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GREGORY, JOHN, trafiquant de fourrures et marchand, né vers 1751 en Angleterre ; décédé le 21 février 1817 à Montréal.

Il se peut que John Gregory ait été en relation, en Grande-Bretagne, avec la firme Mark and Thomas Gregory, de Londres, qui s’était lancée dans la traite des fourrures peu après la Conquête. Il vint en Amérique du Nord en 1773 et s’associa la même année au trafiquant de fourrures James Finlay. Ce dernier avait une assez grande expérience en ce domaine, car il avait été l’un des premiers trafiquants britanniques à atteindre le cours inférieur de la Saskatchewan vers 1766. On connaît peu de chose de la vie de Gregory comme trafiquant, mais on sait qu’il passa quelque temps à la rivière Sturgeon (Saskatchewan). À la fin des années 1770, il l’emportait sur Finlay comme associé principal : en 1777, Gregory investissait £2 500 dans l’entreprise contre £11 770 pour Finlay. Mais l’année suivante, l’investissement de Gregory était de £6 790 contre £4 750 pour Finlay, et, en 1782, £15 805 contre £750. Les associés concentrèrent surtout leurs efforts sur Detroit, et secondairement sur Michillimakinac (Mackinaw City jusqu’en 1781, puis Mackinac Island, Michigan). En 1783, Gregory fit ce qui paraît avoir été son plus gros investissement, soit £18 460, dont £17 500 dans la traite à Detroit.

Après que Finlay se fut retiré, en 1783 ou 1784, Gregory forma une nouvelle société avec Normand MacLeod*, qui avait des relations à Michillimakinac ; en 1784, ils trafiquèrent principalement à ce poste, tout en s’intéressant à la vallée du Mississippi. Cette année-là, deux trafiquants exclus de la North West Company au moment de sa réorganisation à l’hiver de 1783–1784, Peter Pangman et Peter Pond, convainquirent la Gregory, MacLeod and Company de se lancer dans la traite dans le Nord-Ouest. Pond choisit finalement de se joindre à la North West Company, mais Pangman et son associé John Ross devinrent des hivernants de la Gregory, MacLeod and Company, tout comme l’était Alexander Mackenzie, commis au bureau de comptabilité montréalais de Gregory depuis 1779. Bien que Joseph Frobisher ait affirmé que la Gregory, MacLeod and Company constituait l’épine dorsale de l’opposition à la North West Company, la concurrence était inégale, cette dernière compagnie étant plus grande, plus expérimentée dans la traite dans le Nord-Ouest et dotée d’un meilleur financement ; en 1785, elle envoya 25 canots à Grand Portage (près de Grand Portage, Minnesota), tandis que la Gregory, MacLeod and Company ne pouvait en envoyer que 8. En 1786, cette dernière compagnie faisait face à de graves difficultés financières. Au mois de décembre, ses créanciers choisirent dans leurs rangs trois mandataires, la Robert Ellice and Company, Richard Dobie et Edward William Gray, qu’ils chargèrent de recueillir et de distribuer parmi eux les produits de la prochaine saison de traite. De plus, la rivalité avec la North West Company, toujours acharnée, était devenue violente : à l’été de 1787, Gregory, qui assistait à la réunion générale annuelle de sa compagnie à Grand Portage, fut ébranlé quand arriva inopinément l’un de ses commis, Roderick McKenzie*, annonçant le meurtre de Ross par les hommes de Pond dans la région de l’Athabasca. Quand Simon McTavish de la North West Company arriva à Grand Portage pour la réunion annuelle de cette compagnie, il proposa que la Gregory, MacLeod and Company se joigne à la North West Company, afin d’éviter que le sang ne coule de nouveau – invitation qui pouvait difficilement être repoussée, comme Gregory eut la sagesse de le comprendre. En vertu de l’entente conclue plus tard dans l’année, par laquelle ils entraient dans la North West Company, les associés de la Gregory, MacLeod and Company reçurent chacun une part d’un vingtième. Mais la concurrence avait coûté cher à Gregory : en 1792, il n’avait pas encore acquitté toutes les dettes qu’il avait apportées avec lui dans la North West Company, et MacLeod déclinait toute responsabilité à cet égard.

Néanmoins, Gregory parvint bientôt à se tailler une place d’une certaine importance au sein de la North West Company. En 1790, on le désigna comme l’un des représentants de la compagnie aux réunions annuelles de Grand Portage, où les hivernants échangeaient leurs fourrures contre des marchandises de traite ; plus tard, la même année, il acheta la part de MacLeod dans la compagnie. Il paraît s’être acquis le respect de McTavish, qui, à son départ pour Londres en 1791, s’arrangea secrètement pour confier à Gregory la direction de l’entreprise, à Montréal, pendant son absence – ce qui chagrina beaucoup Frobisher, qui se plaignit que Gregory ne reconnaissait pas suffisamment son expérience et sa position comme l’un des principaux associés de la compagnie. Cette année-là, l’élection de Gregory au Beaver Club, dont les membres devaient obligatoirement avoir hiverné en territoire indien, fut un signe de son acceptation au sein de la North West Company. Les membres de celle-ci détenaient la majorité au sein du club et en contrôlaient les entrées.

En 1793, Gregory était apparemment chargé de l’engagement des trafiquants, et, avec William McGillivray*, il dirigeait les opérations à Grand Portage. Deux ans plus tard, il fut admis comme associé de la McTavish, Frobisher and Company, principal fournisseur de la North West Company ; il devait encore servir comme représentant, avec McGillivray et Mackenzie, aux réunions annuelles de Grand Portage. De même, il fit de nombreux voyages à New York pour négocier l’expédition de fourrures vers l’Extrême-Orient, dans le but de compenser la faiblesse des marchés européens perturbés par les guerres napoléoniennes. En 1799, Gregory détenait deux des dix actions de la McTavish, Frobisher and Company, qui avait été réorganisée à la suite de la retraite de Frobisher, et on lui confia la direction des « opérations d’emballage et d’expédition des marchandises ». À sa mort, en 1804, McTavish légua £100 à Gregory, son « ami et associé ». Plus tard, la même année, Gregory fut l’un des signataires de l’accord qui mit fin à la rivalité, dans le Nord-Ouest, entre la North West Company et la New North West Company (appelée parfois la XY Company) [V. John Ogilvy]. Le 31 mai 1806, Gregory se retira de la McTavish, Frobisher and Company et de la traite des fourrures.

Le 22 février 1778, Gregory avait épousé à Montréal Isabella Ferguson, et ils eurent plusieurs enfants. Leurs trois filles furent qualifiées de « très belles et charmantes » par l’officier britannique George Thomas Landman*, en 1799 ; la cadette, Maria, épousa le trafiquant de fourrures David Mitchell, en 1806. Leur fils George épousa Jane Prescott Forsyth, fille du marchand montréalais John Forsyth*.

Il semblerait qu’au cours des années 1780 Gregory ait commencé à passer le plus clair de son temps à Montréal. Il possédait une maison de pierre rue Saint-François, qu’il vendit avant le mois de juin 1789, probablement à la McTavish, Frobisher and Company ; vers 1799, il résidait sur le mont Royal, voisin de McGillivray et de Mackenzie. En 1787, il avait été membre d’un jury d’accusation qui se plaignit du mauvais état de la prison et du palais de justice de Montréal. C’était un membre fidèle de l’église Scotch Presbyterian, connue plus tard sous le nom de St Gabriel Street.

En 1802, John Gregory reçut, en vertu du système des chefs et associés de canton [V. James Caldwell], 1 200 acres de terre dans le canton d’Arthabaska ; il y ajouta bientôt les concessions de ses associés, ce qui lui donna II 550 acres. La même année, et en 1804, il acheta plusieurs lots contigus sur le chemin des Tanneries (rue Carrière) à Montréal ; là, dans les bois, sur la rive de la rivière Saint-Pierre, il se construisit un manoir appelé Woodland, qu’une longue allée de peupliers reliait à la route. Gregory mourut à Woodland, âgé d’environ 66 ans, le 21 février 1817. Il avait été, selon le Montreal Herald, « l’un de nos plus respectables citoyens ».

Marjorie Wilkins Campbell

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Bibliographie générale

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Marjorie Wilkins Campbell, « GREGORY, JOHN (mort en 1817) », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 5, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 23 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/gregory_john_1817_5F.html.

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Auteur de l'article:   Marjorie Wilkins Campbell
Titre de l'article:   GREGORY, JOHN (mort en 1817)
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 5
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1983
Année de la révision:   1983
Date de consultation:   23 octobre 2014