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GILLMOR, ARTHUR HILL, homme d’affaires et homme politique, né le 12 mars 1824 à St George, Nouveau-Brunswick, fils aîné de Daniel Gillmor et de Pamelia (Purmelia) Dowell ; le 22 janvier 1846, il épousa à St George Hannah Dawes Howe, et ils eurent trois fils et une fille ; décédé le 13 avril 1903 près de Mattawamkeag, Maine.

Après des études dans les écoles locales, Arthur Hill Gillmor s’engagea dans les affaires avec son père et ses frères ; leurs entreprises touchaient l’exploitation forestière, la meunerie, l’agriculture et le commerce. À l’âge de 30 ans, en 1854, il entra dans la vie politique provinciale sous la bannière libérale en remportant l’un des quatre sièges de Charlotte à la Chambre d’assemblée. Il serait réélu en 1856, 1857 et 1861. Il ne tarda pas à se faire une réputation d’homme à principes et d’une grande dignité. Quand, en 1861, à l’approche des élections, le Parti libéral s’enquit auprès des candidats potentiels s’ils le soutiendraient « dans toutes les entreprises de nature purement partisane », Gillmor fut le seul qui refusa d’en donner l’assurance. La défaite de l’arpenteur général, James Brown*, en juin, laissa Charlotte sans représentant au Conseil exécutif. Le premier ministre Samuel Leonard Tilley* et le procureur général Albert James Smith* pressèrent Gillmor d’accepter le portefeuille, mais il les étonna en refusant pour une question de principe, une rumeur voulant qu’il ait manigancé la défaite de Brown.

En 1865, des élections générales sur la question de la Confédération furent annoncées et Gillmor figura sur la liste de candidats dirigés par Smith résolument opposés à la Confédération. L’ayant remporté facilement, il se joignit au gouvernement éphémère de Smith et fut appelé à remplir la fonction de secrétaire de la province. Il trouva le secrétariat plongé dans le chaos, et la province au bord de la faillite. Après avoir été confirmé dans son poste à l’élection complémentaire dans Charlotte, il ne lui restait que deux jours pour préparer son premier budget. Malgré le profond découragement qu’il ressentait devant cette lourde responsabilité, il l’affronta avec diligence et efficacité. Le lieutenant-gouverneur Arthur Hamilton Gordon* l’avait décrit en privé comme « un homme sans éducation ni habileté », mais se rétracta par la suite en exprimant sa plus grande satisfaction devant la manière dont Gillmor s’était acquitté de sa charge. Gillmor suivit une politique de restriction en ce qui avait trait au favoritisme, bien qu’il n’ait pas ignoré que « les juges de paix s’accroch[aient] aux partis qui les nomm[aient] ». Il n’exigea jamais ni n’approuva de congédiement dans le seul but de combler une vacance avec un ami insistant, et reconnut qu’il en avait « souvent souffert en conséquence ».

Le gouvernement de Smith, démoralisé, tomba aux élections de 1866. Gillmor, épuisé par les responsabilités de sa charge, aux prises avec les besoins croissants de sa famille et des soucis d’affaires – son père était décédé le 30 mai –, ne se manifesta pas avant les derniers jours précédant les élections du 12 juin, et il ne le fit qu’en réponse à la pression d’amis. Sa défaite n’étonna personne. Le nouveau gouvernement dirigé par Tilley vota en faveur de la Confédération, mais l’opposition de Gillmor ne s’estomperait jamais entièrement.

Gillmor abandonna la politique provinciale pour se consacrer aux affaires de son père décédé et à sa vie personnelle. Cette dernière s’articulait autour de sa famille et de son foyer de la rue principale de St George, où se trouvait le jardin qu’il aimait tant. La spacieuse résidence de style géorgien, construite l’année de son mariage, fut la scène de nombreuses réunions d’amis, politiques ou autres. Très heureux en ménage, les époux s’écrivaient des lettres presque quotidiennes quand ils étaient séparés. « Oh cher ! écrivait Hannah en 1865, je ne sais vraiment pas pourquoi je souhaite ton élection si elle doit t’éloigner ainsi de la maison. J’aimerais mieux que tu sois simplement M. Gillmor et t’avoir bien tranquille ici avec moi. » Outre qu’elle prêtait au « très cher Hill » une oreille attentive, elle le tenait informé de ce qui se passait dans la collectivité et, par-dessus tout, des détails de la vie de leurs enfants. Baptiste convaincue, tout comme lui, elle lui racontait les revivals auxquels elle assistait et lui exprimait son souhait de voir ses enfants connaître la conversion. L’éducation de ces derniers était au centre des préoccupations des Gillmor. En grandissant, les enfants aussi écrivirent souvent à leur père, lui donnant des détails de leur vie à l’école. Le fils aîné, Daniel, assuma graduellement la responsabilité des affaires familiales dès la fin de son adolescence.

En 1872, Gillmor chercha à se faire élire à la Chambre des communes, mais fut battu. Il eut plus de chance en 1874, puis fut réélu à tous les scrutins jusqu’en 1896. Cette année-là, malgré une victoire libérale, « le vieux routier du parti », comme le Freeman de Saint-Jean l’avait surnommé, subit la défaite. Sa carrière parlementaire fut marquée de longues allocutions sarcastiques, pimentées d’anecdotes et de références bibliques ou horticoles. Il ne rata pas une occasion de contester les dépenses du gouvernement, désapprouva le protectionnisme de la Politique nationale et lutta pour les droits du citoyen ordinaire. « Il y a trente ans [...], dit-il en 1890, l’éducation gratuite, le suffrage masculin et le libre-échange constituaient mes principes, et, durant toutes ces années, je n’ai jamais voté ou exprimé un sentiment à l’encontre de ces principes. » Enfant, il avait séjourné en Angleterre, « où [il avait vu] les ouvriers [...] les cohues contre les lois sur les céréales, et [s’était] alors converti au libre-échange ». Gillmor lisait beaucoup pour documenter ses interventions et toucha des sujets allant de l’immigration chinoise aux chemins de fer australiens.

À l’écoute de ses électeurs, Gillmor s’intéressa toujours aux affaires locales. En 1887, il remercia le gouvernement pour les dépenses qu’il avait faites dans le comté de Charlotte en dépit du fait qu’il avait été réélu dans l’opposition. Peut-être est-ce cette reconnaissance des conservateurs ou l’intransigeante franchise de Gillmor qui fit en sorte qu’il fut négligé par son propre parti. Il fut défait en 1896, à l’âge de 72 ans, par un candidat plus jeune, Gilbert White Ganong*, de St Stephen (St Stephen-Milltown), mais il dut attendre encore quatre ans avant d’être appelé au Sénat, le 2 avril 1900. Le même mois, il représenta le Canada avec beaucoup de succès à l’Exposition universelle de Paris.

Arthur Hill Gillmor passa le dernier jour de sa vie à travailler parmi ses anciens électeurs de St Stephen, où il attendait le train de Montréal. Même s’il était un orateur féroce à la Chambre, il ne personnalisa jamais ses querelles et, par conséquent, ne se fit jamais d’ennemis parmi ses adversaires. Ainsi, il passa une partie de la journée avec Ganong. Une fois à bord du train et retiré dans sa couchette, il eut un malaise soudain. Lady Tilley fut la première à remarquer sa détresse et donna l’alarme, mais il était trop tard. Le sénateur Gillmor mourut à l’âge de 79 ans. Le fait qu’un certain nombre des porteurs à ses obsèques étaient ses adversaires politiques en dit long sur l’homme. En 1907, son fils Daniel serait aussi nommé au Sénat.

Kathryn Wilson

Les papiers d’Arthur Hill Gillmor sont conservés aux APNB, MC 243 ; les documents dans le Group III ont été consultés avec la permission de la famille. Des détails additionnels concernant Gillmor nous ont été communiqués au cours d’une entrevue avec un petit-fils du sujet, Daniel Gillmor, de St George, N.-B.  [k. w.]

Daily Telegraph (Saint-Jean, N.-B.), 14–15, 17–18 avril 1903.— Freeman (Saint-Jean), 24 mars 1900.— Saint Croix Courier (St Stephen [St Stephen–Milltown], N.-B.), 16 avril 1903.— D. G. Bell, « The confederation issue in Charlotte County, New Brunswick » (thèse de {{m.a}}., Queen’s Univ., Kingston, Ontario, 1976).— Canada, Chambre des communes, Débats, 1875–1896.— Canadian directory of parl. (Johnson).— CPG, 1901.— G. W. Drisko, Narrative of the town of Machias, the old and the new, the early and the late (Machias, Maine, 1904).— N.-B., House of Assembly, Reports of the debates, 1855–1866.

Bibliographie générale

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Kathryn Wilson, « GILLMOR, ARTHUR HILL », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 22 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/gillmor_arthur_hill_13F.html.

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Auteur de l'article:   Kathryn Wilson
Titre de l'article:   GILLMOR, ARTHUR HILL
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1994
Année de la révision:   1994
Date de consultation:   22 octobre 2014