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McARTHUR, PETER GILCHRIST, écrivain et fermier, né le 10 mars 1866 dans le canton d’Ekfrid, Haut-Canada, fils de Peter McArthur et de Catherine McLennan ; le 11 septembre 1895, il épousa à Niagara (Niagara-on-the-Lake, Ontario) Mabel Clara Haywood-Waters, et ils eurent quatre fils et une fille ; décédé le 28 octobre 1924 à London, Ontario, et inhumé dans le canton d’Ekfrid.

Élevé dans une ferme par des parents presbytériens d’origine écossaise, Peter Gilchrist McArthur défendrait toute sa vie les valeurs qui, selon lui, étaient inhérentes au mode de vie des pionniers. Après avoir reçu en 1887 son diplôme d'une école secondaire d’une localité voisine, Strathroy, il y fréquenta l’école d'application et enseigna un moment. L’année suivante, il entra à la University of Toronto, où son caractère et sa détermination à résister aux brimades des étudiants plus âgés impressionnèrent le recteur, sir Daniel Wilson*. Son ambition étant de devenir écrivain, il envoya des blagues au Grip de John Wilson Bengough et, en 1889, il quitta l’université pour une place de reporter au Toronto Daily Mail.

En 1890, McArthur s’installa à New York pour parfaire sa pratique du métier en se faisant pigiste. Il se mêla bientôt à la communauté des artistes canadiens expatriés, où l’on retrouvait les poètes Charles George Douglas Roberts* et William Bliss Carman, le poète et artiste Duncan A. McKellar et l’illustrateur Jay Hambidge, qui étudiait les proportions dans l’art et les formules mathématiques dans la nature. McArthur surnommait ce groupe « la commune ». Deux des membres, Carman et l’imprimeur Calvert Bowyer Vaux, correspondraient avec lui durant toute sa vie et, en 1921, il organiserait la tournée de lectures de Carman au Canada. Tout en écrivant des articles, des poèmes et des morceaux humoristiques pour diverses publications – Life, Puck et l’Atlantic Monthly par exemple – McArthur, en tant que rédacteur en chef du Truth de New York de 1895 à 1897, publia Roberts, Carman, Stephen Butler Leacock* et Duncan Campbell Scott*. En 1895, pendant qu’il habitait à Brooklyn, il épousa Mabel Clara Haywood-Waters à l’église anglicane St Mark de Niagara.

En 1902, McArthur s’embarqua pour Londres en compagnie de sa famille afin d’aller diriger un magazine qui exposerait l’« esthétique de symétrie dynamique » de Hambidge. Comme ce projet n’aboutissait pas, il se consacra à d’autres travaux, toujours à Londres. Il collabora au Punch et travailla avec William Thomas Stead à la Review of Reviews et au Daily Paper. Il composa une satire qui rend compte du regard posé par un colonial sur la société impériale et qui parut en 1903, To be taken with salt : being an essay on teaching one’s grandmother to suck eggs. De retour à New York en 1904 avec sa famille, il s’associa à une agence de publicité pour laquelle il écrivit de petites histoires qui se terminaient par l’éloge d’un produit. En outre, à titre de rédacteur pigiste, il composa The prodigal, and other poems (1907), dont plusieurs éléments annoncent un retour à la vie rurale. Peu après, il laissa derrière lui le monde des affaires et ses aléas, s’établit à Niagara et, en 1908, emmena sa famille dans le canton d’Ekfrid, où son père lui avait légué une terre. Il y resterait jusqu’à la fin de ses jours, à faire de la polyculture dans une petite ferme, pour en tirer non pas de la richesse mais du bien-être physique et de la nourriture spirituelle (en plus de celle obtenue à titre de membre de l’église anglicane St John). Son aventure, semblable à celle que Henry David Thoreau a racontée dans Walden, lui permettait de goûter et de décrire la nature et l’activité rurale, et de les interpréter dans une perspective philosophique. Son analyse spirituelle de la nature l’amena aisément à mettre l’accent sur l’homme ordinaire. Dans un essai inédit où il reprochait à Richard Maurice Bucke* de voir en Walt Whitman le plus grand représentant de la conscience cosmique, McArthur soutenait que « les hommes de toute condition possèdent » cette conscience et que la véritable gloire de Whitman était d’avoir eu le dessein d’« aider chaque homme à faire fructifier sa propre nature ».

Le lieu où McArthur préférait aller réfléchir et écrire était une tente dans son boisé. Les articles qu’il publia dans le Globe de Toronto du 29 mai 1909 à sa mort révèlent la multiplicité de ses domaines d’intérêt. De 1910 à 1917, il collabora aussi au Farmer’s Advocate and Home Magazine de London. Deux recueils d’extraits de ses articles écrits pour ces deux périodiques parurent à Toronto, respectivement en 1915 et en 1919, soit In pastures green et The red cow and her friends. La renommée de McArthur repose surtout sur ces essais et sur des poèmes de circonstance, mais il était un auteur prolifique. Entre 1910 et 1912, il publia huit numéros de Ourselves : a Magazine for Cheerful Canadians (St Thomas, Ontario). Dans cette revue qui faisait une large place à l’humour et à la satire, il s’attaquait à quelques-unes de ses cibles favorites : la grande entreprise, le système bancaire du Canada, les hommes politiques et la sclérose de la société impériale. À l’occasion, d’autres revues et journaux canadiens ou américains publièrent des poèmes et des histoires de McArthur. En 1919, ce dernier compila une biographie louangeuse et anecdotique du premier ministre libéral sir Wilfrid Laurier*. En 1923, il entreprendrait une étude sur Stephen Butler Leacock pour la collection Makers of Canadian literature, dirigée par Lorne Albert Pierce*. Dans un recueil d’essais paru à Toronto en 1920 sous le titre The affable stranger, il rapporte les observations qu’il a faites pendant ses voyages au Canada et dans le nord-est des États-Unis au lendemain de la Première Guerre mondiale. D’un œil sceptique et conservateur, en défendant maintes fois les valeurs pionnières, il examine divers aspects de la vie moderne : économie, organisations, mouvements sociaux, différences entre l’Ancien et le Nouveau Monde. McArthur revint sur le thème du commerce dans des opuscules et des poèmes où il présentait l’assurance-vie comme un moyen de réformer la société en faveur de l’homme ordinaire. Par exemple, A chant of Mammonism (Waterloo, Ontario, [1922]) prédisait que l’accroissement de la puissance financière des sociétés mutuelles d’assurance sur la vie signifierait la fin du capitalisme.

Une bonne partie de l’œuvre de McArthur – particulièrement la biographie de Laurier – dénote de la hâte. Des critiques l’ont donc accusé de négligence et lui ont reproché d’avoir un style inégal. Ainsi, dans son étude sur McArthur et le « mythe agreste », Frank William Watt affirme que ses écrits dépassent rarement le niveau du « rebut journalistique ». Dans une certaine mesure, on peut pardonner ces faiblesses à McArthur en se rappelant ce qu’il disait au sujet de Leacock, à savoir que la pression des éditeurs pouvait l’avoir empêché de donner sa pleine mesure. Occupé par sa ferme et obligé de produire deux chroniques journalistiques par semaine, McArthur ne polissait guère sa prose. L’inégalité stylistique et le manque de cohésion de ses textes s’expliquent aussi par la variété des tons qu’il emploie et des sujets qu’il aborde : l’histoire naturelle, l’agriculture, la théosophie, la dépersonnalisation engendrée par la vie urbaine et le progrès technique, les vices de la grande entreprise et du monde politique et « la surorganisation de l’humanité en vue du profit », surtout pendant la guerre.

Au delà de cette diversité, l’œuvre de Peter Gilchrist McArthur présente des thèmes unificateurs. Il n’abandonna jamais l’idée d’une démocratie spécifique au Nouveau Monde et incarnée par l’individualisme coopératif des pionniers. Sa définition des intérêts de l’«homme ordinaire » et son insistance sur la « fraternité » – notions qui, d’après lui, trouvaient leur meilleure expression politique dans le libéralisme de Laurier – découlaient de ce modèle. Idéaliste, il invitait ses lecteurs à refuser de continuer à être les victimes de l’exploitation des organisations et de la cupidité des capitalistes et de retourner à la terre pour vivre en comptant sur eux-mêmes et sur l’entraide. Les nombreuses nécrologies parues dans des journaux et revues de l’ensemble du Canada et des États-Unis après le décès du « sage d’Ekfrid » témoignent de l’admiration qu’inspirait la défense de ses thèses. McArthur mourut en 1924 après une intervention chirurgicale au Victoria Hospital de London.

Carl P. Ballstadt

Les écrits de Peter Gilchrist McArthur sont répertoriés dans W. A. Deacon, Peter McArthur (Toronto, [1923 ?]) et Alec Lucas, Peter McArthur (Boston, [1975]). McArthur est aussi l’auteur de « Public opinion and political life », paru dans The new era in Canada ; essays dealing with the upbuilding of the Canadian commonwealth, J. O. Miller, édit. (Toronto, 1917), 331–345. Une sélection de ses ouvrages préparée par Alec Lucas a été publiée sous le titre The best of Peter McArthur (Toronto, 1967). On trouve des manuscrits de McArthur, ainsi que d’autres papiers et ses diapositives, à la Univ. of Western Ontario Library, Regional Coll. (London), B4291–94.

AO, F 977-4, Eddie Cemetery (Ekfrid Township, Ontario), nos 90–91 (mfm) ; F 978, St Mark’s Anglican Church, Niagara [Niagara-on-the-Lake, Ontario], RBMS, 11 sept. 1895 (mfm) ; RG 80-5-0-226, nº 7378 ; RG 80-8-0-966, nº 21243.— Univ. of Toronto Arch., B65-0014/004(02).— Glencoe Transcript (Glencoe, Ontario), 12, 19 sept. 1895, 7 janv. 1904.— London Evening Advertiser, 29 oct. 1924.— Canadian men and women of the time (Morgan ; 1898 et 1912).— Brandon Conron, « Essays (1880–1920) », dans Literary history of Canada : Canadian literature in English, C. F. Klinck et al., édit. (Toronto, 1965), 340–346.— F. W. Watt, « Peter McArthur and the agrarian myth », Queen’s Quarterly (Kingston, Ontario), 67 (1960–1961) : 245–257

Bibliographie générale

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Carl P. Ballstadt, « McARTHUR, PETER GILCHRIST », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 15, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 25 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/mcarthur_peter_gilchrist_15F.html.

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Auteur de l'article:   Carl P. Ballstadt
Titre de l'article:   McARTHUR, PETER GILCHRIST
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 15
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   2005
Année de la révision:   2005
Date de consultation:   25 octobre 2014