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GUY, PIERRE, officier de milice, marchand et propriétaire foncier, né le 11 décembre 1738 à Montréal, fils de Pierre Guy* et de Jeanne Truillier, dit Lacombe ; le 1er mai 1764, il épousa sa cousine Marie-Josephte Hervieux, fille mineure de feu Louis-François Hervieux* et de Louise Quesnel Fonblanche ; décédé le 7 janvier 1812 à Montréal.

Orphelin de père dès l’âge de neuf ans, Pierre Guy étudia au petit séminaire de Québec, puis à La Rochelle, en France. Il revint en Nouvelle-France et, nommé enseigne de milice en mai 1755, il participa à la guerre de Sept Ans.

Après la Conquête, Mme Guy, qui dirigeait le commerce familial depuis la mort de son mari, envoya son fils Pierre en France et le chargea, entre autres, de veiller au règlement des affaires commerciales qu’elle entretenait avec des négociants rochelais. Entre 1761 et 1763, Mme Guy cessa de faire affaire avec les négociants Jean Pascaud, Paillet et Meynardie pour remettre ses fonds et ses marchandises restées en entrepôt entre les mains de Denis Goguet* qui était, selon son fils, « le meilleur et la plus sure maison de la Rochelle ». Dans sa correspondance avec Mme Guy, Goguet, comme d’ailleurs Paillet et Meynardie, ne tarissait pas d’éloges sur la conduite exemplaire de Guy qui poursuivait sagement des études auprès des maîtres qu’il s’était choisis.

Guy, qui espérait que la colonie fût rendue à la France, se vit bientôt confronté à la triste réalité. Aussi, comme il devait confier les intérêts de sa mère à une firme anglaise, il se renseigna auprès de Goguet sur Daniel Vialars, négociant huguenot établi à Londres. Avant son départ pour l’Angleterre, Guy, qui ne croyait plus à la possibilité de faire passer les marchandises de sa mère dans la colonie, écrivit à celle-ci qu’il devait se résigner à les vendre avec 25 p. cent de perte. Arrivé en Angleterre en mai 1763, il se félicita de cette transaction, puisque les marchands qui se départaient à ce moment-là de leurs marchandises essuyaient des pertes de l’ordre de 40 p. cent.

Guy n’acheta rien lors de son séjour à Londres, car il jugeait les prix trop élevés. De plus, il estimait que la surabondance des produits anglais sur le marché canadien obligerait les marchands à faire des remises. Il revint à Montréal en 1763 et s’établit comme marchand. Trois ans plus tard, il reçut de sa mère 15 315# de marchandises sur la succession de son père. Il avait déjà reçu de la succession de son beau-père 42 628# en lettres de change et papiers d’ordonnance, ainsi qu’une lettre de change de 500#. Le 26 septembre 1768, il obtint de cette succession un autre montant de 6 292#, mais cette fois en argent. Le 16 juin 1770, il nota dans un brouillard que Goguet l’avait crédité, sur l’ordre d’une tante de son épouse, de 35 365# pour ce qui restait de la succession de son beau-père. La même année, il toucha également quelque 23 000# en héritage au décès de sa mère.

La composition du capital initial de Guy influença son activité en tant que marchand. Faute d’une grande quantité de numéraire entre 1764 et 1769, et peut-être parce qu’il s’intéressait davantage à la propriété foncière, il avait dû se contenter de brasser des affaires relativement modestes et il n’avait acheté que très peu de marchandises de Londres, préférant se les procurer par l’intermédiaire des marchands de Montréal et de Québec. Vialars, à qui il avait demandé, en 1765, de lui envoyer sa commande une fois que les négociations au sujet du papier-monnaie du Canada seraient terminées, lui livra des marchandises en omettant d’y joindre le détail concernant la situation de ses affaires. Guy fut fort mécontent lorsqu’il apprit que cette firme n’avait négocié qu’une partie de son papier-monnaie. Dans une lettre en date du 14 novembre 1768, il laissa entendre à Vialars qu’il pourrait lui intenter un procès si ses ordres n’étaient pas respectés et que, s’il désirait être bien payé, celui-ci devait lui envoyer ses comptes exacts. Toutefois, au même moment, ses lettres de change et ses billets d’ordonnance furent liquidés. Et 13 165# provenant d’une somme initiale de 42 628# avaient été versées le 1er septembre 1767 au compte de Guy.

De 1770 à 1774, les affaires se présentèrent sous un jour meilleur pour Guy. Il pouvait désormais acheter de Londres plus de marchandises sèches, surtout des textiles et des vêtements. Par l’intermédiaire de Jean Vienne, négociant de Montréal, il entra en relation avec la firme de Thomas Linch dès 1772. S’étant fait construire l’année précédente une maison pourvue de spacieuses caves voûtées, il offrit ses services à Daniel Vialars et à son fils Antoine pour la vente à commission de marchandises de traite. Ces derniers acceptèrent, mais leur collaboration prit fin en 1774 avec l’arrivée d’Antoine Vialars à Montréal. Comme les Vialars n’avaient envoyé que fort tardivement les comptes courants de Guy, celui-ci n’avait pu payer avec exactitude ce qu’il leur devait, et un intérêt de 5 p. cent lui fut demandé sur le solde. S’estimant lésé, Guy refusa de payer cet intérêt. Finalement, il obtint satisfaction en octobre 1774, grâce à un compromis jugé équitable par les deux parties.

Le 12 novembre 1775, Guy fut l’un des 12 notables qui signèrent la capitulation de Montréal, alors occupé par les troupes américaines aux ordres de Richard Montgomery*. L’année suivante, son magasin fut pillé par les soldats américains. Il considérait avoir perdu £129 de marchandises. Après le retrait des Américains, il songea à renouveler ses stocks. Il acheta de la maison de Brook Watson et de Robert Rashleigh, à Londres, pour plus de £1 855 de marchandises. Par la suite, la précarité du commerce international, le coût plus élevé des marchandises et des assurances, et peut-être sa trop grande prudence, lui firent annuler d’année en année ses achats avec cette firme. Désormais, Guy s’approvisionnerait auprès des marchands de Montréal et de Québec.

Entre 1766 et 1777, Guy avait acheté de firmes londoniennes pour plus de £4 880 de produits qui, en fait, ne représentaient que la moitié de la valeur marchande de ses importations, dont les principales composantes étaient les textiles et les vêtements. Durant cette période, il avait eu maintes fois l’occasion de se plaindre : les produits reçus ne correspondaient pas nécessairement à ce qu’il avait demandé ; des articles lui avaient été vendus plus cher qu’à d’autres marchands ; des commandes avaient été expédiées chez des tierces personnes qui les lui avaient renvoyées fort tardivement ; des factures et des comptes courants comportaient des erreurs à son préjudice. Guy veillait donc jalousement à ses affaires, ce qui le rendait extrêmement exigeant à l’endroit de ses fournisseurs.

Les activités commerciales de Guy débordaient largement le négoce. Bien qu’il n’eût pas fait beaucoup de traite des fourrures pour son propre compte, il s’était engagé dans ce commerce avec Jacques Baby*, dit Dupéront, et François Baby, installés respectivement à Detroit et à Québec. Guy servait d’intermédiaire entre les deux frères. François acheminait vers Montréal les marchandises indispensables à la traite des fourrures. De là, Guy s’occupait de leur expédition vers Detroit. D’autre part, Jacques expédiait les fourrures à Guy qui suivait les directives qu’on lui avait données : vérifier des paquets, payer des engagés, entreposer.

Propriétaire foncier, Guy possédait des maisons et des terres tant à l’intérieur de la ville de Montréal que dans les faubourgs. Ainsi, entre les années 1766 et 1768, il acquit, moyennant 12 805#, les terres Ranger et La Bourgogne, sises dans les faubourgs Saint-Antoine et Saint-Joseph. La terre La Bourgogne, grevée d’une rente payable au séminaire de Saint-Sulpice, devait mettre Guy en conflit avec le supérieur du séminaire, Étienne Montgolfier*, au sujet du rachat de cette rente. Incapable d’en arriver à un compromis avec ce dernier, Guy dut payer la rente pendant 12 ans. Cette mésaventure le rendit extrêmement méfiant en affaires et l’incita à agir avec circonspection lorsqu’il traitait avec le séminaire.

Guy consacra tout de même une partie importante de l’argent destiné au rachat de la rente à la remise en état de ses deux terres. Il fit acheter des instruments aratoires, réparer les bâtiments agricoles, clôturer, défricher, épierrer et fumer les terres. Par la suite, il accrut son capital d’exploitation et investit des sommes importantes afin de les rentabiliser. Entre les années 1774 et 1781, il existait une pénurie réelle de foin, article essentiel au ravitaillement de l’armée. Guy profita de la conjoncture pour mettre la plus grande partie de ses terres en prairie. Lorsque le prix du foin baissa, il diversifia de nouveau sa production. Comme il pouvait spéculer sur les prix grâce au stockage des denrées, les périodes de crises agricoles et de mauvaises récoltes lui furent favorables et lui permirent de réaliser, certaines années, des gains substantiels. La plus grande partie des revenus tirés de ses terres provenait de ses prairies et de ses vergers qu’il exploitait en faire-valoir direct. Il retirait des revenus d’appoint de la culture maraîchère et céréalière, ainsi que de l’élevage d’un cheptel composé de bovins, d’ovins, de chevaux et d’animaux de basse-cour. Pour cela, il avait recours tantôt à une main-d’œuvre salariée, tantôt à des fermiers, souvent aux deux.

À partir des années 1790, Guy acheta d’autres terres dans les faubourgs Saint-Joseph et Saint-Antoine, sur le coteau Saint-Louis, de même que quelques terrains rues Saint-Éloy, Saint-Laurent et Saint-François. De son épouse, il avait acquis un terrain place du Marché, qu’il échangea contre la moitié d’une maison rue Saint-Paul, propriété de sa sœur.

Le cas de Guy illustre bien les choix économiques qui s’offraient à la petite bourgeoisie canadienne sous le Régime anglais. Si ses acquisitions de biens-fonds devaient servir à constituer un patrimoine familial qu’il avait à cœur de laisser en partage à ses enfants, elles répondaient également à des fins d’investissement et d’exploitation. Tout le soin qu’il apporta à mettre en valeur ses terres Ranger et La Bourgogne, et la façon exemplaire dont il sut les exploiter ne laissent aucun doute sur son esprit d’entreprise capitaliste. Aussi n’est-ce qu’après s’être assuré de la rentabilité de son capital foncier qu’il délaissa, mais sans pour autant l’abandonner, le magasin général, hérité de ses parents. Cette évolution se précisa durant les années de la guerre d’Indépendance américaine, lesquelles lui fournirent l’occasion de tirer profit de sa production de telle sorte que, au retour de la paix, ses préoccupations d’entrepreneur agricole allaient nettement prédominer sur le reste de ses activités.

La rationalité de ce choix ne saurait être analysée en fonction d’uniques critères d’option individuelle sans masquer la réalité des conséquences de la Conquête sur le commerce d’importation de marchandises européennes mis sur pied par le père de Guy sous le Régime français et continué par sa mère jusqu’à la fin de la guerre de Sept Ans. La transformation du négoce de ses parents en un simple commerce de détail face à la concurrence de la bourgeoisie conquérante ne relevait assurément pas des seuls facteurs d’attrait et d’intérêt personnels pour l’investissement foncier. Les contraintes que la mainmise des marchands britanniques imposa sur les échanges commerciaux entre la colonie et la métropole furent trop vivement ressenties par Guy pour que celui-ci n’en tînt pas compte dans la détermination de son choix.

C’est tout jeune homme que Guy prit conscience des conséquences de la séparation définitive d’avec l’ancienne mère patrie. Séjournant en France au moment de la conclusion du traité de Paris de 1763, il en expérimenta les effets de rupture radicale dans les échanges commerciaux. Obligé de liquider les marchandises en consignation au port de La Rochelle, il dut trouver de nouvelles sources d’approvisionnement en passant dorénavant par des fournisseurs londoniens. Son appartenance à un milieu social directement touché par le changement de métropole et son expérience des difficultés éprouvées pour reprendre des activités commerciales dans un nouveau cadre impérial l’incitèrent, une fois de retour dans la colonie, à resserrer les liens avec ses compatriotes de la petite bourgeoisie canadienne. Par son mariage avec sa cousine, il s’apparenta à une famille de négociants engagés dans le même réseau d’affaires que ses feus père et beau-père.

Les préoccupations de Guy ne se limitèrent pas aux seules réalités de la nouvelle conjoncture économique ; il fut très tôt sensibilisé aux problèmes socio-politiques créés par l’instauration d’un gouvernement civil provincial sous le Régime anglais. Dès l’automne de 1764, l’affaire du jury d’accusation de Québec ayant donné lieu à une première confrontation sérieuse avec les représentants de la minorité anglophone sur la question fondamentale des droits du peuple conquis [V. James Johnston*], Guy se solidarisa avec ses compatriotes de la ville de Québec qui en appelèrent à la « bonté et justice » du nouveau roi George III au moyen d’une adresse dont l’initiative avait été prise par les « grands jurés » canadiens. L’appui de Guy en la circonstance paraît d’autant plus remarquable que peu de citoyens montréalais francophones suivirent son exemple, à part les membres de sa belle-famille. La cause était pourtant capitale pour le sort à venir des nouveaux sujets britanniques, ainsi que le déclarait leur premier manifeste politique : « Que deviendroit le Bien Général de la Colonie, si ceux qui en composent le Corps principal, en devenoient des Membres inutiles par la différence de la Religion ? »

C’est conformément à cette position de principes que Guy allait soutenir puis promouvoir les droits de ses compatriotes jusqu’à ce qu’ils fussent reconnus par les autorités métropolitaines. Si, dans un premier temps, avant 1774, il se limita à des gestes de solidarité en appuyant leurs requêtes, par la suite, après la Révolution américaine, il s’engagea dans l’action militante pour l’obtention de réformes constitutionnelles.

Jusqu’à l’Acte de Québec, l’attitude intransigeante de la minorité protestante empêcha toute alliance politique entre les membres de la petite bourgeoisie canadienne et les marchands britanniques. Les revendications de ces derniers, au dire de Guy, étant « entièrement opposées aux [leurs] », rendirent vaine toute tentative de conciliation et obligèrent les nouveaux sujets à faire des « représentations séparées ». Celles-ci prirent la forme d’une requête et d’un mémoire au roi, que signèrent les principaux citoyens de Montréal au début de l’automne de 1773. En plus de demander la conservation de leurs anciennes lois et coutumes, ils priaient leur « généreux Monarque » de mériter « le titre glorieux de Souverain d’un peuple libre » en leur accordant « en commun, avec ses autres sujets, les droits et privilèges de Citoyens Anglais ». François Baby, l’ami de Guy, fut chargé d’aller à Londres plaider auprès du ministère « la cause commune » de tous les Canadiens.

Si cette « cause commune » rallia les principaux représentants de la société montréalaise, qui se recrutaient tant dans les rangs de la petite bourgeoisie commerçante et professionnelle que dans ceux de la classe seigneuriale, le comportement de certains seigneurs, après la sanction de l’Acte de Québec, souleva l’indignation de Guy. Les voyant agir en véritables courtisans de l’administration coloniale, il confia à Baby : « Je crois qu’ils tendent plus à se ménager la protection des personnes en place que se montrer patriotes et à donner connaissance au gouvernement de ce qui pourrait tendre au bonheur du peuple et à l’encouragement du commerce. » Ce à quoi son confident de Québec répondit : « Il est probable, comme tu me l’as marqué, que vos politiques [de Montréal] et les nôtres ont plus songé et travaillé à leur intérêt particulier qu’au bien public [...] Je crains bien que le temps ne soit pas éloigné où les Canadiens ne pourront se consoler d’avoir demandé la nouvelle forme de gouvernement. » Mais à l’encontre de François Baby qui, une fois devenu conseiller législatif, s’accommoda du système de gouvernement établi en vertu de l’Acte de Québec, Guy demeura fidèle à ses principes et aux intérêts de classe de la petite bourgeoisie canadienne. Non seulement réprouva-t-il le régime de faveurs et de privilèges accordés aux membres de l’élite seigneuriale, mais il s’indigna des abus de pouvoir commis par l’administration coloniale qui, sous la tutelle des gouverneurs Guy Carleton et Haldimand, fut qualifiée de « système des généraux » par les contemporains.

Rien ne contribua davantage à démontrer la nécessité de réformes constitutionnelles que l’expérience de ce « système des généraux » qui fut maintenu en place à la faveur de la conjoncture de crise révolutionnaire jusqu’à la fin de la guerre d’Indépendance américaine. Si les marchands britanniques s’empressèrent de se manifester dès le retour de la paix, les membres de la petite bourgeoisie canadienne attendirent le départ du gouverneur Haldimand pour suivre leur exemple en souscrivant ouvertement au plan de réforme proposé par Pierre Du Calvet* dans son célèbre réquisitoire intitulé Appel à la justice de l’État [...], publié à Londres en 1784. Guy fut l’un des plus actifs militants de ce mouvement réformiste qui rallia les forces bourgeoises anglophones et francophones autour de son principal objectif : l’établissement d’une chambre d’assemblée « indistinctement composée d’anciens et de nouveaux sujets ». À en juger par le militantisme dont il fit preuve jusqu’à l’avènement de la constitution de 1791, on peut considérer que Guy avait véritablement à cœur l’intérêt du bien public et qu’il se dévoua à cette cause en « vrai patriote et ami de l’humanité », selon l’expression de son compatriote et concitoyen montréalais, le notaire Jean De Lisle.

Enfin, Guy consacra beaucoup de ses énergies à la milice. Le 3 mai 1787, lord Dorchester [Carleton] l’avait nommé lieutenant-colonel de la milice de la ville et banlieue de Montréal. Quinze ans plus tard, le 21 avril 1802, sir Robert Shore Milnes*, lieutenant-gouverneur du Bas-Canada, lui accorda une commission de colonel dans le 2e bataillon de milice de la ville de Montréal.

Guy et son épouse eurent 14 enfants dont 5 parvinrent à l’âge adulte. Le ménage semble avoir eu très peu de contacts avec ses nouveau-nés, les confiant à des nourriciers. Cela explique sans doute le détachement apparent avec lequel Guy inscrivait dans ses livres de comptes des notes laconiques au sujet du décès et du coût de l’enterrement de ses enfants, ainsi que le détail du compte courant qu’il entretenait avec chaque foyer nourricier. Toutefois, il n’était pas toujours aussi insensible devant la mort et il était loin d’être dénué d’amour paternel. À la mort de son fils aîné, âgé de six ans, il confia à son ami François Baby sa douleur et son affliction en lui écrivant qu’il ne « connoissoit pas encore combien il [était] triste de perdre des Enfans de cet age. Et rien n’ap[prenait] mieux a ne les pas gater et trop les aimer, les regrets En [étaient] moins vifs. »

Pour Guy, nouveau sujet britannique, l’éducation et l’avenir de ses enfants n’auraient pu être assurés sans la connaissance de l’anglais. Aussi envoya-t-il ses fils Louis* et Étienne étudier au College of New Jersey, à Princeton. Le benjamin, Joseph, mauvais écolier, n’ira pas étudier à cet endroit. Il fut engagé en qualité de commis à Michillimakinac (Mackinac Island, Michigan) en 1798. Ce n’est pas sans inquiétude que Guy le laissa partir. Il lui écrivit de nombreuses lettres dans lesquelles il lui répétait inlassablement maintes recommandations particulièrement édifiantes. Il lui expliquait qu’un homme devait « être plus content de ce quil gagn[ait] que de ce quil hérit[ait] ». En 1802, Joseph revint à Montréal où il loua un magasin de son père, place du Marché, et il s’établit à son compte. En 1804, il ouvrit un second magasin à Michillimakinac. Ses affaires étaient loin d’être prospères. Il fut très tôt à court de liquidités et incapable de payer ses créanciers. Fort attaché à sa famille et voyant son terme approché, Pierre Guy souhaitait ardemment laisser ceux qui lui survivraient heureux. Pourtant, il sera le spectateur impuissant des déboires de son benjamin qui avait concentré ses affaires à Michillimakinac ; celui-ci fit faillite et s’exila à Baltimore, au Maryland, végétant dans un emploi de commis. Il n’osa plus écrire à son père, sachant le tort qu’il lui avait causé. Il espérait que le legs qu’il recevrait à la mort de ce dernier mettrait fin à son exil en lui permettant de payer ses créanciers.

Toutefois, lors de la rédaction de son testament quelques jours avant sa mort, Pierre Guy en avait décidé autrement. Ses biens furent divisés en cinq parties égales. Les parts de Louis et d’Étienne furent grevées de deux rentes viagères de 600ª chacune à verser annuellement à leurs sœurs jusqu’à ce qu’elles fussent pourvues par mariage ou autrement. Voulant éviter que les créanciers de Joseph ne le privassent de son héritage, Guy mit tout en œuvre pour que la part de son fils fût insaisissable et, par là même, il le condamna à l’exil perpétuel ; Joseph n’aurait que l’usufruit d’un legs dont ses enfants seraient bénéficiaires.

Ginette Joanette et Claire Joron

ANQ-M, CE1-51, 11 déc. 1738, 30 avril 1764, 23 déc. 1765, 30 oct. 1770, 9 janv. 1812 ; CN1-290, 4 avril, 8 oct. 1766, 6 déc. 1770 ; CN1-363, 4 juin 1785.— APC, MG 23,-GV, 7 : 49.— AUM, P 58, A 1/22, 58, 158 ; A2/19, 23 ; A3/62 ; A4/60 ; A5/252, 271 ; C2/157, 165 ; G2/113, 124, 128, 133, 154, 192 ; H3/21 ; P1/19, 28, 43 ; P2/55–56, 82 ; U, Goguet à Mme Guy, 8 févr. 1762 ; Pierre Guy, reg. 37 ; Paillet et Meynardie à Mme Guy, 28 févr. 1762, 15 mars 1763 ; Pascaud à Mme Guy, 1er mai 1761.— Docs. relating to constitutional hist., 1759–91 (Shortt et Doughty ; 1918), 1 : 223–226, 504–506, 508–510.— Montréal en 1781 [...], Claude Perrault, édit. (Montréal, 1969).— F.-J. Audet, Les députés de Montréal, 226, 228s., 354.— Louise Dechêne, Habitants et marchands de Montréal au XVIIe siècle (Paris et Montréal, 1974).— J. E. Igartua, « The merchants and négociants of Montreal, 1750–1775 : a study in socio-economic history » (thèse de {{ph.d.,}} Mich. State Univ., East Lansing, 1974).— Miquelon, « Baby family ».— Neatby, Quebec, 23s., 73, 132s., 145, 239, 247.— Benjamin Sulte, Histoire de la milice canadienne française, 1760–1897 (Montréal, 1897).— F.-J. Audet, « 1842 », Cahiers des Dix, 7 (1942) : 215–254.— J. E. Igartua, « The merchants of Montreal at the conquest : socio-economic profile », HS, 8 (1975) : 275–293.— Jacques Mathieu, « Un négociant de Québec à l’époque de la Conquête : Jacques Perrault l’aîné », ANQ Rapport, 1970 : 27–82.

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Ginette Joanette et Claire Joron, « GUY, PIERRE (1738-1812) », dans FR:UNDEF:public_citation_publication, vol. 5, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 23 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/guy_pierre_1738_1812_5F.html.

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Auteur de l'article:   Ginette Joanette et Claire Joron
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Titre de la publication:   FR:UNDEF:public_citation_publication, vol. 5
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1983
Année de la révision:   1983
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