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MacKAY, ALEXANDER (il signait aussi McKay), trafiquant de fourrures et explorateur, né vers 1770, probablement dans la vallée de la Mohawk (New York), fils de Donald McKay et d’Elspeth (Elspy) Kennedy ; il épousa à la façon du pays Marguerite Waddens, fille de Jean-Étienne Waddens*, et ils eurent un fils, Thomas McKay, et trois filles ; son fils Alexander Ross McKay naquit vraisemblablement d’une autre liaison ; il se noya vers le 15 juin 1811 dans la baie Clayoquot (Colombie-Britannique).

Alexander MacKay participa à deux événements importants qui ont marqué l’histoire de l’exploration de l’Amérique du Nord et de l’expansion vers l’Ouest. Lieutenant au sein de l’expédition vers l’océan Pacifique, menée en 1793 par Alexander Mackenzie pour le compte de la North West Company, il fut l’un des premiers Européens à traverser le continent dans toute sa largeur. En 1811, en tant qu’associé de la Pacific Fur Company, il compta parmi les fondateurs d’Astoria (Oregon), premier établissement de langue anglaise sur la côte du Pacifique.

Le père de MacKay combattit à Québec en 1759, à titre de sergent dans le 78e d’infanterie, régiment des Highlands, dont les membres fournirent nombre de leurs fils à la North West Company. McKay père s’établit dans la vallée de la Mohawk après la guerre de Sept Ans, puis, en tant que loyaliste, il amena sa famille vers le nord. Cette dernière commença par vivre près de Trois-Rivières (Québec) ; par la suite, elle alla résider à Martintown, dans la région de Glengarry, dans le Haut-Canada. En novembre 1791, trois fils de Donald McKay, Donald, William* et Alexander, travaillaient dans l’Ouest, à titre de commis de la North West Company.

Alexander MacKay se joignit à la North West Company avant cette date, mais on ignore quand ; on ne connaît pas non plus la date de sa première affectation au fort Chipewyan (Alberta). Il devait être en poste en 1792, car, le 10 janvier 1793, Mackenzie demanda que MacKay fût muté au fort Fork (Peace River Landing) parce qu’ il lui « serait d’ un grand secours, advenant que [lui-même] entreprît quelque expédition ». MacKay rejoignit Mackenzie le 12 avril, et, le 9 mai, avec six voyageurs et deux chasseurs indiens, ils entreprenaient leur voyage de 74 jours vers l’océan Pacifique.

MacKay travaillait surtout sur terre. Tout en remplissant la tâche d’éclaireur, il devait vérifier la navigabilité des cours d’eau et déterminer la voie à emprunter, choisissant les portages et « ouvrant un chemin » à travers les buissons touffus le long des pentes escarpées, en plus de mener les deux Indiens à la chasse au gibier. MacKay et les chasseurs étaient les premiers à emprunter la voie de terre quand des eaux dangereuses les y forçaient, et leur marche était souvent tout aussi périlleuse. Il n’est pas surprenant de le voir, le 22 juin, montrer une « grande satisfaction » à descendre le cours d’eau connu maintenant sous le nom de Fraser, dans un canot indien qui s’était joint à l’expédition ; comme Mackenzie le nota, il « fut en mesure, par ce moyen, de [leur] tenir compagnie, tout en diminuant [leurs] efforts ».

Le fait de voyager sur des territoires inexplorés et peuplés de tribus inconnues força Mackenzie à obtenir l’aide d’Indiens locaux comme guides et interprètes, et ensuite à retenir leurs services en les surveillant alternativement avec MacKay. La disparition d’un guide, par deux fois, pendant les veilles de MacKay, amena Mackenzie à noter son mécontentement contre ce dernier la première fois et à faire « de pénibles réflexions en [lui]-même » la seconde fois. Mais, en d’autres endroits de son journal, Mackenzie cite de nombreux exemples du courage et de la fiabilité de MacKay. Le plus éloquent de ces exemples survint probablement avant de quitter l’embouchure de la Bella Coola, le 23 juillet. Ce jour-là, les hommes vinrent près de se mutiner à cause de leur « folle terreur » des Indiens menaçants et de la route traîtresse qu’ils devraient parcourir pour le voyage de retour. Après avoir décrit la fin de la révolte, Mackenzie, comme pour rassurer ses lecteurs sur le comportement de MacKay, ajouta cette note en bas d’une page de son journal : « Ce n’est que justice élémentaire à son égard de mentionner ici que j’avais toutes les raisons d’être satisfait de sa conduite. » Cette note, probablement écrite en 1800, lors de la préparation du manuscrit pour la publication, de même que la recommandation de Mackenzie à la North West Company, en 1799, pour que MacKay fût « mis à l’abri du besoin [car] au vrai il [était] aux premiers rangs », montre à l’évidence l’estime durable de l’explorateur pour son subordonné.

Pendant les années 1793 à 1800, MacKay travailla vraisemblablement à titre de commis dans le département d’Upper English River de la North West Company, près du lac La Loche (Saskatchewan). Il rétablit le poste de l’Île-à-la-Crosse et, en 1799, il gagnait, semble-t-il, £100 par année. En 1800, il devint associé et travailla dans le département d’English River (probablement celui d’Upper English River), jusqu’en 1804. Il assista à la réunion de Grand Portage (près de Grand Portage, Minnesota) en 1800, mais en fut absent en 1801 et, de nouveau, en 1802, année où il obtint deux actions dans la compagnie, en vertu d’une entente.

MacKay assista à la réunion annuelle de 1805 à Kaministiquia (Thunder Bay, Ontario), puis son tour était venu de descendre à Montréal ; il retourna à Kaministiquia en 1806. Cette année-là, son affectation eut quelque chose d’inhabituel ; il devait « surveiller De Lorme ». MacKay fit plus que « surveiller » Delorme, trafiquant qui tentait de faire concurrence à la North West Company par la voie de Grand Portage. Avec ses engagés, il força Delorme à abandonner son entreprise en jonchant son sentier d’arbres abattus, geste que dénonça plus tard lord Selkirk [Douglas] dans A sketch of the British fur trade in North America ; with observations relative to the North-West Company of Montreal, paru à Londres en 1816.

Après avoir passé l’hiver de 1806–1807 au lac Winnipeg, MacKay retourna au fort William (nouveau nom de Kaministiquia), où il fit part de son désir de se retirer à la place de John Sayer, et aux mêmes conditions que celles offertes à ce dernier. Toutefois, Sayer choisit de se retirer, et MacKay passa l’ hiver à la rivière Winnipeg, avant de retourner au fort William, pour la dernière fois, en 1808. Il démissionna aux conditions de toucher £1 000 pour une de ses actions dans la North West Company, et de conserver l’autre pendant sept ans ; il se retira ensuite à Montréal.

Peut-être est-ce cet arrangement – à moins qu’il y eût une autre entente – qui amena un MacKay « dégoûté » et d’autres Nor’Westers qui partageaient son sentiment à se joindre à un homme d’affaires américain, John Jacob Astor*, qui entreprit de fonder un poste à l’embouchure du Columbia. MacKay, Donald McKenzie* et Duncan McDougall signèrent une convention préalable avec Astor, à New York, le 10 mars 1810, sur quoi ils commencèrent à faire du recrutement à Montréal pour l’expédition, par mer et par terre, au Columbia. Parmi ceux qu’engagea MacKay se trouvèrent Gabriel Franchère*, David et Robert Stuart, et son propre fils, âgé de 13 ans, Thomas, qui se joignirent tous à lui pour le voyage par mer. Une autre recrue, Jean-Baptiste Perrault*, abandonna à Michillimakinac (Mackinac Island, Michigan) le parti qui voyageait par voie de terre.

Entre-temps, MacKay était devenu membre du Beaver Club, le 17 décembre 1809, après avoir assisté à une première réunion, le 1er avril précédent, à titre d’invité d’Alexander McKenzie*, surnommé l’Empereur. La dernière fois qu’on y relève sa présence, le 21 avril 1810, il y présenta trois invités : « deux messieurs Stewart et monsieur McDougall », tous associés dans l’entreprise du Pacifique.

Absent de New York le 23 juin 1810, lors de la ratification officielle de l’entente de la Pacific Fur Company, qui lui concéda 5 des 100 actions, MacKay fit sensation en arrivant, le 3 août, dans un canot d’écorce manœuvré par des Canadiens français aux vêtements chamarrés, qui chantaient leurs chansons de voyageurs. Par contraste, pendant leur voyage suivant à bord du Tonquin, de semblables manifestations de l’entrain des Nor’Westers allaient provoquer l’aversion durable du capitaine Jonathan Thorn. Avant l’embarquement, MacKay consulta l’ambassadeur britannique Francis James Jackson au sujet de son statut légal et de celui des autres sujets britanniques de la compagnie, advenant que la guerre éclatât avec les États-Unis. Il n’a pas été prouvé que MacKay divulgua des renseignements qui auraient contribué à la reddition d’Astoria aux mains de la North West Company, comme l’en a accusé Washington Irving. De même, on ne peut savoir si MacKay fit preuve de quelque duplicité qui aurait pu contribuer à donner à Astor la fausse impression que tous les membres de la compagnie venant des deux Canadas étaient devenus citoyens américains.

Le choix de MacKay par Astor pour faire le voyage par mer fut controversé et, selon Alexander Ross*, il représentait un « sot renversement des règles ordinaires de prudence », puisque l’expérience passée de MacKay dans le domaine de l’exploration et de la traite des fourrures l’avait plutôt préparé au voyage par voie de terre. Pourtant, le parti à bord du Tonquin qui mit à la voile le 6 septembre 1810 en vint à le considérer comme le chef, au détriment du fondé de pouvoir d’Astor, Duncan McDougall. L’ambiguïté au sujet du chef réel amena les deux associés à se quereller et contribua, sans aucun doute, à rendre leurs rapports catastrophiques avec le capitaine Thorn, officier à cheval sur la discipline. MacKay intervint à maintes reprises contre la cruauté de ce dernier, mais en vain. L’hostilité entre Thorn et MacKay, aggravée par la tentative de Thorn d’abandonner son adversaire et d’autres membres du parti dans les îles Malouines (îles Falkland), fut la cause indirecte de la fin tragique du Tonquin.

Le navire atteignit l’embouchure du Columbia en mars 1811, et, au début de mai, MacKay mena un parti d’exploration et de traite en amont du fleuve. Puis au début de juin, il partit comme subrécargue à bord du Tonquin, en mission de traite vers le nord de la côte du Pacifique. Avant de mettre à la voile, il fit part à Alexander Ross de ses prémonitions d’un désastre imminent, et lui confia le soin de son fils Thomas. À la baie Clayoquot, la dureté de Thorn envers les Indiens, en dépit des objurgations de MacKay, provoqua de toute évidence une attaque. Au cours du combat et de l’explosion du navire qui s’ensuivit, tous les hommes à bord du Tonquin, sauf un, furent tués. Grandement respecté par les Indiens, MacKay fut, semble-t-il, le premier à tomber.

Selon Franchère, la mort d’Alexander MacKay représenta « une perte irréparable » pour la Pacific Fur Company. Qualifié par ses contemporains d’homme « brave et entreprenant », quoique, aussi, « fantasque et excentrique », MacKay se fit connaître dans la contrée de l’Oregon non seulement à cause de son rôle dans l’épopée du Tonquin d’Astoria, mais aussi grâce à la carrière qu’y fit son fils Thomas comme trafiquant de fourrures. Marguerite Waddens, qu’il avait apparemment abandonnée quand il prit sa retraite en 1808, devint la femme du docteur John McLoughlin*.

Jean Morrison

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Bibliographie générale

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Jean Morrison, « MacKAY, ALEXANDER », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 5, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 22 juill. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/mackay_alexander_5F.html.

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Auteur de l'article:   Jean Morrison
Titre de l'article:   MacKAY, ALEXANDER
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 5
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1983
Année de la révision:   1983
Date de consultation:   22 juillet 2014