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HOERNER, OLYMPE (Tanner), enseignante et missionnaire protestante, née le 3 octobre 1807 à La Chaux-de-Fonds, Suisse, fille de David-Balthazar Hoerner et de Marguerite Chanel ; en 1838, probablement en France, elle épousa Jean-Emmanuel Tanner ; décédée le 4 novembre 1854 à Pointe-aux-Trembles (Montréal).

Fille d’un pharmacien d’origine allemande, Olympe Hoerner accompagna ses parents, ses cinq frères et sœurs et d’autres familles suisses à la colonie de la Rivière-Rouge (Manitoba) en 1821. Ces colons suisses avaient été recrutés à la suggestion de lord Selkirk [Douglas*] pour renforcer l’établissement, mais de nombreuses difficultés en amenèrent beaucoup à quitter la région, soit pour s’installer en territoire américain, soit pour regagner leur pays. La famille Hoerner choisit peut-être cette dernière solution, car Olympe Hoerner s’engagea à Londres comme gouvernante. À ce titre, elle accompagna la famille de lord Barham en France où elle rencontra un compatriote suisse, le révérend Jean-Emmanuel Tanner, qu’elle épousa en 1838. Un fils, Charles Augustus, qui deviendra ministre presbytérien au Canada, naquit en avril 1839. Il semble qu’Olympe Tanner ait commencé en France son travail d’évangéliste, mais pour très peu de temps, car des raisons de santé contraignirent son mari à retourner à Genève en 1841, où il se fit offrir d’aller travailler à l’évangélisation des Canadiens français.

L’intérêt de la Suisse pour les missions canadiennes était né vers 1830, à l’instigation de la London Missionary Society. Quelques évangélistes suisses, dont Henriette Feller [Odin*] et Louis Roussy*, œuvraient déjà dans la région de Montréal depuis 1835, quand les manifestations anticléricales de la rébellion de 1837–1838 firent poindre l’espoir de convertir des Canadiens français au protestantisme. Profitant des circonstances, une dizaine d’anglophones de Montréal, appartenant à diverses confessions religieuses, se réunirent le 13 février 1839 pour fonder la French Canadian Missionary Society dans le but de recruter des pasteurs, des instituteurs et des évangélistes de langue française et d’établir des lieux de culte et des écoles. Ils inscrivaient leur action dans la recherche d’unité que les Églises protestantes poursuivaient comme un idéal. La constitution de la société contenait des éléments d’une profession de foi commune à tous et précisait que les évangélistes engagés devraient reléguer au second plan leurs attaches confessionnelles. Dès le départ, cette tentative d’unification se heurta à de sérieuses difficultés. Les ministres de l’Église d’Angleterre refusèrent d’y collaborer et la petite communauté protestante francophone de Grande-Ligne dirigée par Henriette Feller ne voulut pas s’y intégrer.

L’année même de la fondation, les dirigeants de la société déléguèrent James Court et William Taylor* en Europe pour recruter des évangélistes et collecter des fonds. À la fin de 1840, quatre évangélistes arrivèrent au Bas-Canada et furent placés dans la région de Montréal, sur la rive nord du Saint-Laurent, à Belle-Rivière (Mirabel), à Petit-Brûlé (Mirabel) et à Sainte-Thérèse-de-Blainville (Sainte-Thérèse), car il était entendu avec les protestants de Grande-Ligne que l’évangélisation de la rive sud leur était réservée. Le choix des localités tenait compte des chances de succès, mais surtout de la proximité de familles anglophones protestantes sympathiques à la cause.

À ce moment-là, la société ne comptait pas encore de pasteur pour administrer les sacrements. En réponse à sa demande, le comité formé à Genève pour aider au recrutement lui recommanda Tanner et sa femme, qui arrivèrent à Montréal en août 1841. Après quelques mois de travail dans la ville, les Tanner s’installèrent à Sainte-Thérèse-de-Blainville où la démission de l’évangéliste Henri Provost avait désorganisé la petite communauté protestante. Dans sa maison, Olympe Tanner ouvrit une école qui fut la cible des attaques des catholiques. Un jour, leur terrain fut envahi et les vitres de la maison brisées. L’événement fournit aux Tanner l’occasion de faire preuve de mansuétude en demandant que les coupables soient condamnés avec sursis. En dépit de ce geste, l’école ne fut fréquentée que par « un petit nombre d’enfants ».

Entre-temps, Tanner avait été nommé responsable de la coordination du travail des évangélistes. Au printemps de 1843, il fut appelé à s’établir à Montréal, dans une maison suffisamment spacieuse pour accueillir les missionnaires de passage. Sa femme profita des lieux pour ouvrir une classe de français destinée aux jeunes filles anglophones. La société encouragea son œuvre, sans toutefois passer sous silence que les objectifs de l’organisme seraient plus rapidement atteints si elle se consacrait entièrement à l’évangélisation des Canadiens français.

À la fin de 1843, Olympe Tanner accompagna son mari en Europe dans une tournée de recrutement. Ils revinrent le 7 juin 1844 avec six évangélistes. Elle reprit alors sa classe de français qui ne semble pas avoir été interrompue au cours de son voyage. Il se peut que sa sœur, Mme Higgs, qui rendait à l’occasion certains services à la société missionnaire, en ait assumé la direction en son absence. Répondant sans doute au souhait du comité directeur de la société, Olympe Tanner abandonna sa classe de français au cours de 1845 pour se consacrer à l’éducation des Canadiennes françaises. Elle prit en pension trois élèves à qui elle enseigna les matières de culture générale, les travaux domestiques et la Bible ; c’était le début de l’école de filles qui allait officiellement ouvrir ses portes à neuf pensionnaires en mai 1846 dans la résidence montréalaise des Tanner.

L’arrivée des évangélistes recrutés par les Tanner avait porté le nombre des missionnaires de la société à 17, en y incluant leurs femmes. La société missionnaire était donc en mesure d’élargir son champ d’action, d’autant qu’au nombre des recrues se trouvait Louis Marie, spécialiste en agriculture engagé pour travailler à la ferme modèle de Belle-Rivière, à proximité de l’école pour les garçons. Le comité directeur décida alors de déplacer les principaux établissements de la société à Pointe-aux-Trembles, dans une ferme achetée depuis peu, et d’y construire un édifice suffisamment vaste pour accueillir les élèves. Il demanda à Tanner d’y assumer la direction de l’école des garçons. En mai 1847, l’école d’Olympe Tanner était à son tour transférée à Pointe-aux-Trembles, sans doute pour permettre aux Tanner de vivre ensemble, mais aussi par mesure d’économie, car les mêmes personnes enseigneraient aux garçons et aux filles, et ces dernières s’exerceraient aux travaux domestiques en faisant le lavage et le raccommodage.

La French Canadian Missionary Society misait sur la gratuité de la pension et de l’éducation des Canadiens français à Pointe-aux-Trembles pour promouvoir son apostolat. Les anglophones devaient payer et n’étaient admis qu’à la condition d’accepter les mêmes règlements. Le programme occupait les élèves de leur lever à cinq heures du matin jusqu’au coucher fixé à neuf heures du soir. Les garçons et les filles, séparément, recevaient chaque jour environ six heures d’enseignement ; en plus des mathématiques, de la grammaire française, de l’histoire, des sciences naturelles et de la géographie, ils apprenaient le chant ou la musique et la Bible. Ils étudiaient de deux à trois heures et faisaient environ deux heures d’apprentissage manuel, lié aux travaux de la ferme dans le cas des garçons, à l’entretien ménager dans le cas des filles. Ces dernières suspendaient leurs études le lundi après-midi et le samedi pour effectuer le lavage et le raccommodage.

Durant les premières années, ces écoles furent fréquentées annuellement par une cinquantaine de garçons en moyenne et par un peu moins d’une vingtaine de filles dont l’âge variait entre 9 et 23 ans. En février 1849, le comité directeur rapportait que depuis leur début les écoles de Pointe-aux-Trembles avaient contribué à la formation de 112 garçons et de 62 filles, appartenant à 78 familles et venant de 21 localités du Bas-Canada. Il leur arrivait de refuser des élèves ou de les renvoyer chez eux pendant quelques semaines faute d’argent pour les loger et les nourrir. Mais dans le cas de l’école de filles, c’était surtout l’exiguïté des locaux qui en freinait le développement.

À son arrivée à Pointe-aux-Trembles, Olympe Tanner avait aménagé son école et sa résidence dans une ancienne maison de ferme située à proximité de l’école de garçons. L’édifice pouvait difficilement abriter les 15 à 18 élèves, en plus de la famille Tanner et sans doute aussi de Mme Higgs et de sa fille qui y enseignaient et assistaient la directrice. En 1848, un comité auxiliaire formé de dames anglophones de Montréal tenta en vain de collecter assez d’argent pour ériger une nouvelle école. Les sommes recueillies permirent toutefois de construire un petit édifice, mais il ne sembla pas correspondre aux besoins de la famille Tanner, dont on ignore le nombre de membres.

Insatisfaits des conditions de travail et de logement, sans doute aussi de leur salaire, les Tanner démissionnèrent en juin 1849 dans le but de s’installer à Montréal pour y poursuivre leur travail d’évangélisation et y ouvrir une école de français pour anglophones. Le comité directeur ne pouvait se résigner à perdre leurs services ; il négocia fébrilement. Tanner proposa d’abord qu’on lui concède un lot dans la ferme de Pointe-aux-Trembles pour qu’il y construise sa demeure et y établisse l’école de français dont s’occuperait sa femme. Finalement, le comité directeur régla le différend en révisant leur traitement. Les Tanner reçurent un salaire annuel de £75, ce qui représentait £5 de plus que celui des autres évangélistes mariés. Une rente annuelle de £15 (cours d’Angleterre), portant intérêt, fut aussi placée au nom des Tanner pour assurer leur retraite. En plus de ce traitement, ils obtinrent à la fin de 1851 que la nourriture et le logement leur soient fournis gratuitement. Cela sous-entendait sans doute qu’ils seraient mieux logés, et de fait, dès le début de 1852, la société entreprit de nouvelles démarches pour la construction de l’école des filles et la résidence des directeurs. L’aide financière du comité auxiliaire des dames de Montréal ne put éviter aux Tanner de repartir à l’été de 1853 pour collecter des fonds aux États-Unis. Le nouvel édifice fut terminé en septembre 1853. Peu de temps après, Olympe Tanner fut atteinte d’une grave maladie qui l’emporta le 4 novembre 1854, au moment où elle aurait pu jouir des résultats de son travail.

Au fil des ans, les Églises qui faisaient partie de la French Canadian Missionary Society décidèrent une à une de fonder leur propre établissement pour évangéliser les Canadiens français, de telle sorte que la société dut cesser ses activités en 1880. Tanner, de son côté, s’était associé à l’Église presbytérienne en 1861. Olympe Tanner aura eu une carrière effacée, dans l’ombre de son mari, mais elle eut tout de même un rôle influent dans la destinée de la French Canadian Missionary Society dont une grande partie de l’œuvre évangélisatrice reposait sur l’éducation de la jeunesse.

René Hardy

ANQ-M, CE1-92, 6 nov. 1854.— Arch. de l’État (Neuchâtel, Suisse), La Chaux-de-Fonds, Reg. des baptêmes, 16 janv. 1808.— UCA, Biog. files, C. A. Tanner ; J.-E. Tanner ; French Canadian Missionary Soc., General Committee, minutes, 1848–1861 (mfm).— French Canadian Missionary Soc., Occasional Papers (Montréal), 1842–1844 ; Reports (Montréal), 1842–1853.— Feuille religieuse du canton de Vaud (Lausanne, Suisse), 1830–1860.— Missionary Record (Montréal), nov. 1842–déc. 1848.— E. H. Bovay, le Canada et les Suisses, 1604–1974 (Fribourg, Suisse, 1976).— R.-P. Duclos, Histoire du protestantisme français au Canada et aux États-Unis (2 vol., Montréal, [1913]).— Paul Villard, Up to the light ; the story of French Protestantism in Canada (Toronto, 1928).— René Hardy, « la Rébellion de 1837–38 et l’Essor du protestantisme canadien-français », RHAF, 29 (1975–1976) : 163–189.

Bibliographie générale

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René Hardy, « HOERNER, OLYMPE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 22 déc. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/hoerner_olympe_8F.html.

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Auteur de l'article:   René Hardy
Titre de l'article:   HOERNER, OLYMPE
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1985
Année de la révision:   1985
Date de consultation:   22 décembre 2014