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FORSYTH, JOHN, homme d’affaires, officier de milice, juge de paix et homme politique, baptisé le 8 décembre 1762 à Huntly, Écosse, fils de William Forsyth et de Jean Phyn ; décédé le 27 décembre 1837 à Londres.

Neveu de James Phyn, l’associé d’Alexander Ellice* au sein de la Phyn, Ellice and Company de Londres, John Forsyth immigra dans la province de Québec, probablement en 1779, pour travailler au bureau montréalais de cette société, qui devint la Robert Ellice and Company. Son frère Thomas en était déjà l’employé et en devint plus tard l’actionnaire. Un autre de ses frères, Joseph*, s’établit dix ans plus tard à Kingston, dans le Haut-Canada, et fit affaire avec la Phyn, Ellices, and Inglis (qui avait pris la succession de la Phyn, Ellice and Company), par l’intermédiaire de la succursale montréalaise de celle-ci. À la mort de Robert Ellice* en 1790, John rejoignit Thomas et son cousin John Richardson* au sein de la société montréalaise, qui prit le nom de Forsyth, Richardson and Company. Richardson y prit immédiatement le rôle dominant ; Alexander Thain s’associerait avec eux avant le printemps de 1816, une fois que Thomas Forsyth aurait pris sa retraite.

La Forsyth, Richardson and Company poursuivit les activités de commerce transitaire de la Robert Ellice and Company mais les étendit, en partie grâce à des représentants comme Richard Cartwright* à Kingston, Robert Hamilton* à Niagara (Niagara-on-the-Lake) et John Askin* à Detroit. Elle faisait une bonne portion de ce transit pour les trafiquants de fourrures. D’abord, la compagnie fit affaire dans le Sud et l’Ouest à partir de Michillimakinac (Mackinac Island, Michigan), puis se tourna de plus en plus vers le Nord-Ouest, où la North West Company tentait d’établir un monopole. En 1792, elle parvint à s’introduire dans la North West Company mais n’obtint que 2 des 46 actions qui la constituaient. Comme elle jugeait cette part trop petite, elle quitta la North West Company en 1795 et se remit à lui faire concurrence. En 1798, elle forma le noyau de la New North West Company (appelée parfois la XY Company), dont le but était de rivaliser avec la North West Company [V. John Ogilvy*]. La New North West Company connut en 1800 une période de réorganisation et d’essor grâce à l’arrivée d’Alexander Mackenzie* entre autres, mais sa concurrente, plus chevronnée, l’absorba en 1804 ; l’évaluation de son actif, faite la même année, incomba en grande partie à la Forsyth, Richardson and Company. Celle-ci, qui avait conservé sa base à Michillimakinac, porte d’entrée des territoires du Sud et de l’Ouest, fut en 1806 l’une des principales fondatrices de la Michilimackinac Company [V. John Ogilvy] puis, en 1811, de la Montreal Michilimackinac Company. Bien que Richardson ait apparemment joué le premier rôle dans ces transactions, Forsyth y participa aussi. Il avait fait son premier voyage dans le territoire de traite en 1793 et on l’avait admis au Beaver Club en 1807, en même temps que Richardson.

La Forsyth, Richardson and Company n’avait pas des intérêts que dans la traite des fourrures. Au début des années 1790, elle avait participé à la malheureuse aventure de la Compagnie de la distillerie de Montréal [V. Thomas McCord*]. Elle faisait de l’immobilier dans le Haut et le Bas-Canada ; vers 1825, elle s’intéressa aux avant-projets de fondation de la Lower Canada Land Company [V. William Bowman Felton]. En outre, elle avait d’autres activités communes aux entreprises bas-canadiennes de l’époque. Grâce à ses liens avec la Phyn, Ellices, and Inglis, elle servait de représentante à des hommes d’affaires britanniques qui avaient des intérêts au Canada ; ainsi en 1814, à titre de syndic de la Hoyle, Henderson and Gibb, de Québec et de Montréal, Forsyth reçut, de la part d’hommes d’affaires londoniens, une réclamation de plus de £40 000. En décembre 1805, les exécuteurs testamentaires d’Alexander Ellice avaient mandaté la Forsyth, Richardson and Company, et dix ans plus tard Forsyth participa au règlement de la succession d’un grand homme d’affaires montréalais, James Dunlop*.

Par ailleurs, et surtout, la Forsyth, Richardson and Company importait une large gamme de marchandises destinées aux grossistes et aux détaillants haut-canadiens et exportait énormément de produits agricoles et de demi-produits du Haut-Canada. Ses importations comprenaient notamment du vin, des alcools de Grande-Bretagne, du sucre de la Barbade, du the de Canton (république populaire de Chine) et des produits manufacturés, tels du fer, de l’acier, de la toile, des vêtements et de la quincaillerie. Elle exportait surtout, à la Barbade, du bœuf, du porc, du poisson, de la farine, des flocons d’avoine, des pois, des douves et des chevaux, et à Greenock, en Écosse, du blé, des madriers et des douves. Pour les fins de ce commerce, la Forsyth, Richardson and Company acheta en 1793 une action du Lady Dorchester, navire jaugeant 120 tonneaux qui parcourait le lac Ontario et dont Cartwright, Hamilton et la Todd, McGill and Company de Montréal [V. Isaac Todd*] étaient les principaux propriétaires. La même année, le groupe fit construire le Governor Simcoe, puis un autre navire en 1794. Évidemment soucieux d’améliorer la navigabilité du Haut-Saint-Laurent, Forsyth fut, avec François Desrivières*, l’un des 14 hommes d’affaires qui, en 1818, demandèrent l’autorisation de creuser un canal pour contourner le courant Sainte-Marie et les rapides de Lachine. L’année suivante, il promut la vente d’actions de la Compagnie des propriétaires du canal de Lachine, nouvellement constituée. Il fit partie, en 1824–1825, de la Commission du havre de Montréal, qui recommanda d’entreprendre des travaux d’envergure et de confier la gestion du port à une société indépendante. En 1830, il possédait des actions de la Compagnie de la navigation par la vapeur entre Québec et Halifax, fondée cette année-là. Par ailleurs, il avait préparé en octobre 1823, avec 11 autres hommes d’affaires, la construction d’une route à péage entre Montréal et Longue-Pointe (Montréal).

La Forsyth, Richardson and Company fit aussi beaucoup pour améliorer les conditions financières dans lesquelles se faisait le commerce colonial. En 1792, avec l’aide de Forsyth, Richardson avait tenté sans succès de former la Canada Banking Company ; en 1817, les deux hommes furent parmi les fondateurs de la Banque de Montréal. Forsyth et Richardson, de même que leur compagnie, souscrivirent chacun le maximum d’actions permis, soit 20. Membre du conseil d’administration de la banque de 1817 à 1820, Forsyth en fut vice-président en 1825–1826. Après la faillite spectaculaire, à la fin de 1825, de Simon McGillivray, dont la Banque de Montréal, à cause de son président Samuel Gerrard*, était devenue l’un des plus gros créanciers, Forsyth appuya, au conseil d’administration, un règlement qu’avaient proposé Richardson et Gerrard, les syndics de McGillivray. Dans la grave controverse qui eut lieu ensuite sur l’administration financière de la banque, il se joignit à la « vieille garde » des anciens marchands de fourrures qui préconisèrent en vain le maintien de Gerrard à la présidence. Forsyth avait également été, en 1818, l’un des actionnaires fondateurs de la Compagnie de Montréal contre les accidents du feu.

Pour assurer la gestion quotidienne de son entreprise, Forsyth se tenait au courant des transactions effectuées à Montréal, à Chambly, à Kingston et dans les autres endroits où elle faisait affaire, et il endossait ou contestait les notes reçues des trafiquants, représentants, détaillants, aubergistes et fournisseurs. À l’occasion, et peut-être même souvent, il allait sur le terrain. Ainsi en février 1817, il se rendit en traîneau au poste des douanes du fort Saint-Jean (Saint-Jean-sur-Richelieu). La contrebande sévissait dans la région, et on avait déployé le 19th Light Dragoons le long de la frontière pour la réprimer. Sur le chemin du retour, Forsyth traversa de nuit Laprairie (La Prairie) et, à trois endroits, on le somma de s’arrêter. Pour une raison quelconque, il continua à courir ; la troisième fois, rapporte la Montreal Gazette, « un Dragoon fit feu sur lui et le blessa au bras ».

Au moins à compter des années 1790, Forsyth évolua dans le cercle mondain auquel les plus grands hommes d’affaires montréalais s’enorgueillissaient d’appartenir. En juillet 1794, l’évêque anglican Jacob Mountain* dîna chez lui avec de nombreux autres convives. « La maison elle-même est élégante, dit-il, et le dîner somptueux. Les gens qui sont ici aiment bien vivre et prennent garde de ne se priver d’aucun luxe. » Forsyth avait des opinions et des activités politiques et sociales semblables à celles des hommes d’affaires les plus influents de Montréal. Dans les années 1790, il accueillit sous son toit des réfugiés de la Révolution française. En 1797, il obtint une commission d’enseigne dans le Montreal Battalion of British Militia, et au début de 1812, il accéda au grade de capitaine dans le 1er bataillon de milice de la ville de Montréal. Sa compagnie fit partie des Montreal Incorporated Volunteers en 1812–1813, et par la suite il reçut des terres pour services rendus pendant la guerre de 1812. Promu major du 1er bataillon en 1821, il devint lieutenant dans la Royal Montreal Cavalry en juin 1828. En 1821, on l’avait nommé juge de paix. Il fut en outre administrateur à vie du Montreal General Hospital qui, fondé en 1819, était l’une des réalisations auxquelles le milieu des affaires tenait le plus. Actif aux côtés de Richardson au moment de la fondation du Committee of Trade de Montréal en 1822, il en fut élu premier président mais déclina cet honneur, qui échut à Thomas Blackwood. Dans l’ensemble toutefois, pour un homme d’affaires de son envergure, Forsyth se mêlait peu de la vie de son milieu. Ainsi il ne s’occupait guère des affaires de sa communauté (Scotch Presbyterian), plus tard connue sous le nom de St Gabriel Street.

De même, Forsyth ne participa pas autant que Richardson à la tumultueuse vie politique du Bas-Canada. Il soutint néanmoins avec fidélité le parti des bureaucrates et les politiques de l’exécutif colonial. En mai 1824, il fut vice-président d’un dîner organisé en l’honneur du gouverneur lord Dalhousie [Ramsay] ; en 1827, il présida un dîner public qui réunissait plus de 200 convives, et que Dalhousie considéra comme « une manifestation évidente de [...] leur approbation avouée de [sa] conduite ». La même année, Dalhousie confia à Forsyth et à Richardson le soin de présider, à Montréal, une campagne de souscription en vue d’ériger à Québec un monument à la mémoire de James Wolfe* et de Louis-Joseph de Montcalm*. En juillet 1827, sur la recommandation de Dalhousie, Forsyth entra au Conseil législatif. Cependant, contrairement à bien des gros hommes d’affaires, en particulier son associé, il ne se vit pas offrir, ou n’accepta pas, beaucoup de postes gouvernementaux. En 1824, on le nomma au Bureau d’examinateurs des candidats aux postes d’inspecteurs de potasse et de perlasse, et neuf ans plus tard il reçut une commission d’audition et de jugement des causes criminelles et d’audition générale des délits commis par les personnes emprisonnées.

Le 29 mars 1798, en l’église St Andrew de Québec, Forsyth avait épousé Margaret Grant, fille du grand marchand québécois Charles Grant. Trois hommes d’affaires importants furent témoins à la cérémonie : William Grant*, Robert Lester* et John Blackwood*. Forsyth et sa femme eurent deux fils et une fille, qui contractèrent tous des mariages au sein du cercle d’affaires de leur père. : William (qui ajouta par la suite Grant à son nom de famille) épousa une fille de Joseph Forsyth ; John Blackwood, une fille de Samuel Gerrard, et Jane Prescott, un fils de John Gregory*, ancien collègue de la North West Company et membre du Beaver Club. Un neveu, James Bell Forsyth*, représenta la Forsyth, Richardson and Company à Québec, avec William Walker, à compter de 1821.

Après la mort de Richardson en mai 1831, Forsyth continua pendant quelque temps de tenir la barre. En août, il informa l’homme d’affaires londonien Edward Ellice* qu’il était « dans les meilleurs termes » avec le gouverneur lord Aylmer [Whitworth-Aylmer] et qu’il était « un vieil ami intime » du secrétaire civil d’Aylmer, John Baskerville Glegg. Il offrait d’user de ces relations pour promouvoir le développement de la seigneurie de Villechauve, plus communément connue sous le nom de Beauharnois, qui appartenait à Ellice et dont la Forsyth, Richardson and Company supervisait depuis longtemps la gestion. Forsyth passa ses dernières années en Grande-Bretagne, peut-être à Londres, où il mourut en 1837. La Forsyth, Richardson and Company survécut jusqu’en 1847, puis fut dissoute, comme la Forsyth, Walker and Company.

John Forsyth avait été un homme beaucoup plus discret que son associé, tant en affaires et en politique que dans les autres sphères de la vie sociale. En veillant, semble-t-il, à la bonne marche courante de la Forsyth, Richardson and Company, il permit à son associé de mener une vie publique active et assura la prospérité et le prestige de cette maison de commerce, dont Richardson tirait une bonne part de son pouvoir dans la politique bas-canadienne. Comme Forsyth était moins animé de préjugés anticanadiens que son associé impulsif et énergique, on peut avancer qu’il eut un effet modérateur sur ses opinions politiques.

Gerald J. J. Tulchinsky

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Bibliographie générale

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Gerald J. J. Tulchinsky, « FORSYTH, JOHN », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 7, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 24 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/forsyth_john_7F.html.

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Auteur de l'article:   Gerald J. J. Tulchinsky
Titre de l'article:   FORSYTH, JOHN
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 7
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1988
Année de la révision:   1988
Date de consultation:   24 avril 2014