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JÉRÉMIE dit Lamontagne, NICOLAS, interprète et commis aux postes du Domaine du roi et à la baie d’Hudson, baptisé à Sillery le 16 février 1669, quatrième des 12 enfants de Noël Jérémie* et de Jeanne Pelletier, mort à Québec le 19 octobre 1732.

Noël Jérémie, en 1676, est commis à Métabetchouan, un établissement que vient d’organiser Pierre Bécart de Granvill ‘ e. En 1690, il se trouve à Chicoutimi, en compagnie de son fils Nicolas, alors âgé de 21 ans, puis en 1693, toujours à titre de commis de la traite du Domaine, à Tadoussac, et toujours avec son fils Nicolas sous ses ordres. À cette époque, il fréquente assidûment le poste des îlets Jérémie, situé à 87 milles à l’est de Tadoussac, où viennent troquer leurs fourrures les Papinachois de la tête de la Bersimis et des rivières du voisinage. Noël et Nicolas Jérémie ont donc parcouru presque au complet le Domaine du roi qui, à part Tadoussac, Chicoutimi et les îlets Jérémie, ne comptait qu’un autre poste solidement établi, celui de la rivière Moisie.

C’est en l’honneur de Noël Jérémie (et peut-être aussi de son fils Nicolas) que furent ainsi nommés les îlets Jérémie. Les mentions de ce toponyme sont déjà fréquentes dans le « Miscellaneorum liber » (1691–1780), qui fait suite au « Second registre de Tadoussac » et qui fut rédigé notamment par les missionnaires jésuites Pierre-Michel Laure, Claude-Godefroy Coquart* et Jean-Baptiste de La Brosse*. Suivant une opinion, qui demande toutefois confirmation, la côte de la Montagne, à Québec, devrait également son nom à Noël Jérémie, qui aurait eu un pied-à-terre près de cette montée.

Baptisé à Sillery en 1669, Nicolas Jérémie a été élevé à Batiscan et, en 1693, il épousa au lac Saint-Jean la Montagnaise Marie-Madeleine Tetesigaguoy. Le père de Crespieul bénit le mariage. Nicolas ayant moins de 25 ans, l’âge de la majorité légale alors, et les ordonnances concernant les unions entre Français et Indiens n’ayant pas été observées, le Conseil souverain annula le mariage en 1694, à la requête du père de Nicolas ; cependant, le demandeur fut condamné à nourrir la Montagnaise, à laquelle on donna pour curateurs Jacques Gourdeau et Louis Jolliet*. Après cet événement, Nicolas vécut quelques années à la baie d’Hudson, au service de l’État et de diverses compagnies de traite. Mort en 1732, Nicolas fut enterré dans la basilique de Québec. En 1735, Françoise Bourot, qu’il avait épousée à Québec en 1707, se remaria à un négociant et navigateur, Charles Boucher de Boucherville, et mourut le 3 août 1758. De son mariage, Nicolas n’eut qu’une fille, Françoise, qui en 1745 avait 22 ans. Il ne semble pas que la fille de Nicolas se soit mariée, mais les frères de ce dernier eurent par contre une abondante descendance qui n’a retenu que les surnoms Douville, Dauville, Beaurivage et Lamontagne. Toutefois, toutes les familles ayant ces patronymes ne remontent pas nécessairement à Noël Jérémie.

Une sœur de Nicolas Jérémie, Catherine* (1664–1744), fut l’une des premières herboristes du Canada. Avec des simples, elle traitait ses enfants et ses voisins. Elle aurait même expédié des spécimens botaniques en France. En 1681, à Champlain où vivaient alors ses parents après avoir demeuré à Batiscan, elle épousa Jacques Aubuchon, dont elle eut une fille. En 1688, elle se remaria, à Batiscan, à Michel Lepallieur, notaire de Québec, qui s’établit à Montréal en 1703. De ce dernier, elle eut 10 ou 11 enfants.

Nicolas Jérémie entre dans l’histoire avec sa « Relation du détroit et de la baie d’Hudson », publiée pour la première fois en 1720 à Amsterdam, mais rédigée à une date qui peut remonter à 1714. Pour le compilateur du Recueil de voyages au nord, publié en 1732, Jean-Frédéric Bernard, l’auteur devient simplement « Monsieur Jérémie », mais il ne fait aucun doute qu’il s’agit de Nicolas et non de son père, Noël, comme on l’a cru déjà. Le contenu de l’ouvrage relève de l’histoire, de l’ethnologie, de la flore et de la faune. Dans ces trois derniers domaines, il apporte une contribution importante, même si elle est succincte. Plusieurs notions font alors leur entrée dans la littérature scientifique. Le récit, écrit d’une plume alerte, révèle une excellente formation, s’il n’a pas été trop retouché par des scribes ou des éditeurs. Charlevoix* (1744) apprécie ainsi l’ouvrage : « J’ai connu l’auteur [sans doute lors de son séjour au Canada en 1708, ou à son second voyage en 1720] qui était un fort honnête homme et un habile voyageur. Sa relation est fort instructive et judicieusement écrite. »

Le travail de Jérémie, rédigé après son retour définitif de la baie d’Hudson, est concis, mais néanmoins très précis. Sauf pour la partie historique, c’est l’œuvre d’un témoin oculaire. « Je ne marque rien, écrit-il, qu’après l’avoir vu & examiné par moi-même : & afin de ne rien risquer sur le rapport d’autrui, je me suis transporté presque dans tous les lieux dont je parle. » L’ouvrage est essentiellement une relation et un mémoire. L’auteur groupe d’abord les notions par champs d’intérêt : l’histoire ancienne, la description du pays et de sa faune, la conquête française d’une partie de la baie d’Hudson, phase à laquelle il a été intimement mêlé, puis il revient plus tard sur la faune. C’est qu’alors sa relation se transforme en un mémoire sur les perspectives d’avenir du territoire de la baie et des régions de l’Ouest. Ce mémoire est évidemment destiné à quelqu’un qui est près des conseillers du roi, peut-être même au ministre. Comme l’ouvrage n’est pas facilement accessible, il y a lieu d’en analyser brièvement le contenu.

Nicolas raconte d’abord succinctement l’histoire de la découverte de la baie d’Hudson et des voyages qu’on y a faits avant le sien en 1694. Puis il s’attarde davantage à ce qu’il a observé lui-même. Il décrit notamment la topographie du territoire, les conditions des glaces, qui font de la baie une mer fermée à la navigation plus de neuf mois par année. Il souligne également la forte déclinaison magnétique au nord : ces indications nous laissent présager un pôle magnétique que l’on ne connaît pas encore. Il faut noter son intérêt particulier pour la faune : à part de brèves descriptions du morse, du caribou et du castor (dont il étudie la chaussée et la cabane) et la mention de tous les animaux d’importance économique, il présente un animal nouveau, fréquentant la rivière Danoise (la rivière Churchill, découverte par Jens Munk*, chef d’une expédition danoise en 1619–1620). Cet animal est « un espèce de bœuf que nous nommons Bœufs musquez ; à cause qu’ils sentent si fort le musc, que dans certaines saisons de l’année, il est impossible d’en manger. » Sa description du bœuf musqué est probablement la première de ce mammifère. Le nom même de la bête apparaît pour la première fois en français. La longue laine, fine et soyeuse, de ces animaux intéresse particulièrement Jérémie et, en 1708, il en apporte en France pour se « faire des bas qui étoient plus beaux que des bas de soye ». L’une des prochaines mentions sera celle de La Potherie [Le Roy], dans son Histoire rédigée vers la même époque que la « Relation » de Jérémie, mais publiée seulement en 1753. Sa description du bœuf musqué reste un document classique de l’histoire de la zoologie, mais le dessin du « bœuf sauvage du Mississipy & de la Baie de Hudson » de l’édition de 1720 est plutôt celle du bison que du bœuf musqué, espèces évidemment confondues par l’illustrateur, comme en fait foi la légende précitée. Les cornes de l’animal et le costume des chasseurs montrent sans le moindre doute que le dessin est l’œuvre d’un artiste qui n’a jamais vu l’animal plutôt que de Jérémie lui-même.

Il est normal que l’attention de Jérémie se porte particulièrement sur la chasse et la pêche. Représentant d’une compagnie de traite, il doit aussi pourvoir à l’alimentation de la garnison. Les produits de la chasse et de la pêche, accumulés au début de l’hiver et conservés gelés dans la neige, se gardent presque jusqu’au printemps. Les perdrix et les lièvres sont si abondants que, d’après ses calculs, la garnison de 80 hommes aurait consommé en un hiver 90 000 perdrix et 25 000 lièvres, ce qui fait quatre perdrix et un lièvre par jour par homme.

On aménagea même au fort Bourbon un potager où croissaient « de fort bonnes laitues, des choux verts et autres mêmes herbes que nous salions pour faire de la soupe pendant l’hiver. » C’est là sûrement l’une des premières tentatives, sinon la première, d’agriculture au Canada à cette latitude.

La « Relation » signale la présence, loin de la baie d’Hudson, à l’Ouest, dans le pays des Plats-cotés de Chiens, d’« une mine de cuivre rouge, si abondante et si pure, que, sans le passer par la forge, tel qu’ils le ramassent à la mine, ils ne font que le frapper entre deux pierres, et en font tout ce qu’ils veulent. J’en ai vu fort souvent, parce que nos Sauvages en apportaient toutes les fois qu’ils allaient en guerre de ces côtés-là ». C’est l’une des premières mentions de la présence de cuivre dans les territoires du Nord-Ouest, avec spécimens à l’appui.

L’auteur s’intéresse aux peuplades amérindiennes, notamment aux Esquimaux, qu’il décrit assez longuement, et aux Platscotés de Chiens (nom qui désigne notamment une bande athapascane connue maintenant en anglais sous le nom de Dogribs), vivant plus à l’Ouest et qui « ont une guerre contre nos Savanais. » Ces derniers sont les Moskégons (de l’algique moskeg, signifiant tourbière ou marécage, ou, dans le parler populaire canadien-français, savane). Il mentionne également les Assiniboines (de la famille des Sioux), les Kristinaux (aujourd’hui les Cris) et les Sauteux (comprenant une partie des Ojibwas, de la famille algique comme les précédents), habitant la région du lac Winnipeg ; ces derniers sont en relation avec les indigènes qui font la traite au fort Bourbon. Aussi, pendant son séjour à la baie d’Hudson, Jérémie tentera-t-il de faire explorer l’Ouest et le Sud-Ouest, au delà du bassin hydrographique qu’il habite.

Sans que nous sachions toujours s’il s’agit d’Esquimaux, d’Athapascans ou d’Algiques, l’auteur rapporte sur les indigènes plusieurs traits précis : des notes sur l’habitation (tentes de peaux d’orignaux ou de caribous), l’usage de la raquette, le partage des biens avec les moins fortunés (on devine à travers le texte précis de l’auteur que les indigènes n’ont pas notre notion du droit de propriété ; pour eux, les biens de la nature doivent être à la disposition de tous), la religion primitive, le suicide presque rituel des vieillards avec l’aide de leurs enfants, enfin le cannibalisme imposé par la nécessité : « J’en ai vû un, écrit-il, qui après avoir dévoré sa femme & six enfans qu’ils avoient, disoit n’avoir été attendri qu’au dernier qu’il avoit mangé, parce qu’il l’aimoit plus que les autres, & qu’en ouvrant la tête pour en manger la cervelle, il s’étoit senti touché du naturel qu’un pere doit avoir pour ses enfans, & qu’il n’avoit pas eû la force de lui casser les os pour en sucer la moüelle. »

Le rôle joué par Jérémie lui-même dans la baie d’Hudson commence en 1694. Antérieurement (1682–1683), Chouart* Des Groseilliers et Radisson étaient devenus les maîtres de l’embouchure des rivières Nelson et Hayes, et l’établissement devint le fort Bourbon. La place retourna par la suite aux Anglais, qui y étaient encore établis en 1694, quand Pierre Le Moyne d’Iberville vint s’en emparer avec le Poli et un autre bateau commandé par son frère Joseph Le Moyne de Serigny (la Charente, suivant Jérémie, mais la Salamandre, d’après Prud’Homme, Rich et Tyrrell). Nicolas Jérémie fit des voyages avec Iberville sur le Poli et s’installa ensuite au fort Bourbon en qualité d’« Enseigne et interprète des langues des Sauvages, et directeur du commerce ». Il est effectivement représentant d’une compagnie de traite, la Compagnie du Nord ou Compagnie de la baie d’Hudson à laquelle succédera en janvier 1701 la Compagnie du Canada, connue populairement sous les noms de Compagnie des Castors et Compagnie du pays. Quand Iberville repartit pour la France en septembre, il laissa le commandement de la place à Gabriel Testard* de La Forest, avec une troupe de 67 hommes.

En septembre 1696, les Anglais revinrent. Le lendemain de leur arrivée, le 6 septembre, quand ils s’apprêtèrent à descendre, Jérémie fut chargé avec 14 hommes d’y faire opposition. « Comme nous étions embusquez dans des buissons épais, & que j’avois le soin de faire tirer mes gens à propos les uns après les autres ; si tôt que je voyois paroître quelque Chaloupe armée, les Anglois retournoient promtement à leur bord. » Faute de vivres, le fort dut capituler. Mais contrairement aux « articles de la capitulation [qui] étoient des plus avantageux [...] ils fausserent leurs promesses, écrit Jérémie ; car, au lieu de nous mettre sur les Terres Françoises avec tous nos effets, comme ils nous l’avoient promis, ils nous emmenerent en Angleterre, & nous jetterent en prison, pendant que nos Pelleteries & autres effets furent mis au pillage. » Les conditions de la capitulation, très ambiguës, pouvaient être en effet interprétées différemment par les deux camps, comme le montre le journal de Kelsey.

Quatre mois plus tard, il repasse en France et au début de 1697 il va aussitôt à Plaisance (Placentia) rejoindre Iberville, qui a le commandement de quatre navires, le Pélican, le Palmier, le Profond et le Vespe (Wesp), et s’en retourne à la baie d’Hudson. Le 8 septembre 1697, Jérémie prend part à la prise de l’ancien fort Bourbon, dont Serigny devient gouverneur au départ d’Iberville pour l’Europe. En 1698, Serigny s’en retourne également, et laisse le commandement à son parent, Jean-Baptiste Le Moyne de Martigny, tandis que Jérémie remplit les fonctions de lieutenant et d’interprète.

Ce dernier continue également à diriger la traite jusqu’en 1707 ; après avoir demandé plusieurs fois son congé, il retourne en France, en passant par Québec, où il épouse Françoise Bourot, veuve de Jean Chaviteau, capitaine de navire. Sitôt arrivé outre-Atlantique, on le propose à la cour comme commandant du fort Bourbon. Il part donc de La Rochelle, en 1708, avec une nouvelle garnison. Il est trop tard pour s’engager l’année même dans le détroit d’Hudson, habituellement bloqué tôt par les glaces ; il faut donc hiverner à Plaisance. Jérémie écrit alors à celui à qui il destinera plus tard sa relation (mais que l’éditeur d’Amsterdam désigne simplement par le nom de Monsieur) et qui semble le ministre ou du moins une haute autorité : « Nous fûmes obligés de relâcher à Plaisance, où j’eus l’honneur de vous écrire, pour vous demander la permission de tirer des vivres du Canada et vous eûtes la bonté d’y donner votre consentement. » Cela lui permettra sans doute de passer à Québec, où se trouve peut-être sa femme, car nous ne savons pas s’il l’a emmenée en France immédiatement après son mariage, ni si elle l’accompagnera par la suite au fort Bourbon.

Au cours de l’été de 1709, Jérémie se rend donc au fort Bourbon dont il sera le gouverneur pendant six ans. La situation au fort n’est pas constamment de tout repos. La forêt et l’eau fournissent bien des vivres, mais les articles nécessaires au troc font défaut, La compagnie, qui tire des bénéfices de la traite, néglige les envois. De 1709 à 1713, aucun bateau français n’aurait atteint la baie d’Hudson. En 1713, « Messieurs de la Compagnie envoyerent un Navire qui nous apporta toutes sortes de rafraîchis [sements] et des Marchand[ises] pour la traite dont les Sauvage avoient grand besoin. Car il y avoit quatre ans qu’ils étoient en souffrance, parce que je n’avois plus de marchandises à leur traiter ; ce qui étoit cause qu’il en étoit mort beaucoup par la faim, ayant perdu l’usage des fleches depuis que les Europeans leur portent des armes à feu. »

La rareté des réserves obligeait Jérémie à conserver pour la garnison la poudre qui menaçait de s’épuiser. Cette situation, en 1712, provoqua le massacre de huit de ses meilleurs hommes envoyés à la chasse. Ne pouvant maintenir par la suite à la fois le fort Bourbon et le fort Phélipeaux (poste subsidiaire à la rivière Hayes), il ordonna à la garnison de ce dernier de se replier mais, parce qu’il n’eut pas le temps de faire transporter les 100 livres de poudre qui restaient dans le fort abandonné, les indigènes s’en emparèrent, ce qui faillit acculer la garnison à la famine au printemps. Heureusement, le navire venu en 1713 les tira de cette pénible situation.

En 1714, Jérémie reçoit l’ordre de la cour, avec des lettres du comte de Pontchartrain [Phélypeaux], de remettre le poste aux Anglais [V. James Knight] suivant les stipulations du traité d’Utrecht. Par la suite, nous ne sommes guère renseignés sur sa carrière. Nous savons qu’il retourna à Québec et que, peu avant de rédiger sa relation, il fut demandé par l’intendant Bégon* qui voulait obtenir des renseignements relatifs à l’exploration de l’Ouest.

Il semble que Jérémie ait rédigé sa relation en France, à une date que nous ignorons, et qu’il l’ait fait à la demande d’un conseiller du roi, peut-être ministre en 1708, qui ne semble pas avoir abandonné alors toutes vues sur la baie d’Hudson. Comme le suggère la forme de son récit, Jérémie avait vraisemblablement reçu pour mission d’écrire tout ce qu’il savait de la baie d’Hudson, de la baie James et des pays voisins. « Si vous [le] souhaitez, écrit-il, lorsque je serai en Canada, j’en conférerai avec quelques personnes qui ont été plusieurs fois dans ce pais-là [la baie James] ». La relation se termine en un mémoire sur les perspectives d’avenir. Le fort Bourbon, écrit-il, pourrait donner « tous les ans plus de 100 000 livres de profit. En 1713, on ne m’avait pas envoyé 8 000 livres de cargaison en tout et j’ai fait en 1714 pour plus de 120 000 livres que j’ai apporté avec moi, lorsque j’ai été relevé par les Anglais. Ce poste serait, selon moi un des meilleurs qu’on ait dans l’Amérique, pour peu qu’on y fît de dépenses. »

À une époque où la baie d’Hudson était devenue terre anglaise, sauf pendant de très courtes périodes, le récit de Jérémie est un des rares témoignages d’un Français ayant vécu quelques années dans ces territoires. Les descriptions que l’auteur donne de la vie indigène apportent des éléments précieux à l’ethnologie canadienne : Jérémie a vécu dans le pays assez longtemps ; son témoignage n’est pas celui d’un voyageur de passage. Enfin, le récit des campagnes françaises dans la baie d’Hudson, sous le commandement d’Iberville, dont il a été un témoin et un acteur, apporte des précisions sur cette phase de l’histoire.

Jacques Rousseau

La « Relation du Détroit et de la Baie d’Hudson » écrite par Nicolas Jérémie fut publiée pour la première fois dans le Recueil d’arrests et autres pièces pour l’établissement de la Compagnie d’Occident (Amsterdam, 1720) ; la seconde édition de cette relation est contenue dans le Recueil de voyages au Nord (Amsterdam, 1732), III. Une troisième édition, reproduite à partir de celle de 1732, a été colligée avec l’édition de 1720 sous le titre de Relation du Détroit et de la Baie d’Hudson par Monsieur Jérémie, avec une introduction de J.-H. Prud’homme et publiée dans le Bull. de la Société hist. de Saint-Boniface, II (1912) ; elle en diffère par des variantes orthographiques, la suppression de trois courts passages, qui n’ajoutent que peu de chose au texte. La quatrième édition fut publiée en anglais : Twenty years of York Factory, 1694–1714 : Jérémie’s account of Hudson Strait and Bay, traduction de l’édition française de 1720 avec notes et introduction de Robert Douglas et J. N. Wallace (Ottawa, 1926). Selon les JR (Thwaites), LXXI— 252 la première édition de l’ouvrage de Jérémie aurait`paru à Amsterdam en 1710 ; c’est une erreur, la date exacte étant 1720.— AAQ, Registres des missions des Postes du Roy, Miscellaneorum liber.— ASQ, mss, 360.— Charlevoix, Histoire.— Documents relating to Hudson Bay (Tyrrell).— HBRS, XXI (Rich) ; XXV (Davies et Johnson).— Kelsey papers (Doughty et Martin).— Le Jeune, Dictionnaire.— Tanguay, Dictionnaire ; le texte de Tanguay sur les familles Jérémie demanderait plusieurs retouches.— Damase Potvin, Les Îlets-Jérémie : histoire d’une ancienne mission du Domaine du roi (Québec, 1928).— L.-A. Prud’homme, La baie d’Hudson, MSRC, 3e sér., III (1909), sect. i : 3–36.— A. Rhéaume, Nicolas Jérémie, BRH, IX (1903) : 246.— Benjamin Sulte, Noël et Nicolas Jérémie, BRH, XIII (1907) : 90–92.  [j. r.]

Bibliographie générale

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Jacques Rousseau, « JÉRÉMIE Lamontagne, NICOLAS », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 2, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 23 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/jeremie_nicolas_2F.html.

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Auteur de l'article:   Jacques Rousseau
Titre de l'article:   JÉRÉMIE Lamontagne, NICOLAS
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 2
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1969
Année de la révision:   1969
Date de consultation:   23 octobre 2014