Agriculteur prospère et officier de milice, John Zimmerman Fraser (mort en 1932) se dévoua à la promotion des intérêts de la classe agrarienne. Il fut une figure incontournable des Fermiers unis de l’Ontario (FUO), qui gouvernèrent la province de 1919 à 1923. Comme président de la Farmers’ Publishing Company, il dirigea l’influent Farmers’ Sun. À cause de son opposition à la transformation des FUO en un parti politique traditionnel, non limité aux intérêts des fermiers, il se brouilla avec le premier ministre Ernest Charles Drury. Le schisme au sein des FUO contribua à leur défaite au profit des conservateurs de George Howard Ferguson en 1923.
Titre original :  John Z. Fraser - FindAGrave.com. Photo by user rossddickson.

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FRASER (Frazer), JOHN ZIMMERMAN, agriculteur, officier de milice et militant agrarien, né probablement le 14 octobre 1855 à St George, Haut-Canada, fils de John L. Fraser et de Nancy Clark (Clarke) ; le 1er février 1893, il épousa à Beloit, Wisconsin, Mary Dorothy Purves (Purvis) (1867–1927), et ils eurent cinq fils et trois filles, dont un fils et une fille qui moururent en bas âge ; décédé le 22 novembre 1932 à Brantford, Ontario.

On sait peu de chose des premières années de John Zimmerman Fraser. Fils d’immigrants écossais, il reçut sans doute une éducation rudimentaire. Il suivit par la suite les traces de son père en devenant agriculteur et s’implanta dans le canton de Burford, dans le comté de Brant. Fraser cultiverait la même parcelle de terre durant une soixantaine d’années ; manifestement, son métier lui apporta le succès. Étant donné son emplacement géographique, il consacra probablement au moins une partie de sa propriété à la culture des fruits. Fraser ne se dévouait pas entièrement à sa terre : le Standard dictionary of Canadian biography, qui le décrit comme un « homme au grand cœur » de constitution robuste, souligne qu’il lisait beaucoup, « ne tenait pas en place [et était] friand d’aventure ». Au début de sa vie adulte, il passa du temps dans l’Ouest canadien et américain, et aida à réprimer la rébellion du Nord-Ouest de Louis Riel* en 1885. Fier soldat, il appartint durant de nombreuses années au 2nd Dragoons, unité de milice basée à St Catharines, en Ontario. Le 4 mai 1909, il fut promu lieutenant-colonel et reçut le commandement du régiment, qu’il dirigea jusqu’en 1922. Le colonel Fraser, ainsi qu’on l’appelait, contribua aux campagnes de recrutement pour la guerre des Boers et la Première Guerre mondiale, mais ne servit activement à aucun de ces conflits.

Fraser avait également un penchant pour la politique. Vers la fin du xixe siècle, il devint un partisan des conservateurs ; aux élections provinciales de 1902, il fut le candidat de James Pliny Whitney* dans Brant South. Selon la publicité pour sa campagne dans le Courier de Brantford, il défendait « [un] gouvernement propre, les intérêts fondamentaux de l’Ontario, et une politique progressiste et efficace ». La circonscription, représentée par l’ancien premier ministre Arthur Sturgis Hardy* de 1873 à 1899, était un bastion libéral. Le député provincial sortant, Thomas Hiram Preston, remporta l’élection, mais Fraser n’eut pas à rougir : il rafla 47 % des suffrages exprimés à l’issue d’une course à deux.

Fraser est surtout réputé pour son engagement dans les groupes agrariens. La plupart des associations d’agriculteurs au Canada se soldèrent par des échecs ou stagnèrent à la fin du xixe siècle et au début du xxe siècle [V. James Moffat Douglas*]. Fraser avait fait personnellement l’expérience de ces déceptions, car il avait participé aux activités de l’organisme nord-américain appelé les Protecteurs de l’industrie agricole – mieux connu au Canada sous le nom de Grange fédérale –, qu’on avait fondé avec beaucoup d’enthousiasme en 1874, mais dont la taille et l’influence avaient considérablement diminué au milieu des années 1890. Pour remédier à la situation, Fraser et quelques autres travaillèrent avec détermination pour créer un organisme capable d’influencer les politiques publiques et de redynamiser le mouvement agrarien. Vers la fin de 1913, Fraser rencontra à Toronto des leaders notoires du monde agricole en Ontario : Ernest Charles Drury*, William Charles Good* et James J. Morrison. Ensemble, ils projetèrent d’établir une nouvelle organisation agrarienne en cooptant les instituts de fermiers dirigés par le gouvernement provincial et en les fusionnant avec d’autres associations du même type. Ainsi, au début de 1914, on fonda officiellement les Fermiers unis de l’Ontario (FUO) et une société sœur, la United Farmers’ Co-operative Company (UFCC). Les FUO devaient constituer un organisme à vocation éducative et un groupe de pression, tandis que l’UFCC devait gérer les nombreuses initiatives de coopération des fermiers. Fraser occupa des postes de direction dans les deux : il appartint au conseil d’administration des FUO et assuma diverses fonctions à l’UFCC. Il présida également la Farmers’ Publishing Company de 1918 à 1931. À partir d’avril 1919, celle-ci publia le journal des FUO, le Farmers’ Sun (fondé en 1892 par George Weston Wrigley* sous le nom de Canada Farmers’ Sun), qui comptait environ 30 000 abonnés à la fin de 1919 et 40 000 lecteurs au début des années 1920.

Pendant la Première Guerre mondiale, l’Ontario rural connut beaucoup d’agitation. Le mécontentement s’exprimait principalement à l’égard des conservateurs du premier ministre William Howard Hearst* et des libéraux de Newton Wesley Rowell*, surtout à cause de la présomption de corruption dans leurs rangs et de la nature non démocratique de leur appareil politique. Durant la campagne qui mena aux élections provinciales du 20 octobre 1919, des clubs des FUO, de partout dans la province, nommèrent des candidats pour se présenter contre les conservateurs et les libéraux (alors dirigés par Herbert Hartley Dewart*). Étonnamment, les FUO remportèrent une majorité relative de 45 des 111 sièges de l’Assemblée, puis formèrent un gouvernement de coalition avec les 11 membres élus de l’Independent Labor Party of Ontario [V. Joseph Taylor Marks]. Les FUO avaient fait campagne sans chef ; ils en cherchaient donc un pour qu’il devienne premier ministre. Pendant un moment, on pressentit le député provincial de Perth South, Peter Smith, pour le poste que refusèrent le titan du milieu des affaires sir Adam Beck* et Morrison. La fonction échut à Drury.

Fraser avait entretenu des sentiments contradictoires envers l’action politique directe, car il ne considérait pas les FUO comme un parti conventionnel, mais comme un mouvement qui aurait une plus grande efficacité s’il agissait en tant que groupe de pression. Une fois le gouvernement formé, il se mêla à la controverse sur l’« élargissement » des FUO. Drury, qui semble avoir utilisé l’expression en premier, souhaitait tendre la main aux groupes non agrariens (en particulier aux progressistes des villes) pour créer un parti de masse populaire, alors que des personnalités en vue, tels Fraser et Morrison, voulaient que les FUO se limitent à promouvoir les intérêts des fermiers. En 1921, Fraser avait la conviction que Drury se laissait duper par des tenants de l’ancien ordre politique, qui cherchaient à prolonger le débat autour de l’« élargissement » parce qu’il anéantirait le parti. Il usa de son poste à la tête de la Farmers’ Publishing Company et s’en prit ouvertement au premier ministre. Dans une entrevue publiée dans le Farmers’ Sun et réimprimée le 20 janvier dans le Globe, il déclara : « On est en train de faire de M. Drury, malgré lui, un instrument de destruction. Apparemment, un groupe d’hommes sournois et sans scrupules, par leur habile flagornerie et leur flatterie, ont réussi à attirer l’attention du premier ministre. Celui-ci, n’ayant pas lhabitude des ruses et des stratagèmes de politiciens intrigants, n’est pas assez malin pour comprendre leurs motifs ignobles. » Le schisme hautement médiatisé n’aida certainement pas les FUO aux élections du 25 juin 1923 : ils perdirent de manière décisive au profit des conservateurs de George Howard Ferguson*.

En plus de ses activités au sein des FUO, Fraser fonda et présida l’Hydro Information Association. La société, créée en 1920, contribua à convaincre le gouvernement de Drury de rejeter le plan de Beck, qui visait à établir un réseau public interurbain de chemins de fer électriques en étoile dans le sud-ouest de l’Ontario [V. William Francis Tye ; Robert Franklin Sutherland*]. Fraser représenta également la province au Canadian Council of Agriculture et agit comme membre de la Commission canadienne du blé. À l’échelle locale, il siégea au conseil d’administration de la South Waterloo and North Dumfries Fire Insurance Company. Emporté par une embolie cérébrale, il mourut à Brantford le 22 novembre 1932. Il venait de prendre sa retraite. On l’inhuma au Burford Congregational Cemetery. La valeur de tous ses biens – environ 45 000 $, somme importante durant la grande dépression – indique qu’il connut le succès dans son premier métier. Cela explique peut-être en partie sa conviction que les FUO fonctionnaient mieux en se concentrant sur les moyens de subsistance des fermiers, plutôt que sur des objectifs politiques et populistes plus larges.

John Zimmerman Fraser, à l’instar de plusieurs autres partisans des FUO, renia son appartenance politique initiale au profit du militantisme agrarien. Il occupa des postes importants dans le mouvement. Grâce à son travail dans le volet coopératif des FUO, il aida matériellement les familles rurales. En outre, il contribua à l’éducation des fermiers en Ontario et ailleurs. Cependant, son empressement à porter sur la place publique les divisions au sein du mouvement et à tirer sur d’autres de ses dirigeants nuisit indubitablement aux FUO, dont la défaite électorale et l’effondrement subséquent privèrent de fait les associations de fermiers de la province de toute possibilité d’action politique directe par la suite.

Kerry Badgley

Ancestry.com, « Actes de mariage, Wisconsin, États-Unis, 1820 à 2015 », John Zimmerman Fraser et Mary Dorothy Pewes [Purves], Rock, 1er févr. 1893.— BAC, R233-35-2-F, Ontario, dist. Brant Sud (159), sous-dist. Burford (B), div. 4 : 23 ; R233-37-6-F, Ontario, dist. Oxford Sud (102), sous-dist. Burford (A), div. 4 : 3 ; R233-114-9-F, Ontario, dist. Brant (67), sous-dist. Burford (14) : 8 ; R4673-0-4-E (James J. Morrison fonds).— FamilySearch, « Canada, Ontario, deaths, 1869–1937 and deaths overseas, 1939–1947 », John Zimmerman Fraser, Brantford, Brant, 22 nov. 1932.— Brantford Expositor (Brantford, Ontario), 23 nov. 1932.— Courier (Brantford), 10, 22–23 mai 1902.— Farmers’ Sun (Toronto), 24 nov. 1932.— Globe, 8 sept. 1920 ; 20 janv., 29 déc. 1921 ; 14 déc. 1922 ; 4 sept. 1924 ; 24 nov. 1932.— Toronto Daily Star, 19 déc. 1918 ; 15, 18 déc. 1919 ; 21 janv., 16 déc. 1920 ; 4 janv., 6 sept., 14 déc. 1922.— Kerry Badgley, Ringing in the common love of good : the United Farmers of Ontario, 1914–1926 (Montréal et Kingston, Ontario, 2000) ; « The social and political thought of the Farmers Institute of Ontario, 1884–1917 : manifestations of agrarian discontent » (mémoire de m.a., Carleton Univ., Ottawa, 1988).— Centennial edition of a history of the electoral districts, legislatures and ministries of the province of Ontario, 1867–1967, Roderick Lewis, compil. (Toronto, [1969]).— The challenge of agriculture : the story of the United Farmers of Ontario, M. H. Staples, édit. (Toronto, 1921).— E. C. Drury, Farmer premier : memoirs of the Honourable E. C. Drury (Toronto, 1966).— C. M. Johnston, E. C. Drury : agrarian idealist (Toronto, 1986).— G. M. Kirby, Rounds complete : a history of the 57th Artillery Regiment (2nd/10th Dragoons) RCA (Niagara Falls, Ontario, 1997).— Standard dict. of Canadian biog. (Roberts et Tunnell), vol. 2.— L. A. Wood, A history of farmers’ movements in Canada (Toronto, 1924 ; réimpr., introd. par F. J. K. Griezic, Toronto et Buffalo, N.Y., 1975).

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Kerry Badgley, « FRASER (Frazer), JOHN ZIMMERMAN », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 31 mars 2026, https://www.biographi.ca/fr/bio/fraser_john_zimmerman_16F.html.

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Éditeur:    Université Laval/University of Toronto
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Date de consultation:    31 mars 2026