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Titre original :  Le père Pierre-Joseph-Marie Chaumonot... (Illustration Paul Roux); Un 400e pour un grand missionnaire: Chaumonot

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CHAUMONOT (Calmonotius, Calvonotti, Chomonot), PIERRE-JOSEPH-MARIE, prêtre, jésuite, missionnaire surnommé Échon ou Héchon, spécialiste de la langue huronne, cofondateur de la Confrérie de la Sainte-Famille, fondateur de la mission de Notre-Dame-de-Lorette, près de Québec, né le 9 mars 1611 à Châtillon-sur-Seine (Côte-d’Or, Bourgogne), décédé à Québec le 21 février 1693.

En 1688, à la demande du père Claude Dablon, le père Chaumonot écrivit son autobiographie, qui nous permet de connaître à fond ce missionnaire qui demeure, comme l’a écrit Gosselin, « une des plus belles figures de l’Église du Canada, et l’une des gloires les plus pures de la Compagnie de Jésus ».

Son père était « un pauvre vigneron » et sa mère « une pauvre fille d’un maître d’école ». Après avoir fréquenté l’école de son grand-père, Pierre se présenta chez son oncle, un curé qui voulait en faire un clerc. Mais un compagnon persuada Pierre de le suivre à Beaune où les pères de l’Oratoire enseignaient. Il profita d’une visite de son oncle à l’église pour lui voler 100s. et prendre la fuite. Ce larcin allait le conduire au noviciat des Jésuites à Rome et ensuite à la mission huronne du Canada.

Sans ressources pécuniaires, et craignant d’« estre montré au doigt comme un larron » s’il retournait à la maison, il décida de « courir en vagabond par le monde. » De Lyon, avec un compagnon de son espèce, il partit pour l’Italie. Après de multiples aventures, racontées avec pittoresque dans l’autobiographie, Pierre Chaumonot, touché par le sermon d’un père jésuite, à Terni (Ombrie), fut présenté au provincial des Jésuites, qui l’accepta. Il entra au noviciat de Saint-André, à Rome, le 18 mai 1632. Il avait 21 ans.

Six mois après, il fut envoyé avec trois compagnons au nouveau noviciat des Jésuites à Florence où, un an et demi plus tard, il prononça ses vœux. Il voyagea de Florence à Rome, de Rome à Fermo, près de Lorette ; là, il enseigna deux ans et demi tout en réapprenant sa langue maternelle, qu’il avait oubliée. De retour à Rome pour se préparer à la théologie par la philosophie, il rencontra le père Poncet de La Rivière, jésuite, qui lui fit lire la Relation de 1636 de Brébeuf ; cette lecture le décida à demander de partir pour les missions du Canada. Après diverses instances, il obtint la permission de quitter ses études, de recevoir le sacerdoce au plus tôt et de se rendre en France (21 septembre 1637).

Ordonné vers la fin de 1637 ou au début de 1638, Joseph-Marie dit sa première messe dans une chapelle construite sous le nom et le vocable de la maison de Lorette ; c’est à cette époque également qu’il obtint la permission de se prénommer Joseph-Marie, parce qu’il avait une très grande dévotion envers Marie et qu’il avait appris que le Canada était sous la protection de saint Joseph. Presqu’aussitôt après son ordination, le père Chaumonot quitta Rome avec le père Poncet et alla se préparer à sa mission au noviciat de Rouen, tout en faisant sa troisième année de probation. Finalement, le jour du départ fut fixé au 4 mai 1639, aux quais de Dieppe. La flottille se composait de trois vaisseaux, dont l’amiral Saint-Joseph, qui reçut le père Barthélemy Vimont, trois ursulines, dont Marie de l’Incarnation [V. Guyart], quatre hospitalières et Mme de Chauvigny de La Peltrie. Sur les deux autres vaisseaux montèrent le frère Claude Jager et le père Chaumonot. Le père Poncet faisait également partie du voyage. Cette pénible traversée, décrite longuement dans les lettres des religieuses, ne se termina que le 31 juillet au soir ; tous les voyageurs, réunis dans une seule barque à Tadoussac, abordèrent à la pointe occidentale de l’île d’Orléans. C’est là que, le lendemain matin, la chaloupe de M. Huault de Montmagny, gouverneur de la Nouvelle-France, prit les voyageurs pour les conduire à Québec ; ils furent reçus à bras ouverts, car, selon le père Paul Le Jeune, la colonie recevait « un college de Jesuites, une maison d’Hospitalieres, & un Couvent d’Ursulines ». Les voyageurs allèrent droit à l’église ; ils chantèrent le Te Deum, entendirent la messe et communièrent ; ils prirent le dîner chez le gouverneur. Les Québécois chômèrent ce jour-là en l’honneur des arrivants qui, dès le lendemain, visitèrent la ville et ses environs. Les pères Poncet et Chaumonot enregistrèrent leurs premiers baptêmes d’Indiens.

Le 3 août 1639, Chaumonot partait déjà de Québec avec le père Poncet pour le pays des Hurons. Chaumonot nous a raconté lui-même ce voyage qui se termina le 10 septembre 1639 au lac Isiaragui. Le père Chaumonot fut adjoint aux pères François Du Peron et Paul Ragueneau à l’ancienne résidence centrale à Ossossané, devenue « Mission de la Conception ». Les débuts furent pénibles à cause surtout « d’une espèce de petite vérole » qui décimait la population et dont les pères étaient tenus responsables par les sorciers, car les Français n’en étaient pas atteints.

Entre cette première mission avec le père Ragueneau et son départ pour la nation des Neutres avec le père de Brébeuf, le 2 novembre 1640, Chaumonot fit un court séjour chez les Ahrendarrhonons à la mission Saint-Jean-Baptiste (Cahiagué), alors sous la direction du père Antoine Daniel. D’après l’autobiographie et la Relation de 1640, ce nouveau poste lui aurait été confié au début du printemps de 1640, probablement en mars, pour lui permettre d’apprendre la langue huronne. Le père Daniel, dit-il, me donna ce conseil : « Il falloit que j’allasse tous les jours dans un certain nombre de cabanes pour demander aux sauvages les mots de leur langue et pour écrire, lorsque l’on me les suggeroit ». C’est dans des cabanes malpropres et au sein de mille railleries que les missionnaires devaient apprendre la langue huronne, « la plus difficile de toutes celles de l’Amérique Septentrionale », selon Chaumonot. Il devait être récompensé de son travail car il déclara lui-même : « Il plut à Dieu de donner à mon travail, tant de. bénédiction, qu’il n’y a dans le Huron ni tour ni subtilité ni manière de s’énoncer dont je n’ai eu la connoissance, et fait pour ainsi dire la découverte ». Après sa mort, on écrira : « Tous les Jésuites qui apprendront jamais le huron, l’apprendront à la faveur des préceptes, des racines, des discours et de plusieurs beaux ouvrages qu’il nous a laissés en cette langue. Les Indiens eux-mêmes avouaient qu’il la parlait mieux qu’eux, qui se piquaient la plupart de bien parler ». Un autre écrira : « Le Père Chaumont [sic] qui a demeuré cinquante ans parmi les Hurons, en a composé une Grammaire, qui est fort utile à ceux qui arrivent nouvellement dans cette Mission ».

Sa vie ne sera plus maintenant qu’une longue suite de déplacements au milieu des pires difficultés. Après son séjour avec le père Daniel, Chaumonot fut envoyé chez les Neutres avec Jean de Brébeuf, du 2 novembre 1640 au 19 mars 1641. Il revint ensuite avec le père Daniel, séjournant tantôt à Saint-Jean-Baptiste, tantôt à Saint-Joseph Il (Téanaostaiaé) ou à Saint-Michel (Scanonaenrat). C’est à Saint-Joseph II que le père Chaumonot fut sauvé de la mort par le père Daniel qui, avec beaucoup de dextérité, arracha une hache de la main d’un Indien s’apprêtant à assommer le missionnaire.

De 1643 à 1645, Chaumonot travailla à Saint-Michel avec le père Du Peron. Nous le perdons de vue durant les années 1645–1647, car les Relations ne le mentionnent nulle part ; ce n’est qu’à la fin de 1647 ou au début de 1648 que nous le retrouvons à la mission Saint-Ignace I (Taenhatentaron) avec le père Ménard. Après avril 1648, jusqu’au 19 mars 1649, il travailla à La Conception. On sait que les Iroquois avaient juré la perte des Hurons. Après les avoir harcelés durant de longues années, ils lancèrent leur dernière offensive en 1649 ; on sait aussi que du 29 septembre 1642 au 8 décembre 1649, les Iroquois firent huit martyrs. Ayant échappé au massacre, Chaumonot ne laissa pas les Hurons : il se réfugia avec eux chez les Pétuns, du 19 mars au 1er mai 1649, et à l’île Saint-Joseph (Christian Island), du 1er mai au 10 juin 1650, date du départ pour Québec, où le « petit reste » arriva le 28 juillet pour s’installer par la suite à l’île d’Orléans (29 mars 1651).

Afin d’attirer chez eux les Hurons, les Onontagués envoyèrent le 12 septembre 1655, des ambassadeurs à Québec pour obtenir des pères. À la suite de l’ambassade de paix du père Simon Le Moyne en 1654, Chaumonot, dès le 19 septembre 1655, quitta Québec avec le père Claude Dablon pour arriver à Onontagué le 5 novembre 1655. En juillet 1656, ils établirent la mission Sainte-Marie de Gannentaha, sur le territoire des Onontagués. C’est là que Chaumonot prononça plusieurs discours « dans le style du pays », discours qui demeurèrent célèbres tant auprès des Indiens que des Français. Les tracasseries des Iroquois ne cessant pas, la vie devint vite insupportable et tous les Français durent fuir, le 20 mars 1658. Ils revinrent à Québec le 23 avril.

Le 19 septembre, Chaumonot est mandé à Montréal par le gouverneur de Voyer* d’Argenson pour traiter des affaires des Onontagués. Connaissant bien ces Indiens, leurs mœurs et leur langue, il sera envoyé assez souvent en ambassade par le gouverneur (13 mai 1659, 2 juillet 1661).

Chaumonot fit de nouveau route pour Montréal le 2 juin 1662, cette fois « pour secourir les habitans [...] qui étoient dans un extrême nécessité de vivres. » C’est là qu’il fonda, vers 1663, avec la permission de M. Souart et l’aide de Mme d’Ailleboust [V. Boullongne], la Confrérie de la Sainte-Famille, qui devait porter beaucoup de fruits et qui existe encore. Il établira la même congrégation à Québec en octobre 1664. Chaumonot est chapelain de cinq compagnies françaises du 23 juillet 1665 au 3 octobre 1665. Et il s’occupe toujours de ses Hurons ; à la fin de cette même année, il est au poste, en deçà de Beauport, à Notre-Dame-des-Neiges, et cela jusqu’en avril 1668. Au printemps de 1669, c’est à Côte-Saint-Michel qu’il s’établit, toujours au service des Hurons, mais prêchant parfois des retraites aux religieuses de Québec et accomplissant d’autres ministères.

Un des plus beaux titres de gloire du père Chaumonot est d’avoir fondé la célèbre mission huronne de Notre-Dame-de-Lorette, à trois lieues de Québec. Depuis son voyage à Lorette, en Italie, il rêvait de bâtir en Nouvelle-France une chapelle sur le modèle de celle d’Europe. Les Jésuites cherchaient alors des terres pour les Hurons. Après beaucoup de recherches et de prières, ils décidèrent d’accorder aux Indiens, à trois lieues de Québec, leur seigneurie de Saint-Gabriel à laquelle ils donnèrent le nom de Lorette. Le lieu de la chapelle étant déterminé, on dressa le plan du village et, dès le même été 1673, on commença à la hâte la construction de quelques cabanes ; le 28 décembre 1673, les premiers habitants s’y logèrent. En attendant que la chapelle fût bâtie, trois Hurons prêtèrent gracieusement leur case, où les pères célébrèrent la messe durant dix mois, logés eux-mêmes dans une cabane bâtie tant bien que mal. Le 16 juillet 1674, le père Claude Dablon, supérieur général des missions de la Compagnie de Jésus en Nouvelle-France et recteur du collège de Québec, posa la première pierre. II bénit la chapelle le 4 novembre 1674 ; elle avait coûté 5 000#. Au début, près de 300 Indiens (ils ne seraient plus que 146 au recensement de 1685) habitèrent la nouvelle mission dirigée par le père Chaumonot. Les Relations de l’époque contiennent de très nombreux récits des hautes vertus des Hurons, qui firent preuve d’une grande piété et de beaucoup de charité. Les autres missions comptaient plus d’habitants, mais, à Lorette, étaient choisis uniquement ceux qui faisaient ouvertement profession de christianisme et pratiquaient les plus hautes vertus. Le père Chaumonot pouvait les voir faire oraison à la chapelle et les entendre chanter des cantiques aux champs.

Lorette devint rapidement un lieu de pèlerinage pour les Français. Malheureusement, des trafiquants d’eau-de-vie se mêlèrent aux pèlerins et entrèrent en relation avec les Hurons. Selon le père Chaumonot, l’ivrognerie était le seul vice a combattre ; en 1687, il écrivait qu’ « avec l’eau-de-vie, la perversion des bonnes mœurs entra dans le village ». Le père Chaumonot donna sa démission en 1691, après avoir été le premier religieux à célébrer, à Québec, son jubilé d’or de vie religieuse.

En octobre 1692, la maladie le frappa ; il se retira définitivement à Québec, au collège des Jésuites, et mourut le 21 février 1693 après avoir reçu le sacrement des malades le 18. Il avait 82 ans, et avait travaillé 52 ans en Nouvelle-France.

André Surprenant

[P.-J.-M. Chaumonot], Un missionnaire des Hurons : autobiographie du Père Chaumonot de la Compagnie de Jésus et son complément, éd. Félix Martin (Paris, 1885) ; Le Père Pierre Chaumonot de la Compagnie de Jésus autobiographie et pièces inédites, éd. Auguste Carayon (Poitiers, 1869) ; Quelques remarques sur les vertus du P. de Brébeuf, dans ACSM, Mémoires touchant la mort et les vertus des pères Isaac Jogues, etc. (Ragueneau), repr. RAPQ, 1924–25 : 68s. ; La vie du RPPierre-Joseph-Marie Chaumonot, de la Compagnie de Jésus, Missionnaire dans la Nouvelle-France Ecrite par lui-même par ordre de Son Supérieur, lan 1688, éd. J. G. Shea, (2 vol., New York, 1858).— Marie Guyart de l’Incarnation, Écrits (Jamet).— JR (Thwaites).— Première mission des Jésuites au Canada : lettres et documents inédits, éd. Auguste Carayon (Paris, 1864).— Campbell, Pioneer priests. – Auguste Gosselin, Vie de Mgr de Laval. – Jésuites de la N.-F. (Roustang).— Parkman, Jesuits in North America (29th ed.) ; The old regime (25th ed.), 20–39.— Rochemonteix, Les Jésuites et la N.-F. au XVIIe, siècle, I : 399–408 et passim. – André Surprenant, Le Père Pierre-Joseph-Marie Chaumonot, missionnaire de la Huronie, RHAF, VII (1953–54) : 64–87, 241–258, 392–412, 505–523.

Bibliographie générale

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André Surprenant, « CHAUMONOT, PIERRE-JOSEPH-MARIE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 1, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 24 juill. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/chaumonot_pierre_joseph_marie_1F.html.

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Auteur de l'article:   André Surprenant
Titre de l'article:   CHAUMONOT, PIERRE-JOSEPH-MARIE
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 1
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1966
Année de la révision:   1966
Date de consultation:   24 juillet 2014