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DESAUTELS, JOSEPH, prêtre catholique, curé et vicaire général, né à Chambly, Bas-Canada, le 26 octobre 1814, fils de Joseph Desautels et de Madeleine Fréchette, décédé à Salem, Massachusetts, le 4 août 1881, et inhumé à Varennes, Québec, le 9 août suivant.

De 1828 à 1830, Joseph Desautels étudie au collège de Montréal ; par la suite, il s’initie au droit canon sous la direction de Mgr Jean-Jacques Lartigue* avant d’être ordonné prêtre le 29 avril 1838. Après avoir été vicaire à Sainte-Martine (1838), à Saint-Hyacinthe (1838–1839) et à Sainte-Marie-de-Monnoir (Marieville) (1839–1840), il accompagne Mgr Ignace Bourget lors d’une visite pastorale d’envergure dans la région de l’Outaouais, en 1840. Frappé par la pénurie de services pastoraux dans cette région, Mgr Bourget érige une première paroisse canonique, celle de Saint-Paul, à Aylmer, et la confie à Desautels. Le jeune curé prend charge aussi des chantiers d’exploitation forestière environnants. Après huit ans d’intense activité missionnaire, il est muté à la paroisse Sainte-Madeleine, à Rigaud. En 1850, il y établit le collège Bourget, avec l’aide de ses marguilliers, et en confie la direction aux Clercs de Saint-Viateur. L’année suivante, il accompagne Mgr Jean-Charles Prince* et Mgr Alexandre-Antonin Taché* lors de leur voyage à Rome pour y faire approuver les décrets du premier concile provincial de Québec.

Mgr Bourget a bientôt l’occasion de reconnaître le dévouement de Desautels. En 1855, il le désigne à la cure de Varennes, l’une des plus prestigieuses du diocèse de Montréal. Desautels ne tarde pas à y multiplier les œuvres religieuses par la fondation du pensionnat Notre-Dame-du-Sacré-Cœur en 1855, du collège industriel de Varennes en 1857 et de l’hospice de La Jemmerais pour les pauvres, les vieillards et les orphelins, en 1859. Il est impliqué en 1860 dans le procès intenté par Pierre Jarret, dit Beauregard, afin d’annuler l’élection de Michel Sénécal au poste de marguillier, puisque celle-ci s’était faite sous la présidence du curé Desautels et non d’un membre du conseil de fabrique. Il met ses connaissances canoniques à la disposition de Côme-Séraphin Cherrier, un des avocats les plus renommés du Bas-Canada. Celui-ci obtient gain de cause pour Sénécal, son client, et c’est Louis-Hippolyte La Fontaine*, juge en chef de la Cour supérieure, qui tranche la question en faveur de ce dernier. La même année, une loi intitulée Acte pour régler la présidence des assemblées de fabrique dans les paroisses catholiques du Bas-Canada vient confirmer le jugement de La Fontaine. Même si cette loi lui donne raison, Desautels s’oppose à l’empiétement de l’État sur les libertés religieuses. Il expose systématiquement cette thèse dans un ouvrage intitulé Manuel des curés pour le bon gouvernement temporel des paroisses et des fabriques dans le Bas-Canada [...], paru en 1864. L’Église, soutient Desautels, a le pouvoir au Canada de légiférer sur tout ce qui est de son ressort, le droit canadien lui reconnaissant incontestablement cette autorité. En 1862, Bourget le nomme chanoine honoraire de la cathédrale Saint-Jacques, à Montréal. Cette même année, Desautels fait partie du petit groupe qui accompagne l’évêque de Montréal à Rome pour y discuter, entre autres, de l’établissement d’une université catholique dans le diocèse. Bourget lui obtient, à cette occasion, le titre de chapelain secret d’honneur des autorités romaines.

Tout au long des années 1865 à 1875, Desautels devait jouer un rôle capital dans les principales polémiques religieuses au Canada français. Lors du démembrement de la paroisse Notre-Dame de Montréal vers 1866 [V. Joseph-Alexandre Baile ; Ignace Bourget], il encourage son ordinaire à ne tenir aucun compte de l’opposition riche et puissante qui s’insurge contre le projet épiscopal. Il va jusqu’à conseiller l’usage de sanctions canoniques afin de ramener le séminaire de Saint-Sulpice dans la bonne voie. Mandaté en 1867, avec les chanoines Alexis-Frédéric Truteau* et Étienne-Hippolyte Hicks, pour défendre les intérêts diocésains à Rome, Desautels s’affirme très vite comme le chef de cette mission. Il définit la stratégie, rédige les mémoires de l’évêché et courtise les cardinaux et leurs conseillers. Dans ce différend avec le séminaire de Saint-Sulpice, Desautels prétend que les prérogatives épiscopales s’appuient sur une simple question de droit, tant civil que canonique. Il en profite pour accuser les sulpiciens de gallicanisme, d’insubordination à l’endroit de l’autorité épiscopale et de mauvaise administration des fonds de la paroisse. Satisfait de sa mission, il revient à Montréal au début de 1868. Peu après, Bourget lui accorde les pouvoirs de vicaire général.

En 1870, le juge Joseph-Ubalde Beaudry*, ancien avocat de la fabrique de Notre-Dame, publie à Montréal son Code des curés, marguilliers et paroissiens accompagné de notes historiques et critiques, qui est en quelque sorte une légitimation des prétentions sulpiciennes. Le fait qu’un légiste si éminent et influent l’ait rédigé inquiète Bourget. Il charge le curé de Varennes de trouver un laïc pour réfuter cette preuve avec pondération et compétence. Desautels choisit Siméon Pagnuelo*, jeune avocat ayant souscrit au Programme catholique [V. François-Xavier-Anselme Trudel], et lui fournit les arguments nécessaires pour relever le défi lancé par Beaudry. Ainsi, un ouvrage intitulé Études historiques et légales sur la liberté religieuse en Canada paraît à Montréal en 1872 et transforme une simple question d’administration curiale en un affrontement idéologique. On y soutient l’idée que l’Église canadienne a pleine juridiction sur les questions religieuses ; pour les tenants de cette thèse, le fait de nier ce droit mène directement au gallicanisme. Ce débat, à forte teneur nationaliste, divise profondément le clergé québécois. D’autres polémiques religieuses éclatent simultanément sur des sujets tels que la question des écoles du Nouveau-Brunswick, l’amnistie de Louis Riel et l’établissement d’une université catholique à Montréal.

Au terme d’une enquête canonique que l’archevêque de Québec, Mgr Elzéar-Alexandre Taschereau*, avait menée sur le démembrement de la paroisse de Montréal, à la suite d’un rescrit du 8 mars 1871 de la Sacrée Congrégation de la Propagande, Desautels repart pour la Ville éternelle et y demeure deux ans. Défendre les œuvres de l’évêque de Montréal et assurer leur continuité, voilà comment il conçoit sa mission. Ceci signifie avant tout pour Bourget, gravement malade en 1872, la présence d’un auxiliaire et successeur qui puisse poursuivre ses objectifs. Desautels veut détourner la Propagande des recommandations du rapport Taschereau qu’il sait favorable aux thèses sulpiciennes. Il tente, en outre, d’exploiter les questions politico-religieuses au Québec afin de pousser les cardinaux à décider de la question universitaire en faveur de Montréal. Enfin, le vicaire général désire avoir une approbation officielle des lignes de conduite diocésaines touchant le Programme catholique, le Code civil, les écoles du Nouveau-Brunswick et les journaux diocésains. Pour ce faire, il cherche à discréditer la hiérarchie religieuse du Québec en dénonçant sa complaisance vis-à-vis des hommes politiques. À l’exception de Bourget et de l’évêque de Trois-Rivières, Mgr Louis-François Laflèche*, affirme-t-il devant la Propagande, les évêques sont influencés par leurs liens de parenté ou d’amitié avec les chefs politiques ; Desautels fait surtout allusion dans ce cas-ci à Taschereau et à Mgr Jean Langevin*, évêque de Rimouski. Selon lui, leur partialité les rend impuissants à conserver l’indépendance et l’intégrité de l’Église. Enfin, Desautels soumet le Code des curés aux autorités romaines en vue d’une condamnation explicite. Rome cependant ne donnera jamais suite à cette proposition.

Tant que le vicaire général demeure à Rome, l’équilibre se maintient entre les diocèses de Montréal et de Québec. Le canoniste Filippo de Angelis, il est vrai, approuve publiquement les thèses de Bourget dans les grands débats politico-religieux. Les cardinaux cependant évitent scrupuleusement de prendre parti, afin de faciliter le rétablissement de la paix religieuse au Québec. Bien que la Propagande se montre très soucieuse des privilèges de l’archevêché de Québec dans la question universitaire, elle soutient, par contre, les intérêts épiscopaux du diocèse de Montréal dans le démembrement de la paroisse Notre-Dame.

En 1874, la situation financière du diocèse de Montréal se détériore, ce qui oblige Desautels à revenir au Canada après la promulgation du quatrième décret pontifical sur le démembrement. Dès lors, l’ascendant de Benjamin Pâquet*, délégué de l’archevêché de Québec, se confirmera à la Propagande.

En 1875, Mgr Cesare Roncetti se rend au Canada en qualité d’ablégat pour enquêter sur la question universitaire. Le curé de Varennes l’accompagne tout au long de son séjour et lui fait une impression tellement favorable que Roncetti le fera nommer prélat domestique. Pour Desautels, c’est l’apogée de sa carrière. Toutefois, l’influence grandissante de Pâquet devient évidente en 1876 alors que Rome tranche la question universitaire. La décision de créer à Montréal une succursale de l’université Laval va à l’encontre des idées de Bourget qui favorisait une université indépendante. Atterré, l’évêque démissionne. Comme la plupart des chanoines montréalais, Desautels croit que cette démission met en danger l’avenir même du catholicisme. Si les autres évêques acceptent le décret de 1876, ils se divisent cependant sur l’interprétation du droit de haute surveillance sur les professeurs que le décret accorde au corps épiscopal. Pendant que les suffragants rédigent une supplique dans laquelle ils donnent une description de ce droit, Taschereau et les autorités de l’université Laval en préparent une qui favorise les droits existants de l’université.

Rome fait connaître sa décision par son délégué apostolique, Mgr George Conroy*, qui séjourne au Canada de mai 1877 à juin 1878. Ce dernier s’appuie sur des instructions précises qui lui enjoignent de corriger l’état d’agitation politico-religieuse qui prévaut dans le Québec et de faire accepter par le corps épiscopal le projet proposé à Rome par Taschereau et l’université Laval. De plus, conformément au décret de 1876, l’évêché de Montréal se voit obligé d’assumer le lourd fardeau financier de cette entreprise, tandis que l’université Laval jouit du droit exclusif de nommer les enseignants. Par ailleurs, les amis de Bourget sont écartés de la nouvelle faculté de droit en faveur des sulpiciens. Quant au démembrement de la paroisse Notre-Dame, à Montréal, Conroy opte pour un compromis, laissant de côté certaines revendications importantes de Bourget. Desautels y voit la destruction totale de l’œuvre de ce dernier au profit de l’asservissement de l’Église aux hommes politiques. Désormais écarté du palais épiscopal, il passe ses dernières années à Varennes parmi ses paroissiens.

Disciple zélé de Lartigue et de Bourget, Desautels ne souffrait pas d’angélisme. « J’ai le malheur, avoua-t-il un jour, de ne pas voir le Pape ou le bon Dieu dans chaque employé des Congrégations. » Son astuce et sa verve comptèrent pour beaucoup lorsqu’il fallut défendre les intérêts du diocèse de Montréal auprès des autorités romaines. Par contre, ses actions et ses paroles, trahissant souvent un manque de jugement et de mesure, provoquèrent l’échec de certaines causes dont il s’était fait le défenseur toute sa vie.

Roberto Perin

Joseph Desautels est l’auteur du Manuel des curés pour le bon gouvernement temporel des paroisses et des fabriques dans le Bas-Canada etc., etc., avec un chapitre sur la dîme (Montréal, 1864).

ACAM, 901.086 ; 901.136 ; RCD, 41–44 ; RLB, 16–25.— Arch. du diocèse de Saint-Jean-de-Québec (Longueuil), 6A/202–488.— La Minerve, 6 août 1881.— Allaire, Dictionnaire, I.— Wallace, Macmillan dict.— Antoine Bernard, Les Clercs de Saint-Viateur au Canada (2 vol., Montréal, 1947–1951), I.— Lareau, Hist. de la littérature canadienne.— Hector Legros et sœur Paul-Émile [Louise Guay], Le diocèse d’Ottawa, 1847–1948 (Ottawa, [1949]).— Robert Perin, « Bourget and the dream of the free church in Quebec, 1862–1878 » (thèse de {{ph.d.,}} univ. d’Ottawa, 1975).

Bibliographie générale

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Roberto Perin, « DESAUTELS, JOSEPH », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 1 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/desautels_joseph_11F.html.

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Auteur de l'article:   Roberto Perin
Titre de l'article:   DESAUTELS, JOSEPH
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1982
Année de la révision:   1982
Date de consultation:   1 octobre 2014