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GILLAM, ZACHARIAH, capitaine au service de la Hudson’s Bay Company, né à Boston, Massachusetts, le 30 juillet 1636 (vieux style) et décédé à la baie d’Hudson le 21 octobre 1682.

Zachariah était le deuxième fils du charpentier Benjamin Gillam et de sa femme Hannah ; ce dernier, venu s’établir en Nouvelle-Angleterre, avait été fait citoyen du Massachusetts le 6 mai 1635. Benjamin connut une certaine prospérité et ses descendants s’allièrent à des familles en vue de la Nouvelle-Angleterre. Le 26 juillet 1659, Zachariah épousait Phoebe Phillips, fille d’un notable de Charlestown et de Boston, le major William Phillips, et de sa première épouse, Mary Le major Phillips avait été commissaire du Massachusetts pour l’État du Maine en 1653, mais, comme il n’aimait pas les puritains, il était allé s’installer à Saco (Chouacouët), dans le Maine, avec sa troisième femme, Bridget (mère d’Esbon Sanford par un mariage antérieur) ; il fit l’acquisition d’une grande étendue de terrain inculte, derrière Saco et Wells, d’abord connu sous le nom de Phillipstown, et où se dresse maintenant la ville de Sanford. Le major Phillips, par acte notarié, accorda à Zachariah Gillam et à son beau-frère, Ephraim Turner, 500 acres de terre à West Brook, dans le Maine.

Comme plusieurs jeunes Bostoniens d’alors, Zachariah voulut faire carrière dans la marine. Il se lança dans le commerce de cabotage, le long des côtes de la Nouvelle-Angleterre ; il fut néanmoins séduit par le projet, formé par Chouart Des Groseilliers et Radisson*, d’ouvrir une voie nouvelle dans la baie d’Hudson pour la traite des fourrures. En 1663, quelques commerçants de Boston équipèrent une expédition qui, sous la direction des deux explorateurs, se rendit jusqu’à l’entrée du détroit d’Hudson, mais rebroussa chemin. Malgré cet insuccès, Des Groseilliers et Radisson eurent la chance de retenir l’attention du colonel George Cartwright, commissaire d’Angleterre à Boston en 1665 ; ce dernier les persuada d’aller en Angleterre pour y exposer les chances de succès de leur projet à un groupe de courtiers et de financiers, ainsi qu’à quelques membres de la toute nouvelle Société royale, désireux d’explorer et d’ouvrir une route de ce genre pour la traite des fourrures. Les deux Français s’embarquèrent pour l’Angleterre le 1er août 1665, sur le Charles, commandé par le capitaine Benjamin Gillam, frère aîné de Zachariah.

Il semble que, par l’entremise de Des Groseilliers et de Radisson, Zachariah ait été signalé à l’attention des actionnaires ; quoi qu’il en soit, on le retrouve capitaine du Nonsuch, caiche de 43 tonneaux, qui, avec l’Eaglet, caiche de Charles Il, fut équipé par les actionnaires pour le voyage historique de 1668–1669 à la baie d’Hudson. Des Groseilliers se trouvait à bord du Nonsuch avec Gillam, et Radisson, à bord de l’Eaglet. Ce dernier ayant dû retourner en Angleterre au mois d’août 1668, la responsabilité entière du voyage échut au Nonsuch.

Gillam remplit avec succès la mission qui lui avait été confiée (V. ses instructions reproduites dans Minnesota History, XVI : 419–423). Lui et Des Groseilliers se créèrent des relations amicales avec les Indiens des côtes de la baie d’Hudson, qui les guidèrent jusqu’à l’embouchure de la rivière Rupert. Ils y construisirent une habitation, qu’on nomma fort Charles, qui devint plus tard Rupert House, dans laquelle ils passèrent l’hiver et où ils ouvrirent un comptoir de traite, le printemps venu ; Gillam tenait un journal (publié dans ses grandes lignes, vers 1675, par John Seller, dans le English Pilot) où il consignait des renseignements sur la navigation et le commerce ; selon un « traité » qu’il fit avec les Indiens, il « acheta » la Rupert et le territoire adjacent. Avec l’aide de Des Groseilliers, il réunit un chargement de peaux de castors de la meilleure qualité, qui rapportèrent plus de £1 300. À son retour à Londres, en 1669, Gillam fit rapport à la Société royale, dont plusieurs membres avaient aidé à payer les frais de voyage et qui, avec les autres spéculateurs, formèrent la Hudson’s Bay Company : celle-ci fut constituée en société commerciale le 2 mai 1670.

Ce même mois, Gillam s’embarquait à nouveau pour la baie d’Hudson, comme capitaine de la frégate Prince Rupert (jaugeant 75 tonneaux  1/2), à bord de laquelle se trouvaient Des Groseilliers et Thomas Gorst ; ils mirent à la voile avec le Wivenhoe, qui transportait Charles Bayly et Radisson. Cette expédition avait pour but, outre la poursuite des activités commerciales, l’établissement d’un fort principal sur la rivière Bourbon (Nelson), d’où Bayly aurait gouverné le territoire au nom de la Hudson’s Bay Company. Ce fort, cependant, ne fut pas construit et Bayly, avec Radisson, retrouva Gillam et Des Groseilliers au fort Charles, « dans le fond de la baie [baie James] », où ces derniers avaient construit une nouvelle habitation [V. le journal de Gorst, dans Nute, Caesars of the Wilderness]. Cet hiver-là, Radisson se rendit en mission d’exploration jusqu’à la rivière Moose, où il fit la traite des fourrures avec les Indiens qui s’y présentèrent au printemps. Les deux vaisseaux revinrent en Angleterre en octobre 1671, rapportant, en plus de leur cargaison de fourrures, des rapports et des renseignements sur le littoral de la baie. Lors du voyage de 1672–1673, on confia à Gillam le commandement du Prince Rupert ; c’est ce même vaisseau que la compagnie lui donna à commander pour le voyage de 1674–1675, bien qu’il eût été congédié en 1673, à son retour en Angleterre, pour avoir commercé à titre privé. Une querelle s’éleva de plus entre Gillam et Radisson qui s’accusèrent mutuellement de mauvaise administration et de détournement de fonds. Gillam revint par la suite à Boston et se remit au commerce de cabotage. Il séjourna en Caroline du Nord de 1677 à 1680. Soupçonné d’avoir pris part à la rébellion de Culpeper, il fut mis aux arrêts en Angleterre.

En 1682, au cours du mois de janvier, Gillam sollicitait à nouveau un emploi à la Hudson’s Bay Company ; on le rengagea, en considération des nombreuses années qu’il avait passées à l’emploi de la compagnie, et de ses bons états de service. Il devait toucher £100 par an, à compter du jour où il s’embarquerait, à Gravesend, et 20s par semaine jusqu’à ce moment-là. Au mois de mars, on lui confia le commandement du Prince Rupert, qu’il avait déjà exercé ; au mois de mai, cependant, il fut accusé de négligence pour n’avoir pas été à bord alors qu’on chargeait son vaisseau, et il fut menacé de renvoi. Gillam mettait néanmoins à la voile au début du mois de juin 1682 avec John bridgar, gouverneur de Port Nelson. L’expédition comprenait cinq vaisseaux ; trois d’entre eux devaient pénétrer jusqu’au fond de la baie, et les deux autres, le Prince Rupert et l’Albemarle (commandé par Esbon Sanford, gouverneur adjoint de Port Nelson), avaient pour mission de se rendre à l’embouchure des rivières Hayes (Sainte-Thérèse) et Bourbon (Nelson) pour y établir Port Nelson.

Les vaisseaux de la compagnie avaient été devancés par deux groupes indépendants, dirigés respectivement par Benjamin Gillam*, fils de Zachariah, et par Radisson et Des Groseilliers. Benjamin, porteur de lettres patentes du gouverneur du Massachusetts, et sans doute mis au courant par son père des intentions de la Hudson’s Bay Company, arriva de Boston en interlope, le 18 août 1682, à bord du Bachelor’s Delight, et dressa un camp en amont de la Bourbon. L’expédition française, financée par Aubert* de La Chesnaye et autorisée par le gouverneur de Québec, Le Febvre de La Barre, venait établir le droit de traite des Français dans la baie ; les Français arrivèrent quelques jours plus tard et s’établirent sur la Hayes. Radisson se rendit voir Gillam dans le dessein de lui faire rebrousser chemin ; à son retour, il aperçut le Prince Rupert qui arrivait, le 7 septembre, à l’embouchure de la Bourbon, pour y établir Port Nelson.

Les membres de l’expédition anglaise décidèrent de passer l’hiver sur la rive nord de la Bourbon, malgré la menace des Français. Ils furent cependant victimes de nombreux contretemps : l’Albemarle ne put se rendre cet automne-là à Port Nelson ; son capitaine, Sanford, était mort le 6 octobre ; de plus, le 21 octobre 1682, l’ancre du Prince Rupert dérapa au cours d’une violente tempête : emporté vers le large, le vaisseau sombra, entraînant dans sa perte quelque neuf hommes d’équipage, une grande partie des provisions et son capitaine. Ainsi finit la carrière aventureuse et mouvementée du capitaine Zachariah Gillam. L’année suivante, Radisson s’empara des deux postes et retourna à Québec avec Gillam et Bridgar, ses prisonniers. Là on leur redonna leur liberté et ils gagnèrent la Nouvelle-Angleterre.

Quand la nouvelle de ces événements arriva en Angleterre, elle mit en émoi la Hudson’s Bay Company ; on attendit cependant quelque temps avant d’intenter un procès à Benjamin Gillam : Radisson ayant établi au nom de la France le droit de commerce dans cette région et y ayant posté de ses hommes, la compagnie devait prouver que Gillam y était arrivé le premier, avant d’établir ses droits sur ce territoire. En avril 1683, ignorant encore le décès des capitaines Gillam et Sanford, la compagnie retirait à ce dernier le commandement de l’Albemarle, et ordonnait à Zachariah Gillam de faire transporter sa cargaison à bord d’autres vaisseaux, de revenir sur lest en Angleterre et de ramener Sanford. La compagnie obtint aussi qu’une ordonnance royale enjoignît au gouverneur du Massachusetts d’autoriser le commissaire à arrêter Sanford et les Gillam dans le cas où ils viendraient à passer par la Nouvelle-Angleterre.

En dépit de tous ses voyages, Zachariah Gillam avait gardé sa maison de Boston, où demeuraient sa femme et ses enfants. De son mariage avec Phoebe, naquirent Martha, en 1660, Zachariah, en 1661, et le 23 mars 1662/1663, Benjamin, le trafiquant interlope. Le 14 avril 1676, les exécuteurs testamentaires du père de Zachariah faisaient part à Benjamin d’un legs compensatoire qui devait le rendre propriétaire d’un fonds de terre à Fort Hill, à Boston. Par acte notarié, en 1692, sa sœur, Hannah Sharpe, veuve, cédait à Benjamin ses droits sur la terre en question. La descendance de la famille fut assurée par les enfants de Benjamin.

Zachariah était apparemment un marin habile et compétent, courageux et plein de ressources, mais peu scrupuleux et guère digne de confiance. Il semble néanmoins qu’il servit fidèlement la Hudson’s Bay Company dans les dernières années de sa vie.

G. Andrews Moriarty

« Mass. Archives », LXI : 9.— Mass. Hist. Soc., Thwing MSS.— Boston, Record Commissioners, Ninth report : births, baptisms, marriages and deaths, 1630–1699, ed. W. H. Whitmore and W. S. Appleton (Boston, 1883), passim.—C. T. Libby and Sybil Noyes, Genealogical dictionary of Maine and New Hampshire (Portland, Me., 1928–39), 3e partie, 262 ; 4e partie, 548.— HBRS, V, VIII, IX (Rich) ; XI, XX (Rich and Johnson), XXI (Rich).— G. A. Moriarty, Captains Gillam and Sanford of the Hudson’s Bay Company, Genealogists’ Mag., X (1947–50) : 568–571.— Nute, Caesars of the wilderness.— L. Parke, The Savage family, NEng. Hist. and Geneal. Register, LXVII (1913) : 200s.— C. H. Pope, The pioneers of Massachusetts, a descriptive list [...] (from town, church and other records) (Boston, 1900), 187 – W. H. Whitmore, Gleanings, NEng. Rist. and Geneal. Register, XIX (1865) : 254.

Bibliographie générale

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G. Andrews Moriarty, « GILLAM, ZACHARIAH », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 1, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 27 août 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/gillam_zachariah_1F.html.

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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 1
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1966
Année de la révision:   1966
Date de consultation:   27 août 2014