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FRÉMIOT, NICOLAS-MARIE-JOSEPH (baptisé Nicolas-Joseph), prêtre, jésuite et missionnaire, né le 5 octobre 1818 à Bellefontaine, France, fils de Joseph Frémiot et de Marie-Jeanne Didier ; décédé le 4 juillet 1854 près de ce qui est aujourd’hui Blind River, Ontario.

Après cinq années de formation au sein de la Compagnie de Jésus, en France, Nicolas-Marie-Joseph Frémiot fut ordonné sous-diacre en septembre 1846 et, un an plus tard, il était élevé à la prêtrise. Il partit aussitôt pour les missions du Canada, où les jésuites avaient repris leurs activités après une longue absence [V. Jean-Pierre Chazelle*], et il passa son premier hiver dans la région de Montréal. Le 20 mai 1848, il se mit en route pour Sandwich (Windsor, Ontario), où se trouvait à cette époque la paroisse catholique la plus éloignée à l’ouest de la province du Canada. C’est seulement après son arrivée à destination qu’il apprit qu’il devait aller, avec le père Jean-Pierre Choné, fonder une mission à Pigeon River, à l’extrémité ouest du lac Supérieur. Ayant gagné Sault-Sainte-Marie (Sault Ste Marie), Frémiot se dirigea vers l’ouest en compagnie du père Choné et du frère Frédéric de Pooter. À Pigeon River, près de la frontière internationale établie un peu plus tôt, ils exercèrent leur ministère auprès des Sauteux du Nord qui habitaient cette région. Le père Choné, plus âgé et plus expérimenté, maîtrisait déjà le sauteux, alors que Frémiot ne connaissait pas cette langue ; aussi, durant la première année de cette collaboration, Choné se chargea de la plupart des voyages à l’extérieur de la mission de Pigeon River, tandis que Frémiot étudiait afin de se préparer à ses tâches futures. En plusieurs occasions, par la suite, Frémiot fit bon usage des grammaires de la langue des Sauteux rédigées par ses collègues George-Antoine Bellecourt* et Frederic Baraga*.

En 1849, un an après leur arrivée, Choné et Frémiot décidèrent d’aller installer leur quartier général sur les bords de la rivière Kaministikwia, près du fort William (Thunder Bay), où Frémiot passa l’automne à diriger la construction de la nouvelle mission de l’Immaculée-Conception. Durant les quatre années qui suivirent, les deux missionnaires se partagèrent les tâches, l’un demeurant au fort William, l’autre se rendant aux autres postes, moins importants, de la Hudson’s Bay Company et aux établissements miniers d’Isle Royale, au Michigan, et de la baie Prince (Ontario). Après un certain temps, Frémiot effectua la plupart des longs voyages, pendant que Choné s’occupait de la région voisine de la mission et de l’école qu’il avait ouverte pour les enfants indiens. Ce fut Frémiot, par exemple, qui fonda une mission à Nipigon en février 1852. Plus tard, cette année-là, les deux hommes se séparèrent bons amis, sans le moindre signe de la mésentente qui, à certains moments, se manifesta entre Choné et ses assistants, et Frémiot se mit en route pour son nouveau quartier général de Wikwemikong, dans l’île Manitoulin, où le missionnaire Jean-Baptiste Proulx* avait travaillé auparavant. Libre d’agir à sa guise, Frémiot voyagea le plus souvent parmi les Outaouais, les Potéouatamis et les Saugeens (groupe mêlé de Sauteux, de Potéouatamis et d’Outaouais), au sujet desquels ses expériences antérieures ne lui avaient pas appris grand-chose. Il devait cependant rencontrer de nouveau les Sauteux du Nord lors de sa dernière expédition sur la rive nord du lac Huron.

Pendant qu’il accomplissait les nombreuses et pénibles tâches qui étaient le lot des missionnaires fondateurs, Frémiot écrivit plusieurs lettres, longues et détaillées, à ses confrères du Canada et de l’étranger. Ces lettres sont particulièrement importantes en ce qu’elles servent de contrepartie aux récits contemporains de John McLean* et de Thomas Gummersall Anderson* sur la région et les autochtones. Frémiot considérait la vie des Indiens d’un point de vue très différent de celui des gens qui cherchaient à s’enrichir ou à étendre la puissance politique du Canada ; l’horreur que lui inspiraient de nombreuses coutumes, qu’il décrit, était atténuée par sa sympathie pour les personnes qu’il rencontrait. Il constata que la plupart des jeunes Indiens comptaient sur la Hudson’s Bay Company pour gagner leur vie et il s’inquiéta des effets que pouvaient avoir sur eux les longs trajets qu’ils effectuaient pour trouver des fourrures et l’habitude que la compagnie avait de les payer en marchandises, dont certaines étaient sans valeur. En assistant aux discussions qui eurent lieu en 1849 entre les représentants canadiens, dirigés par Anderson, et les Indiens de la région du fort William, avant qu’un traité ne soit conclu l’année suivante par William Benjamin Robinson*, Frémiot eut une excellente occasion de noter les rapports entre Blancs et Indiens et les mésententes qui en résultèrent. Au début, il eut tendance à considérer le traité comme acceptable, ne fût-ce que parce qu’il lui semblait préférable à l’attitude contemporaine des Américains, et, en particulier, à leur politique visant à repousser les Indiens à l’ouest du Mississippi, mais lorsqu’il constata les effets du traité, il en vint à le tenir pour un marché de dupes qui réduisait les Indiens à la pauvreté.

L’expérience et l’influence de Frémiot ne profitèrent à peu près qu’aux petits groupes dont il s’occupa dans les missions et au cours de ses voyages. Durant la plus grande partie de sa carrière missionnaire, il vécut dans des endroits très éloignés des centres où se trouvaient les pouvoirs établis ; dans la région du fort William, il eut peu de contacts avec les fonctionnaires du gouvernement ou avec les missionnaires des autres confessions, et les mines qu’il visita étaient plutôt au bord de la fermeture que sur le point d’accroître leurs opérations. En outre, à cause de sa formation, il était indifférent aux pressions et aux préjugés de la politique de son époque. Sa voix était celle d’un humaniste européen au milieu des grands espaces canadiens.

Dans une lettre portant la date du 2 février 1851, Nicolas-Marie-Joseph Frémiot écrivait que, dans son travail missionnaire, les nombreux voyages comportaient « à la fois le plus de fatigues et de dangers, mais aussi le plus de consolation et peut-être le plus de fruits ». Il fut précisément victime de ces dangers quelque trois ans plus tard, lorsqu’il se noya dans la rivière Mississagi tandis qu’il se rendait chez les Sauteux. Il fut enterré à Wikwemikong.

Elizabeth Arthur

Les Arch. de la Compagnie de Jésus, prov. du Canada français (Saint-Jérôme, Québec), possèdent des documents utiles concernant Nicolas-Marie-Joseph Frémiot.

AD, Vosges (Épinal), État civil, Bellefontaine, 5 oct. 1818.— Lettres des nouvelles missions du Canada, 1843–1852, Lorenzo Cadieux, édit. (Montréal et Paris, 1973).— Thunder Bay district, 1821–1892 : a collection of documents, introd. de [M.] E. Arthur, édit. (Toronto, 1973).— M. A. Norton, Catholic missionary activities in the northwest, 1818–1864 [...] (Washington, 1930).— [M.] E. Arthur, « le Père Frémiot à Thunder Bay, de 1848 à 1852 », RHAF, 25 (1971–1972) : 205–223.

Bibliographie générale

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Elizabeth Arthur, « FRÉMIOT, NICOLAS-MARIE-JOSEPH », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 22 nov. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/fremiot_nicolas_marie_joseph_8F.html.

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Auteur de l'article:   Elizabeth Arthur
Titre de l'article:   FRÉMIOT, NICOLAS-MARIE-JOSEPH
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1985
Année de la révision:   1985
Date de consultation:   22 novembre 2014