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ROUSSEAU, DOMINIQUE, orfèvre, trafiquant de fourrures, homme d’affaires et officier de milice, né le 9 novembre 1755 à Québec, fils de Louis-Alexandre Rousseau, dit Beausoleil, marchand, et de sa seconde épouse, Marie-Joseph Chabot ; décédé à la suite d’une attaque d’apoplexie le 27 février 1825 à Montréal.

Bien que la vie et la carrière de Dominique Rousseau aient été complexes et diversifiées, les appellations qui lui étaient conférées dans les pièces d’archives permettent de schématiser l’évolution de sa carrière. Ainsi, il fut surtout appelé « orfèvre » de 1776 à 1790 ; « négociant » de 1784 à 1815 ; « bourgeois » de 1799 à 1806 ; « marchand » de 1806 à 1815 ; « marchand voyageur » de 1816 à 1821 ; puis « commerçant » de 1821 à 1825. Mais il fut également producteur agricole, fabricant de potasse, trafiquant de fourrures, capitaine de milice (1802), puis major (1812), ainsi qu’un important propriétaire foncier. Il fut qualifié d’« écuyer » dès 1801 et jusqu’à sa mort.

Rousseau habite d’abord Québec où il apprend son métier d’orfèvre, probablement dans l’entourage de Joseph Schindler* où il rencontre son ami Louis Huguet, dit Latour. Venu à Montréal comme ce dernier, il y travaille peut-être pour le bourgeois François Cazeau*, qui assiste à son mariage avec Charlotte Foureur le 30 janvier 1776. Rousseau habite à Grondines (Saint-Charles-des-Grondines) en 1779, où réside sa famille, puis revient à Montréal en juin 1780, quelques mois après le décès de son père. L’année suivante, il emménage rue Saint-Jacques dans la propriété acquise de son beau-père Louis Foureur*, dit Champagne. Ses affaires prospèrent rapidement. En 1781, il loue un banc à l’église Notre-Dame et prête 1 175# sans intérêts « En or, monnoye d’espagne » à son beau-frère, l’orfèvre Pierre Foureur, dit Champagne, qui a peut-être fait son apprentissage avec lui. Mais en 1783 il délaisse la pratique de son métier lorsqu’il loue sa résidence à l’orfèvre Charles Duval. Le loyer sera payé en pièces d’orfèvrerie de traite dont Rousseau assurera la commercialisation.

Au printemps de 1784, Rousseau est établi comme négociant à Saint-Philippe-de-Laprairie. Il y acquiert au moins six propriétés et demeure dans un appartement qu’il se réserve dans une des maisons qu’il loue. Il exploite ses terres par l’entremise de quelques fermiers auxquels il fournit également les instruments agricoles et les animaux. Il commercialise leur production, tant la viande, les produits laitiers, que les cultures maraîchères, le foin et le blé. Il fait si bien, qu’en 1789 il revend trois de ses fermes £900, soit plus de trois fois ce qu’il les avait payées. Entre-temps, il se réinstalle à Montréal en mai 1787, mais pour un an seulement. De 1788 à 1791, il réside à Longueuil où il se déclare marchand orfèvre. En 1792, il s’établit à demeure rue Notre-Dame, vis-à-vis des récollets, dans l’ancienne maison familiale des Foureur, dit Champagne, qui lui a été cédée par sa belle-mère l’année précédente. Il devient immédiatement dépositaire des clés des pompes à incendie de son quartier.

De 1793 à 1795, Rousseau travaille rue Saint-François-Xavier. Afin de fabriquer 12 000 paires de pendants d’oreilles qu’il doit livrer très rapidement à François Bouthillier, il emploie plusieurs orfèvres : Henry Polonceaux, Sigmund Hiltne, John Oakes, Nathan Starns et Christian Grothé. Ce dernier fournira d’ailleurs Rousseau jusqu’en 1801, s’associant même pendant un an à Charles-David Bohle. Rousseau déploie beaucoup d’ingéniosité pour réaliser cette entreprise. Une des propriétés de Saint-Philippe-de-Laprairie sert de caution et change de mains à plusieurs reprises, alors que le salaire de Starns est versé en nature sous forme d’un laminoir. Plusieurs documents fournissent d’abondantes informations sur les prix des objets et sur les salaires. Un détail supplémentaire démontre la vive concurrence en ce domaine : un modèle, « renfermé dans un papier cacheté », n’est remis à Grothé qu’après la signature du contrat notarié.

À partir de 1796, Rousseau redevient négociant, s’installe dans une maison rue Saint-Paul et sous-loue un des deux magasins qu’elle contient ; le passage mitoyen est également mis à la disposition de vendeurs de « pacotille ». Rousseau y tient un assortiment de marchandises de détail. Par ailleurs, il s’associe en mars 1797 avec son frère François et Jean-Baptiste-Toussaint Pothier* afin d’établir une fabrique de potasse à Deschambault. Mais Pothier se retire rapidement de l’affaire. Rousseau fait quand même construire les bâtiments requis et commence la production à l’été. En mai 1798, il engage un « maître potassier » pour « autant de temps qu’il y aura de l’ouvrage ».

L’été de 1798 marque un tournant majeur dans la carrière de Rousseau. Il vend pour 16 223# 15s de « marchandises, argenterie et effets » à Pierre-Gabriel Cotté, qu’il livrera à Michillimakinac (Mackinac Island, Michigan) et qu’il consignera chez Pothier. Rousseau devient bourgeois et engage des voyageurs. Il jouit des faveurs de Joseph Lamothe, capitaine au département des Affaires indiennes, qui lui avance à long terme et sans intérêts des sommes totalisant 24 200# (£1 008 6s 8d). Entre 1799 au 1809, Rousseau emploie jusqu’à une soixantaine d’engagés, dont une cinquantaine d’hivernants, et équipe jusqu’à sept canots par an. On y trouve un boulanger, un tailleur, un tonnelier, un meunier et un menuisier. Rousseau a deux commis à Michillimakinac de 1802 à 1805, puis trois de 1805 à 1808, et lui-même se rend d’ailleurs à cet endroit tous les étés. Ses hivernants s’établissent généralement vers le sud, dans les régions alors appelées Illinois, haut et bas Mississippi, rivière Grand (Michigan), Detroit. Cependant, en 1802, en association avec Joseph Bailly, il tente de s’établir à Grand Portage (près de Grand Portage, Minnesota), au bas du lac à la Pluie (lac Rainy, Ontario). L’équipage de dix hommes, placé sous la direction du commis Paul Hervieux, est composé du guide François Rastoulle, de six voyageurs, d’un boulanger et d’un hivernant. Mais, jalouse de ce territoire qu’elle considère comme sa possession exclusive, la puissante North West Company attaque l’expédition.

L’altercation, qui dure un bon moment, a lieu en juillet 1802 et oppose principalement Duncan McGillivray* et Hervieux. Simon McTavish*, Archibald Norman McLeod* et Rastoulle y participent également. La North West Company veut empêcher l’expédition de planter ses tentes sur les terrains défrichés par la compagnie et d’y commercer. Hervieux exhibe la licence que le gouvernement américain a accordé à ses bourgeois, tout en contestant les prétentions de la North West Company sur l’exclusivité des droits de commerce. Dans un excès de colère et d’injures, McGillivray taillade une des tentes et ridiculise l’expédition en faisant brûler une autre. Puis la North West Company interdit à ses engagés de commercer avec Hervieux sous peine de représailles. Ce dernier ne peut donc vendre que le quart de ses marchandises, moitié sèches, moitié liquides, évaluées à £840, desquelles il attendait réaliser un profit de £2 500 à £3 000.

En octobre suivant, Rousseau et Bailly intentent une poursuite contre McGillivray à la Cour du banc du roi. L’audition de 16 témoins est reportée en mars 1803. Plusieurs voyageurs témoignent en faveur de la partie plaignante, mais également quelques négociants tels Thomas Forsyth, Maurice-Régis Blondeau*, Jean-Baptiste Tabeau et Daniel Sutherland. Hervieux avoue qu’il faisait une guerre des prix en vendant ses denrées moins chères que ses concurrents. D’autres témoignages révèlent qu’il visait particulièrement Joseph Lecuyer, négociant associé à la North West Company qui vendait surtout des spiritueux. Rousseau avait lui-même affirmé, en présence de Henry McKenzie à Michillimakinac, qu’il avait envoyé un canot à Grand Portage dans le but de faire baisser les prix de la North West Company et qu’il continuerait de le faire jusqu’à ce qu’il ait atteint cet objectif. Arrivé à Grand Portage avant Hervieux, McKenzie avait averti ses employeurs qui avaient décidé de contrer Hervieux.

La cour condamne McGillivray à payer £500 de dommages au plaignant, plus les frais. Lord Selkirk [Douglas*] fait alors la remarque suivante : « Cette somme ne pouvoit absolument pas l’indemniser [le plaignant] des profits qu’il avoit raison d’espérer, et n’étoit qu’une bagatelle pour la Compagnie du Nord-Ouest, comparée avec l’avantage de conserver son monopole, et d’empêcher d’autres aventuriers de tenter la même entreprise. » Toutefois, il s’agissait d’une grande victoire morale, puisque la North West Company venait de perdre ainsi la reconnaissance légale de ses droits d’exclusivité. L’historienne Grace Lee Nute conclut pour sa part que cette cause allait inciter la North West Company à s’établir en territoire britannique, au fort William (Thunder Bay, Ontario).

En 1806, Rousseau tente un nouveau coup de force contre la North West Company. En plus de ses 47 hivernants établis dans la partie sud de Michillimakinac, il envoie une expédition vers le nord. Cette dernière est dirigée par François Hénault, dit Delorme, un des voyageurs employés par Rousseau. Mais la North West Company a vent de l’entreprise et affecte quelques hommes placés sous la direction d’Alexander MacKay* pour les « surveiller ». Par prudence, Delorme emprunte l’ancienne route de Grand Portage menant au lac à la Pluie, située en territoire américain et abandonnée par la North West Company depuis les événements de 1802. Mais l’équipe de MacKay obstrue le passage en coupant des arbres, ce qui oblige Delorme à abandonner ses marchandises sur place. Cette fois, le litige se réglera hors cour.

Le 10 décembre 1806, une convention est passée entre Rousseau et les agents de la Michilimackinac Company [V. John Ogilvy*], soit Pothier, Josiah Bleakley, Jacques Giasson, George Gillespie* et David Mitchell fils. Rousseau s’engage à respecter les bornes des territoires de commerce établies entre la North West Company et la Michilimackinac Company, de ne faire aucun commerce ou traite avec les Indiens mais seulement avec les Blancs et de n’avoir aucun autre intérêt séparé. En retour, Rousseau obtient la concession exclusive d’un magasin de détail à Michillimakinac, mis à part celui de la Michilimackinac Company. La valeur des marchandises annuelles fournies par cette dernière ne dépassera pas £2 000, à moins d’un accord mutuel visant à l’augmenter. Advenant le non-respect de cet accord, la partie contrevenante devra verser une amende de £1 000 à la partie offensée. L’entente est ratifiée pour dix ans, soit la même période que celle fixée dans l’accord conclu pendant le même mois entre la North West Company et la Michilimackinac Company.

Le 12 janvier 1807, Rousseau signe une autre entente, cette fois avec William et Duncan McGillivray, William Hallowell, Roderick McKenzie*, John Ogilvy et Thomas Thain, afin de « terminer a L’amiable tout sujet de Contestation » à la suite de l’affrontement entre MacKay et Delorme. Rousseau recevra £600, en échange de quoi la North West Company pourra récupérer toutes les marchandises laissées par Delorme « au lieu nommé Le portage de L’orignal ». Au printemps, Rousseau n’équipe qu’une toute petite expédition. Le 6 juillet, à Michillimakinac, il résilie sous seing privé son contrat avec la Michilimackinac Company. Mais tout laisse croire qu’il continue à travailler pour elle jusqu’à son absorption par la South West Fur Company de John Jacob Astor en 1811. En effet, en dressant l’inventaire après décès de Rousseau, le notaire a relevé 68 papiers concernant la Michilimackinac Company, ce qui semble indiquer des opérations commerciales importantes et soutenues.

En octobre 1807, Rousseau se trouve endetté de £3 208 envers David David et de £1 500 envers William et Andrew* Porteous pour diverses marchandises acquises pour son commerce. Ses créanciers reconnaissent son honnêteté et sa probité : le défaut de paiement ne provient pas de sa négligence et « ne peut être attribué qu’à la situation actuelle du commerce en cette province ». En effet, Rousseau possède pour £850 de fourrures qui seront vendues en Angleterre. Par ailleurs, plusieurs personnes lui doivent au total 76 284# (£3 178 10s). Le plus important de ces débiteurs est Robert Dickson et sa compagnie, pour des sommes de 31 624# et 5 800#. En 1804, Rousseau avait en effet confié à Dickson l’administration de tous ses biens et affaires dans le Haut-Canada ou aux États-Unis, « soit dans son commerce de la traite avec les Sauvages qu’autrement ». Au printemps de 1808, avant de partir pour Michillimakinac, Rousseau délègue son procureur David David à l’assemblée des créanciers de Dickson, représenté à Montréal par James McGill*. L’été de la même année, il fait construire rue Notre-Dame une « voûte » de £400, comprenant trois étages, dont une cave profonde et une cuisine. Rousseau y installe son quartier général, mais n’abandonne pas ses voyages dans les pays d’en haut.

Rousseau se remet au commerce des fourrures en 1811, dès que la Michilimackinac Company est liquidée. Malchanceux, il se fait voler des pelleteries entreposées dans une de ses « voûtes » sise place des Commissaires. En mars 1813, il fournit des fourrures au marchand pelletier Joseph Lemoine, parent de Gabriel Franchère*. Il repart en affaires avec Jean-Baptiste-Toussaint Pothier qui lui fournit pour £707 de marchandises. Malgré l’incertitude créée par la guerre avec les Américains, il envoie quatre canots à Michillimakinac au printemps. Voyant que la route est libre, il s’associe à Michel Lacroix pour envoyer une deuxième expédition in extremis à la fin d’août ; cette dernière comprend deux hivernants, dont un qui servira deux ans. En décembre, Rousseau signe un contrat d’association avec Paul-Joseph Lacroix. Leur collaboration sera fructueuse et se prolongera jusqu’après la mort de Rousseau, puisque ce fidèle associé deviendra son principal exécuteur testamentaire.

Lorsqu’il procédera à l’inventaire après décès de Rousseau, le notaire relèvera quantité de papiers relatifs aux affaires avec les Lacroix, dont 54 concernent Michel et 121 Paul-Joseph. De 1814 à 1819, Michel Lacroix commerce pour Rousseau à « Haokia ou saint Louis (aux environs de St Louis, Missouri) » et York (Toronto), avec des gens comme John Baptiste Jacobs, Joseph Cadotte et Duncan Cameron*. En 1823, Rousseau délègue à St Louis son procureur, Pierre Cabané, pour régler toutes ses créances avec les exécuteurs ou administrateurs de Michel Lacroix et de John Hays. Durant la même période, Rousseau engage des voyageurs en association avec Paul-Joseph Lacroix. Il en emploie d’autres pour le compte de Berthelotte et Rollette. Il a recours également à des marchands voyageurs de Lac-des-Deux-Montagnes (Oka) tels Bernard et Louis Lyons, et François-Benjamin Pillet, dont il entrepose et commercialise en exclusivité les pelleteries. Le contrat signé le 31 juillet 1823 avec ce dernier fournit des informations précises et abondantes quant au commerce de Rousseau et aux prix pratiqués sur ce marché.

Tout au long de sa carrière, Rousseau investit dans plusieurs propriétés foncières. Il ne les hypothèque qu’exceptionnellement, car il préfère les payer rapidement. Il n’en revend quelques-unes qu’à l’occasion et aime mieux les louer et les améliorer. En plus de celles qui ont déjà été mentionnées, Rousseau acquiert un imposant magasin rue Saint-Paul en 1803, ainsi que plusieurs terrains et propriétés au faubourg Sainte-Marie ; il y fait construire au moins une maison, de même qu’un luxueux magasin en 1820. En 1811, il se fait concéder quatre terres à Hemmingford, qu’il donne en 1823 à Marie-Anne Rousseau, épouse de son « ami » John (Jean-Baptiste) Delisle. En 1814, il achète pour £2 250 une propriété cossue rue Notre-Dame, qu’il loue à plusieurs négociants £200 par année. En 1820, il fait encore l’acquisition d’une terre dans la seigneurie de Léry à Blairfindie (L’Acadie), qu’il donne immédiatement à une des filles que sa femme a adoptées. Tout au long de sa vie, il avance régulièrement des sommes importantes à plusieurs personnes, et ses talents d’administrateur sont fréquemment mis à profit à titre de procureur.

La biographie de Rousseau serait incomplète si l’on n’évoquait un climat matrimonial tout à fait exceptionnel. Ses relations avec Charlotte Foureur demeurent obscures. S’il ne cohabite pas avec elle pendant une longue période, c’est parce qu’il a une compagne attitrée, Jean Cook, avec laquelle il a, entre 1796 au 1811, cinq enfants. Ceux-ci sont gardés clandestins pendant un certain temps mais, à partir de 1803, Rousseau les reconnaît, leur donne son nom, les fait ses légataires et leur mère, usufruitière. Ces derniers habitent désormais au faubourg Sainte-Marie à proximité des propriétés de Rousseau. Par ailleurs, on a prétendu que Rousseau était le père de deux autres enfants baptisés à Michillimakinac en 1821 et nés de mères différentes. Il s’agit en fait de son fils, prénommé aussi Dominique, père d’une métisse, puis parrain d’une autre. Pour sa part, Charlotte Foureur a adopté deux filles qu’elle avait élevées depuis leur enfance.

La volonté de léguer ses biens à ses enfants illégitimes devient une véritable obsession pour Rousseau. Il rédige une dizaine de testaments, dont au moins quatre dans les deux dernières années de sa vie. Mais la donation de 1812 présente un cas tout à fait inusité. En effet, Rousseau et son épouse donnent, conjointement, deux propriétés à ces cinq enfants et à leur mère usufruitière. Malgré cela, après le décès de son époux, Charlotte Foureur fait partiellement échec à ses volontés, en se prévalant des droits et conventions consenties par son contrat de mariage. Néanmoins, cette saga fournit plusieurs informations intéressantes sur les proches de Rousseau. Le choix de ses exécuteurs testamentaires, par exemple, indique des liens privilégiés avec les personnes suivantes : Charles Dézéry Latour en 1788 ; Thomas Forsyth en 1803 ; Étienne Nivard Saint-Dizier de 1808 à 1812 ; Joseph-Maurice Lamothe, François Toupin et John Delisle de 1816 à 1823 ; Henry Bellefeuille en 1824 ; puis, dans les derniers testaments, Joseph Masson* et Paul-Joseph Lacroix.

L’inventaire après décès des biens de Rousseau et la vente qui suit, démontrent sans aucun doute qu’il vivait dans l’opulence ; il avait d’ailleurs eu plusieurs domestiques à son service. À titre d’exemple, Rousseau possédait un service de vaisselle de 60 couverts, des provisions de bouche et des spiritueux pour soutenir un siège. L’argenterie a été évaluée à £46 2s, et ses finances présentaient un surplus créancier de £880. La bibliothèque n’a été que partiellement inventoriée. On peut toutefois y déceler les principaux intérêts de Rousseau : la nature, les lois, les finances et le commerce des fourrures. La vente de ses biens a rapporté £286 ; son associé Paul-Joseph Lacroix a acheté 2 227 pendants d’oreilles.

Ayant commencé sa carrière comme maître orfèvre, Rousseau a appliqué rapidement ses talents naturels de commerçant au négoce de pièces d’orfèvrerie, puis de toutes sortes de biens, pour enfin aboutir à celui des fourrures. De par la nature de sa double carrière, il occupe donc une place toute privilégiée dans la commercialisation de l’orfèvrerie de traite. L’apogée de ce type de production est exactement contemporain de la carrière de Rousseau et de la formidable épopée de la North West Company. Sa carrière d’orfèvre a d’ailleurs été exclusivement consacrée à cette spécialité. Mais au lieu de fabriquer lui-même ces objets, Rousseau a fait appel à plusieurs orfèvres professionnels. Parmi eux, Salomon Marion semble avoir joui d’une position privilégiée. Assez ironiquement, aucun exemple de cette production proto-industrielle n’a été conservé, et aucun poinçon n’a encore pu être attribué à Rousseau. Il est à noter toutefois qu’un orfèvre contemporain, de Detroit, avait les mêmes initiales ; il s’agit de Dominique Réopelle.

Il n’en demeure pas moins que la principale activité de Dominique Rousseau a été le commerce des fourrures. Sa carrière révèle la conjoncture dans laquelle devaient se débattre les négociants francophones, en luttant à armes inégales contre les monopoles anglophones organisés en puissantes compagnies. Lors des attaques de Rousseau contre la North West Company, on sent certains relents de nationalisme dans ses revendications pour arracher une part de ce marché lucratif. Les appuis qu’il a reçus lors de son procès de 1802–1803 et les ententes qui le liaient à plusieurs trafiquants francophones dénotent une cohésion certaine de ce milieu dont l’histoire a été jusqu’à ce jour négligée.

Robert Derome

L’auteur remercie trois étudiantes qui ont collaboré très activement aux recherches et à la cueillette de la très abondante documentation concernant Dominique Rousseau : Mary Henshaw†, José Ménard et Joanne Chagnon. L’actuelle biographie est basée sur l’analyse informatisée d’une très grande quantité d’actes notariés, ainsi que d’autres documents d’archives. Le lecteur trouvera avantage à consulter l’excellent article de Grace Lee Nute, « A British legal case and old Grand Portage », Minn. Hist. (St Paul), 21 (1940) : 117–148 ; il y trouvera plusieurs pistes et analyses fort bien documentées, en plus de la transcription intégrale des témoignages entendus les 21, 22 et 23 mars 1803, lors du procès intenté par Rousseau et Bailly contre McGillivray. Nous n’avons que très brièvement résumé cette riche documentation qui révèle, entre autres, avec force détails les pratiques commerciales de la traite des fourrures. La brève biographie publiée par Édouard-Zotique Massicotte*, « Dominique Rousseau, maître orfèvre et négociant en pelleteries », BRH, 49 (1943) : 342–348, ne présente qu’un pâle reflet de la carrière de Rousseau rapportée avec quelques inexactitudes, mais elle contient aussi des informations qui n’ont pas été répétées ici. Quant aux interprétations véhiculées par lord Selkirk dans Esquisse du commerce de pelleteries des anglois, dans l’Amérique septentrionale, avec des observations relatives à la Compagnie du Nord-Ouest de Montréal (Montréal, 1819), elles doivent être utilisées avec précaution, car elles font partie de sa rhétorique pour discréditer la North West Company. Il est à souhaiter que des études se fassent sur la Michilimackinac Company ; elles jetteraient plus de lumière sur le rôle qu’a pu y jouer Rousseau.  [r. d.]

ANQ-M, CE1-51, 22, 30 janv. 1776, 24 janv. 1780, 14 oct. 1787 ; CN1-16, 7 déc. 1813 ; CN1-33, 8 mai 1824 ; CN1-47, 20 févr. 1797 ; CN1-74, 30 juill. 1796, 2 mars 1797, 16 mai, 13 août, 19 sept., 15 déc. 1798, 16, 19, 25, 31 janv., 4–5, 11 févr., 8, 27 mars, 12 avril, 7 mai 1799, 4, 9, 15, 27 janv., 13, 19, 21–22 févr. 1800, 17, 24, 30 janv., 7, 13, 19–20, 24, 26 févr., 28 mars, 1er avril 1801, 26 sept. 1804, 19 nov., 10 déc. 1806, 14 févr., 20 avril 1810, 16 mai 1811, 24 févr. 1813 ; CN1-120, 21 janv. 1776, 10 mars 1779, 20 janv. 1780 ; CN1-121, 6 juill. 1789, 8 janv., 2, 6 nov., 3 déc. 1793, 18 mai, 22 sept. 1795, 11 avril 1797, 12 mars, 31 oct., 1er, 21, 30 déc. 1801, 22, 28, 30 janv., 2, 8–10, 12, 26 févr., 3, 5, 11, 19–20 mars, 3, 6, 9, 13, 15–16, 21, 23, 27, 30 avril, 6 mai, 27 sept., 6 nov., 2, 9, 13–15, 20, 22, 28, 31 déc. 1802, 3, 7, 24, 27 janv., 3–4 févr., 16, 29 mars, 22, 25 avril, 4, 10, 12 mai, 26, 31 oct., 26, 28–29 nov., 1er, 9, 14, 16, 20, 27–28 déc. 1803, 3, 16, 18 janv., 18, 20 févr., 10, 13, 16, 24, 30–31 mars, 20, 27, 30 avril, 22, 28 mai, 26 sept., 7 nov., 28–29 déc. 1804, 11–12, 16–18, 21 janv., 4, 8–9, 12, 14, 25 févr., 26–28 mars, 1er, 5–6, 8, 11, 15, 17–19, 24, 26, 29 avril, 17 mai, 5 juin, 9 nov., 21, 30 déc. 1805, 3, 13, 23 janv., 1er, 3, 6–8 févr., 15, 18, 20 mars, 3, 5, 11, 14–15, 17, 22, 24, 30 avril, 1er mai, 23, 26 sept., 21 nov., 23–24, 26 déc. 1806, 10, 12, 24 janv., 5, 15–16, 24 oct., 29 déc. 1807, 19 avril, 5, 9 mai, 28 sept. 1808, 8, 18 mars, 2 oct., 5 déc. 1809, 17 mars, 10, 30 avril 1810, 20 févr., 3, 26 oct. 1811, 4 janv., 15, 19–20 juin 1812, 6, 8, 18–19, 27 mars, 12, 17, 26, 28 avril, 1er, 15, 22 mai, 21, 23 août 1813 ; CN1-126, 16 mai 1811, 20 févr., 9 mars, 2, 9 sept. 1814, 3 janv., 13 févr., 14 août 1815, 20 févr., 15, 24, 29–30 mai, 31 déc. 1816, 2 mai 1817, 16 févr., 22, 30 mai, 3 oct. 1818, 6 avril 1819, 22 mars 1820 ; CN1-128, 6 févr., 19 sept. 1788, 16 oct., 13 nov. 1789, 5 juill., 10 août 1790, 12 mars 1791, 9 déc. 1793, 20 mars 1798, 4 janv., 12 sept. 1800 ; CN1-134, 27 mars 1817, 16 nov., 3 déc. 1819, 11 févr., 13 mars 1820, 3, 7 févr., 12 juill., 3 août 1821, 16 janv., 30 mars, 22 avril, 7 juill., 22 août 1822, 21, 27 janv., 24 févr., 11 mars, 22 avril, 6 juin, 4 août 1823, 13 févr., 3 nov., 4, 11 déc. 1824, 22 janv., 21, 30 mars, 7, 20 avril, 7, 23 mai, 7 oct. 1825, 4 juill. 1826, 31 janv., 23 juill. 1827, 30 avril 1832, 26 janv. 1833 ; CN1-158, 9 juill. 1775, 28 janv. 1776, 6 avril 1780, 24 déc. 1781, 11 août 1783, 27 févr. 1787 ; CN1-185, 22 oct. 1805 ; CN1-194, 7 mai 1801, 4 déc. 1810 ; CN1-229, 17 mai 1784, 7 mai 1785, 7 juin, 4 août, 25 nov. 1786 ; CN1-243, 2, 5 sept. 1814 ; CN1-295, 29 août, 2 sept. 1814, 20 janv., 2 févr., 2 oct., 25 nov. 1815 ; CN1-313,16 févr. 1786, 11 avril 1792, 5 avril 1808, 4 avril 1809 ; CN1-334, 11 mars 1806, 2 sept. 1814, 2 oct. 1815 ; CN1-348, 25 avril 1826 ; T-10, 77, 1–2, 5, 7, 20 oct. 1802, 21–23 mars 1803.— AP, Notre-Dame de Montréal, boîte 1756, 3 janv. 1781.— Arch. privées, Robert Derome (Montréal), Robert Derome, « les Migrations d’orfèvres au Québec (1760–1790) ».— AUM, P 58, P2/105, 20 avril 1802.— MAC-CD, Fonds Morrisset, 2, Dossier Dominique Rousseau.— Montreal Gazette, 1er mars 1792, 9 juill. 1804, 4 nov. 1811–3 févr. 1812, 31 août 1812, 5 oct. 1812–26 janv. 1813, 10 janv.–15 août 1821, 5 mars 1825, 1er, 5, 19, 26 févr., 5 mars, 5 avril, 6 août 1827.— Almanach de Québec, 1807–1813.— Marthe Faribault-Beauregard, la Population des forts français d’Amérique (XVIIIe siècle) [...] (1 vol. paru, Montréal, 1982).— Massicotte, « Répertoire des engagements pour l’Ouest », ANQ Rapport, 1943–1944.— Montreal directory, 1819.— Tanguay, Dictionnaire, 7.— Robert Derome, « Delezenne, les orfèvres, l’orfèvrerie, 1740–1790 » (thèse de {{m.a}}., univ. de Montréal, 1974).— R. A. C. Fox, Quebec and related silver at the Detroit Institute of Arts (Detroit, 1978).— J. E. Langdon, Canadian silversmiths, 1700–1900 (Toronto, 1966).

Bibliographie générale

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Robert Derome, « ROUSSEAU, DOMINIQUE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 23 août 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/rousseau_dominique_6F.html.

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Auteur de l'article:   Robert Derome
Titre de l'article:   ROUSSEAU, DOMINIQUE
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1987
Année de la révision:   1987
Date de consultation:   23 août 2014