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GILLMORE, GEORGE, ministre de l’Église d’Écosse, né probablement en 1720 dans le comté d’Antrim (Irlande du Nord) ; il épousa Ann Allen, et ils eurent au moins sept enfants, dont six parvinrent à l’âge adulte ; décédé le 20 septembre 1811 dans le canton de Horton, Nouvelle-Écosse.

En 1762, George Gillmore étudiait la logique, la métaphysique et la philosophie naturelle à l’University of Edinburgh, où il semble avoir poursuivi ses études l’année suivante ; on n’a pas trouvé de preuve, cependant, qu’il y ait gradué. En 1769, il décida d’émigrer dans les colonies américaines ; après un voyage de 11 semaines, marqué, dit-il, par la conduite blasphématoire de l’équipage et des passagers, il débarqua à Philadelphie le 9 septembre. Il prêcha et fut instituteur pendant un certain temps dans le Massachusetts et le Connecticut avant d’aller s’installer, en octobre 1770, à Voluntown, au Connecticut, pour occuper le poste de prédicateur suppléant. On n’est pas très sûr de la date de son ordination : même si Gillmore affirma une fois qu’elle avait eu lieu en 1769, les archives du consistoire de Boston, qui était l’organisme responsable de l’ordination, indiquent que la cérémonie eut lieu le 2 juillet 1773. Quoi qu’il en soit, Gillmore resta à Voluntown, où il desservit sa congrégation tout en visitant, pour leur apporter les secours de son ministère, plusieurs communautés du New Hampshire, jusqu’à ce qu’éclatât la Révolution américaine. Parce qu’il refusait d’« entonner l’air populaire du tumulte, de la discorde, de la sédition et de la rébellion », la situation de Gillmore empira. Dénoncé comme tory par le gouverneur de la colonie et abandonné par ses ouailles, Gillmore dut se résoudre à cesser de prêcher en 1775 et, pendant un an à peu près, il se consacra entièrement à l’agriculture. Toujours harcelé par les rebelles locaux, il alla avec sa famille se fixer à Nobletown (près d’Albany, New York), durant l’hiver de 1776–1777. Il y fut fermier, il y prêcha, il y enseigna jusqu’à la capitulation des forces commandées par John Burgoyne*, à Saratoga (Schuylerville, New York), en octobre 1777. De nouveau chassé de sa paroisse à cause de ses convictions loyalistes, Gillmore devint alors instituteur à Spencertown et le resta jusqu’à la fin de 1782. Le triomphe des rebelles le força alors à quitter sa famille et à fuir dans la province de Québec.

Après avoir passé un hiver à Saint-Jean (Saint-Jeansur-Richelieu), Gillmore partit pour Québec, dans une vaine tentative pour obtenir une aide financière. À peine quelques mois plus tard, il était installé à Sorel, où sa famille le rejoignit par la suite. Gillmore était alors aux abois, financièrement, car le seul emploi qu’il put trouver à Sorel fut celui d’aumônier adjoint de la garnison, et son salaire, à ce titre, lui était versé uniquement en vivres. En novembre 1784, il était de retour à Québec, où il allait bientôt se plaindre que « les auditeurs [étaient] peu nombreux, la conjoncture mauvaise, les esprits impénétrables et les bourses fermées ». Tout de même, il obtint du gouverneur Haldimand « un certificat et une recommandation, en tant que ministre et loyaliste, pour la province de la Nouvelle-Écosse », et, le printemps suivant, Henry Hope*, commandant à Québec, procura son passage à Halifax à toute la famille Gillmore.

Les Gillmore arrivèrent à Halifax en juillet 1785 et y passèrent l’été. Cherchant désespérément une aide quelconque, Gillmore présenta une pétition au gouverneur John Parr*, dans laquelle il appuyait sur le fait que sa famille et lui avaient été réduits « au froid, à la faim et à la nudité », en conséquence de leur décision de rester loyaux à la couronne. Cet appel fit de toute évidence son effet, car, peu après, Gillmore allait s’établir à Windsor pour commencer à y desservir les congrégations presbytériennes qu’avait organisées en cet endroit, de même qu’à Newport, le révérend James Murdoch. En février 1786, il obtenait en outre une concession de terre à Ardoise Hill, où sa famille et lui vécurent pendant les cinq années suivantes.

Les problèmes de Gillmore n’étaient pas finis pour autant. Peu après son arrivée dans la région de Windsor, il notait : « il y a ici un certain nombre de membres de notre Église qui, selon leurs déclarations, en font partie, mais [il y en a] peu en réalité. Des personnes sont peu enclines à passer pour appartenir à notre sainte religion, de crainte de s’attirer les qualificatifs odieux d’excentriques et de bizarres. » Et ce qui n’était pas pour le délivrer de son anxiété au sujet de l’état de la religion dans sa mission, Gillmore ne recevrait aucune aide de ses ouailles, elles-mêmes pauvres, de sorte que sa famille et lui subsistaient à peine. Dans une pétition de 1786 à la commission chargée d’examiner les réclamations des Loyalistes -il en avait déjà rédigé une à Sorel –, il insista sur la gravité de sa situation et plaida pour qu’on lui accordât une aide en compensation des £700 qu’il avait perdues à cause du « feu dévorant et dévastateur » de la Révolution américaine. Pour une raison ou l’autre, la commission renvoya à plus tard l’examen de cette requête. Finalement, grâce à des amis soucieux de l’aider, il lui fut possible de payer son passage pour outre-mer, où il avait l’intention de pousser l’affaire de sa réclamation auprès du gouvernement. Arrivé à Greenock, en Écosse, en janvier 1788, il passa un mois à Glasgow avant de partir pour Londres, où il présenta deux pétitions à la Trésorerie, appuyées de recommandations du révérend Samuel Andrew Peters, loyaliste anglican en vue, et de Henry Hamilton*, ancien lieutenant-gouverneur de la province de Québec. Dans sa seconde pétition, en date du 5 mai, Gillmore écrivait : « J’ai souvent été en péril sur mer, sur terre et à cause de faux frères [...] J’ai erré, moins bien vêtu que les moutons ou les chèvres ; j’ai vécu dans des cavernes et dans des antres ; j’ai souffert de la faim et je suis maintenant dénué de tout. » Le gouvernement répondit à cet appel en lui accordant une pension annuelle de £20, somme que Gillmore jugea insuffisante. À l’automne, de retour en Nouvelle-Écosse, il avait repris son ministère à Windsor et à Newport.

Ministre consciencieux, selon toute apparence, Gillmore s’intéressa à la situation du presbytérianisme à l’extérieur de sa propre mission : en 1786, il avait collaboré avec trois autres ministres presbytériens, Hugh Graham*, de Cornwallis, Daniel Cock, de Truro, et David Smith, de Londonderry, à la mise sur pied de l’Associate Presbytery de Truro, premier organisme de cette sorte dans la colonie. Quant à ses rapports avec les autres dénominations, Gillmore, parce qu’il appartenait à la lignée des covenantaires, n’avait que faire de l’épiscopat, et, dans les années 1780, il se révéla un grand défenseur des intérêts de son Église et des sectes dissidentes dans leurs contestations avec l’Église établie d’Angleterre. Après la nomination de Charles Inglis comme évêque anglican de la Nouvelle-Écosse, en 1787, Gillmore parla avec mépris de « la pompe et de la vanité d’un certain évêque dont la plus grande force d’argumentation consistait dans son salaire de £1 000 par année, un carrosse et deux chevaux blancs ». Sa colère monta plus tard cette année-là, quand Inglis lança des calomnies contre les dénominations dissidentes, pendant un sermon prononcé devant le Parlement. En réponse à ce sermon, Gillmore, dans une série de lettres à un correspondant anonyme, défendit ses frères dissidents et s’en prit violemment à l’Église d’Angleterre. Il proclama sa détermination d’empêcher « toute usurpation de l’épiscopat, dîmes et officialités, qui étaient imposées à cette colonie sous la sanction de l’autorité civile », et il souligna que les dissidents protestants devaient joindre leurs forces en ces temps où ils étaient menacés d’un « péril commun ».

En 1791, Gillmore alla vivre à Horton et assuma la responsabilité de l’église de Grand-Pré. Il continua d’y prêcher « jusqu’à ce qu’il en fût empêché par les infirmités de l’âge » – probablement au début des années 1800. Il joua un rôle de premier plan dans la reconstruction de l’église (aujourd’hui appelée église Presbyterian-Covenanter) sur un emplacement différent – tâche entreprise en 1804, et achevée, sauf pour la tour et la flèche, dès 1811. Si le presbytérianisme était « à un bas niveau » à Horton, Gillmore n’en fut pas moins un « solide prédicateur évangélique de la vérité », qui renforça la tradition presbytérienne dans la région au point qu’elle put survivre à l’absence d’un ministre, durant 22 ans, après sa mort. C’est pendant le ministère de Gillmore que les presbytériens de Horton rompirent leur association officielle avec l’Église congrégationaliste américaine, bien qu’ils eussent conservé certains aspects de la doctrine congrégationaliste.

Homme pieux, George Gillmore garda jusqu’à la fin une foi ardente dans le bonheur éternel qui attendait les justes. Écrivant à l’une de ses filles, quelques années avant de mourir, il notait : « n’étaient les découragements que nous rencontrons dans notre pèlerinage ici-bas, nous ne serions pas trop pressé d’arriver à la terre de repos et de lumière [préparée pour] le voyageur fatigué. Mais il y a un repos pour le peuple de Dieu – un repos dans l’activité perpétuelle, les chants et les louanges à jamais. » Il mourut le 20 septembre 1811, à l’âge de 91 ans, et fut enseveli dans le cimetière de l’église de Grand-Pré. Sa pierre tombale, qui fut plus tard placée à l’intérieur de l’église, porte une inscription latine qui dit, entre autres choses, que les « contacts profanes avec la foule irréligieuse ne le détournèrent pas du droit sentier ». Beaucoup de descendants de Gillmore devinrent ministres, et Charles D. Hunter, son petit-fils, créa le Hunter Building Fund, qui apporte son aide à la construction des églises en Nouvelle-Écosse.

En collaboration avec Elizabeth A. Chard

George Gillmore est l’auteur de A sermon preached before a lodge of free and accepted masons, at Sorrel in Canada, on the day of St. John the Evangelist, 1783 (Londres, 1788) ; une copie de ce sermon est conservée à la Mass. Hist. Soc.

PANS, MG 1, 328 (copie dactylographiée) ; 742, no ix. PRO, AO 12/23 : 56 ; 12/102 : 226 ; 12/109 : 158 ; AO 13, bundles 13 ; 41 ; 70, part. ; 83 ; 96, part. i ; 137. United Church of Canada, Maritime Conference Arch. (Halifax), George Gillmore, diary, 1769 (mfm aux PANS).— A. W. H. Eaton, The history of Kings County, Nova Scotia [...] (Salem, Mass., 1910 ; réimpr., Belleville, Ontario, 1972). William Gregg, History of the Presbyterian Church in the dominion of Canada [...] (Toronto, 1885). « Historical statement, 1754–1968 », Grand Pre Presbyterian-Covenanter Church, 1804–1970 : 166th anniversary service [...] ([Grand-Pre, N.-É.], 1970 ; copie aux PANS, MG 100, no 28). I. F. Mackinnon, Settlements and churches in Nova Scotia, 1749–1776 ([Montréal, 1930]). Alexander Maclean, The story of the kirk in Nova Scotia (Pictou, N.-É., 1911). J. S. Moir, The church in the British era : from the British conquest to confederation (Toronto, 1972) ; Enduring witness ; a history of the Presbyterian Church in Canada ([Hamilton, Ontario, 1974]). « The late Rev. George Gilmore », Christian Instructor (Pictou), 5 (1860) : 161–165, 225–229, 257–263, 289–294, 321–323. S. F. Tucker, « The vicissitudes of a loyalist clergyman », SRC Mémoires, 3e sér., 7 (1913), sect. ii : 107–116.

Bibliographie générale

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En collaboration avec Elizabeth A. Chard, « GILLMORE, GEORGE », dans FR:UNDEF:public_citation_publication, vol. 5, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 18 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/gillmore_george_5F.html.

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Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1983
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