DCB/DBC Mobile beta
+

HARRISON, DAVID HOWARD, médecin, éleveur, homme politique et banquier, né le 1er juin 1843 dans le canton de London, Haut-Canada, fils de Milner Harrison et de Catherine Howard ; le 26 avril 1866, il épousa à Montréal Margaret Notman, et ils eurent un fils et une fille, puis en 1874, Katherine (Kate) Stevenson, et de ce mariage naquirent un fils et deux filles ; décédé le 8 septembre 1905 à Vancouver.

David Howard Harrison avait presque deux ans lorsque son père s’installa dans le comté de Perth, dans le Haut-Canada, et ouvrit l’un des premiers magasins de St Marys. Ce dernier devint un homme d’affaires prospère et un homme politique d’un certain renom. David Howard fréquenta l’école publique de St Marys, la Caradoc Academy et la Galt Grammar School, puis s’inscrivit à la faculté des lettres de la University of Toronto. En 1864, il obtint son diplôme en médecine du McGill College, à Montréal. Il ouvrit un cabinet à St Marys et fut par la suite nommé coroner du comté de Perth.

Deux ans après son départ de McGill, Harrison épousa Margaret Notman, originaire de l’Écosse et sœur du photographe William Notman*. En 1871, ils avaient eu leur premier enfant. Margaret mourut deux ans plus tard, après avoir donné naissance à une fille, Maggie, qui serait la grand-mère paternelle de l’auteure Margaret Laurence [Wemyss*]. Harrison se remaria en 1874 à Kate Stevenson, de Sarnia, en Ontario. Il avait commencé, à cette époque, à s’intéresser activement au commerce du lin et à la politique des conservateurs. Il fut conseiller municipal un certain temps à St Marys, mais il rangea sa petite enseigne de médecin en 1882 pour se faire éleveur dans ce qui était alors le nord-ouest du Manitoba. Avec son père et sa femme, il acheta et mit en valeur une étendue considérable de terres dans les environs de Newdale. Un an plus tard, la nouvelle municipalité de Harrison fut baptisée en son honneur.

En décembre 1882, Harrison avait écrit au premier ministre provincial John Norquay* pour se présenter et lui faire part de son intention d’être candidat conservateur de Minnedosa aux futures élections provinciales générales. Il fut élu et, dès l’été suivant, une relation cordiale était née entre les deux hommes. La résidence d’été du premier ministre au lac Salt se trouvait près de la propriété de Harrison, et les deux hommes prenaient plaisir à chasser le canard et la poule-des-prairies. Norquay semble avoir entretenu l’admiration de Harrison pour le premier ministre fédéral sir John Alexander Macdonald* et se montra attentif à ses demandes de faveurs. L’ascension de Harrison au sein du gouvernement de Norquay fut fulgurante. Même si Norquay déplorait que le style politique de Harrison était habituellement d’une « droiture discutable », son talent oratoire et son expérience diversifiée, combinés à l’importance croissante que prenait le nord-ouest de la province, en firent une recrue naturelle pour le cabinet. Par conséquent, le 27 août 1886, Harrison fut nommé ministre de l’Agriculture, de la Statistique et de la Santé. Fait étonnant, un an avant de prendre Harrison dans son équipe, Norquay avait écrit au gouvernement de Macdonald pour lui proposer sa propre nomination comme lieutenant-gouverneur des Territoires du Nord-Ouest en indiquant que le « Dr. Harrison pourrait prendre [sa] place et diriger le gouvernement [de la province] ». Harrison remporta le siège de la nouvelle circonscription de West Minnedosa aux élections générales de décembre 1886.

Norquay fut victorieux aux élections de 1886 grâce à l’engagement public qu’il avait pris de mettre fin au monopole de la Compagnie du chemin de fer canadien du Pacifique et aux « meilleures conditions » qu’il avait obtenues pour sa province en matière de relations financières avec le gouvernement fédéral. Ces conditions avaient toutefois été négociées avec un gouvernement voué à la préservation du monopole par le biais de la non-reconnaissance des lois ferroviaires provinciales. Norquay fut finalement obligé de renoncer à soutenir le gouvernement fédéral devant la pression qu’exerça la population pour que l’on construise le chemin de fer de la vallée de la rivière Rouge. Pourtant, ce fut la question complexe du financement d’un autre chemin de fer, celui de la Compagnie du chemin de fer de Winnipeg et de la baie d’Hudson, qui fut l’objet de la controverse politique qui entraîna la chute de Norquay.

Le litige entourant une mystérieuse entente qui était intervenue avait pour objet l’autorisation fédérale de la concession, à la compagnie ferroviaire, d’une terre que le secrétaire de la province, Alphonse-Alfred-Clément La Rivière*, affirmait avoir reçue de Macdonald au début de 1887. En se servant de la concession comme garantie, Norquay devait transférer des obligations de la province aux entrepreneurs, Herbert Samuel Holt* et Donald Mann*, à titre de paiement des travaux effectués. Macdonald nia cependant avoir jamais donné son aval, et le gouvernement de Norquay, dont la réputation était déjà ternie par des scandales financiers, fut plongé dans sa crise finale.

L’affaire fut rendue publique, et La Rivière et Harrison s’empressèrent d’aller à Ottawa au début de décembre 1887 pour tenter de régler la question, mais en vain. Macdonald resta sur ses positions, et même s’il n’était pas l’artisan de la fâcheuse situation où se trouvait Norquay, il saisit l’occasion qui s’offrait à lui de saper un gouvernement dont l’honnêteté et la fiabilité politique l’inquiétaient depuis longtemps. Harrison et ses collègues étaient également au fait de certaines irrégularités depuis un certain temps. Au cours d’une rencontre privée avec Harrison, Macdonald lui suggéra d’accepter un compromis qui consistait à obtenir des deux parties qu’elles consentent à mettre fin à la législation provinciale hostile en matière ferroviaire en retour de la fin du monopole de la Compagnie du chemin de fer canadien du Pacifique en 1891. Même s’il doutait des chances de succès de ce plan, Harrison accepta de le promouvoir. Macdonald exerça aussi des pressions en vue de la formation d’un gouvernement de coalition composé de députés honnêtes issus des deux camps politiques, idée de plus en plus populaire auprès de certains conservateurs manitobains.

Dès son retour, Harrison s’engagea avec Norquay dans une épreuve de force. Le parti était déchiré par la controverse entre Macdonald et La Rivière. Devant la menace de leurs collègues du cabinet de démissionner, Norquay et La Rivière se retirèrent. Harrison fut choisi comme leader du parti divisé et devint premier ministre le 26 décembre.

Le nouveau cabinet comprenait Charles Edward Hamilton comme procureur général, David Henry Wilson au poste de ministre des Travaux publics, et Joseph Burke, un Irlandais catholique, à celui de secrétaire de la province et de représentant de l’élément français à l’Assemblée. Harrison prit le portefeuille de trésorier de la province et conserva celui de l’Agriculture, de la Statistique et de la Santé. Le cabinet affronta sa première épreuve majeure au moment des scrutins complémentaires organisés pour soumettre la nomination de Burke au vote populaire et pour combler la vacance dans Assiniboia. Les deux campagnes furent entravées par le manque de ressources financières du gouvernement ainsi que par l’hésitation et l’incapacité dont il fit preuve.

Dès le discours du trône, le 12 janvier 1888, le gouvernement de Harrison commença à s’effriter. Burke perdit son élection, qui était censée éprouver le mandat de gouverner de la nouvelle équipe. Selon les propres termes de Harrison, ceux qui cherchaient à satisfaire leurs ambitions en menaçant de quitter le parti étaient « accourus autour de [lui] comme des loups affamés ». Parmi eux, Corydon Partlow Brown* et Edward Philip Leacock, qui cherchaient à commander l’équilibre des forces à l’Assemblée, n’étaient pas les moindres. Harrison avait déjà perdu le soutien de James-Émile-Pierre Prendergast* en faisant entrer Burke au cabinet, et l’alliance incertaine de Duncan MacArthur, nouvellement élu dans Assiniboia, mit davantage en péril la faible majorité du gouvernement.

Une acrimonieuse séance du caucus eut lieu le lendemain, dans une atmosphère de mensonge et de soupçon. Le député conservateur fédéral Joseph Royal la décrivit comme l’« un des meilleurs cirques auxquels un député provincial ait jamais assisté ». Harrison, avec l’appui des députés de l’Ouest, et Norquay, avec celui des députés de l’Est, « se chicanèrent, et récriminèrent et fulminèrent l’un contre l’autre ». On faisait face non seulement à l’échec des élections complémentaires, mais aussi au problème insoluble du transfert des obligations. Ces questions et d’autres diviseraient sûrement le parti si le débat avait lieu à l’Assemblée. Le Trésor étant presque à sec et les défections assurant une majorité potentielle à l’opposition, Harrison annonça le 16 janvier l’intention de son gouvernement de démissionner. Il abandonna le pouvoir trois jours plus tard.

Même si Harrison avait tout fait pour éviter une discussion de la controverse entre Macdonald et La Rivière à l’Assemblée, il avait notoirement manqué à la promesse faite à Macdonald. Le premier ministre provincial et les membres de son cabinet affirmèrent au lieutenant-gouverneur, James Cox Aikins, et à Macdonald que les deux parties s’étaient opposées à l’idée d’un gouvernement de coalition, mais ce n’était pas entièrement vrai. William Bain Scarth informa Macdonald que Harrison « était revenu tout à fait sur sa promesse de chercher à former une coalition ». De son coté, le député fédéral Thomas Mayne Daly* se plaignit à Macdonald que Harrison, en dépit de ses affirmations contraires, n’avait même pas discuté du compromis de 1891 avec le caucus. En fait, il n’avait consulté personne. « Il est trop [...] mesquin pour être un meneur d’hommes », déclara Daly, concluant que « Harrison sera[it] blâmé à jamais pour ne pas avoir présenté cette politique ».

Il se peut que les aspirations personnelles de Harrison et son inflexibilité aient rendu toute coalition impossible, mais il aurait eu à affronter des problèmes graves en acceptant un compromis sur le monopole de la Compagnie du chemin de fer canadien du Pacifique. Ceux qui soutenaient Harrison dans l’Ouest étaient farouchement opposés au monopole, et Norquay aussi s’était engagé à le rejeter. Sans doute pour éviter une scission dangereuse, le gouvernement de Harrison avait proposé, dans le discours du trône, d’exproprier des terres et de poursuivre la construction du chemin de fer de la vallée de la rivière Rouge, mesures qu’il était certain de voir déclarées inconstitutionnelles par les tribunaux. Cela, dit-il à Macdonald, « aurait mis fin au conflit ». Les deux gouvernements auraient été dispensés d’en faire davantage, et la voie aurait été libre pour présenter le compromis dans un climat plus favorable.

Macdonald estima que Harrison avait manqué de « tact et [de] cran » dans les événements qui avaient entraîné la chute de son gouvernement. Plus tard, il réprimanda l’ancien premier ministre provincial sur un certain nombre de sujets. Harrison défendit ses actions, y compris son appui au retour de Norquay à la barre du parti après sa démission, en prétendant qu’il l’avait appuyé dans l’espoir de réconcilier les factions du parti divisé. À sa consternation, son geste avait eu l’effet contraire.

Harrison fut plus sélectif dans ses engagements politiques ultérieurs. Après sa démission, il avait pressé Macdonald de ne pas revenir sur sa décision de mettre fin au monopole ferroviaire en 1891. « Si l’on fait un compromis plus tôt, le prévint-il, cela nous divisera. » Une entente survint cependant peu après entre Ottawa et son successeur, Thomas Greenway, et Harrison en fut de toute évidence contrarié. Dans une lettre au premier ministre fédéral, en 1891, Scarth répéta la déclaration de Harrison selon laquelle « il ferait des pieds et des mains pour les conservateurs dans les questions locales, mais qu’il se contenterait de voter sur les questions concernant le dominion [...] étant donné la manière dont [Macdonald] l’avait traité ». Peu de temps avant sa mort, Macdonald écrivit à l’ancien premier ministre pour souligner que ce n’était qu’après sa démission et la formation du gouvernement de Greenway que les difficultés financières de la Compagnie du chemin de fer canadien du Pacifique l’avaient forcée à abandonner son monopole. « Si vous étiez resté au pouvoir, ajoutait Macdonald, le crédit vous en aurait été attribué et non à ce très minable personnage. »

De toute façon, David Howard Harrison était maintenant établi comme banquier prospère à Neepawa. À l’approche de l’automne de 1891, il écrivit en plaisantant à l’homme politique conservateur et journaliste Charles Acton Burrows que « l’« Espoir du Parti conservateur » ne travaill[ait] pas en politique pour le moment – mais tent[ait] de recueillir un peu d’argent des fermiers qui vend[aient] leur grain ». Après s’être installé à Vancouver en 1900, il entreprit diverses activités commerciales. Il succomba à une longue maladie cinq ans plus tard et fut inhumé avec les membres de sa famille au Mountain View Cemetery, à Vancouver.

Zenon Gawron

AN, MG 26, A ; RG 31, C1, 1871, Perth (South) : 2 ; 1881, Perth (South) : 7 ; 1891, Marquette : 6.— AO, F 67.— Manitoba, Legislative Library (Winnipeg), Biog. scrapbooks.— PAM, GR 553 ; MG 12, E ; MG 14, C14.— Manitoba Free Press, déc. 1887–janv. 1888.— Manitoba Sun (Winnipeg), déc. 1887–janv. 1888.— Minnedosa Tribune (Minnedosa, Manitoba), déc. 1887–janv. 1888.— Morning Call (Winnipeg), déc. 1887–janv. 1888.— Canadian album (Cochrane et Hopkins), 3.— Heritage, a history of the town of Neepawa and district as told and recorded by its people, 18831983 ([Neepawa, Manitoba, 1983]).— J. A. Hilts, « The political career of Thomas Greenway » (thèse de ph.d., Univ. of Manitoba, Winnipeg, 1974).— Illustrated historical atlas of the county of Perth, Ont. (Toronto, 1879 ; réimpr., Ross Cumming, édit., Port Elgin, Ontario, 1972).— J. A. Jackson, « The disallowance of Manitoba railway legislation in the 1880’s : railway policy as a factor in the relations of Manitoba with the dominion, 1878–1888 » (thèse de m.a., Univ. of Manitoba, 1945).

Bibliographie générale

Comment écrire la référence bibliographique de cette biographie

Zenon Gawron, « HARRISON, DAVID HOWARD », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 18 sept. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/harrison_david_howard_13F.html.

Information à utiliser pour d'autres types de référence bibliographique

Permalien: http://www.biographi.ca/fr/bio/harrison_david_howard_13F.html
Auteur de l'article:   Zenon Gawron
Titre de l'article:   HARRISON, DAVID HOWARD
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1994
Année de la révision:   1994
Date de consultation:   18 septembre 2014