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JUCHEREAU DE LA FERTÉ, JEANNE-FRANÇOISE, dite de Saint-Ignace, supérieure des Hospitalières de l’Hôtel-Dieu de Québec et auteur des Annales de l’Hôtel-Dieu de Québec, 1636–1716 ; née à Québec le 1er mai 1650, décédée dans la même ville, le 14 janvier 1723. Elle était la fille de Jean Juchereau* de La Ferté et de Marie Giffard. Son nom en religion lui fut donné par sa tante, la mère Marie-Françoise Giffard*, dite Marie de Saint-Ignace. Celle-ci fit venir à son lit de mort sa nièce, qui n’avait alors que six ans et demi, pour lui donner sa bénédiction et la convaincre de la remplacer un jour à l’Hôtel-Dieu.

Jeanne-Françoise entra au monastère le 22 avril 1662, malgré l’avis de sa mère qui cherchait à l’en dissuader. Auparavant, elle s’était fait conduire, par cette dernière, auprès de Mgr de Laval pour recevoir sa bénédiction. Elle était trop jeune pour être acceptée comme novice, mais il lui fut permis de rester en qualité de pensionnaire. Deux ans plus tard, elle prit le voile blanc des novices et choisit Saint-Ignace, comme nom de religion. Le 8 mars 1670, Mgr de Laval la nomma à son premier emploi comportant des responsabilités dans l’organisation de la communauté en la chargeant du denier des pauvres. Le 14 octobre 1673, elle fut nommée dépositaire de la communauté et par la suite ses responsabilités ne firent qu’augmenter : le 1er décembre 1676, pendant la maladie de la mère supérieure Boulic, Marie-René de La Nativité, mère de Saint-Ignace fut nommée assistante-supérieure ; le 19 décembre 1680, elle fut élue maîtresse des novices, pour une période de trois ans ; puis, le 13 décembre 1683, elle fut élue supérieure du monastère, bien qu’elle n’eût que 33 ans. Mère de Saint-Ignace occupa les fonctions de supérieure pendant 24 ans et celles d’assistante-supérieure pendant 12 ans.

Comme supérieure de l’Hôtel-Dieu, mère Juchereau encouragea la piété et l’abnégation ; avec fermeté et ‘constance elle prit les mesures qu’elle croyait être dans l’intérêt des religieuses et prit la défense de l’orthodoxie religieuse. C’est elle qui introduisit la dévotion au Sacré-Cœur de Marie au monastère, en 1690. Ce culte avait été propagé en France, par Jean Eudes et, dans la colonie, il était approuvé par Mgr de Laval et l’abbé Henri de Bernières*, les conseillers de mère Saint-Ignace. Après avoir été réélue supérieure, en mars 1702, elle institua la coutume de baiser les pieds et les mains de la statue de la Vierge, pour montrer que celle-ci occupait la place d’honneur dans la communauté. Lorsque, à la suite d’un incendie, les Ursulines se trouvèrent sans logement, mère Juchereau les hébergea à l’Hôtel-Dieu et elle les accompagna elle-même à leur nouveau couvent, quand il fut terminé. Son dévouement pendant les épidémies d’influenza, de rougeole et de fièvres de toutes sortes, qui sévirent en Nouvelle-France en 1688, lui valut de grands éloges de la part du gouverneur Brisay de Denonville. Elle se dévoua de la même façon pendant les épidémies de 1703 et de 171 l. Elle montra sa bonté et sa charité en offrant l’hospitalité à Sarah Garrish, une jeune Anglaise, que les Abénaquis avaient emmenée en esclavage, après avoir massacré sa famille, puis qu’ils avaient libérée contre rançon. Elle témoigna des mêmes sentiments envers une religieuse bénédictine qui avait apostasié mais fut scandalisée quand elle s’aperçut, plus tard, que celle-ci avait des opinions jansénistes et elle prit immédiatement la défense de l’orthodoxie religieuse. En 1694, elle demanda à l’évêque de déplacer un de leurs conseillers spirituels, l’abbé André de Merlac*, à cause de sa mauvaise conduite et parce que, lui aussi, professait des idées jansénistes et, de nouveau, en 1718, elle mit ses religieuses en garde contre « le venin de l’hérésie ».

Un incident illustre bien sa volonté de s’opposer à tout ce qui, d’après elle, pouvait nuire à l’essor de son monastère : en 1692, Mgr de Saint-Vallier [La Croix] proposa que les Hospitalières soient chargées de l’Hôpital Général [V. Marguerite Bourdon] établi à l’ancien monastère des Récollets de Notre-Dame-des-Anges, à une lieue de Québec. Mère Juchereau refusa, en disant que ses religieuses devaient prendre soin des malades de Québec et non d’ailleurs. Quand Versailles lui ordonna d’obéir, elle se soumit de bonne grâce et, en avril 1693, accompagna quatre religieuses à l’Hôpital Général, où elle séjourna une semaine pour aider à l’organisation intérieure. En 1699, Mgr de Saint-Vallier demanda l’aide de 12 sœurs hospitalières pour l’Hôpital Général, ainsi qu’une rente annuelle de 1 200# pour leur entretien. Mère Juchereau s’insurgea une fois de plus contre les prétentions de l’évêque et celui-ci employa tout son prestige pour influer sur le résultat des élections du 20 mars 1699 et empêcher qu’elle n’obtienne un office quelconque. La rancune s’accumula entre les sœurs de l’Hôtel-Dieu et celles de l’Hôpital Général et la séparation des deux institutions fut prononcée le 7 avril 1699. Mère Juchereau en appela auprès du ministre de la Marine, grâce aux bons offices de Mgr de Laval, qui était alors à sa retraite. Au cours des élections de 1700, qui se déroulèrent dans le calme cette fois, elle fut élue assistante-supérieure et, quelque temps après, des nouvelles de France indiquèrent que Pontchartrain l’appuyait dans ses démêlés avec Mgr de Saint-Vallier. Elle joua ensuite un rôle important en servant de médiatrice et en amenant la réconciliation entre les sœurs de l’Hôtel-Dieu et celles de l’Hôpital Général.

Peu de temps après son élection en 1713 comme supérieure, pour la huitième fois, elle fut terrassée par une forte fièvre, puis par une paralysie qui la confina au lit pendant des années. Pour comble d’infortune, elle était affligée d’un catarrhe qui la fit souffrir de plus en plus jusqu’à sa mort, survenue en janvier 1723. Bien que sa maladie la réduisît à l’inaction, elle employa une partie de son temps, entre 1716 et 1722, à dicter à mère Regnard* Duplessis dite de Sainte-Hélène une histoire générale du monastère et de la colonie, depuis les origines jusqu’à 1716. Son Histoire de l’Hôtel-Dieu de Québec fut publiée à Montauban en 1752 et rééditée, à Québec en 1939, sous le titre : Les Annales de l’Hôtel-Dieu de Québec, 1636–1716. Cette source de renseignements d’une importance primordiale pour l’histoire du xviie siècle nous donne des détails, que l’on ne trouve nulle part ailleurs, au sujet de certaines personnalités et de certains événements mais reste étonnamment silencieuse sur d’autres points.

Mère Juchereau était pieuse, intelligente, travaillait avec méthode et, comme le faisait observer Denonville, « très modérée, d’une sagesse et d’une conduite admirable ». Elle fut, dans son ordre, la première Canadienne de naissance à occuper les fonctions de supérieure et la personne la plus remarquable de la deuxième génération des religieuses de cet ordre. Son portrait est conservé à l’Hôtel-Dieu de Québec.

C. J. Jaenen

AHDQ, Lettres, I : Mélanges, IX.— AN, Col., C11A, 7.— Juchereau, Histoire de l’Hôtel-Dieu de Québec (Montauban, 1751) ; Annales (Jamet).— Le Jeune, Dictionnaire.— The Macmillan Dictionary of Canadian Biography, W. Stewart Wallace, édit. (Toronto, 1963).— Casgrain, Histoire de l’Hôtel-Dieu de Québec.

Bibliographie générale

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C. J. Jaenen, « JUCHEREAU DE LA FERTÉ, JEANNE-FRANÇOISE, de Saint-Ignace », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 2, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 25 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/juchereau_de_la_ferte_jeanne_francoise_2F.html.

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Auteur de l'article:   C. J. Jaenen
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 2
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1969
Année de la révision:   1969
Date de consultation:   25 octobre 2014