottawa.

George Bryce était l’aîné de parents originaires du Perthshire, en Écosse, qui avaient immigré en 1843 dans le comté de Brant, dans le Haut-Canada, où le père travaillerait comme juge de paix. George naquit et grandit dans la ferme familiale près de Mount Pleasant. Au sortir de l’école secondaire à Brantford, il entra à la University of Toronto en 1863, où il suivit des cours d’arts et de sciences, et devint capitaine du club de football. Il servit également dans l’unité de milice de l’université, le 2nd Battalion, Queen’s Own Rifles [V. William Smith Durie*], commandé par Alfred Booker*, dans la bataille contre les fenians à Ridgeway, en 1866. Brillant étudiant durant tout son parcours universitaire, il gagna de nombreux prix, dont une médaille d’argent en sciences naturelles. Il obtint une licence ès arts en 1867, puis une maîtrise ès arts l’année suivante. Décidé à embrasser une carrière de ministre presbytérien, il entra au Knox College de Toronto en 1869 et décrocha son diplôme deux ans plus tard. Il servit un court moment à titre de ministre adjoint à la Chalmers Free Church de Québec ; il accepta ensuite un poste dans la nouvelle province du Manitoba.

En réponse aux demandes des colons de Kildonan (Winnipeg) et du ministre de l’endroit, John Black*, l’assemblée générale de l’Église presbytérienne au Canada créa un nouveau collège en 1871, et recruta Bryce pour le diriger et y enseigner. Âgé de seulement 27 ans, il possédait l’énergie nécessaire pour fonder le collège de Manitoba à Kildonan, tout en desservant l’église Knox à Winnipeg. Il participa aussi à l’organisation d’une vingtaine de congrégations presbytériennes récemment implantées aux confins des territoires colonisés.

Bryce devait fréquemment aller en Ontario afin d’amasser des fonds pour le collège. Il y rencontra Marion Samuel, Écossaise qui avait immigré à Toronto pour y diriger une école. Après son mariage avec Bryce en 1872, elle le rejoignit au Manitoba, où elle mènerait une vie aussi active que lui. Elle s’impliqua dans de nombreuses causes sociales et siégea au conseil de l’Hôpital Général de Winnipeg, où Bryce fut administrateur de 1874 à 1879. En 1878, ce dernier obtint une licence en droit de la University of Toronto (il avait passé les examens pendant ses séjours dans l’Est). L’établissement lui décernerait un doctorat honorifique en droit six ans plus tard.

À l’automne de 1874, Bryce avait déplacé le collège de Manitoba de Kildonan à Winnipeg ; l’endroit, croyait-il, deviendrait le centre le plus populeux de la province. Sous sa supervision, on construisit un nouveau bâtiment audacieux, dont le coût, à l’achèvement du projet en 1882, avait augmenté d’un tiers par rapport aux prévisions. L’assemblée générale réclama une meilleure gestion financière et, l’année suivante, nomma le révérend torontois John Mark King* professeur de théologie et premier directeur de l’établissement. Bryce, qui n’avait jamais reçu le titre de directeur, lui céda l’administration. L’inflation concomitante au boum immobilier durant les travaux et la dépression subséquente avaient contribué à la dette contractée. On rejeta néanmoins presque toute la faute sur Bryce, ce qui mit fin à ses espoirs de diriger un jour le collège et brouilla ses futures relations avec King. La querelle avec ce dernier et le révérend James Robertson*, surintendant du comité des missions intérieures national de l’Église presbytérienne, freina la carrière de Bryce. Il demeura toutefois très actif, surtout comme président du comité des missions intérieures de Winnipeg pendant de nombreuses années. Cependant, il chercha de plus en plus à s’accomplir à l’extérieur du collège et de l’Église. Sa personnalité – énergique, optimiste, tenace, pontifiante et obstinée – marqua tout ce qu’il entreprit dans sa vie extraordinairement riche.

Tout au long de sa carrière, Bryce s’impliqua fortement dans les questions touchant les écoles publiques. En 1875, dans une série de lettres au Manitoba Free Press, il avait plaidé en faveur de la dissolution du double système scolaire protestant et catholique financé par le gouvernement. Élu ensuite au Winnipeg Protestant Board of School Trustees pour représenter la division administrative de North Ward, de 1876 à 1879, il servit en qualité de premier inspecteur des écoles protestantes de Winnipeg durant la même période. Il critiqua le double système pour son inefficacité, son administration déficiente, la médiocrité de ses installations et le manque de reddition de comptes aux contribuables. Ces plaintes n’étaient pas infondées, mais des préjugés linguistiques et confessionnels alimentaient son désir d’empêcher les catholiques francophones de recevoir une éducation dans leur langue maternelle et un enseignement religieux dans les écoles publiques. Bryce avait également la ferme conviction, qu’il exprima dans une lettre publiée dans le numéro de septembre 1893 du Canadian Magazine, que les écoles publiques devaient travailler à l’« édification d’un peuple canadien homogène », plutôt que d’encourager le pluralisme. Il avait salué la venue de la loi de 1890 – introduite par le gouvernement libéral provincial de Thomas Greenway*, celle-ci remplaçait le double système par le genre de système non confessionnel qu’il avait promu – en déclarant qu’elle servait l’intérêt « national ». La même année, Greenway le nomma au conseil consultatif provincial mis sur pied pour aider le département de l’Éducation, et Bryce se retrouva au cœur de la controverse connue comme la question des écoles du Manitoba. Il se retira du conseil en 1898.

Bryce obéissait aux restrictions qui empêchaient les membres du clergé d’exercer un rôle public en politique électorale. Dans les coulisses du Parti libéral, il se montra toutefois actif. À l’annonce du compromis Laurier-Greenway [V. Thomas Greenway ; sir Wilfrid Laurier*] en novembre 1896, il constata, sans doute avec déception, qu’on permettait dans une certaine mesure l’enseignement dans d’autres langues que l’anglais, et qu’on autorisait l’instruction religieuse à la demande des parents là où le nombre d’élèves le justifiait. Il défendit malgré tout publiquement le règlement, et prêta main-forte à Laurier et au ministre fédéral de l’Intérieur, Clifford Sifton*, en négociant certains points avec les autorités catholiques, notamment le choix des manuels bilingues, les brevets d’enseignement pour les religieux et religieuses, et le port de l’habit ecclésiastique en classe. Ces pourparlers étaient politiquement si délicats que Bryce et Sifton communiquèrent en code secret par télégrammes. La ferme opposition de l’archevêque Adélard Langevin* au compromis – surtout en raison des conséquences pour Winnipeg, où la population catholique était dispersée – conduisit la question des écoles du Manitoba dans une longue impasse. En quittant le conseil consultatif en 1898, Bryce perdit de son utilité comme intermédiaire, mais continua d’agir à l’occasion en cette qualité jusqu’à la défaite de Laurier en 1911.

À titre d’administrateur du collège de Manitoba, Bryce avait largement contribué à la fondation de l’université de Manitoba en 1877 [V. Alexander Morris*]. La loi constitutive de l’établissement limitait toutefois son rôle à la fixation des exigences relatives à la délivrance des diplômes et à l’évaluation des étudiants des trois collèges confessionnels affiliés. En plus de son enseignement de l’anglais et des sciences au collège de Manitoba, Bryce agit comme examinateur universitaire en zoologie, botanique, chimie, astronomie et géologie dès 1877.

Bryce trouva un moyen de réconcilier sa foi chrétienne avec la théorie de la sélection naturelle de Charles Darwin dans les écrits de l’évangéliste et scientifique écossais Henry Drummond et du sociologue britannique Benjamin Kidd, et défendit la science avec bonne conscience. Il travailla avec les collèges pour coordonner leur embauche de professeurs et ainsi s’assurer de l’enseignement d’une grande variété de matières scientifiques ; de cette façon, l’université put commencer à proposer, en 1888, une licence ès arts spécialisée en sciences naturelles. Grâce à son appartenance à des organisations telles la British Association for the Advancement of Science et l’Institution ethnographique de Paris, Bryce savait que d’autres universités mettaient sur pied des facultés de science et réclama le recrutement de meilleurs enseignants, la modernisation des programmes et l’amélioration des installations de laboratoire au Manitoba. Selon lui, ces changements ne pouvaient survenir sans autoriser l’université à offrir des cours, ce qui nécessitait une modification de la loi constitutive. Des représentants du collège de Saint-Boniface, qui voyaient en l’expansion du rôle de l’université une atteinte à l’autonomie de l’Église catholique dans l’enseignement supérieur, résistèrent. On assouplit la loi en 1892 afin de permettre l’enseignement, mais le gouvernement n’engagea pas de professeurs d’université, prétextant un manque d’argent.

Vers 1901, l’université ouvrit trois postes de chargé de cours à temps partiel. Bryce en accepta un en biologie et géologie, et consentit à devenir directeur du département des sciences. À ce titre, il persuada lord Strathcona [Smith*] de faire un don généreux, en 1904, pour la création de six chaires d’enseignement en sciences. Ce financement, combiné au licenciement des chargés de cours, permit à l’établissement d’embaucher de jeunes hommes, pour la plupart fraîchement titulaires d’un doctorat, comme professeurs de physique et cristallographie, de pathologie et bactériologie, de botanique et géologie, de physiologie et zoologie, de chimie, et de mathématiques. Bryce fit savoir qu’il ne postulerait à aucune des nouvelles chaires d’enseignement, pour lesquelles il était sous-qualifié, et que peu lui importait de perdre sa charge de cours, car cela améliorerait la qualité du futur corps professoral scientifique. Il quitta ses fonctions de directeur ; il resta cependant à l’emploi du collège de Manitoba à titre de professeur d’anglais et d’agent financier jusqu’à sa retraite de l’éducation en 1909.

Malgré la perte, en 1904, de ses fonctions de directeur et de chargé de cours à l’université, Bryce continua de s’intéresser à la science. En 1901, la Société royale du Canada l’accepta dans ses rangs, mais en l’élisant dans la section anglophone sur l’histoire, la littérature, l’archéologie et autres disciplines connexes. Il maintint ses liens avec le monde scientifique surtout à titre de président du comité qui, en 1909, accueillit à Winnipeg l’assemblée annuelle de la British Association for the Advancement of Science. L’année suivante, on le nomma président de la Société royale du Canada. Bryce demanda alors une faveur politique à Laurier : au nom de la British Association for the Advancement of Science (dont il présidait le comité de surveillance ethnologique), et avec le soutien de la Société royale du Canada et de l’Archaeological Institute of America, il proposa la création d’une division d’anthropologie au sein de la Commission géologique du Canada. Le premier ministre accepta.

Au début du xxe siècle, Bryce récolta quelques distinctions. En 1902, on l’élut modérateur de l’assemblée générale de l’Église presbytérienne. L’année suivante, le Knox College lui décerna un doctorat honorifique en théologie. Bryce rêvait d’une nomination au Sénat du Canada, pour laquelle il fit activement campagne. Cela ne se concrétisa pas, mais Laurier l’affecta à la Commission de la conservation [V. James White*] en 1909 et à la commission royale sur l’enseignement technique et professionnel [V. James Wilson Robertson*] en 1910.

En 1879, Bryce avait cofondé la Société historique et scientifique de Manitoba, dont il assura la présidence de 1884 à 1887 et de 1905 à 1913. Il avait commencé à s’adonner à l’écriture vers 1881 ; malgré ses multiples occupations, il trouva le temps de publier 9 livres et plus de 45 brochures sur l’histoire de l’Ouest canadien, avec quelques incursions dans ses aspects archéologiques, ethnologiques et géologiques. Il se pencha principalement sur la période de la traite des fourrures. Il rétablit la réputation de lord Selkirk [Douglas*] et relata l’histoire de la Hudson’s Bay Company. Ces travaux retiennent l’intérêt des lecteurs modernes uniquement pour leur point de vue : celui d’un protestant diplômé universitaire natif de l’Ontario, typique de l’époque de Bryce, sur le passé de l’Ouest canadien.

Bryce dressa un portrait romantique des années de la traite des fourrures. Cela mena certains érudits, tel Douglas Owram, à avancer qu’il avait créé un « âge d’or » antérieur aux années 1870 : mû par sa déception du traitement accordé à l’Ouest depuis les années 1890 par un gouvernement fédéral asservi aux intérêts de l’Est, Bryce conférait à l’Ouest des racines historiques distinctes de celles du centre du Canada. Même si de nombreuses politiques fédérales l’ennuyaient, il n’arrêta jamais de croire que l’Ouest parviendrait un jour à se tailler une place équitable dans la Confédération. Si ses écrits historiques cachaient une quelconque intention, c’était celle d’éclairer l’élite anglo-protestante sur les origines et les motifs de sa domination dans l’Ouest, en insistant sur la continuité des valeurs britanniques, d’abord inculquées par la Hudson’s Bay Company, puis véhiculées par les Canadiens et les Britanniques de plus en plus influents de l’ère du chemin de fer. L’immigration en provenance de l’Europe de l’Est, l’agitation ouvrière, et les tensions entre protestants et catholiques sur la question des écoles défièrent graduellement l’opinion de Bryce. En réaction, il durcit sa rhétorique en parlant de l’Angleterre dans des termes presque mystiques et en stimulant chez ses compatriotes de l’Ouest un sentiment d’appartenance fondé en grande partie sur leur statut de sujets de l’Empire britannique.

La santé de George Bryce déclina rapidement après la mort de sa femme en 1920. Il partit vivre chez son frère Peter Henderson à Ottawa et s’y éteignit en 1931. On transporta sa dépouille dans son cher Manitoba, où on l’inhuma au cimetière de Kildonan, aux côtés de Marion et de son fils.

Catherine Macdonald

George Bryce a écrit « The Manitoba school question », Canadian Magazine, 1 (mars-octobre 1893) : 511–516. Une bibliographie exhaustive sur Bryce figure dans notre mémoire de maîtrise « George Bryce : Manitoba scientist, churchman and historian, 1844–1931 » (Univ. of Manitoba, Winnipeg, 1983).

AM, MG 14, C15 #100 (George Bryce fonds, G. Griffith à G. Bryce, 7 mai 1898).— Ancestry.com, « Décès et décès à l’étranger, Ontario, Canada, 1869 à 1948 », Rev. George Bryce, 5 août 1931 ; « Mariages, Ontario, Canada, 1826 à 1938 », George Bryce et Marion Samuel, 17 sept. 1872 : www.ancestry.ca (consulté le 13 juill. 2020).— BAC, MG26-G, vol. 564, p.152810-152813, vol. 627, p.170394-170396, vol. 629, p.170640-170642 ; MG27-IID15, vol. 39, p.26011, vol. 187, p.150522.— UCC, Manitoba and Northwestern Ontario Conference Arch. (Winnipeg), Rev. George Bryce fonds.— Univ. of Manitoba Libraries, Dept. of Arch. and Special Coll., Ua 11 (University Council fonds), minutes, 1884–1904.— Cyclopædia of Canadian biog. (Rose et Charlesworth), vol. 1.— H. W. Duckworth et Gordon Goldsborough, « Science comes to Manitoba », Manitoba Hist. (Winnipeg), no 47 (printemps–été 2004) : 2–16.— Manitoba, Statutes, 1892, c.49.— Douglas Owram, Promise of Eden : the Canadian expansionist movement and the idea of the west, 1856–1900 (Toronto, 1980).— Standard dict. of Canadian biog. (Roberts et Tunnell), vol. 2.

Bibliographie générale

Comment écrire la référence bibliographique de cette biographie

Catherine Macdonald, « BRYCE, GEORGE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 10 déc. 2022, http://www.biographi.ca/fr/bio/bryce_george_16F.html.

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Auteur de l'article:    Catherine Macdonald
Titre de l'article:    BRYCE, GEORGE
Titre de la publication:    Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16
Éditeur:    Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:    2022
Année de la révision:    2022
Date de consultation:    10 décembre 2022